BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

dimanche 5 juillet 2026

Sortie de "La Monarchie du Père - Aux sources de la théologie trinitaire".




Trois personnes. Un seul Dieu. La Trinité !

Tout le monde connaît la formule. Mais qui serait réellement capable de l’expliquer sans la déformer ?

La question me poursuit depuis des années. Je n'étais pas à la recherche d'une nouvelle théorie, mais je voulais retrouver la réponse de ceux qui ont forgé le langage même de la foi chrétienne et qu'on appelle les Pères cappadociens.

Comme un archéologue qui dégage les différentes couches d’un site antique pour retrouver la cité originelle, ou comme un enquêteur qui refuse les rumeurs et retourne à la scène de départ, je me suis rapproché de la source, afin d'éviter les interprétations douteuses et livrer le contenu des premiers documents dans leur pureté.

Les lettres d’Arius. Celles d’Alexandre d’Alexandrie. Le concile de Nicée. Athanase. Eunome. Puis Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse, en suivant leur réflexion ligne à ligne.

Un fil conducteur est apparu. Une idée qui revient sans cesse sous leur plume et sans laquelle leur théologie devient incompréhensible : la Monarchie du Père.

Ce livre raconte cette enquête. C'une enquête historique où l’on cherche à retrouver une pensée avant qu’elle ne soit recouverte par des siècles de résumés, de simplifications, de polémiques et de contresens.

C'est quand on étudie les textes avant les commentaires que l’histoire commence à parler.

La Monarchie du Père est disponible en Kindle et en broché.

Paul-Éric Blanrue.

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samedi 4 juillet 2026

𝐑𝐨𝐦𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐓𝐫𝐚𝐝𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐞𝐫𝐝𝐮𝐞 - 𝐃𝐞 𝐥'𝐄́𝐠𝐥𝐢𝐬𝐞 𝐢𝐧𝐝𝐢𝐯𝐢𝐬𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐝𝐨𝐠𝐦𝐞𝐬 𝐝𝐮 𝐬𝐞𝐜𝐨𝐧𝐝 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐞́𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞.




Je pensais (sincèrement) n’écrire qu’un seul livre. Un seul. Un très gros livre, d’ailleurs ! Il ressemblait davantage à une arme de siège qu’à un ouvrage destiné à être lu. Près de 1 500 pages. De quoi assommer un hérétique à dix mètres (ou décourager le facteur).

J'avais une idée fixe : réunir dans un même volume tout ce que j’avais accumulé depuis des années sur les origines du christianisme, l’Orthodoxie, les conciles, les Pères de l’Église, la papauté, le Filioque, les grands dogmes et la longue séparation entre l’Orient et l’Occident.

Je voyais déjà le résultat : un seul livre, une seule démonstration, une seule enquête. Un monument !

Et puis le manuscrit a commencé à se rebeller.

Chaque fois que je croyais avoir terminé un chapitre, je découvrais qu’il contenait un livre entier. La papauté n’était pas un chapitre (forcément). Le Filioque non plus. Quant à l’histoire des dogmes romains apparus après le premier millénaire, elle refusait (obstinément) de se laisser enfermer dans quelques dizaines de pages. Plus j’avançais, plus ce prétendu « livre unique » explosait de l’intérieur.

J’aurais pu tout résumer. Aller plus vite. Couper, simplifier. Mais ce n’est pas ma façon de travailler. Une enquête sérieuse mérite d’aller jusqu’au bout.

J’ai donc changé la forme, mais jamais le projet. Ce qui devait être un seul volume est devenu une collection d’enquêtes historiques indépendantes. Elles n’ont ni ordre de lecture ni numéro caché. On peut entrer par la porte que l’on veut. Chacune pose une grande question, ouvre les archives, convoque les conciles, les Pères de l’Église, les textes, puis laisse le lecteur se faire sa propre idée.

Voici donc Rome ou la Tradition perdue. De l’Église indivise aux dogmes du second millénaire.

C’est un livre ambitieux, parce qu’il remonte à la question dont toutes les autres découlent. Pendant près de mille ans, l’Orient et l’Occident ont partagé la même foi, les mêmes conciles et la même Tradition. Alors comment expliquer l’apparition de doctrines qui caractérisent aujourd’hui le catholicisme romain ? À quel moment surgissent-elles ? Au nom de quelle autorité ? Correspondent-elles à la foi de l’Église indivise ou traduisent-elles une évolution postérieure ?

Papauté, Filioque, infaillibilité pontificale, purgatoire, indulgences, satisfaction anselmienne, mérite, grâce, grands dogmes du second millénaire… tous ces dossiers sont repris à partir des documents eux-mêmes, loin des slogans et des caricatures.

Je pensais avoir découpé un manuscrit de 1 500 pages. En fait, c’est lui qui a décidé de me dicter sa loi. À peine ce troisième volume paraît-il que le quatrième est déjà écrit… et on m'annonce qu'il paraîtra très prochainement !

Et j’ai le pressentiment qu’il ne sera pas le dernier…

Ce fameux manuscrit de 1 500 pages n’en finit plus de se réinventer. J’avais cru écrire un livre et il s’est obstiné à devenir une collection d’enquêtes.

Certains manuscrits refusent de mourir. Ils préfèrent revenir, livre après livre.

L’enquête continue !

Paul-Éric Blanrue.

En Kindle et broché

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Qui a changé le Credo ?



Vous pensiez que tout était terminé avec Qui a inventé la papauté ? Pas du tout. Ce n’était que le début !
À l’origine, il y a trois ans, je voulais écrire un seul ouvrage de près de 1 500 pages sur l’Orthodoxie, les origines de l’Église, la papauté, le Filioque, les conciles et la rupture entre l’Orient et l’Occident. Puis j’ai eu pitié de mes lecteurs…
J’ai donc choisi de transformer ce grand projet en plusieurs enquêtes indépendantes.
Voici donc Qui a changé le Credo ?, consacré à l’affaire du Filioque. Un seul mot. Quelques lettres seulement. Pourtant, cette addition au Credo allait transformer durablement l’histoire du christianisme, modifier la compréhension de la Trinité, raviver les conflits entre Rome et l’Orient et devenir l’un des symboles les plus puissants du Grand Schisme.
Qui a pris l’initiative de modifier le Credo de Nicée-Constantinople ? Au nom de quelle autorité ? Les conciles œcuméniques l’autorisaient-ils ? Les Pères de l’Église l’auraient-ils accepté ? C’est à ces questions que répond cette nouvelle enquête historique.
Un troisième volume paraîtra très prochainement et poursuivra cette exploration des grandes questions qui ont façonné (et divisé) le christianisme.
Chaque livre constitue une enquête complète, avec son propre sujet, ses propres sources et sa propre conclusion. Ils peuvent être lus dans n’importe quel ordre, sans avoir lu les précédents et sans qu’il soit nécessaire d’acheter toute la série.
Mon objectif est de revenir aux documents, aux conciles, aux Pères de l’Église et aux faits. Car l’histoire du christianisme est souvent bien plus surprenante que les idées reçues.
L’enquête continue !
Livre proposé en Kindle pour commencer, puis broché dans quelques jours, comme il se doit.

Il se commande ICI

Traditionalistes, papauté, Église, Vatican, catholicité, schisme, Tradition : quelques précisions utiles.

Le paradoxe du traditionalisme catholique actuel est qu’il demeure fidèle à Vatican I et au modèle de la monarchie pontificale, alors même que ce modèle constitue une rupture avec l’organisation ecclésiale du premier millénaire.
Cette évolution n’est pas seulement reconnue par de nombreux historiens, elle est également admise, sous des formes diverses, dans les travaux contemporains du Vatican lui-même, notamment ceux du dicastère chargé de la promotion de l’unité des chrétiens.
Depuis le Grand Schisme de 1054, l’Occident a cessé de célébrer des conciles véritablement œcuméniques avec les évêques de l’Église d’Orient.
Les conciles tenus par la suite n’ont réuni que les évêques de l’Église latine. C’est dans ce cadre qu’ont été progressivement définis les principaux attributs de la papauté monarchique, jusqu’à la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale par le concile Vatican I en 1870.
Le système de la papauté monarchique s’est ainsi développé au cours du second millénaire, en s’éloignant du fonctionnement collégial et synodal qui caractérisait l’Église indivise du premier millénaire.
Je vais être plus précis encore : Vatican I et Vatican II sont des conciles de l’Église catholique romaine. Ils ont une autorité pour les catholiques, mais ils ne sont pas des conciles œcuméniques au sens où l’entend la tradition de l’Église indivise depuis les apôtres, durant le premier millénaire.
Les conciles tenus par l’Église catholique après la rupture entre Rome et l’Orient ne sont donc pas des conciles œcuméniques, mais des conciles de l’Église latine, autrement dit des conciles locaux ou particuliers, même s’ils ont une portée universelle pour les catholiques.
Un concile œcuménique suppose depuis l'origine la participation de l’ensemble de l’épiscopat de l’Église indivise et la réception de ses décisions par toute l’Église. Les sept premiers conciles (325-787) répondent à ce critère. Après le schisme entre Rome et Constantinople, les conciles convoqués par les papes (Premier concile du Latran, Quatrième concile du Latran, Concile de Trente, Premier concile du Vatican, Deuxième concile du Vatican, etc.) n’ont réuni que les évêques en communion avec Rome. Ils ne sont pas des conciles de l’Église universelle.
Durant le premier millénaire, les questions doctrinales majeures étaient tranchées par des conciles réunissant l’ensemble des Églises, Occident et Orient, tandis que les conciles postérieurs à la séparation n’ont plus eu ce caractère universel.

Paul-Éric Blanrue.

vendredi 3 juillet 2026

𝗗’𝗼𝘂̀ 𝗹𝗲 𝗽𝗮𝗽𝗲 𝘁𝗶𝗲𝗻𝘁-𝗶𝗹 𝘀𝗼𝗻 𝗽𝗼𝘂𝘃𝗼𝗶𝗿 ? Sortie du livre "Qui a inventé" la papauté ? de Paul-Éric Blanrue.




Le Vatican vient de prononcer l’une des décisions les plus graves de ces dernières décennies : après la consécration de quatre nouveaux évêques sans mandat pontifical, il a déclaré la Fraternité Saint-Pie X en schisme, excommunié ses évêques, ses quelque 750 prêtres et averti que les fidèles qui s’y rattacheraient formellement s’exposeraient eux aussi à l’excommunication.

Cette décision soulève une question que l’on ne se pose plus : pourquoi un évêque ne peut-il aujourd’hui être consacré sans l’autorisation du pape ? 

Nous sommes tellement habitués à voir Rome nommer les évêques du monde entier, les transférer ou les relever de leurs fonctions que cette organisation nous paraît aussi ancienne que le christianisme lui-même. 

Pourtant, durant le premier millénaire, les évêques étaient élus par leur Église, consacrés par les évêques de leur province et jugés par des synodes. 

Comment est-on passé d’une Église gouvernée par les conciles à une Église où l’autorité suprême est concentrée à Rome ? Cette évolution remonte-t-elle aux apôtres, ou est-elle le produit de l’histoire ?

C’est cette enquête qui m’a conduit à écrire "Qui a inventé la papauté ?" Depuis plusieurs années, j’ai repris le dossier depuis le commencement. Les Évangiles. Les Pères de l’Église. Les canons des conciles. Les lettres des premiers évêques. Les chroniques antiques. Ma seule méthode : suivre les textes dans leur ordre d’apparition.

L’ironie de l’histoire veut que ce livre paraisse au moment même où ces questions reviennent au premier plan. Derrière la crise actuelle se cache une interrogation beaucoup plus fondamentale : 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗹’𝗘́𝗴𝗹𝗶𝘀𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗱𝗶𝘅 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲𝗿𝘀 𝘀𝗶𝗲̀𝗰𝗹𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗹𝗮 𝗺𝗼𝗻𝗮𝗿𝗰𝗵𝗶𝗲 𝗽𝗼𝗻𝘁𝗶𝗳𝗶𝗰𝗮𝗹𝗲 𝗱𝗲́𝗳𝗶𝗻𝗶𝗲 𝗽𝗮𝗿 𝗩𝗮𝘁𝗶𝗰𝗮𝗻 𝗜, 𝘆 𝗮-𝘁-𝗶𝗹 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗶𝗻𝘂𝗶𝘁𝗲́ 𝗼𝘂 𝗿𝘂𝗽𝘁𝘂𝗿𝗲 ? 𝗟’𝗘́𝗴𝗹𝗶𝘀𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗮𝗽𝗼̂𝘁𝗿𝗲𝘀 𝗿𝗲𝗰𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶̂𝘁𝗿𝗮𝗶𝘁-𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗽𝗮𝘂𝘁𝗲́ 𝘁𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗮 𝗰𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶𝘀𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗮𝘂𝗷𝗼𝘂𝗿𝗱’𝗵𝘂𝗶 ?

J’ai laissé les sources parler elles-mêmes.

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"𝗤𝘂𝗶 𝗮 𝗶𝗻𝘃𝗲𝗻𝘁𝗲́ 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗽𝗮𝘂𝘁𝗲́ ?
𝗘𝗻𝗾𝘂𝗲̂𝘁𝗲 𝘀𝘂𝗿 𝗥𝗼𝗺𝗲, 𝗣𝗶𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗽𝗼𝘂𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹’𝗘́𝗴𝗹𝗶𝘀𝗲."

Disponible en édition Kindle. LIEN 
Le livre broché LIEN

En voici l'introduction titre gracieux :

Il est des institutions dont la longévité finit par leur donner l’apparence de l’évidence. Elles traversent les siècles avec une telle assurance que l’on cesse un jour de se demander comment elles sont nées. Leur histoire disparaît derrière leur ancienneté. Elles semblent avoir toujours existé sous les traits que nous leur connaissons. La papauté appartient à cette famille.
Pour des centaines de millions de catholiques, l’évêque de Rome est le successeur de saint Pierre. Cette affirmation est si familière qu’elle paraît parfois se confondre avec les Évangiles eux-mêmes. Pourtant, les documents ne connaissent pas les habitudes. Ils ignorent les évidences acquises. Ils obligent toujours à recommencer l’enquête.
Car l’historien ne remonte jamais le temps à partir des institutions telles qu’elles existent aujourd’hui. Il procède en sens inverse. Il ouvre les premiers documents, écoute les premiers témoins, suit les premières générations chrétiennes et regarde les institutions prendre forme sous ses yeux. Les conclusions viennent ensuite. Elles ne précèdent jamais les sources.
Le dossier est, cette fois, d’une richesse peu commune. Les écrits du Nouveau Testament, Clément de Rome, Ignace d’Antioche, Irénée de Lyon, Cyprien de Carthage, les grands Pères de l’Église, les canons conciliaires : rarement les premiers siècles ont laissé autant de témoins. Ils déposent les uns après les autres. Encore faut-il les entendre dans l’ordre où l’histoire les fait comparaître.
Une première constatation s’impose. Rome occupe très tôt une place singulière dans la chrétienté. Son ancienneté, le souvenir des apôtres Pierre et Paul, le prestige de la capitale impériale et l’autorité morale de plusieurs de ses évêques lui confèrent un rang que nul historien sérieux ne songe à contester. Mais cette primauté est-elle déjà celle que définira le premier concile du Vatican en 1870 ? Autrement dit, les premiers siècles connaissent-ils déjà un évêque exerçant une juridiction universelle sur toute l’Église, ou assistons-nous au développement progressif d’une institution qui ne prendra sa forme définitive que bien plus tard ?
Toute l’enquête tient dans cette seule question.
Pierre fut-il le premier évêque de Rome ? Les premières communautés chrétiennes reconnaissaient-elles déjà à l’Église de Rome une autorité identique à celle que lui attribuera la théologie catholique moderne ? À quel moment cette conception apparaît-elle dans les textes ? Et surtout, que disent les documents lorsqu’on les lit pour eux-mêmes, sans leur demander de trancher des controverses qui leur étaient encore inconnues ?
Une règle nous accompagnera jusqu’au terme de cette enquête. Les textes parleront avant les commentaires. Chaque auteur sera replacé dans son siècle, chaque document dans son contexte, chaque institution au moment où elle naît et non lorsqu’elle est déjà parvenue à son plein développement. L’histoire ne consiste pas à faire parler Ignace, Irénée ou Cyprien avec le vocabulaire du Moyen Âge ou du XIXᵉ siècle. Elle demande un effort plus modeste et plus exigeant : écouter chaque époque dans sa propre langue.
Le lecteur ne trouvera donc ni un réquisitoire contre la papauté ni un plaidoyer en sa faveur. Il trouvera un dossier. Les pièces en seront examinées l’une après l’autre, sans précipitation. Une tradition n’a rien à craindre des documents dont elle se réclame. C’est même à leur contact qu’elle révèle le mieux ce qu’elle était à son origine… et ce qu’elle est devenue au fil des siècles.

jeudi 2 juillet 2026

UNE MAISON.




Il y a quelques semaines, je vous écrivais que j’avais envie de remettre les choses dans leur ordre. Je ne m’attendais pas à recevoir autant de messages. Certains étaient d’une délicatesse bouleversante. Beaucoup me disaient : « Continuez à écrire, on apprécie vos informations. » Je les ai presque tous lus. Les autres me pardonneront. Les journées ne comptent encore que vingt-quatre heures (j'’ai vérifié.)
Depuis, j’ai réfléchi. Je me suis aperçu d’une chose assez simple : je n’avais plus envie de continuer comme avant. Les années nous apprennent qu’il est parfois plus fécond d’ouvrir une porte nouvelle que de repeindre indéfiniment la façade de l’ancienne maison.
Notre époque préfère les réactions aux réflexions, les commentaires aux livres et les certitudes aux questions. Nous vivons dans un monde étrange où chacun possède une opinion sur tout, parfois même sur ce qu’il ignore complètement. L’actualité est devenue notre horizon mais elle n’est souvent que notre écume.
Pendant ce temps, saint Basile continuait paisiblement de m’attendre sur une étagère. Saint Jean Chrysostome faisait de même. Quant à saint Maxime le Confesseur, il persistait dans cette habitude aujourd’hui presque extravagante : lorsqu’il avançait une idée, il commençait par la démontrer. J’avoue éprouver une tendresse particulière pour ces hommes qui écrivaient comme si la vérité méritait davantage de temps que nos indignations. Les Pères de l’Église ont un avantage considérable sur les influenceurs : quatorze siècles plus tard, on les lit encore.
Une idée revenait avec l’obstination tranquille des vieilles fidélités. Je la remettais au lendemain. Elle revenait toujours le lendemain. Les bonnes idées ont cette politesse agaçante : elles attendent sans bruit, mais finissent par obtenir gain de cause.
J’ai donc bâti une maison.
Non pas une page de plus dans l’immense brouhaha numérique. Les places publiques ne manquent pas. Les maisons, un peu davantage.
Je l’ai appelée IC XC NIKA. Vous chercherez ce que cela signifie. Vous trouverez.
Ses fondations sont les Évangiles. Ses murs sont les Pères de l’Église. Ses fenêtres s’ouvrent sur les sept conciles œcuméniques. Quant au toit, je l’ai voulu assez solide pour abriter une antique vertu dont notre époque parle beaucoup mais qu’elle pratique assez peu : le goût de la vérité.
On y parlera naturellement de l’Orthodoxie. Mais aussi de théologie, de liturgie, d’histoire, de civilisation, de cette beauté qui conduit plus sûrement à la vérité que bien des discours. J’y ouvrirai les livres qui m’accompagnent depuis des années. Les Pères grecs, bien sûr. Peut-être Bach, lorsqu’un prélude dira mieux qu’un long raisonnement ce qu’est l’harmonie. Venise s’y invitera quelquefois (forcément). La Méditerranée aussi (évidemment).
Je n’ai aucune ambition de foule. Les foules sont impressionnantes mais rarement fidèles. Je préfère une poignée de lecteurs qui ouvrent un livre avec un crayon à la main. J’ai toujours pensé que les bibliothèques étaient bien plus dangereuses que les idéologies. On y change beaucoup plus souvent d’avis.
Si quelques-uns d’entre vous éprouvent le même désir de revenir aux sources, de relire les textes avant les commentaires et de préférer la patience de l’étude au vacarme des certitudes et de l'actualité, je serai heureux de les retrouver dans cette maison.
Et si un ami catholique pousse la porte, qu’il n’hésite surtout pas. Mes origines italiennes m’interdisent toute sévérité excessive envers les Latins. Nous partagerons d’abord un verre de Valpolicella (ou un Amarone). Les querelles théologiques gagnent rarement à être discutées la gorge sèche.
La porte est ouverte.

Paul-Éric Blanrue.
☦
IC XC NIKA
FOI • TRADITION • VÉRITÉ





jeudi 18 juin 2026

REMETTRE LES CHOSES DANS L'ORDRE.

Chers amis,
Les années ont une vertu que l’on découvre tardivement. Elles ne nous rendent pas nécessairement plus intelligents (ce serait beaucoup leur demander), mais elles finissent presque toujours par nous apprendre à remettre les choses dans leur ordre. Il y avait belle heurette que cette idée m’accompagnait sans parvenir à se formuler clairement. L'âge venant, elle s’est imposée avec cette douceur tranquille qui caractérise les évidences. Je ne ressens ni le besoin de changer de vie, ni celui de renier quoi que ce soit. Je n’éprouve aucune lassitude, encore moins quelque désillusion spectaculaire. C’est même tout le contraire. Je crois n’avoir jamais eu autant envie de lire, d’étudier, d’écrire, de voyager, de prendre la mer, de retrouver Venise, la Grèce ou la Corse, de passer une soirée avec des amis ou une matinée entière en compagnie de saint Maxime le Confesseur. En revanche, je suis devenu infiniment plus attentif à l’usage de mon temps. J’achète toujours des livres avec la certitude candide qu’il me sera accordé cent vingt ans pour les lire tous. Je soupçonne le Ciel de sourire devant cet optimisme, mais je persiste. Certaines illusions sont trop agréables pour qu’on s’en défasse.
Nous faisons route ensemble depuis longtemps. Certains d’entre vous me suivent depuis les premiers temps des réseaux sociaux, lorsqu’ils ressemblaient encore à une conversation. Depuis, ils se sont transformés en un lieu étrange où chacun possède une opinion sur tout, souvent avant même d’avoir rencontré les faits. C’est une époque fascinante. Nous savons presque instantanément ce qui se passe à l’autre bout du monde, mais il nous arrive d’oublier ce qui se passe à l’intérieur de nous-mêmes. Nous avons traversé ensemble le combat contre la loi Gayssot, le Covid, les confinements, les atteintes aux libertés, les passions françaises, les évolutions politiques lamentables, les bouleversements internationaux. J’ai écrit des livres, participé à des débats, tenté, autant que possible, de préférer les sources aux commentaires et la vérité aux applaudissements. Je ne renie rien de ces combats. L’injustice me demeure aussi insupportable qu’à vingt ans. Je n’ai oncques éprouvé la moindre sympathie pour les mensonges officiels, pas davantage pour les mensonges de notre propre camp. La vérité n’a jamais appartenu à une étiquette, et c’est probablement ce qui la rend si difficile à fréquenter. Mais, au fil des années, je me suis aperçu que la politique, si importante soit-elle, répond mal à la question qui me préoccupe désormais le plus : qu’est-ce qui fait réellement grandir un homme ?
Je crois que nous avons accordé à la politique une place qu’elle n’aurait jamais dû occuper. Nous lui demandons de nous donner une identité, une espérance, parfois même une forme de salut. C’est une mission impossible. Une civilisation ne naît pas dans un hémicycle. Elle naît lorsqu’un père transmet quelque chose à son fils, lorsqu’un professeur fait aimer un grand livre, lorsqu’un artisan accomplit son ouvrage avec conscience, lorsqu’un musicien joue Bach comme si sa vie en dépendait, lorsqu’une mère apprend à son enfant à distinguer le beau du vulgaire, lorsqu’un prêtre célèbre la liturgie avec cette gravité joyeuse qui rappelle que le ciel est déjà présent au milieu de nous. Les lois viennent ensuite. Les élections aussi. Elles sont importantes, si l'on veut, mais elles ne sont jamais premières. À force de regarder les branches, nous avons oublié les racines. Mon désir est de revenir vers elles.
Ceux qui me connaissent un peu savent que cette évolution ne doit rien à une conversion de dernière minute. Après une longue nuit de la foi, la spiritualité est redevenue le cœur de ma vie il y a plus de quinze ans. L’orthodoxie est entrée dans mon existence il y a une décennie déjà, et elle n’a cessé depuis de l’éclairer. Je pourrais vous parler des Cappadociens, de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Grégoire de Nysse, de saint Jean Chrysostome, de saint Maxime le Confesseur ou de saint Grégoire Palamas. Je pourrais vous parler de leur intelligence théologique, de leur profondeur, de leur extraordinaire liberté intérieure. Mais ce serait manquer l’essentiel. Ce que l’orthodoxie a changé en moi ne relève pas seulement de la théologie : elle a transformé mon regard, elle m’a appris que la beauté n’est pas un divertissement mais une voie vers la vérité, que la contemplation n’est pas une fuite mais une manière plus exigeante d’habiter le réel, que le silence n’est pas l’absence de parole mais la condition de toute parole juste. Et surtout qu’une vie ne s’accomplit pas dans l’accumulation des commentaires, mais dans la fidélité à quelques réalités essentielles. Plus je fréquente les Pères grecs, plus j’aime les hommes. Plus je prie, plus je goûte les Partitas de Bach interprétées par Glenn Gould, un concerto de Mozart (le 21 tout spécialement), une page de Vivaldi, la trompette de Miles Davis tendue entre la nuit et l'aube, les audaces de Thelonious Monk ou le souffle imperturbable de Sonny Rollins. Plus je découvre la liturgie, plus je suis sensible à la lumière qui tombe sur la mer un soir d’hiver. Je n’y vois aucune contradiction. Je n’en ai jamais vu. L’Incarnation nous dit que le spirituel n’abolit pas le monde : il le transfigure.
Je me demande parfois si une vie n’est pas faite de quelques lieux qui nous attendaient avant même que nous les découvrions. Pour moi, il y eut une petite plage de Crète, surmontée d'une tendre colline où était perchée une petite église blanche. Rien d’extraordinaire, en apparence : le vent, le sel, le soleil, une lumière presque irréelle. Une découverte bien modeste de l'orthodoxie. Puis il y eut Venise, et l’église Saint-Georges-des-Grecs. Je suis entré dans cette église, lors d'un baptême, sans imaginer qu’elle m’accompagnerait pendant des années. Je n’y ai pas vécu une révélation théâtrale. Dieu, me semble-t-il, préfère de loin les demi-teintes aux effets spéciaux. J’ai simplement éprouvé ce sentiment très rare d’arriver dans un lieu que je connaissais déjà sans y avoir jamais mis les pieds. Avec le recul, cela ne m’étonne plus. Mes origines italiennes m’ont sans doute préparé depuis longtemps à cette rencontre entre Rome et Byzance, entre l’Occident et l’Orient chrétien, entre la pierre des campaniles et la lumière des icônes. Je suis profondément méditerranéen. Je le suis par le cœur autant que par la géographie. La Méditerranée est ma véritable université. Elle m’a appris davantage sur la civilisation que bien des colloques. Lorsqu’on navigue entre Cannes et les îles de Lérins, lorsqu’on retrouve les Cyclades ou la lagune de Venise, on comprend intuitivement que les empires passent, que les modes se démodent avec une vitesse réjouissante, mais que certaines fidélités traversent les siècles avec une tranquille obstination. Homère continue de parler. Les Évangiles aussi. Les Pères grecs également. Ce sont de vieux compagnons qui n’ont pas pris une ride.
C’est dans cette direction que j’ai envie d’aller désormais. Non pas vers moins, mais vers davantage. Davantage de spiritualité, non point parce qu’elle nous détournerait du monde, mais parce qu’elle nous apprend à l’aimer sans devenir son prisonnier. Davantage de littérature, parce qu’un chapitre de Dostoïevski éclaire une époque mieux qu’une semaine entière de commentaires. Davantage de musique, parce que Bach remet l’âme d’accord avec elle-même et que le jazz nous rappelle qu’une improvisation réussie suppose une discipline préalable. Davantage de beauté, la Philocalie orthodoxe, parce qu’une civilisation qui cesse de produire du beau finit toujours par oublier le vrai. Davantage de temps aussi pour ceux que j’aime, pour la mer, pour les bateaux aux voiles tendues par les vents, pour ces conversations qui commencent avec Guitry, bifurquent vers Paul Morand, s’arrêtent un instant chez Céline pour admirer la langue et le prophète, puis reviennent, presque naturellement, à saint Maxime ou à une page de l’Évangile. Au fond, j’aimerais que cet espace ressemble moins à une salle de rédaction qu’à une maison ouverte, où les livres voisinent avec les cartes marines, où une icône n’étonne personne, où l’on peut parler de civilisation sans oublier que le premier chantier d’une civilisation est toujours l’âme humaine.
Je vous remercie d’avoir marché avec moi pendant toutes ces années. Vous m’avez beaucoup donné. Vous m’avez souvent obligé à mieux penser, parfois à corriger mes certitudes, toujours à travailler davantage. Je vous en suis profondément reconnaissant. Si je tourne aujourd’hui mon regard vers d’autres horizons, ce n’est ni par lassitude ni par désenchantement. C’est parce que je crois qu’il existe des trésors infiniment plus durables que l’écume de l’actualité. J’ai longtemps essayé de comprendre le monde ; j’ai désormais envie d’approfondir ce qui lui donne encore un sens. À bien y réfléchir, il n’y a là rien de très nouveau. Il y avait simplement bon temps que cette maison intérieure attendait que j’en ouvre enfin les volets. J’espère que la lumière qui y entre sera assez généreuse pour que nous ayons envie d’y demeurer ensemble.
Et maintenant il est temps pour moi de faire une petite halte.
Pendant ces prochains mois, je publierai peu, peut-être même pas du tout. J’ai envie de retrouver ce luxe devenu si rare : celui du silence, de l’étude, de la lecture, de la prière, de l’écriture lente. Les idées ont besoin de mûrir loin du vacarme, comme les grands vins vieillissent à l’abri de la lumière.
Je vais consacrer cet été à ma famille, à la Méditerranée que j’aime tant, aux livres qui m’attendent (depuis des siècles!) sur mes étagères, à Venise, à la Grèce, aux Pères grecs, à saint Maxime le Confesseur, à saint Grégoire Palamas, à tous ces compagnons de route qui nous apprennent qu’une vie se construit davantage dans la profondeur que dans la précipitation.
À la rentrée de septembre, je prendrai le temps de réfléchir à la suite. Peut-être cette page continuera-t-elle son chemin. Peut-être en ouvrirai-je une autre, davantage accordée à ce qui m’habite désormais : la spiritualité, l’orthodoxie, la civilisation, les livres, la beauté, la musique, les voyages, la Méditerranée, bref tout ce qui, à mes yeux, aide un homme à grandir plutôt qu’à simplement réagir.
Je n’y vois aucune rupture. Plutôt un retour à l’essentiel. Les années nous apprennent qu’il est parfois plus fécond de cultiver quelques racines que de courir après toutes les branches.
Je vous remercie, une fois encore, pour votre fidélité. Passez un bel été. Lisez de grands livres. Écoutez Bach, Mozart ou Miles Davis. Regardez la mer si vous en avez la chance. Prenez le temps de longues conversations. Et surtout, ne laissez personne vous voler votre vie intérieure : elle est le dernier territoire où nous demeurons véritablement libres. La vraie Sécession est là.
Nous nous retrouverons en septembre. D’ici là, que Dieu vous garde !
Paul-Éric Blanrue.