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jeudi 8 octobre 2026

La communion des enfants : vous avez dit Tradition ?




Vous avez dit tradition ?
« Mais Jésus dit : “Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.” »
– Matthieu 19:14.
Le baptême des petits enfants, était pratiqué dans le christianisme ancien. Il est clairement attesté vers l’an 200.
Au IIIᵉ siècle, Origène la présente comme une tradition apostolique. Dans son Commentaire sur l’épître aux Romains, V, 9, il affirme que l’Église a reçu des apôtres la tradition de baptiser également les petits enfants. C’est un témoignage ancien sur l’origine revendiquée de cette pratique.
Vers 252–253, la lettre de Cyprien à Fidus est encore plus précise : elle concerne des nouveau-nés. Fidus s’interroge sur la nécessité d’attendre le huitième jour, par analogie avec la circoncision. Cyprien lui répond, au nom d’un concile de soixante-six évêques, qu’il n’est pas nécessaire d’attendre. Le débat porte donc sur le délai après la naissance, et non sur l’obligation d’attendre une profession de foi personnelle.
Recevaient-ils la communion ? Bien sûr ! Même les nourrissons baptisés recevaient la communion dans l’Église ancienne. Cette pratique est explicitement attestée au IIIᵉ siècle, y compris dans l’Occident latin.
Vers 251, Cyprien de Carthage en donne un témoignage concret. Dans De lapsis, chapitre 25, il raconte qu’une toute petite fille, encore confiée à une nourrice et incapable de raconter ce qui lui était arrivé, est amenée à l’assemblée chrétienne. Au moment de la communion, le diacre lui présente le calice et lui fait recevoir du vin consacré. Le récit comporte une interprétation miraculeuse, mais son intérêt historique est clair : faire communier une enfant de cet âge appartient aux usages de la communauté.
À la fin du IVᵉ siècle, les Constitutions apostoliques prévoient expressément la communion des enfants. Le livre VIII, chapitre 13, les place dans l’ordre des communiants, après les différentes catégories de ministres et de femmes consacrées, avant le reste du peuple. Ce recueil témoigne des usages chrétiens de l’Antiquité tardive.
C'est toujours le cas dans l'Église orthodoxe.
Dans l’Église catholique, le tournant se situe aux XIIᵉ–XIIIᵉ siècles. Il s’agit d’un abandon progressif, pas d’une interdiction universelle prononcée un jour précis pour toute l’Église catholique.
Au XIIIᵉ siècle, l’exclusion des nourrissons est clairement défendue par Thomas d’Aquin. Il écrit que les mystères eucharistiques ne doivent pas être donnés aux nouveau-nés, faute d’usage de la raison, tout en reconnaissant que des Grecs pratiquent autrement. C’est un témoignage théologique explicite de la discipline occidentale, pas un décret pontifical (Somme théologique, III, question 80, article 9, réponse à la troisième objection).
Le concile de Trente, en 1562, déclare que la communion n’est pas nécessaire au salut des enfants dépourvus de l’usage de la raison, mais précise qu’il ne faut pas condamner l’Antiquité chrétienne pour l’avoir pratiquée. Il distingue donc l’absence de nécessité d’une condamnation du rite (Session XXI, chapitre IV)
L’interdiction est en revanche expressément formulée dans le Code latin de 1917, qui codifie une discipline beaucoup plus ancienne : le canon 854 § 1 prescrit de ne pas donner l’eucharistie aux enfants qui, en raison de leur âge, n’en ont pas encore la connaissance. 1917 est ici une date de codification, pas celle de l’apparition de l’interdiction (Canon 854).
Aujourd’hui, le canon 914 du Code de 1983 maintient cette exclusion dans l’Église latine : le curé doit veiller à ce que les enfants n’ayant pas atteint l’usage de la raison ne communient pas.
Les catholiques orientaux, eux, peuvent toujours faire communier leurs nourrissons.
Tradition ? Logique ? LOL