La datation de la Crucifixion de Jésus combine des éléments tirés des calendriers anciens, des récits évangéliques, de la tradition chrétienne et de l’astronomie moderne. Dans leur article « The Jewish Calendar, A Lunar Eclipse and the Date of Christ’s Crucifixion », publié dans Tyndale Bulletin et repris dans des résumés scientifiques, Sir Colin John Humphreys, physicien britannique, professeur de science des matériaux et érudit en sciences et religion, et W. Graeme Waddington, astrophysicien formé à l’université d’Oxford, expliquent que des calculs astronomiques permettent de reconstruire le calendrier juif du Ier siècle et de rechercher des phénomènes célestes datables qui coïncident avec la période traditionnellement associée à la Passion (Humphreys & Waddington, Tyndale Bulletin 43 (2), p. 331‑351).
Leur approche part d’un principe simple mais puissant : la fête de la Pâque juive est fixée par le calendrier lunaire, et dans le calendrier officiel des prêtres de Jérusalem le 14 Nisan correspond généralement à une pleine lune après l’équinoxe de printemps. Comme les Évangiles situent la mort de Jésus lors de la préparation de la Pâque juive (voir par exemple Jean 18, 28‑29), il est possible de déterminer, à partir des calculs astronomiques, les années dans lesquelles le 14 Nisan tombait un vendredi, jour traditionnellement retenu pour la Crucifixion.
Dans la période où Ponce Pilate était procurateur de Judée (26‑36 après J.-C.), seules deux années dans cette période donnent un 14 Nisan un vendredi : le 7 avril 30 et le 3 avril 33. Parmi ces deux dates, Humphreys et Waddington expliquent que la seule qui coïncide avec une éclipse lunaire partielle visible depuis Jérusalem est le 3 avril 33, ce qui constitue, selon eux, un repère astronomique précieux (Nature, volume 306, pages 743‑746, 1983).
L’éclipse lunaire partielle identifiée pour le vendredi 3 avril 33 est un élément clé de leur argument. Ils montrent que cette éclipse aurait été visible à Jérusalem au moment du lever de la lune à la tombée du jour, vers environ 18 h 20, alors qu’une partie du disque lunaire était encore dans l’ombre de la Terre, ce qui aurait pu donner à l’astre un aspect rougeâtre ou « de sang » (Humphreys & Waddington, Nature 306, 1983).
Cette possibilité visuelle renforce l’intérêt de cette date car, dans le livre des Actes des Apôtres (Actes 2, 14‑21), Pierre cite le prophète Joël, affirmant que « le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang », dans un discours tenu cinquante jours après la Crucifixion. Les chercheurs suggèrent que ce type d’expressions peut trouver une correspondance avec une éclipse lunaire partielle visible ce soir‑là. Même si les Évangiles ne décrivent pas directement cette éclipse, ils mentionnent un phénomène de ténèbres durant la Crucifixion (Matthieu 27,45) et les traditions juives associaient souvent les éclipses lunaires à des phénomènes symboliques tels que la « lune de sang ».
Dans l’article de Nature, les auteurs écrivent explicitement :
« Les calculs astronomiques ont maintenant été utilisés pour reconstruire le calendrier juif du Ier siècle après J.-C. et pour dater une éclipse lunaire que des références bibliques et autres suggèrent comme ayant suivi la Crucifixion. Les preuves pointent vers le vendredi 3 avril de l’an 33 après J.-C. comme la date où Jésus‑Christ est mort. » (C. J. Humphreys & W. G. Waddington, Nature 306, 743‑746, 1983)
Leur argument repose aussi sur un constat pratique : dans la période du Ier siècle, d’autres années proposées (comme 27 ou 34) ne concordent pas avec une visibilité d’éclipse lunaire pertinente ou avec les contraintes textuelles du calendrier juif calculé astronomiquement.
Ce travail a été repris et discuté dans de nombreuses analyses et synthèses sur la chronologie de Jésus. Des résumés historiques en ligne expliquent qu’en calculant toutes les possibilités pour les Pâques tombant un vendredi entre 26 et 36, le 3 avril 33 ressort comme la date qui satisfait toutes les contraintes : un vendredi, un 14 Nisan juif, une pleine lune et une éclipse lunaire visible depuis Jérusalem le soir de la Pâque, ce qui n’est pas le cas pour les autres années proposées.
Certains spécialistes contestent l’interprétation pratique de l’éclipse — notamment en discutant si elle aurait réellement été visible ou suffisamment remarquée à l’horizon — mais ces critiques ne remettent pas en cause la logique astronomique des calculs eux‑mêmes. L’existence d’une éclipse lunaire visible le 3 avril 33 est un fait astronomique.
La thèse de Humphreys et Waddington repose sur une série de points bien définis : des calculs astronomiques précis du calendrier juif du Ier siècle, l’identification d’une éclipse lunaire partielle visible depuis Jérusalem le soir du 14 Nisan, et la corrélation de ces phénomènes avec les récits évangéliques et la tradition chrétienne du Vendredi Saint. Le vendredi 3 avril de l’an 33 est la seule date dans cette période qui réponde à toutes ces contraintes simultanément, ce qui en fait la date la plus plausible scientifiquement pour la Crucifixion de Jésus‑Christ.
Paul-Éric Blanrue.