BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

mardi 19 septembre 2023

Pierre Dupont de Nemours : "Le hasard, c’est un mot imaginé pour voiler l’ignorance."


« Qu’il y ait des êtres intelligents qui éprouvent des sensations, font des raisonnements, ont des volontés ; et qu’il y ait aussi des choses inintelligentes, uniquement soumises aux lois de la physique, de la chimie et de la mécanique, cela est évident pour nous comme notre propre existence.

« Que des êtres intelligents aient pu être produits par une cause inintelligente, cela est absurde ; par hasard, c’est un mot imaginé pour voiler l’ignorance.

« Que tous les êtres intelligents aient le pouvoir plus ou moins étendu, non pas de dénaturer mais d’arranger, de combiner, de modifier les choses inintelligentes ; c’est ce que prouvent tous nos travaux et ceux des animaux nos frères.

« Les êtres intelligents sont doués d’une volonté qui nous est manifeste ; et d’une force que nous ne pouvons nier, pour agir sur les corps, même en apparence contre les lois de la statique, de la gravitation et de la mécanique. C’est contre toutes ces lois connues que ma volonté, qui n’est point un corps et qui n’a aucun poids, gonfle et raccourcit mes muscles, au point de lever mon bras qui pèse dix livres et avec mon bras un fardeau d’un quintal. Nous renouvelons à tous moments cette expérience incompréhensible, et nous ne pouvons dire autre chose là-dessus, sinon : Mens agitat molem.

« Mais il est impossible de nous dissimuler que notre intelligence et nos forces, très éminentes en comparaison de celles d’une cigale, sont néanmoins extrêmement bornées. Et l’arrangement de l’univers, ses lois astronomiques, physiques, chimiques, anatomiques ; le développement, l’emploi tant de notre propre intelligence que de celle des autres animaux, nous montrent clairement qu’il y a quelque intelligence supérieure qui a pris plaisir à disposer le tout et les détails avec beaucoup de science et de sagesse ; qui est au moins à la collection des mondes ce que je suis à l’assemblage de ressorts, de roues, de pignons, que j’ai fabriqués de cuivre et d’acier, dans les proportions qui m’ont paru convenables, pour faire marquer à une aiguille l’heure qu’elle me dit avec une grande exactitude.

« Si je suis horloger, moi, avec le peu que j’ai d’esprit, l’immense horloge de l’univers a aussi un horloger.

« Qu’est-il ? Je n’en sais rien. Mais je connais de prime abord deux de ses propriétés : Il est intelligent et moteur.

« Et de quoi l’est-il ? De ce qui est mu et dénué d’intelligence.

« Il ne serait pas moteur s’il n’y avait pas quelque chose de mobile et de mu.

« Nous sommes donc conduits par des pas assez sûrs à une grande pensée, qui doit être l’expression d’une grande et fondamentale vérité : c’est que la masse entière de l’univers est composée de deux êtres : la matière insensible, involontaire et qui ne peut se mettre en mouvement par elle-même, mais qui peut y être mise ; l’intelligence qui a des volontés et des desseins, un pouvoir actif, celui de combiner, de modifier, d’arranger, de régir les éléments indestructibles de la matière. 

« Homme ! Oses-tu comparer la distance effrayante que tu reconnais entre toi et Dieu avec celle si petite qui m’a fait hésiter entre toi et la fourmi ? Cet espace immense est-il vide ?

« Il ne l’est pas, car il ne peut pas l’être ; l’univers est sans lacune.

« S’il est rempli, par qui l’est-il ? Nous ne pouvons le savoir. Mais puisque la place existe, il s’y trouve quelqu’un et quelque chose.

« Pourquoi n’avons-nous aucune connaissance évidente de ces êtres dont la convenance, l’analogie, la nécessité dans l’univers frappent la réflexion, qui peut seule nous les indiquer ? De ces êtres qui doivent nous surpasser en perfection, en facultés, en puissance, autant que nous surpassons les animaux de la dernière classe et les plantes ? Qui doivent avoir entre eux une hiérarchie aussi variée, aussi graduée que celle que nous admirons entre les autres êtres vivants et intelligents, que nous primons et qui nous sont subordonnés ? dont plusieurs ordres peuvent être nos compagnons sur la terre comme nous sommes ceux des animaux qui, privés de vue, d’ouïe, d’odorat, de pieds, de mains, ne savent qui nous sommes ni si nous sommes, au moment même où nous en faisons le bonheur ou le malheur ? dont quelques autres peut-être voyagent de globe en globe, ou, plus relevés encore, d’un système solaire à l’autre, plus aisément que nous n’allons de Brest à Madagascar ?

« C’est que nous n’avons pas les organes et les sens qu’il nous faudrait pour que notre intelligence communiquât avec eux ; quoiqu’ils puissent très bien avoir et que nous devons songer qu’ils ont des sens et des organes propres à nous discerner et à influer sur nous, de même que nous discernons et que nous régissons des races entières d’animaux qui nous ignorent et qui ne sont nos inférieurs que d’un très petit nombre de sens.

« Quelle pauvreté de n’en avoir que cinq ou six et de n’être que des hommes ? On peut en avoir dix, on peut en avoir cent, on peut en avoir mille, on peut en avoir un million...

« Quand le limaçon fut créé pour lui-même, le sylphe et l’archange ne l’ont pas été pour les humains. Toute espèce, tout individu vit pour soi.

« Ces intelligences ne sont au-dessus de nous et hors de la portée de nos sens que parce qu’elles sont dotées d’un plus grand nombre de sens et d’une vie plus développée et plus active. Ce sont des êtres qui valent mieux que nous et qui ont beaucoup plus d’organes et de facultés. Ils doivent donc, en déployant leurs facultés disponibles suivant leur volonté, de même que selon notre volonté, nous employons les nôtres, pouvoir disposer, travailler, manœuvrer la matière inanimée et agir aussi, tant entre eux que sur les êtres intelligents qui leur sont inférieurs, avec beaucoup plus d’énergie, de rapidité, de lumières et de sagesse que nous ne le faisons, nous qui cependant le faisons pour les bêtes qui nous sont subordonnées. Il est donc conforme à la marche et aux lois de la nature que les intelligences supérieures puissent ainsi, quand il leur plaît, nous rendre les services à la fois les plus importants et les plus ignorés.

« Vous ne pourriez m’affirmer que cela n’est pas qu’en prétendant que tout ce que vous ne pouvez voir physiquement n’existe point et soutenant que vous êtes les premiers des êtres après Dieu. Et je peux vous affirmer que cela est, appuyé sur toutes les lois d’analogie qu’il nous est donné de reconnaître dans l’univers.

« Si cela n’était pas, l’univers serait incomplet. Sa partie inférieure serait régulièrement ordonnée avec les gradations les mieux nuancées et les plus parfaites ; sa partie supérieure ne serait qu’un vaste désert.»

 Pierre Dupont de Nemours.




Gustave de Molinari et Dieu.

"On s’explique parfaitement l’antagonisme de la religion et de la science, car il n’est pas une seule des découvertes de la science qui n’ait contredit une tradition de la religion. Mais en ruinant les conceptions enfantines que l’humanité se faisait de la Divinité et d’elle-même, en remettant la terre et l’homme à leur place et à leur rang dans l’univers, en restituant aux lois naturelles les phénomènes physiques qui nécessitaient l’intervention divine et formaient le domaine du surnaturel, la science a-t-elle agi pour détruire la religion et finalement la remplacer ?
C’est là, on ne l’ignore pas, une opinion assez généralement répandue dans le monde de la science aussi bien que dans le monde religieux. Est-elle fondée ? Ne peut-on pas soutenir, au contraire, que les progrès de la science servent la religion, en la contraignant à remplacer ses anciennes preuves de l’existence de la Divinité par des preuves nouvelles, plus décisives, que lui fournit la science elle-même ; en agrandissant et en élevant la conception de l’idéal divin ?
C’est ainsi qu’en s’appuyant sur les données de la science on peut déduire l’existence d’une puissance supérieure, à laquelle l’homme se trouve subordonné, de l’existence du sentiment religieux même.
Ce sentiment a un caractère d’universalité. Il existe et il a existé de tous temps, quoique à des degrés divers, dans la multitude des créatures humaines. Il est distinct de tous les autres sentiments, de l’amour paternel, filial ou conjugal, de la sympathie pour les autres hommes ou les autres espèces. Or la science démontre qu’aucune des facultés de l’homme, aucune des forces physiques, intellectuelles et morales qui constituent son être, n’est inutile, que toutes remplissent une fonction nécessaire et répondent à un objet ou à un être existant. De même que l’existence du sentiment de la paternité prouve celle de la famille, l’existence du sentiment religieux prouve celle de Dieu.
Ce Dieu qu’atteste le sentiment religieux et qu’il suffirait seul à attester, la science a rétréci par quelques côtés le domaine de son activité, mais ne l’a-t-elle pas infiniment agrandi par d’autres ? Si Apollon ne conduit plus le char du soleil, si Jupiter ne lance plus la foudre, est-ce à dire que la Divinité n’ait plus aucun rôle actif à jouer dans l’univers, et, pour rappeler un mot célèbre, que la science puisse se passer de cette hypothèse ? Est-ce à dire que la matière se meuve d’elle-même sous l’impulsion des lois qui lui sont propres, qu’elle produise par l’opération mécanique et automatique de ces lois, le phénomène de la vie, qu’elle crée les organismes vitaux des espèces végétales et animales aussi bien que les mondes qui leur servent d’habitat ? Est-ce à dire que les forces morales, investies en quantités diverses et inégales dans l’homme et la plupart des espèces inférieures, sinon dans toutes, l’intelligence, la volonté, l’amour n’existent pas en dehors de l’humanité et de l’animalité terrestres ? Le spectacle de l’univers ne révèle-t-il pas leur présence et leur action incessante ? Certes, quand on observe le capital énorme de connaissances que l’humanité a accumulées, les inventions qu’elle a multipliées pour constituer l’outillage de sa civilisation, on demeure frappé de la somme d’énergie morale et d’intelligence qu’elle a dépensée, mais que sont nos outils les plus ingénieux et nos machines les plus perfectionnées en comparaison des organismes merveilleux des espèces animales et végétales ? Peut-on admettre que ces organismes si parfaits et si prodigieusement variés aient été produits par le jeu des forces brutes de la nature ? Quoique nous ne connaissions encore qu’incomplètement le mécanisme de la création des mondes et de la conservation de l’ordre dans l’univers, le peu que nous en savons n’atteste-t-il pas l’existence d’une énergie et d’une intelligence infinies, imprimant le mouvement à la matière et la transformant sans cesse ? — Soit ! dit-on, l’intelligence agit, elle intervient dans les combinaisons et les transformations de la matière, mais c’est une intelligence inconsciente. Seul, l’homme possède une intelligence consciente. Il n’existe point, par conséquent, dans l’univers, un être qui lui soit supérieur. Qu’en savons-nous ? Et cette prétention orgueilleuse peut-elle se justifier au regard de la raison ? Ne suffit-il pas pour en faire justice d’observer les êtres qui peuplent le milieu où nous vivons et de nous observer nous-mêmes ? Ne pouvons-nous pas constater que l’intelligence est d’autant plus consciente de son existence et de ses actes qu’elle se déploie avec plus de puissance ? Ne l’est-elle pas plus dans l’espèce humaine et en particulier dans les individualités d’élite que dans les espèces inférieures ? Comment supposer qu’une intelligence dont les œuvres sont infiniment supérieures à celles de l’homme, soit privée de la conscience d’elle-même ?
On voit que si la science a ruiné les conceptions primitives et grossières du Divin, c’est pour les remplacer par un concept religieux bien autrement vaste et élevé. Dieu, com- me elle nous le fait concevoir, c’est une puissance, une intelligence et un amour infinis. Ce n’est pas le Dieu d’un seul peuple et d’un seul monde borné, c’est le Dieu d’un univers sans bornes."

Gustave de Molinari.



mercredi 6 septembre 2023

Murray Rothbard, fan du christianisme !

"L'une des choses clés que le christianisme a apportées au monde, je crois plus que toute autre religion, est l'individualisme - l'importance suprême de l'individu. Je pense que c'est là où le cachet individuel de l'image de Dieu, et de son salut [par Jésus-Christ], devient d'une extrême importance, et le choix moral et tout le reste. Même si je vénère les Grecs - ce sont de grands rationalistes - les Grecs sont orientés vers la Polis. Ce dont ils se soucient, ce n'est pas l'individu, mais la Polis, la cité-État."
"La tradition de la loi naturelle d'Aristote et des stoïciens a été reprise par Thomas d'Aquin et les scolastiques [espagnols]. Ils ont redécouvert l'utilisation de la raison pour découvrir la loi naturelle ou les lois de la réalité, qui comprend les lois de l'éthique, et qui mettront également une limite ferme à l'État. En d'autres termes, l'État ne peut pas envahir une sphère ou des droits de chaque individu."
"Le problème du mal, bien sûr, comme nous le savons tous, est que si Dieu est bon et omnipotent, comment se fait-il que vous ayez le mal dans le monde ? La solution chrétienne orthodoxe est que l'homme est créé, les individus sont créés avec le libre arbitre, qui sont libres de choisir le bien ou le mal."
"L'un de mes écrivains préférés de tous les temps est G.K. Chesterton."
"Même si je ne suis pas croyant, je salue le christianisme, et surtout le catholicisme, comme le fondement de la liberté".
Murray Rothbard.





lundi 4 septembre 2023

Le Dieu des mathématiques.

" (...) S’il est difficile de prouver l’existence de Dieu en s’appuyant sur tel ou tel résultat particulier de la science, on peut en revanche soutenir que l’efficacité générale de la science constitue à elle seule un bon argument ! Cela tient à un fait tout à fait mystérieux : l’applicabilité des mathématiques à la réalité physique. Comme chacun sait, ce qui se passe dans l’univers matériel, contingent et temporel, apparaît comme piloté, encadré par ce qui existe, atemporellement, dans le monde immatériel et nécessaire des structures mathématiques. Il arrive en effet que des théories mathématiques, élaborées sans aucun lien avec la science de la matière, s’avèrent constituer –des décennies plus tard- les outils idéaux pour décrire, expliquer et prédire les phénomènes physiques. Dans un article célèbre, le prix Nobel Eugen Wigner s’étonnait de cette « déraisonnable efficacité des mathématiques dans les sciences de la nature ». Car enfin, d’où pourrait bien venir cette correspondance entre les deux domaines ? Comment expliquer que les nombres complexes, inventés à la Renaissance pour résoudre les équations polynomiales, se soient révélés indispensables à la compréhension de l’électricité, puis à la physique des particules ? Plus difficile encore : comment expliquer que Paul Dirac, par exemple, ait pu déduire a priori l’existence d’une nouvelle sorte de particules (les anti-particules), par pure exigence de symétrie et de beauté mathématique ? Une chose est claire : la correspondance entre les mathématiques et le monde physique ne peut pas venir de l’expérience, puisque les théories mathématiques sont élaborées indépendamment d’elle. Et, dans l’autre sens, on ne voit pas comment le monde platonicien des mathématiques –purement abstrait et immatériel- pourrait de lui-même agir sur le monde physique… Quant à invoquer une « heureuse coïncidence », cela paraît peu satisfaisant. En désespoir de cause, Eugen Wigner allait jusqu’à parler de « miracle ». On pourrait tenter une solution radicale, en affirmant qu’il n’existe en réalité qu’un seul monde, le monde mathématique, dont le monde physique ne serait qu’une petite province. Dès lors, plus de problème de correspondance ! Mais cette « solution » n’explique pas comment le monde mathématique –réservoir infini de mondes possibles- aurait le pouvoir de se concrétiser, de se cristalliser en un monde fini particulier. Il manque une médiation. Il ne reste, rationnellement, qu’une solution, et elle tombe sous le sens ; elle tient en deux points. Premier point : le monde platonicien des mathématiques n’existe pas tout seul, il ne flotte pas dans le vide (des idées ne peuvent pas exister sans une pensée) ; il suppose un entendement nécessaire, éternel, infini dans lequel les structures mathématiques sont « logées ». C’était la grande idée de saint Augustin. Second point : si le monde physique, contingent, temporel, est tissé de mathématiques, c’est parce qu’il a été créé par cette intelligence infinie –que nous appelons Dieu- qui a choisi un monde réel parmi l’infinité des mondes mathématiquement possibles. « Aei o Théos géomètrei disait Platon, Dieu toujours géométrise »."
Frédéric Guillaud.



samedi 26 août 2023

Les grands esprits se rencontrent !


"Les naturalistes s’emploient à réfléchir au sujet de la nature. Ils ne se penchent pas sur le fait qu’ils « réfléchissent ». Dès l’instant où l’on s’en préoccupe, il est évident que notre pensée ne peut pas simplement être un événement naturel et que, par voie de conséquence, il existe quelque chose d’autre que la nature".
C. S. Lewis.

"Le but principal de toute investigation du monde extérieur devrait être de découvrir l’ordre rationnel imposé par Dieu et qu’il nous révèle dans le langage des mathématiques."
Kepler.

"Ce que nous savons est une goutte, ce que nous ignorons est l’océan. L’incomparable disposition et harmonie de l’univers, tout cela n’a pu se faire que selon les plans d’un Etre éternel doué de sagesse et de puissance."
Newton.

"Je remercie Dieu de ce que mon corps mourant ne repose pas sur des hypothèses, car je sais en qui j’ai cru et je suis convaincu qu’il est capable d’accomplir ce pour quoi je m’en suis remis à lui jusqu’à ce jour."
Faraday.

"Qui, vivant en contact intime avec l’ordre le plus parfait et avec la sagesse divine, ne se sentirait pas poussé aux aspirations les plus sublimes ? Qui n’adorerait pas l’architecte de toutes choses ?"
Copernic.

"Les lois de la nature ont été écrites par la main de Dieu en langage mathématique".
"L’esprit humain est l’œuvre de Dieu, et l’une des meilleures".
Galilée.

"La vision moderne du monde se fonde sur l’illusion qui prétend que ce que l’on appelle les lois de la nature serait l’explication à tout phénomène naturel. Le système moderne nous fait croire que tout est expliqué."
Wittgenstein.

"Toute la matière naît et existe uniquement en vertu d’une force… Derrière cette force, nous devons supposer l’existence d’un Esprit conscient et intelligent. Cet Esprit est la matrice de toute matière." Max Planck.
"Selon moi, il est très improbable qu’un tel ordre soit issu du chaos. Il existe forcément un principe organisateur. Dieu demeure pour moi un mystère, mais il est aussi l’explication au miracle de l’existence, la réponse à la question : « Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien. »"
Allan Sandage (découvreur des quasars, père de l’astronomie moderne, prix Crafoord).

"Je crois que le mécanisme en biologie est un préjugé de notre temps qui sera réfuté. Selon moi, la réfutation prendra la forme d'un théorème de mathématiques montrant que la formation au cours des temps géologiques d'un corps humain par les lois de la physique (ou toutes autres lois de nature similaire), à partir d'une distribution aléatoire des particules élémentaires, est aussi peu probable que la séparation par hasard de l'atmosphère en ses différents composants" 
Gödel.

"L’humanisme moderne est la foi que, grâce à la science, l’humanité peut parvenir à la vérité et, par là, à la liberté. Mais si la théorie de la sélection naturelle de Darwin est exacte, alors cela est impossible. L’esprit humain recherche le succès évolutif et non la vérité."
John Gray.

"Chaque découverte nous rapproche du Créateur".
Buffon.

"Je suis constamment en proie à un doute : les convictions de l’esprit humain, lui-même issu de l’esprit d’animaux inférieurs, ont-elles la moindre valeur ? Sont-elles fiables ?"
"Une autre source de conviction dans l’existence de Dieu connectée à la raison et non aux sentiments, me donne l’impression d’avoir beaucoup plus de poids. Elle est due à l’extrême difficulté ou plutôt à l’impossibilité de concevoir cet univers immense et merveilleux, y compris l’homme et sa capacité à regarder en arrière et loin dans le futur, comme le résultat d’un hasard aveugle et de la nécessité. Quand je réfléchis ainsi, je me sens contraint de regarder à une Cause Première ayant une intelligence analogue, à un certain degré, à celle d’un homme ; et je mérite d’être appelé un théiste."
Charles Darwin.

"Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène".
Pasteur.


"Je n’ai pas envie qu’il y ait un Dieu... Mais si le mental n’est pas purement physique, alors la science physique ne suffit plus pour l’expliquer. Le naturalisme évolutionniste nous interdit de prendre au sérieux nos propres certitudes, et cela comprend notre vision scientifique du monde sur laquelle repose le naturalisme évolutionniste lui-même."
Thomas Nagel.

"Les recherches des biologistes ont montré que la structure de l’ADN, requise pour produire la vie, est d’une complexité presque inconcevable, tant et si bien qu’elle est forcément l’œuvre d’une intelligence".
Anthony Flew, considéré comme le plus grand athée du XXe siècle, avant de changer d'avis les dernières années de sa vie.



vendredi 25 août 2023

La néo zététique a encore tout faux : plus de 60% des lauréats du prix Nobel entre 1901 et 2000 étaient chrétiens.



"Selon Baruch Aba Shalev qui répertorie tous les Nobel entre 1901 et 2000 dans 1000 years of Nobel Prizes, paru en 2005, 65,4% des lauréats se considèrent comme chrétiens (soit 423 lauréats), toutes dénominations confondues. Les chrétiens ont remporté 78,3% des Nobel de la paix, 72,5% des Nobel de chimie, 65,3% des Nobel de physique, 62% des Nobel de médecine, 54% des Nobel d'économie."

John Lennox.






A quoi reconnaît-on un gauchiste bas du front ? Il ne sait pas distinguer un homme d'une femme, mais il sait que tous ses adversaires sont des fachos.


 

vendredi 18 août 2023

Réfléchir avec Plantinga.

"Si les athées ont raison de dire que nous sommes le résultat de processus naturels dénués de sens et non guidés, alors ils nous donnent de bonnes raisons de douter de la fiabilité des facultés cognitives humaines, et donc inévitablement de douter de toute la pensée que les hommes produisent, y compris leur athéisme."
Alvin Plantinga.



jeudi 17 août 2023

Les souverains de notre palais mental.

"Nous devons nous appliquer à devenir les souverains, les rois légitimes de notre palais mental, afin de subsister à travers les vicissitudes de l’existence, les émotions, les influences négatives, les propagandes, les lignes de parti, la publicité commerciale et idéologique, la morale civique et les « valeurs républicaines » dont on nous rebat les oreilles du matin au soir.
Que nous importe ce que croient les gens qui cherchent à nous catéchiser de force ? Ils ont leur vie qui n’est pas la nôtre. Face à tout groupe, et plus particulièrement face à l’État-Léviathan qui se pare des atours de l’État-papa-maman pour mieux nous séduire, il faut trouver puis conserver et développer notre « Je ».
Le « Je » est le fondement de nos rapports à l’existence et pourra ensuite, si nous le souhaitons, nous conduire loin, beaucoup plus loin... En attendant, pour exister avec authenticité, il importe de nous forger une conscience aussi libre que possible, autonome, structurée, tournée vers des principes supérieurs, sans quoi l’on reste englué dans l’ambiance générale, le bruit de fond, la matière dans ce qu’elle a de misérablement vulgaire et l’on reste l’esclave du « règne de la quantité » que décrivait René Guénon.
Le projet est d’apprendre à nourrir notre volonté et l’orienter pour faire émerger nos potentialités, notre puissance (et la dompter). Comme disait le Bouddha : « Celui qui est le maître de lui-même est plus grand que celui qui est le maître du monde. » On en revient au reproche qu’Aristote adressait à son pupille, Alexandre le Grand : « Tu as conquis le monde mais tu ne t’es pas conquis toi-même ». C’est en ayant ces observations à l’esprit que nous pouvons mener une vie digne et noble, au lieu d’être assujettis au flot existentiel, submergés par les mesures prises par les ingénieurs sociaux, abrutis par les ordres des petits et des grands chefs qui veulent décider à notre place de ce que nous devons dire, penser, écrire, faire, être.
Nous n’appartenons pas aux autres. Nous appartenons à nous-mêmes, je ne le répèterai jamais assez. À notre niveau, artistes ou pas, nous sommes des créateurs. Nietzsche remarque que « l’individu est quelque chose d’entièrement nouveau et créateur de nouveauté, quelque chose d’absolu auquel toutes ses actions appartiennent en propre. Il n’emprunte qu’à lui-même les valeurs qui règlent ses actions, car lui aussi doit interpréter de façon toute individuelle les mots d’ordre reçus. Même s’il n’invente pas la formule ; il en a au moins une interprétation personnelle : en tant qu’interprète il est encore créateur » (La Volonté de puissance).
Tout croyant sait que le salut est individuel. C’est en premier lieu devant nous que nous sommes comptables de ce que nous faisons puisque nous en subissons, nous, les conséquences - dans cette vie d’abord, et dans l’autre ensuite pour ceux qui y croient. Nous devons lutter contre nos habitudes mentales, nos faiblesses, nos erreurs de perception, nos tendances contradictoires. Et affronter avec vigueur les entreprises de ceux qui veulent faire intrusion dans nos têtes pour s’asseoir sur le trône à notre place.
C’est de nous qu’il s’agit, dans cette vie, pas d’un tiers, pas d’un escroc politique ayant passé des années à tromper ses électeurs et à trahir ses amis pour accéder aux plus hautes fonctions. Nul n’a le droit de nous imposer une façon de voir le monde. Nul ne peut moralement exiger que nous fassions le contraire de ce que nous voulons. Nul ne peut avoir la prétention de savoir mieux que nous ce que nous désirons. Il est déjà si difficile de le savoir soi-même qu’il est impossible à d’autres d’y parvenir !
À cet effet, il faut nous efforcer de trouver un axe intérieur, sentir la force intime qui émane de notre être, chercher un point d’appui en nous-mêmes, le lieu de notre conscience non altérée, détecter notre Centre et nous y relier avec constance.
Ce Centre est situé au cœur de notre royaume intérieur. C’est nous, au sens strict. Ce Centre, « loin de nous comprimer, nous dilate en nous offrant un espace intérieur sans limites et sans ombres » (Frithjof Schuon, Avoir un Centre, L’Harmattan, 2010).

SÉCESSION.



mardi 15 août 2023

Le Suaire de Turin est toujours aussi faux, mais l’existence historique de Jésus se démontre grâce à un seul document. Par Paul-Éric Blanrue.

Deux livres importants parus récemment affirment de façon péremptoire l’authenticité du Suaire de Turin : il s’agit du livre de Jean-Christian Petitfils, Le Saint Suaire de Turin. Témoin de la Passion de Jésus-Christ, Tallandier, 2022, et celui de Frédéric Guillaud, Catholix reloaded, Essai sur la vérité du christianismeLes éditions du Cerf, 2015. Défendant tous deux une position catholique conservatrice, ce qui n’a rien de mal en soi, ils ont également ceci en commun d’être plutôt désagréables avec moi relativement à la question du Suaire.



La note injuste de Guillaud à mon endroit évoque ainsi ma prétendue passion « pour la négation des faits historiques » (diable !) et ma légendaire « fumisterie voltairienne » (trop aimable) et m’a contraint à lui écrire pour rétablir les faits. Je pense l’avoir en partie convaincu de ma bonne foi puisqu’il m’a répondu courtoisement que si son livre connaissait une nouvelle édition, il retirerait cette note de bas de page « un peu vacharde ».  Il s'est dit également prêt à changer d’avis sur la question du Suaire « face à une argumentation implacable » et reconnaît que « pour l’aspect général, le linceul fabriqué en cinq minutes par les zététiciens est tout à fait ressemblant » (je ne le lui fais pas dire). De fait, dans son livre suivant, Et si c'était vrai ? La foi chrétienne à la loupe, éditions Marie de Nazareth, 2023, il récidive sur le Suaire, sans toutefois me mettre en cause (mais sans répondre non plus à mes arguments, nobody’s perfect).


Vrai-Faux Suaire réalisé par Blanrue en 2005


Concernant Petitfils, je serai moins magnanime. L’historien médiatique, bien connu pour ses livres sur le Masque de fer et Louis XIV (je l’ai aussi fréquenté jadis sur les plateaux du regretté Paul Wermus), multiplie à propos du Suaire les erreurs et les arguments spécieux, avec une absence d’esprit critique qui ne le grandit pas. Pour commencer, il prétend qu’en 2005, lorsque j’ai fait la démonstration publique au Muséum d’Histoire naturelle de Paris, sous l’égide de la revue Science&Vie, que le Suaire pouvait être aisément reproduit grâce à des techniques strictement médiévales, j’étais le « nouveau président du cercle zététique ». Nouveau ? La vérité c’est que je ne faisais plus partie depuis deux ans de cette association que j’avais fondée dix ans plus tôt ! (Tout ceci se trouve facilement sur le Net). Voulant jouer au plus fin, notre historien se prend ainsi les pieds dans les dates : dommage, les dates c’est son métier. Les faits lui posent également problème. Pour vilipender le défunt Dr Walter McCrone, le célèbre chimiste de Chicago qui a découvert des particules d’oxyde de fer et de vermillon sur les surfaces imagées du Suaire, il en est réduit, pour assurer aux belles âmes qui le lisent, qu’il s’agit là d’un expert à la rigueur douteuse, à affirmer abruptement que la carte de Vinland que celui-ci a analysée et dont il a contesté l'authenticité est en réalité authentique. Patatras : il est amplement démontré par de nombreuses analyses (et encore récemment https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_du_Vinland) qu’il s’agit d’un faux moderne (qui ne présage en rien de l'histoire des Vikings au Vinland, puisque cet exploit est parfaitement véritable, vérifiable et vérifié, ainsi que je l’ai moi-même rapporté il y a longtemps http://www.zetetique.ldh.org/vickings.html).



Quant au brave chanoine Ulysse Chevalier, l’un des historiens médiévistes les plus réputés du début du XXe siècle, le premier catholique à avoir refait l’histoire critique du Suaire depuis le XIVe siècle sans parti pris religieux, le voilà qualifié « d'historien hypercritique », chose à la fois absurde, erronée et non démontrée par l’auteur de la diatribe. Lorsqu’un adjectif dépréciatif, lancé à la cantonade, livré sans la moindre explication, suffit à démonétiser une vie entière de labeur et des trésors de livres, il faut se méfier, ami lecteur (ce n’est pas sérieux, Jean-Christian, ce ne sont pas des manières de faire à la hauteur de vos prétentions intellectuelles.)

À bien la lire, la thèse de Petitfils est imbibée d’à peu près tout ce que l'on trouve sur le sujet du côté des sindonologues : le Codex Pray (dont j’ai démontré dans un chapitre entier d’un livre qu’il n’a rien à voir avec le Suaire pour d’évidentes raisons iconographiques), la thèse du Dr Barbet sur les poignets dans lesquels les clous de la Passion auraient été fichés (thèse populaire mais imaginaire), les trop fameux pollens de Max Frei (un détective amateur si crédible qu’il plaidait pour l’authenticité du Journal intime d’Hitler qui s’est révélé être une grossière supercherie), il se gargarise des « travaux » de Bourcier de Carbon, du Père Rinaudo, d’André Marion, de ce vieux farceur de Gérard Lucotte (qui clame avoir découvert des morpions du Christ sur un linceul qu’il n’a par ailleurs jamais analysé !), de Ray Rogers (Petitfils cite à ce propos le physicien Patrick Berger qui conteste l’article de Rogers avec de solides arguments, à commencer par le fait que celui-ci commet des erreurs mathématiques de première année – ce qui autorise notre historien à qualifier Berger « d'outrancier », sans donner le lien de son article... Le voici, pour ceux qui veulent vérifier sa pertinence http://www.zetetique.ldh.org/suaire_rogers.html). 



Nous pourrions continuer longtemps sur notre lancée. Selon Petitfils, par exemple, c'est le roi Philippe VI de Valois qui aurait offert en 1347 le Suaire au chevalier Geoffroy de Charny pour le récompenser de faits de guerre. Voilà donc pourquoi la relique apparaît comme une fleur en plein XIVe siècle. Toutefois réfléchissons une seconde : comment ? Céder à un seigneur local le Suaire du Christ ? Bigre ! Oui, mais attention, poursuit Petitfils, le roi n'avait pas ouvert le reliquaire pour s'apercevoir ce que son contenu rendait une fois déployé, à savoir l’insigne copie du corps de Jésus ressuscité (fâcheux oubli, quelle tête en l’air, ce Philippe VI !). Une preuve de cette reconstitution historique svp ? Que nenni, elle sort tout droit de la fertile imagination de Petitfils (qui n’est certes pas « hypercritique », lui, puisqu’il gobe tout, y compris les thèses qu’il invente ad hoc ou reprend chez tel chercheur qui les sort lui-même de son chapeau). Notre historien n’a pas cru bon de se demander pourquoi, lors de la querelle des ostensions à Lirey, nul chanoine n’a jamais songé à rappeler à l'évêque et au pape qui les accusaient de produire une fausse relique que le roi avait été avant eux le propriétaire de la mirifique pièce de lin (encore un oubli, mais c’est sur de tels silences que d’aucuns bâtissent l’Histoire).

Petitfils prétend encore qu'un nommé Giulio Fanti, professeur de mesures mécanique et thermique à l'université de Padoue, a mis au point une nouvelle méthode de datation portant sur la dégradation de la cellulose, qui donnerait comme dates au Suaire de -300 à +400. Sauf qu'apparemment personne ne peut dire avec certitude d'où proviennent ses échantillons. C'est gênant (mais pas pour Petitfils, qui choisi de croire tout ce qui l’arrange).

En réalité, il n'existe à proprement parler aucune nouvelle découverte portant sur le Suaire, puisque le Vatican n'a pas autorisé de nouveaux prélèvements. Les « nouvelles analyses », toutes plus fantastiques les unes que les autres, dont parle Petitfils, ne reposent (toutes) que sur des fils ou du sang dont on ignore l'exacte provenance, ou sur les trop fameux échantillons de Max Frei, qui avait diffusé, pour preuve qu’il avait trouvé des pollens du Proche-Orient sur le Suaire, des pollens de référence (autrement dit : des photos qu’il avait intégralement repompées sur des catalogues, sans la moindre gêne !). Bref, il faut le redire et bien insister là-dessus, aucune nouvelle recherche n'a officiellement été réalisée et on reste dans la conjecture à propos... d'éventuelles hypothèses. C’est peu. Trop peu. La trouvaille de Petitfils est d'exposer toutes ces recherches free lance comme si elles étaient d'authentiques recherches plus ou moins chapeautées par qui de droit (le Vatican). C’est inexact. Le plus fort c'est qu'après des pages et des pages pour illustrer des théories farfelues, il ose parfois saupoudrer son texte de minuscules notes reléguées en fin d'ouvrage, où il explique benoîtement au lecteur aventureux que telle découverte de tel chercheur (par exemple Lucotte ou Fanti) n'est finalement pas reconnue par ses pairs ! C’est gonflé. Mais apparemment, auprès d’un certain public, ça passe.



Ce serait risquer le péril dont nous met en garde la célèbre « loi de Brandolini » que de passer en revue tout le reste de son argumentation. Je renvoie les lecteurs intéressés par le Suaire mais n’ayant pas lu les deux volumes que j’ai consacrés à ce sujet (Miracle ou imposture ? L’Histoire interdite du Suaire de Turin, EPO/Golias, 1999,  et Le Secret du Suaire. Autopsie d’une escroquerie, 2006, Pygmalion), vers la synthèse que j’en ai brossée sur le Net : on y trouve l’essentiel des arguments plaidant pour un ouvrage réalisé de main d’homme au XIVe siècle (http://www.zetetique.org/suaire.html). Si les sindonologues n’y croient pas, ils peuvent toujours demander au Vatican de refaire les analyses radiocarbones, ils auront tout mon soutien (d’autant plus que j’ai révélé dans Miracle ou imposture que l’Église avait déjà procédé secrètement, par le passé, à une expertise C14 de la réserve récupérée en douce lors du prélèvement officiel, dans les années quatre-vingt… avec un résultat identique).

 

*

 

Concernant l’existence de Jésus Christ maintenant, il y a certaines choses à dire qui risquent de surprendre ceux qui ne me suivent pas régulièrement (les vilains). J’ai commis, à la fin des années quatre-vingt-dix, de petits textes dans lequel j’ai fait part de mes doutes à ce sujet (notamment celui-ci http://www.zetetique.ldh.org/jesus.html). Je me fondais alors sur les travaux de Rudolf Bultmann et de son « école des formes », qui a marqué la recherche biblique universitaire mondiale tout au long du XXe siècle, ainsi que sur les travaux, plus critiques encore, de l’école dite rationaliste (Bruno Bauer, Paul-Louis Couchoud, Guy Fau, Prosper Alfaric, Georges Albert Wells, et bien d’autres). Or les doutes que j’avais soulevés n’ont plus lieu d’être. Il faut aujourd’hui reconnaître que la plupart de ces travaux de « débunkage » se sont effondrés face aux avancées d’une science plus rigoureuse qu’auparavant. Depuis une trentaine d’années, les érudits ont réévalué la qualité historique de textes naguère sous-estimés. On peut citer à ce propos des universitaires prestigieux tels que Richard Bauckham, N.T. Wright, Michael R. Licona, ou encore Peter Williams.

C’est en suivant les (vraies) nouvelles découvertes de ces chercheurs que j’ai rectifié le tir et écrit, lors de la reparution de l’un de mes textes sur Jésus dans Le Livre noir des manipulations historiques (Fiat Lux, 2017) : "Alors quoi ? Jésus n'aurait pas existé ? Certains le prétendent, comme Couchoud, Fau, Doherty aujourd'hui sur le Net. Ce n'est pas ce qui est dit dans ce chapitre. Un chercheur londonien, G.A. Wells, fut longtemps l'un des plus éminents partisans de la thèse mythiste, faisant de Jésus un être inventé de toutes pièces pour des motifs théologiques, comme Guillaume Tell l'a été plus tard en Suisse pour des raisons politiques. Néanmoins, en approfondissant ses recherches, ce professeur a été contraint, par honnêteté intellectuelle, de réviser son jugement et de concéder qu'un certain Jésus avait existé dans la Palestine du Ier siècle (...) Il est certain que malgré les contradictions qui y fourmillent, les Évangiles professent une morale reconnaissable entre toutes ; le caractère d'un homme singulier peut s'y faire sentir ; son mode d'expression, ses paraboles, ont parfois le goût de l'authenticité".



En privé, certains de mes lecteurs m’ont demandé les raisons pour lesquelles j’avais évolué sur ce sujet, et je leur ai bien volontiers répondu. Comme je m’aperçois que mon nom est encore parfois associé, dans des livres comme ceux de Guillaud ou sur le Net, à la thèse mythiste marginale à laquelle j’ai depuis longtemps renoncé, je n’estime pas malvenu de m’en expliquer en public, profitant de cette mise au point sur le Suaire. 

Je pourrais naturellement rédiger un gros livre sur la critique du Nouveau Testament, défaisant patiemment le pull tricotté par l’école rationaliste (en réalité matérialiste), accumulant page après page des éléments tendant à montrer qu’elle s’est fourvoyée, montrant encore qu’il existe une quantité impressionnante de données sérieuses prouvant sans conteste l’existence terrestre du Christ. Cependant, j’ai vu ce qu’il en était pour le Suaire : on peut accumuler tous les éléments que l’on veut, pour convaincre il faut constamment à revenir à l’essentiel (qu’en l’occurrence, pour le Suaire, je résume habituellement en trois caractéristiques majeures : 1. l’accord des évêques du lieu et des papes pour affirmer qu’il s’agit d’un faux dont a prouvé la fausseté par les aveux du peintre concepteur ; 2. les particules de peinture retrouvées sur les zones à image du Suaire, et non sur les zones sans image ; 3. l’ordalie du C14 par trois laboratoires désignés par le Vatican, qui ont situé la relique au XIVe siècle). Bref, plus on use de salive et d’encre pour justifier sa thèse, moins on est écouté et plus se diffuse l’idée que si l’on multiplie les arguments c’est parce qu’en réalité on manque cruellement de preuves définitives. C’est faux, mais la nature humaine est ainsi faite.

Ainsi, pour l’existence de Jésus, je vais aller droit à l’essentiel. Je ne brandirai pas des reliques (la plupart fort douteuses), ni des pièces archéologiques (comme le tombeau de Caïphe, grand-prêtre du Temple de Jérusalem à l’époque de Jésus, retrouvé et bien authentique, lui), ni les Évangiles (dont la valeur est constamment réévaluée comme étant des biographies de style antique, voyez les convaincants travaux de Richard Bauckham), ni les écrits romains et juifs des premiers siècles (pour ceux qui remettent encore en cause les passages de Josèphe sur Jésus, je recommande vivement la lecture de Serge Bardet, Le Testimonium flavianum, Examen historique, considérations historiographiques, Cerf 2002). Non, je ne parlerai de rien de tout cela. Il y a plus simple et plus percutant aussi. J’emploierai pour l’occasion la « méthode des faits minimaux » qui a fait la réputation du Pr Gary Habermas (moins doué en ce qui concerne le Suaire, auquel il semble croire un jour sur deux, mais passons, sa démarche néo-testamentaire est la bonne car fondamentalement ancrée dans les principes essentiels de la méthode historique).


Gary Habermas

De quoi s’agit-il ? Aller à l’essentiel, au cœur du cœur de la centrale atomique. Se diriger vers une pièce imprenable, en acier trempé - en somme, se fonder sur une donnée dont la validité n’est remise en cause par personne. Le « fait minimal », quel est-il ? Une épître de Paul. (Quoi de neuf ? Saint Paul !)

L’apôtre Paul de Tarse, connu auparavant sous le nom de Saül, est un ancien pharisien, élève du rabbin Gamaliel, devenu persécuteur de chrétiens. Il s’est subitement converti au christianisme dans les années trente de notre ère. Quelle qu’en soit la cause réelle, il parle d’une apparition du Christ sur le chemin de Damas, en Syrie. Rêve, illusion, hallucination ou apparition réelle, en tout cas d’un jour à l’autre il se repend d’avoir persécuté les fidèles du Christ et choisit de rejoindre leurs rangs, à ses risques et périls. Il accomplit une activité missionnaire importante en effectuant de longs voyages d’évangélisation dans le bassin méditerranéen pour convertir les populations et écrit des épîtres à diverses communautés. Il y raconte aussi la façon dont il s’est rendu à Jérusalem pour y rencontrer notamment l’apôtre Simon, dit Pierre, et Jacques « le frère de Jésus » (car oui, Jésus avait des frères et des sœurs, sans doute issus du premier mariage de son beau-père Joseph, qui devint veuf avant son remariage avec Marie).

On sait néanmoins, pour diverses raisons que je ne vais pas développer ici, que les treize épîtres signées Paul ne sont pas toutes de sa main. Seules sept d’entre elles le sont, si l’on en croit les experts de la critique testamentaire ; les autres seraient issues de sa communauté, de proches ayant poursuivi son œuvre après sa mort en martyr à Rome, s’inscrivant dans son lignage. Alors, comment s’y retrouver ? Un texte non suspect de retouche pourra-t-il émerger parmi les autres ? Est-on aujourd’hui capable de tenir pour véridique un seul d’entre eux ?

La réponse est oui : l’épître en question est la première que saint Paul adresse aux habitants de Corinthe, une ville grecque au nord du Péloponnèse (1Corinthiens 15, 3-8).

Je reproduis ici le passage intéressant (https://bible.catholique.org/1ere-epitre-de-saint-paul-apotre-aux/3375-chapitre-15) :


03 Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures,

04 et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures,

05 il est apparu à Pierre, puis aux Douze ;

06 ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –,

07 ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres.

08 Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.


Saint Paul


L’épître est datée par les experts du début des années cinquante du premier siècle.

Qui la tient pour authentique ? Mythistes à part (moins de dix chercheurs dans le monde), absolument tout le monde. Y compris les érudits les plus ardemment anti-chrétiens comme le célèbre Bart Ehrmann (qui se déclare « agnostique penchant vers l’athéisme » et soutient dans ses conférences et best-sellers que les Évangiles contiennent tellement d’erreurs qu’on ne peut leur accorder le moindre crédit) ou d’autres chercheurs fort mal disposés envers la véracité du Nouveau Testament, tels les membres du Jesus Seminar de John Dominic Crossan (qui tiennent que 90% des paroles de Jésus qu’on y rapporte sont fausses). Nous ne sommes pas là en présence d’enfants de chœur disposés à gober tout cru ce que le curé de leur église paroissiale va leur enseigner dans son sermon du dimanche. On ne la leur fait pas. L’esprit critique, ils en ont à revendre. Eh bien, eux aussi conviennent unanimement que ce texte date des tout premiers temps du christianisme. Il s’agit d’un ensemble de phrases organisées de manière à être récitées (la façon dont le texte est tourné, sa brièveté, sa simplicité théologique, la structure de la phrase, les mots se répondant, la scansion, le style, etc.), sans doute sous la forme d’un premier credo existant avant que Paul ne se mette en marche vers Damas. 

Ce credo pré-paulinien, ce passage spécifique, cette péricope primitive, est daté sans hésitation par les experts en critique textuelle du début des années trente. Citons parmi ceux-ci John Kloppenborg, Jerome Murphy-O'Connor, John Meier, Pinchas Lapide, Reginald Fuller. Pour sa datation plus précise, Gerd Ludemann soutient que « les éléments de la tradition doivent être datés des deux premières années après la crucifixion de Jésus, au plus tard trois ans… La formation des traditions d'apparence mentionnées dans 1Cor.15.3-8 tombe dans le temps entre 30 et 33 de notre ère » ; Thomas Sheehan estime que cette tradition « remonte à au moins 32-34, c'est-à-dire dans les deux à quatre ans suivant la crucifixion ». Certains chercheurs penchent, à l’instar de James Dunn, spécialiste de Paul, pour les six mois ayant suivi la crucifixion. Au vrai, peu importe, quelle que soit la date pour laquelle on opte, il n’existe aucun document historique, chrétien ou autre, plus proche de l’an 30 ou 33, où Jésus est traditionnellement réputé avoir subi une crucifixion. Ulrich Wilckens affirme que ce credo « remonte indubitablement à la phase la plus ancienne de l'histoire du christianisme primitif ». De l’avis général des spécialistes actuels, ce credo traditionnel, qui existait sous forme orale bien avant les Évangiles écrits des années ou des décennies plus tard, est le premier relief de ce qu’a produit la toute première communauté chrétienne située à Jérusalem. 

Sur ce point, nul ne pourra prétendre que tout ce que Paul annonce est légendaire : pour l’historien de l’antiquité, ce genre de document est rarissime et irremplaçable. Il fait partie du peu de fragments anciens dont on est assuré qu’ils rapportent des faits ; il est, parmi tout ce que l’on connait, l’un des textes de cette époque les plus proches de l’événement qu’il narre. Et il est fascinant en ceci que, non seulement il atteste de l’existence d’un homme nommé Jésus (reporté comme mort, ce qui signifie bien qu’il était vivant peu de temps auparavant, logique imparable digne de Monsieur de La Palice)(sans compter que pour avoir un frère comme Jacques, il faut d’abord exister, c’est un prérequis nécessaire), mais il est aussi, en tant que document historique majeur, le reflet le plus exact possible du noyau des croyances animant les plus antiques communautés chrétiennes : on y adore un Jésus mis au tombeau, ressuscité puis réapparu vivant au bout de trois jours à ses disciples. C’est la première christologie connue. On notera par parenthèses, sans plus en dire car cela nous mènerait trop loin, que le Christ est réapparu en particulier à des personnes l’ayant trahi comme Pierre, ou ayant eu des doutes à son sujet durant sa vie terrestre comme son demi-frère, le sceptique Jacques, dit le Juste, ou encore à un persécuteur officiel devenu apôtre, Paul. Lesquels personnages, devenus les autorités principales de l’Église primitive (Jacques est nommé après la mort de Jésus chef de l’Église de Jérusalem), ont tous trois péri en martyrs quelques années plus tard pour attester de ce qu’ils avaient vu. On peut difficilement nier que la véracité de leur témoignage leur tenait à cœur.


Saint Jacques


Retenons donc que, quelles que soient les raisons qui ont fait que ces témoins essentiels ont cru à la résurrection de Jésus (chacun ira de son hypothèse, selon sa tendance philosophique ou sa croyance), ils étaient tous d’accord, de prime abord, et très tôt dans l’histoire, pour convenir, au minimum, que Jésus était bel et bien un homme qu’ils avaient côtoyé en Judée et en Galilée et dont l’existence ne faisait pas un pli pour eux, même s’ils avaient douté de sa mission ou l’avaient renié avant son exécution.
Une grande quantité d’autres textes primitifs se découvrent ainsi tout au long du Nouveau Testament. De nombreux érudits pensent que le livre des Actes des Apôtres incorpore certaines de ces premières traditions, situées dans les sermons qui y sont contenus - mais n’allons pas plus loin, car il faut se rendre à l’évidence, dès à présent : la thèse mythiste est morte et enterrée. Cette polémique aura certes été intéressante pour pouvoir déterminer ce qu’on a le droit de remettre en cause de manière radicale en France, et ce qu’on n’est pas libre de faire. Mais c’est fini. Michel Onfray a eu tort de tenter de la ressusciter : il n’a pas été suivi par le corps des chercheurs et s’est ridiculisé. Même l’athée professionnel Richard Dawkins, à l’inverse de son prédécesseur Bertrand Russell, mythiste convaincu, a été contraint d’avouer, sur le plateau de Joe Rogan, qu’il pensait que Jésus fût une personne réelle du Ie siècle. Tout ceci ne signifie pas, bien sûr, que les érudits bibliques soient d’accord sur tout (loin s’en faut !), qu’il n’existe plus d’ombre à éclaircir ni d’énigme à élucider, qu’il n’y ait plus de questions embarrassantes sur la validité de tel ou tel texte du canon, qu’il n’existe aucune contradiction (au moins apparente) entre les évangélistes. (Comme on ne se gêne pas pour dresser constamment des procès à mon endroit, je m’empresse de souligner que je ne soutiens pas non plus ici la thèse opposée, celle de l’inerrance biblique, qui considère que chaque mot de la Bible a été choisi par l’Esprit saint : ce serait pure folie !).


Paul-Éric Blanrue

Une bonne fois pour toutes, il faut comprendre que, comme le disaient Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, pères de l’école méthodique en Histoire, «l’hypercritique est à la critique ce que la finasserie est à la finesse ». Le doute est sain tant qu’il demeure raisonnable, et il faut toujours suivre les faits là où ils nous conduisent, que cela nous fasse plaisir ou non. La meilleure façon de faire de la bonne et vraie zététique n’est pas de sombrer dans un matérialisme forcené et débilitant, comme le font hélas nombre de ceux qui m’ont succédé dans cette région depuis deux décennies, mais de rester au plus près des faits, des documents, sans préjugé ni dogme, guidé par la seule raison.

Résumons : pour le Suaire, les premiers textes nous parlent de la découverte d’un faux par les autorités catholiques ; pour le christianisme, les premiers documents nous parlent d’un personnage historique. Au terme de cet article, le Suaire de Turin est toujours aussi faux, mais l’existence historique de Jésus est désormais démontrée grâce à un seul et unique document. 

 

 Paul-Éric Blanrue.

 

 

dimanche 13 août 2023

Sommes-nous égoïstes ?

"Pas une heure ne passe sans qu’un média mainstream ne nous jette à la figure une hideuse description de l’individu moderne. Nous sommes tous un tas d’immondes égoïstes, repus et heureux de vivre comme des porcs dans leur bauge. De mauvais citoyens qui votent peu et mal. De misérables marauds qui ne pensent qu’à leur petit confort et se désintéressent outrément du malheur du monde, de l’égalité salariale des femmes et du mansplaining, de la souffrance animale, des immigrés, des SDF, des mal-logés, de « Dame nature », de la couche d’ozone, du réchauffement climatique (sic). Les prédicateurs bien en cour n’ont que le mot « inégalités » à la bouche – inégalités contre lesquelles la morale civique nous commande de combattre sous peine d’être qualifiés de bourgeois ou de fascistes. Si l’on est un mâle blanc hétérosexuel, les péchés que nous avons à expier sont pis encore ! Nous voici coupables d’à peu près tout ce que le monde a produit depuis des millénaires en matière de massacres abjects, d’esclavages répugnants, de misères atroces et de génocides infernaux.
Je crois au contraire que la plupart de nos contemporains sont soumis à des exigences extérieures qu’ils ne contrôlent pas et que le véritable mal vient de là. L’individualisme présent n’est qu’un mot creux. Nous sommes plongés dans une société où il est devenu interdit de penser par nos propres facultés. Nous sommes imbibés de valeurs choisies pour nous, par d’autres que nous. Lorsque clamer ce que l’on a sur le cœur devient un crime de la pensée, quand l’État, omniprésent dans nos vies, se dote d’un pouvoir discrétionnaire sur nos esprits, nous impose des normes de comportement au point que sa police traque les réfractaires et que la justice les punit à de lourdes peines, on ne peut, quand on a un soupçon de dignité, se permettre le luxe de se laisser aller à abandonner le « soi », entité réelle ou illusoire, pour faire plaisir à ses contempteurs - sauf à se retirer pour le reste de nos jours chez les Chartreux ou dans un ashram (ce qui n’est pas donné à tout le monde), en priant pour que l’État et sa bureaucratie tatillonne n’y mettent pas les pieds (chose à peu près impossible)."
Paul-Éric Blanrue, SÉCESSION.