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mercredi 7 octobre 2026

Photius, ou la fabrication d’un schisme.


Dans ce livre exceptionnel de Francis Dvornik, publié par Cambridge University Press en 1948, puis réimprimé, il ne s’agit pas seulement de raconter ce que l’Occident appelle traditionnellement le « schisme de Photius », mais de séparer, dans une mémoire ecclésiastique vieille de plus de mille ans, l’événement de sa légende, le document de son commentaire, le conflit réel de la reconstruction polémique qui en fut faite. 

Photius n’est pas un personnage secondaire de l’histoire byzantine. Peu d’hommes ont été chargés d’une telle masse de significations contradictoires. Pour une partie de la tradition occidentale, il est devenu le prototype du patriarche oriental rebelle, ambitieux, faussaire, adversaire de Rome, l’ancêtre intellectuel du schisme de 1054. Pour l’Orient orthodoxe, il est saint Photius le Grand, défenseur de l’orthodoxie, adversaire du Filioque, immense érudit et témoin de la liberté canonique de l’Église de Constantinople. Dvornik ouvre son enquête sur cette contradiction. Il constate que Photius est à la fois saint et héros pour l’Orient chrétien et, dans une certaine historiographie occidentale, l’homme auquel on impute d’avoir libéré les forces de la discorde et du schisme. Il rappelle même cette étrange postérité polémique qui conduisit certains auteurs à faire de lui, bien avant Luther, une sorte de premier insurgé contre la papauté. Or cette image est historiquement suspecte : l’orthodoxie de Photius ne se confond nullement avec les doctrines de la Réforme et celui que l’on avait transformé en précurseur de Luther appartenait en réalité au monde patristique oriental dont Luther lui-même ne pouvait être considéré comme l’héritier. Dès les premières pages, Dvornik avertit donc son lecteur : le Photius de la controverse n’est pas le Photius de l’histoire. 

Il faut mesurer ce que représentait une telle entreprise sous la plume de Dvornik. Celui-ci n’écrit pas un plaidoyer orthodoxe contre Rome. Prêtre catholique, historien de Byzance, spécialiste du monde slave et des rapports entre Constantinople et la papauté, il travaille à l’intérieur même d’une tradition historiographique occidentale dont il entreprend de réviser l’un des jugements les plus profondément enracinés. La portée de sa démonstration en devient plus considérable. Son propos n’est pas de remplacer une légende noire occidentale par une légende dorée orientale. Il s’efforce au contraire de reconstituer le mécanisme par lequel des documents polémiques, des accusations partisanes, des textes canoniques, des intérêts impériaux, des rivalités ecclésiastiques et les ambitions concurrentes de Rome et de Constantinople ont fini par produire une représentation presque mythologique du IXe siècle. Dvornik explique dans sa préface que l’étude de la vie des apôtres slaves Constantin Cyrille et Méthode l’avait progressivement convaincu que l’histoire du patriarche devait être entièrement reprise. Son examen des collections de documents anti-photiens lui fit découvrir que les sources sur lesquelles reposait la représentation du « second schisme » étaient loin de posséder la valeur qu’on leur avait attribuée et que ce que l’on racontait d’une seconde rupture entre Photius et Rome relevait, selon le mot extrêmement fort qu’il emploie, d’une véritable « mystification ». Voilà le cœur du livre : non une absolution sentimentale de Photius, mais une révision du dossier par critique des sources.

Pour comprendre l’affaire, il faut oublier un instant 1054. L’un des anachronismes les plus dangereux consiste à lire le IXe siècle comme si les deux chrétientés y étaient déjà devenues deux Églises étrangères. Elles ne le sont pas. Rome et Constantinople peuvent s’affronter avec une extraordinaire violence ; elles peuvent se disputer des territoires de juridiction, s’accuser mutuellement d’irrégularités canoniques, s’excommunier même ; elles demeurent pourtant à l’intérieur d’un monde ecclésial où la communion peut être rompue puis rétablie et où nul n’imagine encore nécessairement que la rupture soit irréversible. Dvornik restitue ce monde mouvant, beaucoup moins simple que ne le feront les controversistes ultérieurs. La crise photienne n’est pas à l’origine une querelle abstraite entre « catholicisme » et « orthodoxie ». Elle naît au cœur de la vie politique et religieuse de Constantinople, dans les séquelles de l’iconoclasme, les rivalités entre partis ecclésiastiques et la succession difficile du patriarche Ignace.

Le décor est essentiel. La restauration définitive des images en 843 avait mis fin à la grande crise iconoclaste, mais elle n’avait nullement pacifié la société byzantine. Dvornik insiste sur l’existence de sensibilités qu’il désigne volontiers comme « Modérés » et « Extrémistes ». Les termes ne doivent pas être transformés en partis modernes, mais ils rendent intelligible un conflit durable. Une tendance monastique rigoureuse, particulièrement attachée à la tradition studite, entendait appliquer avec une grande sévérité les sanctions ecclésiastiques. D’autres responsables ecclésiastiques cherchaient davantage l’oikonomia, l’accommodement pastoral et le retour à la paix. Cette opposition avait précédé Photius. Elle avait déjà marqué les patriarcats de Taraise, Nicéphore et Méthode. Dvornik montre même que les querelles internes au monde byzantin sont indispensables pour comprendre pourquoi des témoignages contemporains ou postérieurs se révèlent d’une virulence telle que l’historien qui les prend au pied de la lettre obtient nécessairement une caricature. Les écrits des adversaires de Photius lui paraissent porter les marques d’une littérature de parti, issue d’une société où deux camps politico-religieux vivaient dans une hostilité permanente.

Ignace lui-même n’est donc pas simplement le « bon patriarche » auquel s’opposerait le « mauvais Photius ». Dvornik n’en nie nullement la sainteté personnelle. Il souligne au contraire les qualités qui lui valurent une immense vénération. Mais l’homme était peu préparé aux raffinements politiques et canoniques d’une capitale où chaque décision ecclésiastique devenait immédiatement une affaire de gouvernement. Son accession au patriarcat avait déjà été entourée d’irrégularités. Le conflit qui l’opposa au puissant Bardas, oncle de l’empereur Michel III, transforma bientôt une opposition ecclésiastique en crise politique. Ignace refusa notamment certaines concessions demandées par le pouvoir. Finalement éloigné, il cessa d’exercer le patriarcat dans des circonstances qui devinrent elles-mêmes l’un des principaux objets de la controverse. Avait-il abdiqué ? Avait-il été déposé ? Sa renonciation avait-elle été libre ou arrachée par la contrainte ? Toute la légitimité de Photius allait bientôt dépendre de la réponse donnée à ces questions.

C’est ici que Dvornik déploie le mieux sa méthode. Il ne se contente jamais d’un récit tardif lorsque des témoignages contradictoires permettent de remonter vers l’événement. La tradition anti-photienne avait fini par présenter Ignace comme un patriarche demeuré canoniquement en fonction et Photius comme l’usurpateur installé sur son siège par le pouvoir impérial. Mais plusieurs documents examinés par Dvornik remettent radicalement en question ce tableau. Les sources ignatiennes elles-mêmes ne sont pas unanimes. Certaines nient l’abdication ; d’autres la supposent ou la reconnaissent. Le témoignage de Théognoste, pourtant partisan passionné d’Ignace, est embarrassant pour la version traditionnelle : Dvornik y voit la confirmation que les Ignatiens avaient d’abord admis la démission d’Ignace avant de revenir sur leur position sous la pression des éléments les plus radicaux. Le mot grec utilisé dans le document avait d’ailleurs été traduit de façon tendancieuse par « déposition » alors que Dvornik estime qu’il faut comprendre « abdication ». Ce détail philologique est typique de son travail : une légende ecclésiastique peut tenir à une traduction, et une traduction peut finir par gouverner plusieurs siècles d’historiographie.

Le choix de Photius prend alors une autre signification. Il n’est pas encore ecclésiastique. Il appartient à une grande famille constantinopolitaine, possède une culture encyclopédique, a exercé de hautes fonctions civiles et jouit d’un immense prestige intellectuel. Dvornik rappelle le rôle de la renaissance intellectuelle byzantine dont Photius est l’une des figures centrales. Il est de ces hommes grâce auxquels la culture grecque antique fut conservée, lue, commentée et transmise. Son accession au patriarcat n’est donc pas l’aventure d’un intrigant obscur qui aurait découvert soudainement une vocation sacerdotale parce qu’un trône devenait disponible. C’est la promotion d’un des personnages les plus considérables de l’Empire, choisi parce qu’il pouvait apparaître comme une solution de compromis entre les factions. Dvornik souligne que l’influence intellectuelle de Photius déborde largement l’histoire ecclésiastique : son œuvre participa à la transmission de la culture classique grecque aux générations byzantines ultérieures. 

Reste une difficulté célèbre : Photius reçut tous les degrés ecclésiastiques en quelques jours. Cette ascension fulgurante a nourri pendant des siècles l’accusation d’irrégularité. Dvornik ne nie pas le fait. Il le replace dans la pratique byzantine et rappelle que des précédents existaient, notamment pour Taraise et Nicéphore. La procédure pouvait choquer, elle n’équivalait pas pour autant à l’illégalité monstrueuse qu’y virent plus tard certains polémistes. Plus grave était la participation de Grégoire Asbestas, évêque de Syracuse, à la consécration. Celui-ci était en conflit avec Ignace et son statut canonique était contesté. Mais, là encore, Dvornik reconstitue une situation moins nette que la légende : le jugement porté contre Grégoire faisait lui-même l’objet d’un appel et Rome n’avait pas définitivement confirmé la condamnation. L’affaire était donc sub judice. On mesure la distance qui sépare cette complexité du récit ultérieur selon lequel un évêque régulièrement condamné aurait consacré sciemment un intrus.

La crise aurait peut-être pu s’éteindre là. Photius, une fois élu, a recherché la réconciliation. Dvornik souligne que son accession avait d’abord procuré à Constantinople une certaine paix et qu’il annonça la restauration de la concorde. Mais l’accord entre les factions se rompit rapidement. Les partisans radicaux d’Ignace revinrent sur le compromis ; Photius réagit ; les condamnations se multiplièrent ; et Rome entra alors dans l’affaire. C’est à ce moment que le drame change d’échelle. Une querelle constantinopolitaine devient une question ecclésiologique mettant aux prises deux conceptions de l’autorité, deux traditions canoniques et, bientôt, deux puissances politiques.

Nicolas Ier est l’autre grande figure du livre. Dvornik ne le caricature pas davantage que Photius. Il reconnaît son énergie, son intelligence, la hauteur de sa conception du pontificat et son désir de restaurer l’autorité romaine. Mais parce que Nicolas possède une conception très forte de la fonction pontificale, l’affaire d’Ignace lui offre l’occasion de faire reconnaître à Constantinople un droit romain de jugement dont les Byzantins n’avaient pas la même compréhension. Rome reçoit les appels. Elle veut examiner la déposition d’Ignace et l’élection de Photius. Le pape envoie à Constantinople les légats Radoald de Porto et Zacharie d’Anagni. Le concile de 861 devait devenir l’un des moments décisifs de l’affaire.

Or ce concile ne correspond guère à l’image simplifiée d’une assemblée manipulée par Photius. Dvornik étudie longuement la conduite des légats pontificaux. Ceux-ci participèrent aux débats, entendirent l’affaire et acceptèrent la condamnation d’Ignace. Le problème est qu’ils dépassèrent les pouvoirs que Nicolas Ier leur avait confiés. Dvornik l’admet sans détour : en prononçant au nom du pape une sentence contre Ignace, ils avaient excédé les limites de leur mandat, Nicolas s’étant réservé la décision finale. Mais il refuse d’en conclure, comme le firent les adversaires de Photius, que leur conduite s’explique nécessairement par la corruption ou la violence. Son jugement est plus intéressant : les légats étaient des canonistes expérimentés, conscients des intentions pontificales, mais ils se trouvèrent placés devant une Église de Constantinople capable de faire valoir ses propres droits et ses propres arguments. Dvornik écrit qu’en cette circonstance Constantinople reconnut « pleinement et librement », peut-être pour la première fois d’une manière aussi nette, le droit du pontife romain à juger un patriarche byzantin ; mais ce jugement se déroula selon des modalités qui ne correspondaient pas exactement à ce que Nicolas avait voulu. 

Le paradoxe apparaît alors. Rome peut considérer l’intervention de ses légats comme insuffisante parce qu’ils ont dépassé leur mandat, tandis que Constantinople peut estimer avoir déjà accepté une intervention romaine considérable. Chacun pense avoir consenti davantage que l’autre ne veut le reconnaître. Cette dissymétrie est l’un des moteurs du conflit. Nicolas annule la décision de ses légats et refuse de reconnaître Photius. Les Byzantins, eux, ne comprennent pas qu’une affaire examinée conciliairement en présence des représentants romains puisse être recommencée comme si rien n’avait eu lieu. Le différend personnel devient un différend institutionnel.

Il serait pourtant faux, selon Dvornik, de projeter immédiatement sur Photius une théorie orientale du rejet de la primauté romaine. C’est l’un des points les plus importants de son ouvrage. Photius ne commence nullement sa carrière patriarcale comme adversaire doctrinal de Rome. Il cherche au contraire la reconnaissance de Nicolas. Même après les premières difficultés, son attitude envers la papauté demeure prudente. Dvornik combat donc la lecture téléologique qui imagine Photius préparant depuis plusieurs années une attaque méthodique contre la primauté romaine. Jusqu’au concile de 867, écrit-il en substance, Photius s’était montré remarquablement réservé. L’historien juge même son attitude « parfaitement digne » pendant cette phase : après le refus de Nicolas, il ne lança pas immédiatement la contre-offensive que lui prêterait plus tard la légende. 

Puis survient la Bulgarie. Il est difficile de surestimer son importance. La querelle n’est plus seulement celle d’Ignace et de Photius ; elle concerne désormais la géographie future du christianisme européen. Le khan Boris s’était converti et son peuple devait être intégré à une structure ecclésiastique. Constantinople estimait naturellement que la Bulgarie appartenait à son aire d’évangélisation et de juridiction. Boris, soucieux d’échapper à une dépendance trop étroite envers Byzance, se tourna vers Rome. Nicolas Ier saisit l’occasion. Des missionnaires latins furent envoyés en Bulgarie, et le pape répondit aux nombreuses questions du souverain bulgare dans les célèbres Responsa ad consulta Bulgarorum. Dvornik, qui n’a rien d’un pamphlétaire antiromain, parle de cette lettre comme d’un « chef-d’œuvre de sagesse pastorale » et de l’un des plus beaux documents de l’histoire de la papauté. Cette appréciation mérite d’être retenue : elle montre assez combien sa réhabilitation de Photius ne repose pas sur un parti pris confessionnel simpliste.

Mais la présence franque en Bulgarie introduit un élément explosif. Les usages liturgiques et disciplinaires diffèrent. Les missionnaires occidentaux critiquent certaines pratiques grecques. Surtout apparaît la question de la procession du Saint-Esprit et du Filioque. Le conflit juridictionnel commence à devenir théologique. Il faut ici encore résister à l’anachronisme. Le Filioque n’est pas encore officiellement récité à Rome dans le Credo comme il le sera plus tard. La querelle porte notamment sur l’enseignement des missionnaires francs et sur l’introduction d’une formule que les Grecs dénoncent comme étrangère au symbole œcuménique. Photius réagit avec une vigueur qui fera de lui, dans la mémoire orthodoxe, le grand adversaire du Filioque. Mais l’enchaînement est capital : ce n’est pas une haine primitive de Rome qui produit le conflit bulgare ; c’est le conflit bulgare qui transforme une querelle canonique en affrontement doctrinal.

Le concile de 867 constitue ainsi le point de rupture. Photius condamne la politique occidentale en Bulgarie et s’en prend à Nicolas. Dvornik ne cherche pas à l’innocenter de tout. C’est même l’une des pages les plus remarquables du livre : après avoir démonté les accusations exagérées de la tradition anti-photienne, il juge sévèrement la décision du patriarche de porter un jugement sur le pape. Selon lui, Photius commit alors une faute historique grave. Il accomplit un geste sans précédent dans l’histoire, geste qui mettait en danger l’unité de la chrétienté et qui fournirait un précédent à ceux qui, plus tard, briseraient cette unité. Dvornik qualifie la décision de prématurée, inconsidérée et lourde de conséquences. On ne saurait mieux montrer que son entreprise n’est pas une hagiographie.

Mais l’histoire possède ici l’une de ces ironies dont elle est prodigue. Au moment même où Photius engage son offensive contre Nicolas, le pape meurt, le 13 novembre 867. Quelques semaines auparavant, une révolution de palais avait également bouleversé Constantinople. Michel III avait été assassiné. Basile Ier devenait empereur. Photius perdait son protecteur et bientôt son siège. Ignace était rétabli. Le conflit qui semblait opposer deux hommes et deux sièges changeait encore une fois de configuration avant même que ses protagonistes pussent mesurer les effets de leurs décisions.

Le concile de 869-870 entre alors en scène. C’est lui que l’Occident latin finira par compter comme huitième concile œcuménique. Photius y est condamné. La tradition occidentale classique y verra pendant des siècles la conclusion canonique de l’affaire : l’intrus est déposé, Ignace restauré, Rome triomphe et l’Église universelle sanctionne la conduite du patriarche rebelle. Pourtant, parce que Dvornik refuse de terminer l’histoire au moment où la légende occidentale voudrait qu’elle s’arrête, tout change. Car Photius va revenir. Plus étonnant encore, son retour ne produira pas la rupture définitive avec Rome que la logique du récit traditionnel semblerait imposer.

La réconciliation entre Photius et Ignace est à cet égard essentielle. Les deux hommes que les polémistes ont transformés en emblèmes de deux camps irréconciliables finirent par se rapprocher. Après la mort d’Ignace en 877, Photius retrouve le patriarcat. Si l’image traditionnelle était exacte, nous devrions alors assister à un nouveau schisme irréversible : Rome devrait considérer comme impossible le retour de l’homme solennellement condamné en 869-870. Or c’est ici que Dvornik porte son coup le plus décisif contre la légende photienne. Rome et Constantinople vont négocier. Le pape Jean VIII adopte une politique de conciliation. Un nouveau concile se réunit à Constantinople en 879-880. Photius y siège comme patriarche. Les légats romains y participent. La communion est rétablie.

Cette séquence est capitale parce qu’elle oblige à poser la question que l’historiographie polémique avait souvent contournée : si Photius était réellement, aux yeux de Rome, l’archihérésiarque et l’usurpateur définitivement condamné par un concile œcuménique, comment expliquer que la papauté ait pu entrer de nouveau en communion avec lui ? Il ne suffit pas de répondre que Jean VIII aurait été trompé. C’est l’une des légendes que Dvornik entreprend d’examiner. Pendant longtemps, certains récits occidentaux expliquèrent la réconciliation en soutenant que Photius avait falsifié des lettres pontificales, trompé les légats ou manipulé les actes du concile. Cette image du Grec retors, maître en falsifications, convenait admirablement à la légende ; elle résiste beaucoup moins bien à la critique documentaire.

C’est là que le titre History and Legend prend tout son sens. L’histoire du premier conflit ne suffit pas. Il faut expliquer pourquoi l’Occident a fini par oublier ou déformer la réconciliation. La seconde partie de l’ouvrage suit donc la lente fabrication de la mémoire anti-photienne. Dvornik examine la littérature latine jusqu’au XIIe siècle, les collections canoniques, la liste des conciles œcuméniques, les traditions grecques et latines, puis les controverses de l’époque de l’union et de la séparation définitive. Le schisme de Photius devient alors un objet historiographique autant qu’un événement du IXe siècle.

La question du « huitième concile » est révélatrice. Aujourd’hui encore, un catholique cultivé peut croire spontanément que Constantinople IV, en 869-870, a toujours été reconnu en Occident comme le huitième concile œcuménique, tandis que les Orientaux l’auraient rejeté par fidélité à Photius. Dvornik montre que l’histoire est beaucoup plus compliquée. La reconnaissance des conciles n’a pas toujours correspondu à la liste scolaire fixée ultérieurement. La table même de son ouvrage consacre plusieurs chapitres à « l’œcuménicité du huitième concile dans la tradition médiévale occidentale », puis à « Photius et le huitième concile dans la tradition orientale ». Cela signifie que la qualification œcuménique de 869-870 possède elle-même une histoire. Elle ne peut être projetée rétrospectivement sur le IXe siècle comme une évidence unanimement reconnue depuis le jour de la clôture du concile.

Cette observation conduit à une conséquence considérable. La séparation de 1054 n’est plus la simple reprise d’un schisme commencé par Photius deux siècles auparavant. Le fameux « schisme photien » apparaît au contraire comme une crise grave mais résolue. Les relations entre Rome et Constantinople ont été rétablies. Photius lui-même a terminé sa carrière ecclésiastique non comme le chef d’une Église définitivement séparée de Rome, mais comme un patriarche avec lequel Rome avait renoué la communion. Cela n’efface ni les désaccords doctrinaux ni la rivalité des juridictions. Cela interdit simplement de tracer une ligne droite de 867 à 1054.

L’importance historiographique de cette conclusion est immense. Car les récits confessionnels aiment les généalogies simples. L’Occident avait besoin d’un premier rebelle oriental annonçant Michel Cérulaire ; l’Orient avait besoin d’un premier grand confesseur résistant aux prétentions romaines. Le même homme pouvait admirablement remplir les deux fonctions. La légende anti-photienne et la légende pro-photienne, quoique contradictoires, partageaient ainsi une même tentation : faire de Photius l’homme du schisme. Dvornik rend au personnage quelque chose de beaucoup plus intéressant que cette fonction symbolique : il lui rend son époque et sa vérité.

Cette époque n’est pas encore celle des catégories confessionnelles modernes. Lorsque les Byzantins parlent de Rome, ils ne parlent pas d’une Église étrangère. Lorsqu’ils contestent une décision pontificale, ils ne nient pas nécessairement toute primauté romaine. Lorsque Nicolas Ier affirme son autorité, il n’expose pas la doctrine de Vatican I. L’un des mérites constants de Dvornik est de restituer aux mots leur contexte. Rome possède incontestablement une primauté. Les Byzantins la reconnaissent. Ils sollicitent le pape, lui adressent des appels, acceptent ses légats et accordent au siège romain un prestige singulier. Mais la nature, l’étendue et les conséquences canoniques de cette primauté ne font pas l’objet d’une définition identique de part et d’autre.

Le dossier de Grégoire Asbestas l’illustre admirablement. Ses partisans font appel à Rome comme à une juridiction supérieure, et Dvornik souligne ce fait. Mais il note également qu’un appel à Rome n’implique pas nécessairement l’acceptation de toutes les prétentions juridictionnelles que l’Occident formulera par la suite. L’histoire du IXe siècle résiste ainsi aux appropriations faciles. Le catholique qui voudrait y trouver déjà toute l’ecclésiologie pontificale médiévale en sera pour ses frais.

Dvornik est attentif aux canons de Sardique. La question de l’appel au siège romain en dépend en partie. Mais les deux traditions ne leur attribuent pas exactement le même statut. L’auteur note que Photius pouvait légitimement rappeler que Constantinople n’avait pas reçu ces dispositions de la même manière que Rome. Il faut comprendre ce détail pour saisir pourquoi chaque camp pouvait avoir le sentiment de défendre le droit canonique contre l’autre. La tragédie n’oppose donc pas simplement l’obéissance à la rébellion. Elle oppose des traditions canoniques partiellement divergentes qui n’ont pas encore pris conscience de la profondeur de leur divergence.

Les grandes séparations historiques sont rarement produites par une seule erreur doctrinale ou un seul homme. Elles naissent de l’accumulation de décisions qui, prises isolément, paraissent parfois réversibles. Un conflit sur la succession d’Ignace rencontre une rivalité de juridiction. Cette rivalité rencontre l’expansion missionnaire. L’expansion missionnaire rencontre la question bulgare. La question bulgare rencontre les usages francs. Les usages francs rencontrent le Filioque. Le désaccord théologique rencontre ensuite la mémoire des condamnations. Enfin, plusieurs siècles de polémique reconstruisent l’ensemble comme s’il avait été orienté dès le premier jour vers le schisme final.

C’est peut-être ici que Dvornik est le plus moderne. Il fait l’histoire non seulement des événements, mais de leur mémoire. Le schisme photien devient un exemple presque expérimental de la manière dont une tradition fabrique son passé. Une accusation est lancée dans une polémique. Elle est reprise par un chroniqueur. Le chroniqueur devient source. La source entre dans une collection canonique. La collection acquiert une autorité. Un historien ultérieur lit l’événement à travers elle. Une génération suivante cite l’historien comme confirmation indépendante. Au bout de plusieurs siècles, l’hypothèse initiale est devenue un « fait » dont chacun se demande seulement comment l’expliquer. Dvornik remonte ce mécanisme à rebours.

Son examen des sources hostiles à Photius est à cet égard exemplaire. Il ne les écarte pas parce qu’elles sont hostiles. Il les confronte entre elles. Or elles se contredisent parfois sur des points essentiels. Le Photius démoniaque que certaines d’entre elles mettent en scène aurait persécuté Ignace, corrompu des légats, fabriqué des documents, violé les canons, inventé des hérésies et préparé méthodiquement sa rébellion contre Rome. Mais lorsque Dvornik rapproche les témoignages contemporains, examine leur provenance et replace les accusations dans les luttes entre factions byzantines, cette construction se fissure. Il note avec une ironie très contenue que certaines histoires extraordinaires concernant Photius présentent davantage les signes de la « imagination fantastique » que ceux d’un témoignage historique digne de confiance. 

Ce qui se dessine peu à peu est donc moins l’histoire d’un coupable que celle d’un engrenage. Chacun des acteurs agit à partir d’une représentation partiellement exacte de la situation. Ignace estime défendre la discipline ecclésiastique. Photius estime avoir été canoniquement élu après la renonciation de son prédécesseur. Nicolas estime qu’un appel à Rome et les droits du siège apostolique l’autorisent à intervenir. L’empereur estime qu’il doit préserver l’ordre de l’Église et de l’État. Boris cherche l’autonomie de la Bulgarie. Les missionnaires francs pensent enseigner la vraie foi et la bonne discipline. Les Grecs voient dans leurs innovations une menace. Chaque geste produit chez l’autre la confirmation de ses craintes.

Le grand mérite de Dvornik est d’avoir compris que le schisme ne devient inévitable qu’après coup. Dans le temps vécu des acteurs, plusieurs portes demeurent ouvertes. Il remarque ainsi qu’après les premières tensions, une meilleure compréhension aurait encore été possible. Même certaines lettres de Nicolas laissent entrevoir la possibilité d’un compromis. À propos de la période précédant 867, il écrit que la lettre pontificale « laisse une porte ouverte aux perspectives d’une compréhension mutuelle ». Cette phrase pourrait servir d’épigraphe à tout le livre. L’histoire de la séparation est aussi celle des portes qui se ferment successivement.

L’historien n’écrit évidemment pas l’histoire contrefactuelle ; il montre simplement combien le futur demeurait ouvert. Cette manière de restituer les possibles perdus empêche de faire de 1054 la conclusion mécanique de 867. Deux siècles séparent les événements. Deux siècles pendant lesquels Rome et Constantinople restent en communion malgré des tensions considérables. Deux siècles pendant lesquels Photius peut être condamné, réhabilité, réconcilié avec Rome, puis transformé par les générations suivantes en symbole de la rupture. L’histoire réelle est l’inverse de la légende : le « père du schisme » avait vu son propre schisme guéri.

Chaque séparation produit rétrospectivement ses prophètes. Une fois Rome et Constantinople séparées, on recherche les hommes qui avaient annoncé la séparation. Photius est disponible. Il a combattu le Filioque. Il a affronté un pape. Il a défendu Constantinople. Il devient donc naturellement le précurseur de 1054 ! Mais l’histoire réelle refuse ce rôle trop bien écrit. Le même Photius rechercha la reconnaissance romaine, accepta la primauté d’honneur de Rome, fut rétabli en communion avec le pape et mourut sans avoir fondé une Église séparée.

Il serait tout aussi abusif d’utiliser Dvornik pour soutenir que les divergences entre Rome et Constantinople étaient insignifiantes. Elles ne l’étaient pas. Son livre montre au contraire qu’elles existaient déjà, parfois profondément. La question de la juridiction pontificale, celle du territoire bulgare, les différences canoniques, la place des coutumes latines, la doctrine de la procession du Saint-Esprit constituent de véritables points de friction. Mais divergence n’est pas encore séparation. C’est précisément cette distinction que les lectures confessionnelles ont tendance à effacer.

La question du Filioque mérite ici une attention particulière. Pour Photius, il ne s’agit pas d’un détail verbal. L’addition occidentale touche à la théologie trinitaire et à l’autorité même du symbole de Nicée-Constantinople. Cependant l’Occident du IXe siècle n’est pas homogène. Les Francs sont plus offensifs que Rome sur ce point. La papauté ne récite pas encore le Credo avec l’addition. La future ligne de partage confessionnelle traverse donc encore l’Occident lui-même. Là encore, l’historien qui connaît la conclusion risque de projeter sur le commencement une uniformité qui n’existait pas.

The Photian Schism demeure un modèle de critique historique appliquée à un sujet confessionnel. Dvornik possède des convictions ; il ne prétend pas écrire depuis un lieu imaginaire où toute appartenance aurait disparu. Mais il soumet les récits de sa propre tradition à la même critique que ceux de la tradition adverse. C’est probablement ce qui donne au livre sa force. Il est beaucoup plus facile d’identifier les mythes historiques de l’autre camp que les siens.

On pourra évidemment discuter certaines catégories de Dvornik. Son opposition entre « Modérés » et « Extrémistes » peut parfois donner aux factions byzantines une cohérence excessive. Son admiration pour Photius transparaît. Sa volonté de corriger l’historiographie anti-photienne l’amène naturellement à consacrer beaucoup plus d’énergie aux accusations contre Photius qu’aux constructions apologétiques de ses défenseurs. Depuis 1948, la byzantinologie a produit de nouveaux travaux et affiné plusieurs dossiers. Mais aucune de ces réserves n’a annulé la révolution historiographique opérée par l’ouvrage.

Il faut surtout rendre justice à la subtilité de sa conclusion implicite. Dvornik ne dit pas : « l’Orient avait raison et Rome avait tort ». Il dit quelque chose de beaucoup plus intéressant : l’histoire qui avait permis de poser ainsi la question était fausse. Une fois le dossier repris, les catégories du procès deviennent insuffisantes. Nicolas Ier n’est pas le tyran pontifical de certaines histoires orthodoxes ; Photius n’est pas le faussaire ambitieux de certaines histoires latines ; Ignace n’est ni l’innocente victime absolue ni le simple instrument d’un parti. Tous sont pris dans un conflit dont ils ne mesurent pas entièrement les conséquences.

L’affaire photienne devient une méditation sur la contingence historique. Les hommes du IXe siècle ne savent pas qu’ils vivent « avant le schisme ». Cette expression n’existe que pour nous. Ils vivent dans une Église encore commune dont ils se disputent précisément les règles parce qu’ils considèrent encore qu’elle est commune. C’est ce paradoxe qu’il faut garder à l’esprit. Si Rome et Constantinople avaient déjà été deux Églises totalement étrangères, la crise photienne aurait été beaucoup moins violente. On ne se dispute avec une telle passion que sur ce que l’on croit encore posséder ensemble.

La primauté romaine elle-même apparaît sous ce jour. Les Byzantins ne la nient pas simplement : ils en contestent certaines interprétations. Rome n’invente pas arbitrairement son prestige : elle l’enracine dans une tradition ancienne, dans la mémoire de Pierre, dans les appels orientaux et dans son rôle doctrinal. Mais entre une primauté reconnue et une juridiction universelle définie dans les termes qui deviendront ceux du second millénaire, il existe un espace historique considérable. Le IXe siècle se situe dans cet espace.

Le concile de 879-880 acquiert alors une importance extraordinaire. Il est le signe que la crise n’était pas destinée à devenir schisme permanent. Rome accepte de traiter avec Photius. Photius retrouve sa place dans la communion. Les anathèmes et les condamnations n’ont donc pas la signification irréversible que leur attribuera la mémoire postérieure. Pour l’historien, ce fait est plus important que des siècles de commentaires qui l’ont obscurci.

On saisit également pourquoi Dvornik consacre tant d’attention à la fortune médiévale du concile de 869-870. Si sa qualité de « huitième concile œcuménique » n’a pas été immédiatement et uniformément établie en Occident, l’opposition traditionnelle entre un concile œcuménique catholique et un pseudo-concile orthodoxe devient historiquement anachronique. La réception d’un concile est elle-même un processus. Le statut que lui donne une époque ultérieure ne suffit pas à reconstituer la conscience qu’en avaient ses contemporains. C’est là une observation dont les conséquences ecclésiologiques dépassent largement le seul cas de Photius.

Au fond, le livre de Dvornik raconte deux schismes. Le premier est celui des hommes du IXe siècle, concret, violent, mais temporaire. Le second est celui que les générations postérieures ont construit dans leur mémoire, et celui-là fut beaucoup plus durable. Le premier fut guéri ; le second contribua à empêcher que les ruptures ultérieures le soient. C’est peut-être le paradoxe le plus saisissant de toute cette histoire : une crise réconciliée devint, dans le souvenir des chrétiens, une justification de leur séparation.

La légende possède en effet une force que l’événement n’a pas. L’événement est compliqué. Il oblige à distinguer. La légende simplifie. Elle donne des héros et des traîtres. Elle permet de raconter en quelques phrases pourquoi « nous » avions raison et pourquoi « ils » se sont séparés. Photius se prêtait admirablement à ce travail symbolique. Immense intellectuel, patriarche deux fois déposé et deux fois rétabli, adversaire d’un pape, critique du Filioque, acteur de l’évangélisation slave, il avait tout pour devenir un personnage de légende. L’historien devait lui restituer sa complexité.

Dvornik y réussit parce qu’il ne cherche jamais à diminuer Photius pour le rendre acceptable à l’Occident. Au contraire, son Photius demeure une personnalité exceptionnelle, consciente de la dignité de Constantinople et capable d’affronter Rome lorsqu’il l’estime nécessaire. Mais il n’est plus l’anti-pape oriental que la polémique avait imaginé. Il appartient encore à un monde où l’on peut résister à Rome sans vouloir créer une Église séparée de Rome.

Il faut alors relire le jugement particulièrement équilibré que Dvornik porte sur les années 861-867. Photius, dit-il, n’avait pas entrepris dès le commencement une campagne contre Nicolas. Il avait recherché sa reconnaissance et, après l’échec de cette démarche, conservé pendant plusieurs années un silence obstiné mais respectueux. Ce n’est qu’après l’affaire bulgare et l’offensive romaine qu’il changea radicalement d’attitude. Cette chronologie suffit à renverser la causalité traditionnelle. Photius n’entre pas au patriarcat pour combattre la papauté : il devient l’adversaire de Nicolas au terme d’une succession de conflits.

Nous vivons dans un temps qui prétend aimer la complexité mais transforme volontiers le passé en tribunal. Dvornik pratique la démarche inverse. Plus il connaît ses personnages, moins il peut les réduire. Les documents ne produisent pas une certitude morale croissante ; ils produisent une compréhension plus fine des contraintes dans lesquelles chacun agit.

À mesure que l’on referme The Photian Schism, une impression s’impose : la séparation entre Rome et Constantinople fut beaucoup moins inévitable qu’elle ne paraît lorsqu’on la regarde depuis aujourd’hui. Ce constat ne signifie pas qu’elle fut accidentelle au sens de superficielle. Les divergences étaient réelles et parfois profondes. Mais elles auraient pu recevoir d’autres développements. Le IXe siècle montre une chrétienté capable de frôler la rupture puis de restaurer la communion.

C’est là que le livre rejoint une question plus vaste : qu’est-ce qu’un schisme ? Est-ce un instant, une excommunication, un concile, une rupture de communion ? Ou bien un processus par lequel les deux parties cessent de considérer la communion comme l’état normal auquel il faut revenir ? Si l’on adopte cette seconde définition, la crise photienne n’est pas encore le Grand Schisme. Elle appartient à l’histoire des occasions où celui-ci aurait pu commencer et où, pourtant, il ne commença pas définitivement.

La différence est immense. Elle transforme Photius de fondateur du schisme en témoin d’une époque où la rupture pouvait encore être surmontée. Elle transforme également le concile de 879-880 en événement d’une portée œcuménique exceptionnelle : après les condamnations, les humiliations, les anathèmes et les conflits de juridiction, Rome et Constantinople réussirent encore à se reconnaître.

Voilà pourquoi The Photian Schism. History and Legend reste bien davantage qu’une monographie savante sur une querelle byzantine. C’est un livre sur la fabrication du passé chrétien. Dvornik y montre comment l’histoire devient légende, comment la légende devient tradition historiographique et comment cette tradition finit par modifier la perception que les Églises ont d’elles-mêmes. La démonstration est d’autant plus puissante qu’elle vient d’un historien catholique travaillant sur l’un des personnages les plus longtemps condamnés par l’historiographie catholique.

Pendant des siècles, on demanda ce que Photius avait fait pour rompre l’unité de l’Église. Dvornik nous oblige à poser une question inverse : comment se fait-il qu’après tant de violences, tant de condamnations et tant de malentendus, l’unité ait encore pu être restaurée ? La réponse importe infiniment plus que la vieille légende du patriarche rebelle. Car l’histoire de Photius, débarrassée de ce que les siècles ont ajouté à son dossier, ne raconte pas seulement comment les chrétiens se divisent. Elle rappelle qu’ils se sont aussi réconciliés. Et c'est cette vérité que la légende a fini par nous faire oublier.