La basilique du Saint‑Sépulcre, que les orthodoxes appellent l'église de la Résurrection (ou Anastasis), située dans la vieille ville de Jérusalem, est depuis le IVᵉ siècle le lieu le plus vénéré par les chrétiens comme étant à la fois le site de la Crucifixion (le Golgotha), de la mise au tombeau et de la Résurrection du Christ. L’empereur Constantin le Grand fit construire la première église sur ce site dans les années 320, après que sa mère, sainte Hélène, a identifié cet endroit comme celui où se trouvaient la croix et la tombe du Christ.
Cette identification repose sur des récits historiques et des traditions chrétiennes qui ont été transmis dès l’Antiquité et commémorés dans la liturgie chrétienne. D’après ces sources, Hélène partit en pèlerinage en Terre sainte avec la ferme volonté de retrouver les lieux associés à la Passion du Christ, notamment la croix sur laquelle il avait été crucifié et le lieu de sa mise au tombeau. Lorsqu’elle arriva à Jérusalem, elle fit démolir des temples païens qui avaient été érigés par l’empereur Hadrien au IIᵉ siècle sur le site traditionnel de la Crucifixion et de l’ancien tombeau, afin de dégager le terrain pour les fouilles.
Quand l’empereur Hadrien rebâtit Jérusalem après la révolte juive de 132–135 après J.-C. et la transforma en la ville romaine Aelia Capitolina, il avait en effet fait ériger, sur le site présumé du Golgotha et de la sépulture du Christ, un sanctuaire païen dédié aux dieux romains (une statue de Vénus sur la roche du Calvaire et une statue de Jupiter à l’emplacement de la tombe du Christ, intégrés à un temple plus vaste), en accord avec la politique romaine consistant à supplanter des lieux sacrés locaux en érigeant des sanctuaires païens.
Sous la direction de l’évêque Macaire de Jérusalem, Hélène entreprit des excavations à l’endroit dégagé. L’emplacement des statues et du temple fut précisément ce qui permit à sainte Hélène d’identifier l’endroit du Golgotha et du tombeau car les monuments païens servaient alors de repères topographiques. C’est sur ce tombeau que Hélène et Constantin décidèrent de faire construire une église majestueuse.
Depuis cette époque, cette tradition n’a jamais cessé d’être reconnue par une large majorité des chrétiens, et aucun site rival ne dispose d’une attestation historique ou archéologique comparable.
La vénération de ce lieu remonte au moins au début du IVᵉ siècle, ce qui signifie que dès cette époque il existait déjà une tradition solide selon laquelle le corps de Jésus avait été déposé dans une tombe de pierre creusée dans le roc, immédiatement après la Crucifixion. Ces traditions sont rapportées par des auteurs anciens comme Eusèbe de Césarée, qui raconte que les chrétiens de Jérusalem connaissaient l’emplacement du tombeau, même s’ils avaient fui la ville avant sa destruction en l’an 70.
L’édicule qui entoure aujourd’hui la tombe, au centre de l’église, a fait l’objet de nombreuses campagnes de restauration. En 2016, des équipes de conservation ont pu ouvrir pour la première fois en siècles la structure interne. Elles ont mis au jour des restes de murs de grotte de calcaire et des éléments du tombeau qui semblent remonter à une époque bien antérieure à l’église actuelle, suggérant qu’une sépulture rocheuse primitive avait été reconnue et protégée. Les archéologues ont observé sous les revêtements successifs des parois de roc calcaire originales du tombeau qui ont été datées par analyse des matériaux autour à environ 345 après J.-C., soit peu après la construction constantinienne originale.
Des investigations archéologiques contemporaines menées sous la basilique du Saint‑Sépulcre ont aussi identifié des structures et niveaux de sol romains du IIᵉ siècle, correspondant à la période d’Hadrien, qui étaient vraisemblablement liés à l’emplacement du temple païen. Ces traces se trouvent sous l’église actuelle et confirment que la basilique a été construite par‑dessus des vestiges du sanctuaire romain.
L’archéologie montre également que la zone autour du Saint‑Sépulcre était, au Ier siècle, un ancien site de carrière et de sépultures rupestres, ce qui s’accorde parfaitement avec les récits évangéliques. À l’époque de Jésus, la loi juive interdisait souvent les sépultures à l’intérieur des murs de la ville, et les tombes familiales étaient souvent creusées dans le roc à l’extérieur, dans des zones proches des carrières. Les chercheurs ont identifié un grand nombre de tombes de ce type autour du site, certaines encore visibles sous la basilique ou à proximité, ce qui correspond aux pratiques funéraires juives du Ier siècle.
Des fouilles plus récentes menées par l’université de Sapienza à Rome et des archéologues sous la basilique ont aussi mis au jour des vestiges de plantes anciennes (pollen, graines, trachées végétales) qui datent d’environ deux mille ans, confirmant qu’avant d’être édifiée, la zone autour du tombeau faisait partie d’un jardin ou d’un espace cultivé. Cette découverte est frappante car l’Évangile de Jean rapporte spécifiquement que Jésus fut enterré dans « un jardin, près du lieu de la Crucifixion » (Jean 19, 41), ce qui ne pouvait être rapporté que par quelqu’un familier de l’environnement local de l’époque.
L’ensemble des données convergent : le site se trouvait hors des murs de Jérusalem au Ier siècle, comme le prescrivent les lois juives pour une mise au tombeau, il correspond au contexte d’un jardin entourant le lieu, il possède des tombes rupestres typiques de l’époque et il est attesté comme un lieu de vénération très ancien.
Aucun autre lieu revendiquant être le lieu de la Crucifixion et de la sépulture ne présente une attestation continue aussi ancienne, ni des preuves matérielles compatibles avec la description évangélique et les pratiques funéraires du Ier siècle. Même des sites alternatifs très médiatisés, comme le soi‑disant Garden Tomb, datent de périodes antérieures à l’époque de Jésus et ne correspondent pas aux critères historiques ou aux traditions anciennes de la communauté chrétienne.
Par ailleurs, des spécialistes en archéologie biblique comme Dan Bahat (ancien archéologue de Jérusalem) ont déclaré que, même si l’on ne peut pas affirmer définitivement que cette tombe est celle de Jésus, « il n’y a vraiment aucune autre tombe qui puisse rivaliser avec le Saint‑Sépulcre en termes de poids historique » et que la tradition ancienne est cohérente avec la localisation reconnue par Constantin au IVᵉ siècle.
L’importance liturgique et religieuse du Saint‑Sépulcre renforce sa reconnaissance depuis l’Antiquité. Ce lieu a été vénéré sans interruption depuis sa découverte chrétienne au IVᵉ siècle grâce au soutien constant des communautés chrétiennes (orthodoxes, catholiques, arméniennes, coptes, etc.), ce qui indique que cette tradition était suffisamment enracinée pour être adoptée et intégrée dans la mémoire liturgique et religieuse dès les débuts du christianisme organisé.
Paul-Éric Blanrue.