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vendredi 29 août 2025

La vérité sur la monnaie, selon Pascal Salin.



Grand livre libérateur, qui offre une reconstruction logique et scientifique des connaissances sur la monnaie, s'éloignant des débats superficiels et des justifications des institutions existantes. 
L'objectif de Pascal Salin est de faire comprendre le rôle de la monnaie, sa création et sa circulation, en privilégiant la cohérence intellectuelle inspirée par l'« école autrichienne ». L'ouvrage défend l'idée que des systèmes monétaires libres de toute interférence étatique et sans banques centrales fonctionneraient bien mieux que les systèmes publics, nationaux et hiérarchiques actuels.
L'approche de Salin débute par la description d'une économie sans monnaie, afin de distinguer clairement les phénomènes d'épargne, financiers et monétaires. L'épargne est définie comme un concept inhérent à la nature humaine, lié aux produits et non à la monnaie ou aux titres. L'exemple (classique) de Robinson Crusoé illustre l'épargne et l'investissement comme un sacrifice de consommation présente pour un gain futur, dont la valeur est subjective. Le revenu d'intérêt représente le prix de cette renonciation pour l'épargnant et le prix payé pour échapper à la contrainte de l'attente pour l'investisseur. Sur le marché de l'épargne, le taux d'intérêt équilibre l'offre et la demande d'épargne. Cependant, les interventions étatiques, par exemple en imposant des taux d'intérêt bas (répression financière), faussent ce marché, réduisent l'épargne volontaire et conduisent à une mauvaise allocation des ressources. L'auteur cite l'exemple de pays du Sahel où le budget public utilisait l'épargne pour des dépenses courantes, menant à un processus de sous-développement.
La monnaie apparaît pour faciliter l'échange, en tant que pouvoir d'achat généralisé. Son utilité repose sur son acceptation (liquidité) et sa capacité à maintenir le pouvoir d'achat. Contrairement aux titres, la monnaie offre une échangeabilité généralement reconnue et des coûts d'information réduits. Le rôle de numéraire (étalon de valeur) n'est pas le plus important. L'histoire monétaire, souvent « romancée », montre que la monnaie est d'abord une marchandise, dont la production de confiance est essentielle. Les certificats d'or (billets) et plus tard les dépôts (monnaie abstraite) simplifient les transactions, mais la confiance dans l'émetteur est cruciale. Les systèmes de réserves fractionnaires, où les banques prêtent une partie des dépôts, permettent une création monétaire ex nihilo et des économies d'échelle, mais augmentent le risque.
L'intervention étatique se manifeste par l'octroi de privilèges (par exemple, le monopole d'émission des billets à la Banque de France par Napoléon Bonaparte, qui était actionnaire), entraînant une étatisation progressive des systèmes monétaires, devenant hiérarchiques, publics et nationaux. Ces systèmes ont la capacité de violer le droit des contrats en dévaluant la monnaie, ce que l'auteur qualifie d'immoral.
L'inflation est une conséquence directe de la création monétaire excessive. Elle agit comme un impôt d'inflation, spoliant les détenteurs de monnaie et diminuant les encaisses réelles. Les autorités monétaires, malgré leurs prétentions, ne peuvent créer que des encaisses nominales, non des encaisses réelles. L'auteur montre qu'en régime de concurrence monétaire, la peur de perdre des clients pousse les banques à limiter la création monétaire et à maintenir la confiance.
L'instabilité monétaire et économique est également attribuée à l'interventionnisme étatique. La théorie autrichienne du cycle explique comment l'expansion de crédits non adossés à une épargne réelle (crédit d'origine monétaire ou circulation credit) crée des signaux erronés sur la rareté du capital, menant à de « sur-investissements » et finalement à des crises. Le rôle de prêteur en dernier ressort des banques centrales, qui garantit les banques contre la faillite, encourage les banques à prendre des risques excessifs et accroît la collectivisation de l'épargne.
Salin préconise des règles plutôt que des décisions discrétionnaires dans la gestion monétaire, pour apporter plus de prévisibilité. Il distingue les « règles de juste conduite » (liberté monétaire) des « règles de résultat » (objectifs d'inflation ou de chômage). Il critique l'idée que les « monopoles naturels » justifient l'intervention étatique, affirmant que le monopole est toujours le résultat d'interdictions artificielles.
Concernant l'ordre monétaire mondial, l'auteur défend la flexibilité des taux de change comme la norme naturelle entre des biens différents, critiquant les changes fixes imposés par les États. Le nationalisme monétaire (systèmes nationaux, publics, hiérarchiques) est la vraie cause du désordre, non la flexibilité des taux. Il dénonce (il écrit en 1990) le Système Monétaire Européen (SME) et l'ECU comme des constructions « floues » et artificielles, manquant de règles claires et de convertibilité externe. Le seul programme d'intégration monétaire valable pour l'Europe (et le monde) est un « marché commun des monnaies », où la concurrence libre permet la sélection spontanée des meilleures monnaies, même si cela conduit à une monnaie unique. La suppression des contrôles de changes et la déréglementation financière sont des pas concrets vers cette liberté.
Pour Salin, la réforme monétaire est une réforme institutionnelle. Il ne suffit pas de réglementer le monopole, il faut le supprimer en reconnaissant la liberté bancaire. Un système de banques libres, avec un respect strict des droits de propriété et des contrats, conduirait à une stabilité monétaire et économique naturelle, sans inflation ni crises.