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jeudi 12 mars 2026

Le 25 décembre : origine chrétienne ou héritage païen ?




Le 25 décembre est aujourd’hui universellement connu comme la date de la naissance de Jésus-Christ, mais son origine est systématiquement présentée comme un emprunt chrétien aux fêtes païennes romaines. J'ai cru longtemps moi-même à cette thèse puisque les grands exégètes de notre temps l'affirmaient, dans une unanimité qui ne laissait pas de part au doute. Une lecture attentive des sources historiques nous montre toutefois que cette idée est totalement inexacte. 

Le solstice d’hiver, moment où le jour est le plus court et où le soleil commence à “renaître”, se produisait vers le 21 ou 22 décembre dans le calendrier julien du Ier siècle. Les Romains fêtaient à cette période les Saturnales, célébrations en l’honneur de Saturne qui se déroulaient du 17 au 23 décembre, marquées par des festins, des échanges de cadeaux et l’inversion des rôles sociaux. Aucune de ces fêtes ne tombait le 25 décembre et aucune n’avait le caractère d’une célébration fixe pour cette date (Macrobius, Saturnalia, Livre I).

Parallèlement, certains cultes solaires privés, notamment ceux dédiés à Sol ou à Mithra, vénéraient le soleil et pouvaient organiser des rites autour du solstice d’hiver. Cependant ces pratiques étaient locales, non institutionnalisées et aucune preuve n’indique qu’elles célébraient le 25 décembre

La première mention connue d’une célébration chrétienne le 25 décembre apparaît chez Hippolyte de Rome, vers 170–235, dans son Commentaire sur le livre de Daniel (fragment B1, traduction R. J. Deferrari, 1950). Il y fixe la naissance de Jésus au 25 décembre en calculant neuf mois à partir de l’Annonciation (à Marie) le 25 mars. Cette décision précède l’institution officielle de la fête du Soleil invaincu par l’empereur Aurélien en 274, qui fixe le dies natalis Solis Invicti au 25 décembre (Corpus Inscriptionum Latinarum, CIL VI, 1791).

Il apparaît donc historiquement que les chrétiens n’ont pas repris cette date aux Romains, comme on le dit habituellement, en répétant ce qui a été dit par le concert des exégètes du XXe siècle. Au contraire, Hippolyte et les premières communautés chrétiennes ont choisi le 25 décembre pour des raisons internes à la tradition chrétienne, combinant le symbolisme du soleil renaissant après le solstice et le calcul liturgique à partir de l’Annonciation. La coïncidence avec le culte officiel de Sol Invictus, postérieure à Hippolyte, a pu faciliter le syncrétisme religieux sous Aurélien, mais elle ne constitue pas la cause du choix chrétien. Il est parfaitement possible que ce soient en réalité les Romains qui ait repris cette date aux chrétiens, dont la communauté commençait à devenir importance et influente dans l'Empire. 

En résumé, le 25 décembre est une date chrétienne antérieure aux célébrations romaines du culte solaire officiel. Son adoption par l’Église ne s’explique nullement par une reprise d’une quelconque fête païenne.

Les recherches les plus récentes confirment cette séquence. Mary Beard, dans SPQR: A History of Ancient Rome (2015), souligne que les Saturnales ne coïncidaient jamais exactement avec le 25 décembre et que les cultes solaires privés étaient hétérogènes et non standardisés. Les inscriptions romaines et le calendrier officiel du IIIe siècle attestent que le dies natalis Solis Invicti a été fixé par Aurélien après l’apparition du Noël d’Hippolyte, renforçant l’idée que la date chrétienne est indépendante et antérieure (Corpus Inscriptionum Latinarum, CIL VI, 1791).

Paul-Éric Blanrue.