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mardi 17 mars 2026

Conclusion de l'étude de Thomas C. Schmidt sur l'authenticité de la naissance de Jésus le 25 décembre selon Hippolyte de Rome.


Un certain nombre de chercheurs ayant remis en cause l'authenticité de date du 25 décembre par Hippolyte de Rome, le professeur d'études religieuses Thomas C. Schmidt leur a répondu en détail, en faisant une longue analyse que l'on trouvera ICI, en appendice 1 de sa traduction complète dCommentaire sur Daniel d'Hippolyte

Voici sa conclusion :

"Nous avons d’abord examiné les preuves manuscrites concernant le passage contesté dans le Commentaire sur Daniel d’Hippolyte (4.23.3) et constaté que seul le manuscrit J ne contenait pas la date du 25 décembre, alors que tous les autres, y compris le plus ancien, la contenaient.  

Nous avons ensuite étudié les indices internes, qui montrent que le passage pourrait contenir soit une erreur de calcul, soit le fait qu’Hippolyte utilisait une mise en œuvre incorrecte du calendrier julien ; dans les deux cas, un raisonnement similaire est attesté chez Épiphane de Salamine.

Nous nous sommes ensuite tournés vers les preuves externes, qui offrent un soutien mitigé au passage : Georges le Syncelle le soutient, tandis que Georges d’Arabie soutient le manuscrit J. La Chronographie de 354 appuie la date du 25 décembre, mais il n’est pas certain qu’elle dépende des écrits d’Hippolyte.

Nous avons alors examiné le Canon d’Hippolyte, qui affirme que la « genèse » de Jésus eut lieu à la Pâque du 2 avril −2. Une étude lexicale approfondie à l’aide de la base de données Thesaurus Linguae Graecae montre que la communauté romaine d’Hippolyte, ses contemporains, et peut-être l’Évangile selon Matthieu, comprennent le mot « genèse » au sens de « conception ». Cela s’accorde bien avec une naissance le 25 décembre et constitue une preuve décisive contre l’authenticité de la reconstruction hypothétique présentée dans le tableau 4, puisqu’aucun manuscrit ni témoignage externe ne la soutient, et que, comme le montre notre étude lexicale, le Canon d’Hippolyte lui-même ne la soutient pas non plus.

Nous avons ensuite examiné le Chronicon d’Hippolyte et constaté que, selon lui, Jésus est né 5 502 ans et 9 mois après l’anniversaire de la création du monde. Les données du Chronicon et du Canon indiquent que le monde aurait été créé à l’équinoxe de printemps, le 25 mars ; Jésus serait donc né neuf mois plus tard, le 25 décembre. Cela correspond parfaitement au Commentaire sur Daniel.

Cependant, le Commentaire sur Daniel diffère du Chronicon en ce qu’il affirme que Jésus fut conçu 5 500 ans — et non 5 502 ans — après la création du monde. Il attribue aussi à Jésus deux années de vie supplémentaires, tout en conservant la même date de sa mort que dans le Canon et le Chronicon. Ces différences s’harmonisent en réalité avec la méthode exposée dans le Canon, car si l’on recule la vie de Jésus de deux ans dans le Canon tout en conservant la même date de mort, comme le fait le Commentaire sur Daniel, alors le Canon indiquerait que Jésus a été conçu à l’équinoxe de printemps, le 25 mars −4, soit 5 500 ans après la création, exactement comme le suggère le Commentaire sur Daniel. Hippolyte aurait donc considéré que Jésus était né le 25 décembre, exactement neuf mois plus tard, ce qui est confirmé par son Chronicon et explicitement affirmé dans son Commentaire sur Daniel 

Il est difficile de penser que cette concordance précise de tous ces chiffres soit fortuite ; elle suggère fortement qu’Hippolyte pensait que Jésus avait été conçu à la Pâque du 25 mars −4, à l’équinoxe de printemps, 5 500 ans après la création, mais qu’il modifia ensuite son opinion en situant cette conception à la Pâque du 2 avril −2. En revanche, il ne semble jamais avoir changé d’avis concernant le jour et le mois de la naissance de Jésus, puisqu’il affirme dans son Commentaire sur Daniel que Jésus est né le 25 décembre — œuvre probablement rédigée entre 202 et 211 apr. J.-C., durant la persécution sévérienne. Plus tard, dans son Chronicon, rédigé vers 235, il affirme que Jésus est né neuf mois après l’anniversaire de la création du monde, ce qui correspond au solstice d’hiver, le 25 décembre, comme dans son Commentaire sur Daniel.

Il semble donc très probable que la confusion dans la tradition manuscrite provienne d’un copiste ancien qui, comme Épiphane, préférait une autre date pour la naissance de Jésus et tenta de remplacer le 25 décembre par celle qu’il jugeait correcte. Une autre possibilité est qu’un copiste, troublé par le témoignage du Canon d’Hippolyte, ait cherché à « corriger » la date du 25 décembre.

Cependant, même si l’on rejetait toutes ces preuves en faveur de l’authenticité du passage contesté et que l’on suivait la lecture du manuscrit J, les calculs précédents resteraient valables. En effet, ce manuscrit affirme également que Jésus avait 32 ans à sa mort et qu’il avait été conçu 5 500 ans après la création du monde. Comme précédemment, cela permettrait de faire remonter sa naissance à l’an −4 dans le Canon, impliquant une conception à la Pâque, le 25 mars (équinoxe de printemps), et suggérant fortement une naissance neuf mois plus tard, le 25 décembre — conclusion confirmée par les données du Chronicon."

Enfin, même si l’on rejetait l’authenticité de tous les manuscrits du Commentaire sur Daniel, y compris le manuscrit J, on pourrait encore soutenir avec force qu’Hippolyte pensait que Jésus était né le 25 décembre. En effet, il affirme dans son Chronicon que Jésus est né neuf mois après l’anniversaire de la création du monde. Or, en comparant ses calculs dans le Chronicon et le Canon, on constate qu’il situait la création du monde à l’équinoxe de printemps, le 25 mars ; neuf mois plus tard correspond précisément au 25 décembre, date à laquelle Hippolyte pensait que Jésus était né.

On peut donc affirmer avec assurance qu’entre 202 et 211 apr. J.-C., Hippolyte situait la naissance de Jésus au 25 décembre. Cette date n’a manifestement rien à voir avec des fêtes païennes, mais découle de l’idée que Jésus a été conçu à la Pâque.

Cette date fut choisie parce qu’elle correspondait exactement à la conception selon laquelle la terre avait été créée à l’équinoxe de printemps, et que Jésus avait été conçu et était mort ce même jour, le 25 mars, également associé à la Pâque. Toutefois, rien n’indique que cela repose sur une tradition historique concernant Jésus ; il s’agit plutôt de calculs rétroactifs erronés fondés sur des datations inexactes des Pâques anciennes."

Conclusion : 

Au début du IIIe siècle, bien avant que le 25 décembre soit officiellement déclaré Dies Natalis Solis Invicti en 274 par l'empereur AurélienHippolyte de Rome enseignait une naissance de Jésus le 25 décembre, notamment dans son Commentaire sur Daniel, où cette date est explicitement mentionnée dans la majorité des manuscrits. 

En réalité, trois écrits d’Hippolyte sont utilisés par le professeur Schmidt dans sa démonstration : le Commentaire sur Daniel qui dit explicitement 25 décembre, le Canon qui parle de la conception de Jésus à la Pâque, le Chronicon qui confirme le schéma “25 mars + 9 mois = 25 décembre”. 

Ensemble, ils convergent tous trois vers le 25 décembre

Il est clair que cette date n'a rien à voir avec la fête païenne du Sol Invictus et n'a pas été copiée sur ladite.

PEB.