BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

dimanche 17 octobre 2010

ARCHIVES (27) BLANRUE DANS HISTORIA : "Landru, un meurtrier bien séduisant" (juin-juillet 2010 - hors-série avec NOTRE TEMPS)


Avril 1919. La guerre à peine achevée, la France pleure son million et demi de morts. Au matin du 12 de ce mois, au troisième étage du 76 de la rue de Rochechouart, à Paris, MM. Belin et Braunberger, inspecteurs de police de la 1er brigade mobile, sonnent chez un certain « M. Guillet ». Après un long silence, une voix leur répond. La porte s’ouvre. L’homme qui apparaît est en pyjama, les sourcils en broussaille. Il est petit, chauve, porte une barbe noire aux reflets roux. Ses yeux sont fixes et ironiques. Une bousculade s’ensuit. D’une pièce surgit une jeune femme en chemine, apeurée. C’est une petite artiste lyrique du nom de Fernande Serget.
Les amants sont emmenés au siège des célèbres « brigades du Tigre ». L’homme est conduit dans le bureau du jeune commissaire Dautel, qui le salue comme étant Henri-Désiré Landru. Non convaincu par les dénégations de « Guillet », Dautel lui montre la fiche cartonnée dudit Landru, bien connu des services de police.
Landru est né le 12 avril 1869 à Paris, rue de Puebla. Il est le fils de Julien Landru, mécanicien, et Flore Henriquel, couturière en chambre, retirés à Agens ; après le décès de sa femme, Julien s’est suicidé an août 1913, dans le bois de Boulogne.
Durant sa jeunesse, Henri-Désiré accomplit de bonnes études chez les Frères des écoles chrétiennes. Il sert la messe comme sous-diacre à l'église Saint-Louis-en-l'Île. Après trois ans de service militaire, qu’il passe au troisième régiment d’Infanterie, il épouse Marie-Catherine Rémy, fille d’une blanchisseuse, qui lui donne quatre enfants, prénommés Marie, Maurice, Suzanne et Charles. Entre 1893 et 1900, il vivote de petits métiers, travaille chez un architecte, un plombier, puis ouvre une affaire de bicyclette à pétrole. Il organise une campagne de publicité, mentionnant que toute commande doit être accompagnée d'un mandat représentant un tiers du prix. Les commandes affluent, mais Landru disparaît avec l'argent sans jamais livrer les bicyclettes. C’est sa première escroquerie. Désormais, il est régulièrement condamné pour de tels délits : à deux ans en 1904, à treize mois en 1906Sa dernière condamnation en date est due à la revente d’un garage qu’il a effectuée sans avoir payé le propriétaire à qui il l’a acheté. En fuite, il est condamné par défaut, en 1914, à quatre nouvelles années de prison. Cette fois, le verdict est assorti de la peine de « relégation », ce qui signifie la déportation à vie au bagne de Guyane.
Alors qu’il tient le fugitif, le commissaire Dutel lui demande ce qu’il est advenu de Mmes Anne Collomb et Célestine Buisson. L’étonnement se lit sur le visage de Landru, qui assure ne pas connaître ces personnes. Dautel lui rafraîchit la mémoire en lui signalant qu’il a vécut en concubinage avec elles deux. Or, du jour au lendemain, l’une et l’autre se sont curieusement volatilisées. Landru se moque : il ne donne pas dans la traite des blanches ! Dautel le soupçonne de les avoir fait assassiner. Landru lui rétorque qu’on lui présente les cadavres. Dès ce premier entretien, il définit ce qui sera, jusqu’au bout, sa seule et unique défense.
On fouille Landru sur qui on saisit deux carnets méticuleusement tenus. Il y a d’abord un petit calepin à couverture noire, dont toutes les pages sont vierges, sauf la première, sur laquelle on peut lire onze noms, dont ceux de Mmes Colombes et Buisson, tracés de la main de Landru ; le second est une sorte d’annuaire, rempli de dates et de sommes d’argent. Les policiers se demandent à présent si Landru n’a pas, en fait, assassiné ces onze femmes !
Fernande Segret, qui a rencontré quelque temps plus tôt ce « Guillet » dans un tramway, ne sait rien de spécial sur cet homme, sauf qu’il se rend souvent en sa compagnie à l’opéra-comique, car il aime la musique, qu’il écoute en lui tenant la main, parfois en pleurant… Au moment où les deux amants sont séparés, Landru lui chantonne d’ailleurs un air de « Manon » : « Adieu, notre petite table ! ». L’inspecteur Belin, celui-là même qui a mis fin à la « bande à Bonot » en 1912, est estomaqué par le personnage.
Le Petit journal est le premier à se saisir de cette affaire prometteuse et titre : « Un nouveau Barbe-bleue ? » Le commissaire Dautel raconte l’histoire à la presse.
Tout est parti de Gambais (Seine-et-Oise, actuelles Yvelines), un petit village non loin de Montfort-l’Amaury. Fin 1918, son maire reçoit une lettre lui demandant des nouvelles de Mme Anne Collomb, qui a rencontré un « M. Dupont » et l’a suivi dans la maison qu’il loue dans la commune. Du jour au lendemain, cette dame n’a plus donné de ses nouvelles à sa famille, qui s’en inquiète. Quelques semaines plus tard, le maire de Gambais reçoit une autre lettre, cette fois d’une Mlle Lacoste, domestique dans le quartier de l’Hôtel de Ville, à propos de sa sœur, Mme Célestine Buisson, fiancée à un « M. Frémyet », lequel possède une maison à Gambais, où elle l’a accompagné. Mme Lacoste n’a plus de nouvelles de Mme Buisson et s’en alarme. Elle dépeint la maison, dissimulée derrière une haie épaisse, que le maire reconnaît tout de suite comme étant celle de M. Tric. Trouvant ces disparitions inquiétantes, il propose aux deux familles de se réunir. Elles portent plainte contre X au Parquet de la Seine pour la disparition de ses deux femmes. Une enquête est ouverte.
M. Tric, propriétaire de la villa, est interrogé. Il a en effet loué sa maison à un certain M. Dupont, qui dit résider à Rouen. Vérification faite, il s’agit d’une fausse identité. On ne tarde pas à se rendre compte que lorsque les familles Collomb et Buisson décrivent tour à tour MM. Dupont et Frémyet, elles désignent le même individu : un homme au crâne luisant portant une longue barbe sombre. Mais où le trouver ? À l’époque, la police décide d’attendre.
C’est alors que, le 11 avril 1919, Mme Bonhoure, une amie de Célestine Buisson, voit par hasard sortir du magasin « Les Lions de Faïence », rue de Rivoli, à Paris, un barbu chauve ressemblant au personnage. Il achète un service de table pour lequel il verse 100 francs d’acompte. Elle le suit, mais l’homme saute sur la plateforme d’un autobus. La police est alertée. Un inspecteur court dans la boutique, où la vendeuse lui signale que son client a laissé une carte de visite au nom de Lucien Guillet, demeurant rue de Rochecouart, à Paris. Le lendemain à l’aube, ce « Guillet » est arrêté. Il s’agit de Landru.
Ce qui va permettre à la police d’avancer, c’est le suspect lui-même. On trouve à son domicile, puis dans le garage qu’il loue rue Maurice à Clichy, des milliers de lettres, d’enveloppes, d’agendas, d’itinéraires, classés méticuleusement, qui donnent l’impression d’être les archives générales d’un criminel. 


Les policiers classent ces papiers. Il en concluent que l’idée originale de Landru est née en 1909. À cette époque, il passe en effet une petite annonce matrimoniale dans un journal, à laquelle diverses femmes répondent. L’une d’elles, Jeanne Izoret, est séduite. Landru la convainc de lui remettre ses économies, mais il disparaît aussitôt avec elles. Mme Izoret dépose plainte et Landru est condamné à trois ans de prison ferme.
Les policiers mettent en évidence que, depuis quelques années, Landru passe régulièrement des annonces de ce type : « Célibataire (ou veuf), à son aise, 400 francs de revenus, cherche mariage avec personne en rapport ». Il reçoit en retour un nombre impressionnant de lettres, qu’il classe dans un ordre impeccable. Il les divise selon le niveau social en « petits revenus », « fortune possible », «  sans fortune », « à suivre », « à répondre de suite », etc. Il envoie à toutes le même type de lettre. On trouve également dans ces papiers des emplois du temps extrêmement minutés : il a plusieurs rendez-vous galants par jour, de 8 heures du matin à 8h du soir. En tout, il a « retenu » 283 femmes, la plupart de condition modeste, avec lesquelles il entretient des rapports.
En tête de la liste retrouvée par Dautel, se trouve le nom d’une certaine Jeanne-Marie Cuchet, âgée de 39 ans, lingère et veuve d’un commerçant. Elle n’a pas connu Landru par une annonce, mais au jardin du Luxembourg, où celui-dit lui a dit s’appeler Raymond Diard. Jeanne-Marie vit avec son fils André, âgé de 17 ans. Au bout de quelques semaines, elle annonce à son entourage qu’elle a rencontré un ingénieur quincagénaire qui a quelque fortune et de belles manières. Ils se fiancent. La mère et le fils sont ravis. Mais les papiers de M. Diard n’arrivent pas pour la mariage (pour cause, la vraie famille de Landru vit à Clichy et le croit brocanteur).
Sans attendre le mariage promis, « M. Diard » propose à Mme Cuchet de venir vivre à la campagne, partager la maison qu’il a louée dans la région de Chantilly. Elle accepte. Il s’y rend avec une vieille cantine et elle avec toutes ses économies. Le 2 août 1914, alors que la guerre éclate, Landru disparaît avec l’argent de sa « fiancée ». Il place les 5 000 francs dans une banque de Chantilly, à son nom. Sa cantine est ouverte par le beau-frère de Mme Cuchet : on y trouve un livret de mariage au nom de Landru…
Désespérée, Mme Cuchet rentre à Paris et se met à sa recherche. Landru l’apprend. Un jour, il se rend à son domicile et plaide le malentendu : il a caché qu’il était marié pour ne pas lui faire de peine, il est en instance de divorce… D’ailleurs, il lui promet de lui présenter ses filles. Le lendemain, il revient en effet avec deux charmantes fillettes de 11 et 12 ans. On saura plus tard qu’il les a louées pour l’occasion !
Mme Cuchet tombe de nouveau amoureuse et se brouille avec sa famille, qui la conjure de se méfier de ce personnage suspect. Pendant ce temps, Landru loue une maison à Vernouillet , « The Lodge », et propose à Mme Cuchet de s’y rendre avec André. On y apporte les meubles de Mme Cuchet. Une voisine les voit tous les trois habiter quelque temps dans la villa.
« M. Cuchet », ainsi qu’il se fait appeler, annonce à la personne de l’agence de location que sa femme vient de recevoir une offre professionnelle très intéressante pour l’Amérique. Comme par hasard, en février 1915, les voisins de Vernouillet ne revoient plus Mme Cuchet ni son fils. Landru se présente aussitôt dans une banque pour toucher un titre qui appartient au jeune André. Il offre une montre en or à son épouse et divers babioles à son fils pour qu’il en fasse du négoce. Il vend d’autres obligations et titres. Les meubles de Vernouillet sont rangés dans son garage de Clichy.
Dans la liste du carnet, le nom suivant est celui, plus curieux, de « Brésil ». Aucune personne ne semble lui correspondre. Mais le brigadier principal Riboulet découvre, dans l’océan des archives de Landru, qu’une certaine Mme Thérèse Laborde-Line, séparée de son mari aubergiste, et que Landru a rencontrée par le biais d’une petite annonce, est née près de Buenos-Aires. Or Riboulet se dit que Landu s’est sans doute trompé en pensant que la ville argentine de Buenos-Aires était située au Brésil… De fait, Mme Laborde-Line, la nouvelle « fiancée » de Landru, s’est rendue, elle aussi, dans sa villa de Vernouillet. Trois jours plus tard, en juin 1915, elle disparaît. Ses meubles, ses actions, titres et obligations sont vendus. Landru les note comme « recettes » dans ses carnets.
Cette même année, Mme Marie-Angélique Guillin, ancienne gouvernante demeurant rue Crozatier, à Paris, annonce à son entourage qu’elle a rencontré un ingénieur riche et prévenant qui l’a séduite. Elle se rend avec lui à Vernouillet. Au début d’août 1915, elle disparaît. Ses meubles, titres, actions et obligations sont vendus par Landru. Il y en a pour 11 750 francs, ce qui est une somme importante pour l’époque. Cette dame ne figure dans sa liste sous son patronyme, mais au nom de la rue où elle habite : « Crozatier ».
Les enfants de Mme Guillin possédant l’adresse de Vernouillet, Landru, prudent, déménage. Un soir, il brûle une malle dans son jardin. Et il semble bien qu’elle ne soit pas vide, car les voisins déclarent qu’ils s’en dégage une odeur pestilentielle.
Durant l’été 1915, Landru trouve sa nouvelle villa, à Gambais, en plein champs, à 400 mètres de toute habitation. Il la loue sous le nom de M. Dupont. Le jour où il signe son contrat de location, il se rend à Houdan pour acquérir une cuisinière, qu’il se fait livrer le surlendemain avec 300 kilos de charbon.
Pour pendre la crémaillère, il invite Berthe-Anna Héont, 55 ans, femme de ménage et veuve. Dans ses comptes, on trouve une singulière mention relative aux billets de train qu’il a achetés : « Un aller-retour » (pour lui), « un aller simple » (pour elle)… À partir du mois de décembre 1915, nul n’entend plus parler de Mme Héont. Comme à son habitude, Landru vend tout ce qui appartient à cette dame.
La « fiancée » suivante est Mme Anne Collomb, 44 ans, secrétaire dans une compagnie d’assurances. Il s’agit de la dame dont la famille a déclenché l’affaire. Elle aussi s’en va un jour, avec ses 2 000 francs d’économie, pour Gambais. Au moment où il l’emmène, Landru n‘a plus un sou vaillant. Mme Collomb disparaît fin décembre 1916. Tout à coup, Landru se retrouve à flots et en fait généreusement profiter sa famille de Clichy.
La suivante est une petite bonne de 19 ans, Andrée Babelay, qu’il a croisée dans la rue, cette fois. Elle annonce un jour à sa patronne, cartomancienne, qu’elle a rencontré un monsieur charmant. Andrée se rend elle aussi à Gambais. Sur le carnet de Landru, il est à nouveau noté : « Un aller-retour » (pour lui), « un aller simple » (pour sa « fiancée »)…  À partir d’avril 1917, on ne reverra jamais Mlle Babelay.
Celle d’après se nomme Célestine Buisson, disparue en août 1917, l’une des deux femmes qui permettent d’ouvrir l’enquête par l’intermédiaire de sa famille. Avec elle, Landru suit le même processus qu’avec les autres : départ pour Gambais, puis disparition suivie de la vente de ses meubles, de ses titres et effets personnels…
C’est à cette époque que Landru rencontre Fernande Segret. Elle se rend comme les autres à Gambais pour le week-end. Mais elle aura la chance, elle, d’en revenir.
Ensuite, c’est au tour de Mme Louise-Jaume, 38 ans, en instance de divorce. Landru use une nouvelle fois du même procédé. La dame s’évapore en novembre 1917. Puis Landru se tourne vers Anne-Marie Pascal, 33 ans, couturière divorcée. D’elle, il vendra tout : tapis, manteau, meuble et même… un dentier.
La dernière victime est Marie-Thérèse Mme Marchadier, ancienne prostituée, qui se rend à Gambais avec ses chiens griffons, dont la police retrouvera les cadavres enfouis dans le jardin. Ils ont été étranglés. C’est le seul forfait que Landru avoue.
Mais le problème, pour la police, qui a fouillé de fond en comble les villas de Vernouillet et Gambais, c’est qu’elle ne retrouve aucun cadavre humain. Elle met en revanche la main sur une cuisinière, qui aurait pu servir à faire disparaître les corps par crémation. Est-ce la clé de l’énigme ? Beaucoup en doutent, car elle est de petite dimension.
Pourtant, dans le tiroir de cette cuisinière, dans un hangar et dans la cheminée, on découvre des poussières d’ossements : quatre kilos, qui se révèlent être des os d’animaux, tués avec des fils poissés, mais aussi un kilo d’ossements humains calcinés et concassés à coup de marteau. Dans ces débris, les experts retrouvent 295 fragments humains de crânes, de pieds, de mains. Il y aurait là trois cadavres, dont l’un au moins serait celui d’une femme. On y découvre des traces de scie.
Le médecin légiste conjecture que Landru a fait disparaître les éléments qui auraient pu servir à une identification. Mais alors pourquoi a-t-il conservé toutes ses archives, qui le dénoncent si ouvertement ? Et où sont les huit autres cadavres ? Un pêcheur de la région dira qu’il a vu un étrange paquet enveloppé, flottant dans un étang, mais les fouilles ne donnent rien.

La cuisinière

De son côté, Landru, inflexible, n’avoue rien. Trois experts psychiatres sont nommés, qui concluent qu’il est dépourvu de tout état psychotique. Ils sont même charmés par son intelligence ! L’accusé n’est donc pas en état de démence, mais responsable de ses actes.
 Pourtant, l’étau se resserre autour de lui. Le juge d’instruction Bonin lui désigne les factures des scies à métaux et des lames, qu’il achetait régulièrement. Qu’en faisait-il ? Aucune des réponses de Landru n’est satisfaisante.
L’instruction close, le procès s’ouvre devant la Cour d'assises de Seine-et-Oise siégeant à Versailles, le 7 novembre 1921. Il dure plus de quatre semaines. Le président Gilbert conduit les débats ; d’un côté, l’avocat général Godefroy ;  de l’autre, Maître de Moro-Giafferi, ténor du barreau, défenseur de Landru.
L’accusé a réponse à tout. Son carnet ? Juste un répertoire de commerçant, où il note le nom de ses clients. Il a essayé de vendre des meubles, voilà tout. Les femmes qu’il a choisies sont par préférence seules et sans soutien, car, explique-t-il, celles-ci sont plus tentées que les autres de se séparer de leurs meubles pour subvenir à leurs besoins en temps de guerre. C’est pour ne pas les effrayer qu’il a fait passer ses « publicités » sous la forme d’annonces matrimoniales. Les disparition de ces femmes ? Elles ont peut-être voulu s’exiler pour des motifs qui les regardent ; ou les policiers n’ont pas bien fait leur travail. Ses multiples pseudonymes ? Rien de plus normal, il était recherché pour ses escroqueries d’antan. Quant aux billets de chemin de fer, ces fameux « allers sans retour », c’est par pure galanterie qu’il les a commandés, ne voulant par contraindre ces dames à revenir à Paris si elles n’en éprouvaient pas le désir.
La monstruosité des crimes et le faisceau de présomption accablant Landru entraînent Godefroy à réclamer la mort. Maître Moro-Giafferi, très inspiré, développe la même logique que son client : nul n’ayant produit le cadavre d’une seule d’entre ces onze prétendues victimes, on ne peut en bonne logique en conclure qu’elles sont mortes.
À un moment de sa brillante plaidoirie, il prétend même que l’accusation a commis une grave erreur : l’une de ces femmes, lance-t-il, est vivante ! Grand émoi dans la salle. Il assure qu’elle est au palais de justice de Versailles, derrière la porte, s’apprêtant à entrer. Les douze jurés regardent dans cette direction comme un seul homme. Mais l’avocat leur annonce soudain que la dame attendue n’est pas là : il voulait juste prouver par ce procédé que les jurés estimaient possible que cette femme était encore en vie. Et le doute doit profiter à l’accusé. Seulement l'avocat général fait remarquer que Landru, lui, n’a pas tourné les yeux vers la porte !
Au cours des délibérations, le 30 novembre, les jurés répondent « oui » aux 48 questions. C’est la peine de mort pour Landru. Celui-ci reste impassible. En privé, fidèle à sa réputation, il confie à son avocat que « dans toutes les batailles, il y a des tués ». Dans l’une des lettres qu’il écrit dans sa cellule, il répète à l’avocat général que la cuisinière était trop petite pour brûler des corps. Ce qui, en effet, est plus que vraisemblable. D’ailleurs, à Vernouillet, où des femmes ont disparu, cette cuisinière n’existe pas. Mais rien n’indique toutefois que Landru ait brûlé l’intégralité des corps. Il est possible qu’il ait jeté les cadavres dans les étangs, remplis d’herbes et de vase, ou dans les puits de la région.
Le 24 février 1922, le président de la République Alexandre Millerand refuse la grâce à Landru. Au matin de son exécution, le 25 février, on demande au condamné s’il a des révélations à faire. Landru répète qu’il est innocent. D’un calme imperturbable, s’excusant de refuser la messe, il lance à l’aumônier : « Ces messieurs attendent ! ». Il demande cinq minutes pour faire sa toilette et se laver les pieds, ce qui ne lui est pas accordé par crainte d’un suicide. Il est guillotiné en face de la prison de Versailles, sans prononcer une dernière parole avant de monter à l’échafaud.
On ne saura donc jamais comment il a tué ses onze victimes. Peut-être est-ce avec le fusil de chasse, la carabine, le Smith & Wesson ou le 6 35 qu’il possédait. Peut-être est-ce avec les somnifères qu’on a retrouvés chez lui. Ou avec les fils qui lui ont servi à tuer les animaux…
Le lendemain de son exécution les journaux titrent que Landru est parti en emportant son secret. Toutefois, bien plus tard, dans l’émission « Les Dossiers de l’écran » du 4 mars 1970, Mme Denis, fille de Maître Auguste Navières du Treuil, l’un des avocats de Landru, brandit un dessin exécuté par celui-ci, qui représente la cuisine de Gambais, avec, sur la droite, la fameuse cuisinière. Au verso du tableau, Landru a écrit une phrase, qui permet de penser qu’il ne rejette pas entièrement l’utilisation de la cuisinière : «  Ce n’est pas le mur derrière lequel il se passe quelque chose mais bien dans la cuisinière dans laquelle on a brûlé quelque chose. » Cette phrase énigmatique, si elle est bien de lui, constitue-t-elle un aveu ? On l’a soutenu.
Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que la preuve absolue et directe de sa culpabilité manque toujours : la mort des onze disparues. Les 273 autres femmes qu’il avait fréquentées, elles, vivaient en effet toujours au jour de son procès.
Paul-Éric Blanrue

mis en ligne par trattoria

vendredi 15 octobre 2010

Pétition pour l'abolition de la loi Gayssot et la libération de Vincent Reynouard.

Pour signer cette pétition, merci d'indiquer vos nom et prénom, ainsi que votre ville (et votre profession si vous le désirez) à cette adresse :
eugenie.blanrue@laposte.net

Pierre Cassen, animateur de Riposte laïque, se déclare à son tour opposé à la loi Gayssot. Signera-t-il la pétition ?

LIEN

"« J’ai beaucoup évolué sur la question de la liberté d’expression. Il y a encore trois ans, je défendais le fait de poursuivre devant les tribunaux les négationnistes, et les propos jugeant, par exemple, que les Noirs seraient moins intelligents que les Blancs. Aujourd’hui, je me sens de plus en plus un adepte inconditionnel de Voltaire, qui disait : “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”.
Pourquoi cette évolution ? Parce que j’ai constaté la dictature qu’exerce la question du racisme, quand des lois permettent à des associations d’en détourner le sens, et de museler toute liberté d’expression en France, souvent de manière grotesque, faut-il rappeler comment Eric Zemmour se retrouve poursuivi devant les tribunaux ? J’ai changé en discutant de longues heures avec un jeune Anglais, qui m’a convaincu que la meilleure façon de combattre les thèses négationnistes était de les laisser s’exprimer."

Pierre Cassen
mis en ligne par marcopolo

"Sarkozy, Israël et les juifs" : enfin traduit en arabe et diffusé dans tout le Moyen-Orient !

Flûte enchantée (Mozart) - Air de la Reine de la Nuit - Diana Damrau.

Voltaire nu de Jean-Baptiste Pigalle.

Christ nu de Michel Ange.

Christ nu de Benvenuto Cellini.

Chemical brothers - Under the influence

ARCHIVES (26) BLANRUE DANS HISTORIA : "Clay Shaw, le maillon fort de la CIA" (01/12/2003 - 684)

Procureur de La Nouvelle-Orléans, Jim Garrison (il inspira à  Oliver Stone son JFK ) est persuadé que la CIA a organisé un coup d'Etat pour éliminer un président qui génait ses intéréts. Après avoir mené une enquéte discrète, il plaide en faveur de la réouverture du dossier. En 1969, lors d'un procès retentissant, il accuse l'homme d'affaires Clay Shaw, qu'il soupçonne d'étre un agent de la CIA, d'avoir participé au complot. Garrison prouve que l'adresse qu'Oswald a fait figurer sur ses tracts procastristes - 544, Camp Street, New Orleans - est celle de l'immeuble dans lequel se trouve l'agence du détective privé d'extrême droite Guy Banister, ex-agent du FBI et des services secrets de la marine. Celui-ci a pour collaborateur un homme lié à  la Mafia, le mercenaire David Ferrie, qui a été le supérieur d'Oswald lorsque ce dernier a fait partie, à  l'âge de 15 ans, de la Patrouille civile de l'air de La Nouvelle-Orléans. Ce méme Ferrie fréquente Clay Shaw, fondateur de l'International Trade Mart, qui par ailleurs soutient activement les anticastristes. Or d'après le témoignage de l'avocat Dean Andrews devant la Commission Warren, un certain " Clay Bertrand " (pseudonyme utilisé par Shaw lors de ses parties fines) lui a demandé de prendre la défense d'Oswald le jour suivant l'assassinat du Président... Faute de preuves solides démontrant l'appartenance de Shaw au complot, Garrison sera débouté.
Paul-Eric Blanrue

mis en ligne par floriana

ARCHIVES (25) BLANRUE DANS HISTORIA : "Une autopsie bâclée" (01/12/2003 - 684)

Les faits sont avérés : l'équipe de l'hôpital Parkland de Dallas a fourni des informations totalement différentes de celles relevées au cours de l'autopsie pratiquée à  l'hôpital naval de Bethesda (Maryland). Parkland désigne en effet la plaie au cou comme point d'entrée de la " balle magique ", tandis que Bethesda en fait un point de sortie. Parkland pense également que la balle entrée dans le cou n'est pas ressortie, tandis que Bethesda croit qu'une autre balle est fichée dans le corps, ce qui entraîne de toute façon l'existence d'une quatrième balle. Pourquoi de telles divergences ?
La thèse officielle veut qu'à  Dallas, les médecins, tentant de réanimer Kennedy, ne se préoccupent pas de la blessure arrière. Kennedy est allongé sur le dos. Ses difficultés respiratoires nécessitent une trachéotomie. L'incision pratiquée, on n'a plus la possibilité de vérifier si cet endroit est une blessure d'entrée ou de sortie. Lors d'une conférence de presse comme dans le rapport de service, les médecins disent qu'il s'agit un " orifice d'entrée ", situé " juste au-dessous de la pomme d'Adam ".
Vers 19 heures, à  Bethesda, on découvre la blessure arrière. Pensant que le trou à  l'avant n'est dû qu'à  la trachéotomie, les médecins cherchent le point de sortie mais, les muscles n'étant plus dans la position qu'ils avaient lors de l'assassinat, la recherche de la trajectoire s'avère infructueuse (pour certains, les médecins ont reçu l'ordre " d'officiers généraux " de ne pas faire la recherche).
Sur ces entrefaites, le Dr Humes, chargé du rapport d'autopsie, apprend que ses collègues de Parkland ont retrouvé une balle. Il pense que ce projectile s'est échappé du corps de Kennedy, à  Dallas, au cours du massage externe du coeur. Ce détail donnera lieu à  une mauvaise interprétation de sa part. Il écrit que l'orifice arrière n'a pas de correspondant à  l'avant, et que la balle est restée dans le corps. Détail repris dans un rapport signé par Hoover, le directeur du FBI. Le lendemain, ayant Dallas au téléphone, Humes apprend, semble-t-il, que le point de trachéotomie cache en réalité une blessure... Le médecin (militaire) refond son rapport. L'orifice arrière serait un point d'entrée et celui de l'avant un point de sortie. Comme l'autopsie est terminée, il lui est impossible de chercher le passage de la balle.
Le dimanche matin, Humes détruit ses notes préparatoires dans la cheminée de sa maison. Un geste qui déclenchera la colère des " conspirationnistes " ! Son nouveau rapport et ses déclarations, comparés aux témoignages contradictoires du FBI et des médecins de Dallas (qui continuent de dire que l'orifice au cou était un point d'entrée !), seront à  l'origine de nombreuses suspicions. On ne peut s'empécher de remarquer, en effet, qu'entre Parkland et Bethesda, Oswald a été arrété et que la version officielle veut qu'il ait, seul, tiré trois balles de l'arrière du cortège. Le Président ne pouvait pas avoir été atteint par quatre balles, dont l'une au moins avait été tirée de l'avant...
  Paul-Eric Blanrue
mis en ligne par floriana

ARCHIVES (24) BLANRUE DANS HISTORIA : " L'expertise d'un prix Nobel de physique " (01/12/2003 - 684)

Luis Alvarez n'est pas un détective amateur. Il est même prix Nobel de physique. En septembre 1976, il analyse le mouvement vers l'arrière de la tête de Kennedy. La solution qu'il propose est tirée de l'observation du cliché 313 du film de Zapruder, l'image de l'impact du troisième projectile (la balle fatale). Sur cette vue, un jet de matière cérébrale dirigé vers l'avant apparaît. Alvarez s'emploie à  démontrer que, dans ce cas, les lois de la physique ne sont pas violées. Le recul de Kennedy proviendrait de l'éjection de la substance cérébrale provoquée par l'explosion à  l'avant droit de la balle entrée à  l'arrière, le " jet-propulsion effect ". Le physicien vérifie sa théorie sur des melons. Raillées par les " conspirationnistes ", ses conclusions sont pourtant confirmées par le Dr Lattimer de l'Université de Columbia qui refait l'expérience sur des crânes. En dévoilant une plaie au-dessus de la protubérance occipitale externe de la tête de Kennedy, les photos de l'autopsie confirment l'hypothèse des deux experts. Si le projectile était entré par l'avant, il y aurait eu des blessures de sortie sur l'arrière droit du crâne. Or celles-ci sont introuvables sur les photos d'autopsie.
Mais des tenants de la thèse du complot, comme Robert Groden ou David Lifton, estiment que les photos sont truquées, ou que le corps aurait été maquillé (lire Une autopsie bâclée, page 54) .
Paul-Eric Blanrue 
 
mis en ligne par floriana

ARCHIVES (23) BLANRUE DANS HISTORIA : "Les zones d'ombres du film de Zapruder" (01/12/2003 - 684)

Le 22 novembre 1963 au matin, Abraham Zapruder, tailleur à  Dallas, décide d'aller applaudir le cortège présidentiel. Muni de sa caméra 8 mm, il se positionne sur le tertre gazonné de la place Dealey, en compagnie de sa secrétaire. Il déclenche son appareil au moment o๠la Lincoln présidentielle s'engage sur Elm Street. Document historique, le film de Zapruder (durée : 26 secondes) est aussi l'une des principales pièces à  conviction de l'assassinat de Kennedy. C'est à  partir de l'analyse de ses 483 images (18 images/seconde) que l'on est parvenu à  déterminer la chronologie des tirs.
Aujourd'hui, le film ferait le tour du monde en quelques heures. A l'époque ce ne fut pas le cas. Zapruder en vend les droits à  Life (150 000 dollars), qui n'en diffuse que quelques images. On ne peut s'empécher de supposer qu'il y a eu des pressions. Quant à  la Commission, elle utilise le document mais ne le rend pas public. Les clichés restent dans les coffres jusqu'en 1969. C'est à  l'initiative du procureur Jim Garrison qu'ils sont pour la première fois diffusés dans le cadre du procès Clay Shaw (lire page 57) . Le grand public, lui, doit attendre 1975 pour les voir en intégralité dans l'émission Goodnight America.
Le film de Zapruder donne lieu à  de nombreuses controverses. En l'analysant image par image, certains remarquent que la " balle magique " ne blesse pas Connally, contrairement à  ce que prétend le rapport Warren. A la seconde oÙ Kennedy sursaute, on a en effet l'impression que le gouverneur n'est pas encore atteint. Ce qui suggère qu'il a été victime d'un autre tir, une demi-seconde plus tard. Pour des raisons de timing, cet autre tir ne peut être le fait d'Oswald, on tiendrait enfin la preuve qu'un autre tireur se tenait en embuscade ! Las, les chercheurs ne disposent à  l'époque que d'une image de mauvaise qualité. La version digitale remasterisée (Image of an Assassination, A New Look at the Zapruder Film, MPI Teleproductions, 1998) démontre sans ambiguïté que les deux hommes réagissent en méme temps.
Cette restauration permet à  d'autres chercheurs de se lancer à  la chasse aux " images fantômes " impressionnées dans la zone des perforations destinées à  l'entraînement du film, invisibles lors d'une projection classique. Un policier belge, Marcel Dehaeseleer, déclare avoir mis en évidence la présence de personnages inconnus. L'un d'entre eux jetterait un objet " oblong " à  un compère accroupi, qui le déposerait ensuite dans un sac... Preuve d'un complot ou " bruit " aléatoire ? Aux experts d'en décider.
Plus contestables sont les conclusions d'autres " conspirationnistes ", tel Jim Fetzer, pour qui le film de Zapruder n'est qu'un faux. Leur " preuve " : la rangée de spectateurs du premier plan ne " bougerait pas ". Ce seraient des silhouettes découpées dans du carton ! En fait, le film de Zapruder correspond point par point aux photos prises ce jour-là . Zapruder lui-même en a témoigné. Pour mettre un terme à  la polémique, les experts de la firme Kodak l'ont examiné. Conclusion : il est parfaitement authentique.
Paul-Eric Blanrue
 
mis en ligne par floriana

ARCHIVES (22) BLANRUE DANS HISTORIA : "Combien de tirs ? Combien de tireurs ?" (01/12/2003 - 684 )

Immédiatement, le nombre de coups de feu pose problème. Les trois quarts des témoins disent avoir entendu trois tirs. Mais comme leur récit a été enregistré après que la police a livré sa version officielle, il est possible qu'ils aient été influencés, voire orientés. Un témoin déclare ainsi : " J'en ai entendu un de trop ! " D'autres maintiennent qu'ils ont entendu quatre détonations, voire davantage.
Le Mannlicher-Carcano d'Oswald implique un minimum de 2 à  3 secondes entre chaque tir pour recharger. Selon le chronométrage effectué d'après le film d'Abraham Zapruder (lire Les zones d'ombre du film de Zapruder, page 51), les " trois coups de feu " sont tirés en 5 ou 6 secondes, ce qui laisse environ 2 secondes entre le premier et le deuxième tir et 3 entre le deuxième et le troisième tir. Deux fois de suite, en moins de 3 secondes à  chaque reprise, Oswald a dû ouvrir le magasin du fusil en tirant le levier d'armement, éjecter la douille, repousser et rabaisser le levier, épauler l'arme à  nouveau, viser une cible mouvante, à  80 mètres... Un exploit digne d'un tireur d'élite. Or d'après son dossier militaire Oswald n'en est pas un.
L'origine des coups de feu pose également problème. Sur les 178 personnes présentes place Dealey, 21 précisent que les coups de feu proviennent d'un talus situé devant le cortège présidentiel. Après les tirs, une partie de la foule se précipitera d'ailleurs vers ce monticule. Certains témoignent avoir vu de la fumée s'en échapper. Tous accréditent l'idée que " des " tireurs étaient embusqués derrière une palissade.
Sur le film de Zapruder, on voit qu'au dernier impact - celui qui sera fatal -, Kennedy effectue un mouvement de la téte en arrière. Or un objet atteint par une balle subit normalement une impulsion dans le sens de propagation du projectile. Si la balle provient de derrière, le corps de JFK aurait donc dû s'effondrer vers l'avant. La Commission a d'ailleurs publié des photos montrant un mouvement vers l'avant, qui ne s'est produit en fait qu'après le recul du Président ! (Une inversion considérée par J. Edgar Hoover, directeur du FBI, comme une " erreur d'impression ".)
Le doute s'empare de l'Amérique. En 1976, la Chambre des représentants crée un comité restreint, le House Select Committee on Assassinations (HSCA), chargé de faire la lumière à  la fois sur les meurtres de Kennedy et de Martin Luther King (assassiné en 1968).
En 1979, le HSCA rend un rapport de près de 8 000 pages. A la surprise générale, il conclut à  " la probabilité de l'existence d'un complot ". Son appréciation se fonde surtout sur les analyses acoustiques des enregistrements de la radio d'un motard de l'escorte. On y entend quatre coups de feu, ce qui implique au moins deux tireurs. La thèse du complot prend un caractère officiel. Mais les partisans de la Commission Warren font remarquer que sur la bande magnétique les sirènes de police ne sont perceptibles que deux minutes après les détonations. En réalité, elles ont retenti sitôt après les tirs. Pour eux, la bande magnétique ne correspond pas aux événements. Une critique confirmée par l'Académie nationale des sciences, et qui permet au ministère de la Justice de revenir sur les conclusions du HSCA, en déclarant qu'" aucune preuve " ne soutient plus la thèse du complot.
En 1993, le juriste Gerald Posner publie Case Closed (Affaire classée), un ouvrage dans lequel il réhabilite à  son tour la Commission Warren. Selon lui, les contradictions relevées chez les témoins s'expliquent par les défauts inhérents à  ce type de document. Les coups de feu " additionnels " sont dus à  l'écho. Quant à  la fumée, elle n'est accréditée que par de rares personnes peu fiables. Posner ajoute que le film de Zapruder n'a pas été correctement exploité. En se fondant sur de " nouvelles analyses ", il révèle qu'il se passe 4 secondes entre le premier et le deuxième tir, et environ 5 secondes entre le deuxième et le troisième. Soit 8 à  9 secondes pour trois tirs. Presque le double du temps accordé à  Oswald par les partisans du complot. Posner annule ainsi l'un de leurs principaux arguments. Quant au mouvement de téte vers l'arrière, il l'explique grâce au rapport Alvarez (lire L'expertise d'un prix Nobel de physique, page 50) . Pour Posner, le mystère est éclairci.
  Paul-Eric Blanrue

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ARCHIVES (21) BLANRUE DANS HISTORIA : "Les conclusions de la commission Warren" (01/12/2003 - 684 )

Le 29 novembre 1963, quatre jours après les obsèques de Kennedy, le président Johnson signe un décret créant une commission d'enquête sur l'assassinat de son prédécesseur. Il demande à  Earl Warren, président de la Cour supréme, de la diriger. Celle-ci comprend les chefs de file des deux partis de la Chambre des représentants (le démocrate Hale Boggs et le républicain Gerald Ford), deux membres du Sénat (le démocrate Richard Russel et le républicain John Cooper) et deux autres personnalités : John Mac Cloy, conseiller de Kennedy pour le désarmement, et Allen Dulles, ancien directeur de la CIA (limogé par Kennedy après l'affaire de la baie des Cochons). Quatorze juristes et douze experts les assistent. Cinquante-sept équipiers prennent part à  leur activité. Les travaux de la commission se font à  partir des milliers de rapports et interviews que lui soumettent le FBI et le Secret Service. Aucun enquéteur indépendant n'est employé. Au total, 552 témoins sont entendus. A huis-clos.
Le rapport définitif est rendu au président Johnson le 27 septembre 1964. Il comprend 880 pages, auxquelles sont joints 26 volumes de " preuves ". Il est cosigné par l'un des frères du président assassiné, Robert Kennedy, ministre de la Justice. Principales conclusions :
- Oswald a assassiné Kennedy.
- Il a agi seul, en tirant trois coups de feu avec le Mannlicher-Carcano trouvé au dépôt de livres. Les experts ont relevé ses empreintes sur le dessous du canon et sur des cartons disposés devant la fenêtre ouverte du cinquième étage.
- Une balle a raté sa cible et blessé un spectateur se tenant près du pont ferroviaire. Une autre a transpercé le cou du Président, pour finir sa course en frappant Connally. La dernière a mortellement atteint Kennedy à  la tête.
- Oswald a tué l'agent de police Tippit avec le Smith & Wesson (calibre .38) qu'il avait sur lui lors de son arrestation, et qu'il avait commandé, comme le fusil, au nom de " Hidell ".
- Jack Ruby est le meurtrier de Lee Harvey Oswald.
- Il a agi seul et de son propre chef.
Néanmoins, les affirmations du rapport Warren (ce " réquisitoire posthume ", écrit à  l'époque le journaliste Léo Sauvage) ne dissipent pas les doutes qui se font jour dans l'opinion. Au contraire. Les défauts qui le parsèment, ses erreurs, ses " oublis " et sa tendance manifeste à  instruire à  charge, vont servir de tremplins à  ceux qui pensent que l'assassinat de Kennedy est le résultat d'une conspiration.
En se déclarant insatisfaits du travail mené par la Commission Warren, deux de ses membres, Hale Boggs et John Cooper, vont contribuer à  la réouverture du dossier dans les années 1970.

Paul-Éric Blanrue

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ARCHIVES (20) BLANRUE DANS HISTORIA : " Oswald, un coupable tout désigné" (01/12/2003 - 684)

Au lieu d'éclaircir les zones d'ombre de l'affaire, la biographie de Lee Harvey Oswald multiplie les pistes, contribuant à  accentuer les présomptions de complot. La Commission Warren le présente comme un inadapté social doublé d'un marxiste. Il est extraordinaire qu'un tel homme parvienne à  s'engager dans les marines et surtout qu'on l'affecte à  la base d'Atsugi, au Japon, qui gère le programme des avions secrets U2 contre l'URSS.
Après l'armée, Oswald effectue un long séjour en Union soviétique (1959-1962). Il est difficile d'admettre qu'au sortir d'une escapade au cours de laquelle il a tenté de renoncer à  sa nationalité tout en exprimant l'intention de livrer des secrets militaires, cet ex-transfuge parvienne à  rentrer si facilement aux Etats-Unis.
Bénéficie-t-il de facilités au sein de la diplomatie américaine, en tant qu'agent de la CIA ? Le Journal historique (12 pages) qu'il rédige, pour s'expliquer sur sa période russe, et son désir de regagner précipitamment les Etats-Unis (marié à  la Russe Marina, dont il a une petite fille), c'est parce qu'il est déçu par le régime soviétique. Certains pensent que ce Journal a été " arrangé " après coup.
En 1963, Oswald se fait à  nouveau remarquer en distribuant des tracts en faveur d'une association soutenant Fidel Castro. Mais il fréquente aussi des anticastristes notoires, et lorsqu'il emménage à  Dallas, il côtoie des exilés russes comme le baron George de Mohrenschildt. Ce dernier le présente à  son amie Ruth Paine, qui le fait embaucher au dépôt de livres, un mois avant la venue de Kennedy à  Dallas.
Le FBI s'intéresse naturellement à  ses activités. A la CIA, son dossier porte le n° 201. On peut donc se demander comment il parvient à  assassiner Kennedy au vu et au su des agents chargés de le surveiller.
La Commission rapporte que deux mois avant l'assassinat, Oswald s'est rendu au consulat de Cuba à  Mexico pour obtenir un visa de transit pour l'Union soviétique. Il serait également allé à  l'ambassade d'URSS pour faire une demande d'émigration. Mais la photographie présentée comme preuve de cette visite par la CIA (qui filme la résidence diplomatique), ne correspond pas aux traits d'Oswald.
Voilà  pour son passé trouble. Venons-en au 22 novembre.
En confrontant les témoignages, on se rend compte qu'Oswald n'a disposé que d'un quart d'heure pour placer les boîtes afin de s'y appuyer, assembler le fusil, tirer trois fois sur Kennedy, cacher le fusil, descendre au premier étage et s'offrir une boisson gazeuse. C'est très court.
On a également remarqué que la lunette télescopique de sa carabine n'était pas bien alignée - il est possible qu'Oswald ait déréglé le viseur en jetant son fusil à  terre après les tirs. Reste que cette arme est pour les spécialistes " universellement condamnée comme imprécise et lente ". Dans des conditions favorables, un seul des trois tireurs d'élite mandatés par la Commission Warren réussira à  rééditer l'exploit présumé d'Oswald.
L'autre problème, c'est que le test à  la paraffine, permettant de révéler les traces de poudre sur la peau d'un individu ayant récemment fait usage d'une arme, n'a pas été concluant. Pratiqué sur Oswald le soir des deux assassinats (Kennedy et Tippit), il révèle la présence de poudre sur ses mains mais pas sur ses joues ni son cou. Oswald aurait donc utilisé un revolver et non un fusil. Ce détail n'a pas empêché le procureur Wade, jouant sur la confusion du mot gun (arme), de prétendre que ses résultats constituent une preuve de culpabilité.
Sait-on au moins où Oswald a acheté ses cartouches ? Le fusil a été vendu sans chargeur. La Commission s'est dispensée de faire la lumière sur ce point. Elle a également mis sur le compte d'une erreur humaine le fait que ce fusil soit d'abord présenté au public comme un Mauser, de fabrication allemande, calibre 7,65, alors que le Mannlicher-Carcano est estampillé " Made Italy " et " Cal. 6,5 ".
Bref, pour nombre d'enquêteurs indépendants, Oswald est la victime d'un complot, au même titre que Kennedy. Pourtant, le dossier contient des pièces à  charge : au moment des tirs, Oswald, présent dans l'entrepôt, n'a aucun alibi. Le Mannlicher-Carcano et le revolver calibre .38 (utilisé pour abattre Tippit) lui appartiennent. Si l'on se fie aux expertises, ces armes ont servi à  perpétrer deux meurtres. Des employés du dépôt de livres, qui regardaient la parade depuis le quatrième, ont entendu des coups de feu tirés de l'étage supérieur. Le départ précipité d'Oswald du dépôt indique enfin qu'il n'est pas étranger aux événements.
Encore faudrait-il déterminer son rôle exact et ses véritables motifs. De son coin de cimetière à  Fort Worth, Lee Harvey Oswald ne risque plus de s'en expliquer.
Paul-Eric Blanrue

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ARCHIVES (19) BLANRUE DANS HISTORIA : " Ruby, le vengeur idéal" (01/12/2003 - 684)

Dimanche 24 novembre, 11 h 20, sous-sol de l'immeuble de la police de Dallas. Entouré de 70 agents, Oswald sort de l'ascenseur pour être transféré à  la prison du comté. La presse se bouscule au sous-sol, où la télévision filme en direct l'arrivée d'Oswald. A la seconde où il apparaît, une voiture donne un coup d'avertisseur. Coïncidence ? Signal ? Lorsqu'un second coup retentit, le cabaretier Jacob Leon Rubenstein, alias Jack Ruby, se rue vers Oswald et l'abat.
On se demande alors comment Ruby a pu pénétrer dans les lieux. Selon le rapport Warren, il y est arrivé " sans avoir été aidé, probablement par la rampe de Main Street et pas plus de trois minutes avant le coup de feu ". Pourtant, un ancien policier de Dallas, Napoleon J. Daniels, qui se tenait en haut de la rampe, donne la description d'un homme ressemblant à  Ruby, la main droite enfoncée dans son veston, qui est descendu au sous-sol sous les yeux de l'agent Vaughn, sans être questionné. Ruby a-t-il eu des complices au sein de la police ?
Reprenant les propos du chef de la police, la Commission Warren déclare que " sur près de 1 200 policiers, pas plus de 25 à  50 connaissaient Ruby ". Elle concède que dans sa boîte de nuit, le Carousel, il lui arrivait de leur offrir du café et des boissons " non alcoolisées " ! Des proches de Ruby racontent toutefois que ses relations dans la police étaient bien plus nombreuses. Arrêté plusieurs fois en dix ans, Ruby n'avait jamais été condamné. Faisait-il fonction " d'informateur entre la police de Dallas et la pègre ", comme le suggère le rapport préliminaire que la Commission a remis à  la CIA en février 1964 ?
Toujours est-il que l'ombre de Ruby rôde autour de l'assassinat de Kennedy. Il est à  l'hôpital Parkland quand le décès du Président est annoncé. Le 23 novembre, on le voit inspecter les lieux du crime. Le soir, il assiste à  une conférence de presse au cours de laquelle il souffle au procureur Henry Wade le nom de l'association où milite Oswald. Pour son avocat, Joe Tonahill, le fait qu'il croise la route d'Oswald est la " coïncidence la plus extraordinaire de l'histoire mondiale ". Pas de chance pour Oswald, en somme. Ruby lui-même s'est toujours défendu d'avoir agi avec préméditation.
Dans la nuit du 22 au 23 novembre, Ruby avoue avoir conversé avec un policier de Dallas. Celui-ci lui aurait dit qu'il faudrait " découper Oswald en petits morceaux ". A-t-il pris cela pour un encouragement ? Des témoins affirment qu'il était lié à  des anticastristes. A-t-il été utilisé par eux ? Avant la venue de Kennedy à  Dallas, on sait qu'il a passé aussi de nombreux coups de fil à  des représentants de la Mafia. Nouvelle " coïncidence " ?
Ruby a eu le dernier mot : " On ne saura jamais la vérité, ni pourquoi j'ai agi. Les gens qui ont gros à  gagner et un motif puissant pour me mettre où je suis, ne laisseront jamais la vérité faire surface. " De fait, Jack Ruby meurt en prison d'un cancer, le 3 janvier 1967.
Paul-Eric Blanrue

mis en ligne par floriana

mercredi 13 octobre 2010

"Delfica". Gérard de Nerval.


La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance, 
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs, 
Sous l’olivier, le myrte, ou les saules tremblants,
 Cette chanson d’amour qui toujours recommence ?...
 

Reconnais-tu le Temple au péristyle immense, 
Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents, 
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents, 
Où du dragon vaincu dort l’antique semence ?...
 

Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours ! 
Le temps va ramener l’ordre des anciens jours ; 
La terre a tressailli d’un souffle prophétique...
 

Cependant la sibylle au visage latin
 Est endormie encor sous l’arc de Constantin 
— Et rien n’a dérangé le sévère portique.


mis en ligne par tintorette

Debussy - Suite bergamasque - Passepied - Claude Helffer.

samedi 9 octobre 2010

Réaction de Jean Bricmont au prix Nobel de la paix.

Ceux qui ont attribué  le prix Nobel de la paix à un dissident chinois nous expliquent que la paix et les droits de l'homme sont inséparables. On se demande bien, alors, comment il se fait que le pays qui proclame le plus son attachement aux droits de l'homme (les États-Unis) soit aussi celui qui a le plus de soldats à l'étranger et qui mène le plus de guerres et d'interventions de toutes sortes.

Le fait est que les Chinois voient l'attribution de ce prix comme une ingérence occidentale de plus dans leurs affaires intérieures. On pourrait peut-être la défendre, au nom des droits de l'homme, si les autres ingérences, déploiement de troupes et agitation des minorités, n'avaient pas lieu. Mais tant que les défenseurs des droits de l'homme ne comprennent pas que, dans la mesure où leur politique est liée de facto à la volonté hégémonique de l'Occident, cette politique, même avec les meilleurs intentions du monde, ne fera qu'augmenter les tensions internationales et, à cause de cela, ralentira les progrès en faveur des droits de l'homme qu'ils souhaitent.
Jean Bricmont
Si ceux qui attribuent le prix Nobel veulent vraiment montrer leur courage, ils pourraient sans doute trouver un Palestinien innocent dans les geôles israéliennes (parmi les milliers qui s'y trouvent) et lui décerner leur prix. La réaction serait amusante à observer.

Le jour-sans doute pas si lointain- où les Chinois seront devenus plus forts que nous, on peut craindre qu'ils se "souviendront" de toutes les humiliations que nous leur avons fait subir dans le passé, depuis les guerres de l'opium et le sac de palais d'été jusqu'au soutien actuel au Dalai Lama et aux dissidents; si la vengeance est un plat qui se mange froid, je préfère ne pas faire partie d'un banquet chinois lorsque ce moment du souvenir sera venu.
 
Jean Bricmont

mis en ligne par tintorette

dimanche 3 octobre 2010

Flying Lotus - Luckiest Charm

Un historien français, Paul-Éric Blanrue: "L'ONU n'a aucun pouvoir lorsqu'il s'agit de sanctionner les pays les plus puissants."

Paris.Irna. 03 Octobre 2010.

Interrogé sur les politiques américains qui bafouent les fondements même de l’Organisation de l’ONU mise en place en 1948 et dont les missions étaient justement d’empêcher toutes actions militaires unilatérales, l’historien français, Paul-Éric Blanrue répond que «comme la guerre du Kossovo à ses débuts, l'invasion de l'Irak a démontré que l'ONU n'avait aucun pouvoir lorsqu'il s'agit de sanctionner les pays les plus puissants, puisque les États-Unis ont pu attaquer librement ce pays sans avoir reçu l'aval du Conseil de sécurité ».

Dans une interview exclusive donnée au correspondant de l’Irna à Paris, l’historien et penseur français, Paul-Éric Blanrue évoque l’actualité internationale et notamment les interrogations qui pèsent sur le rôle et l’avenir de l’ONU et sur les politiques des Etats-Unis.

Rappelant les mensonges des États-Unis qui se sont permis d'y proférer par la bouche de Colin Powell, qui avait brandi devant ce même Conseil de faux documents censés prouver que Saddam Hussein produisait des armes de destruction massive, Paul-Éric Blanrue souligne que compte tenu du rapport des forces en présence, cela n'a pas empêché cette guerre d'être légalisée a posteriori ».

Pour l’historien français, les règles de l'ONU ont été brisées depuis bien longtemps par les États-Unis, qui préfèrent mener une politique unilatérale, conforme à leurs intérêts ou à leur vision du monde impérialiste.

Citant l'exemple de Cuba, Paul-Éric Blanrue souligne que « l’Assemblée Générale de l’ONU (moins Israël) condamne depuis 20 ans le blocus économique, commercial et financier des Etats-Unis contre ce pays, et cela ne empêche pas ces derniers de le pratiquer depuis 50 ans et même de mener des mesures de rétorsions contre les pays qui ne le respectent pas ».

Il dénonce Israël, qui est soumis à d’innombrables condamnations de l'ONU et poursuit son chemin sans être le moins du monde sanctionnée et qui occupe les zones territoriales attribuées aux Palestiniens de Cisjordanie malgré la résolution 242 de l'ONU, tout en se demandant qui sait que les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU définissent comme frontières entre Israël et la Palestine celles qui sont antérieures à la guerre de 1967.

Interrogé sur le droit de véto dont disposent les cinq membres permanents de l’ONU et sur l’évolution que l’on peut envisager, l’historien et penseur français, Paul-Éric Blanrue déclare que « ce droit de veto, dans le cadre de l'ONU, c'est le droit du plus fort à dominer les plus faibles. Quand la France a menacé de l'utiliser avant la guerre d'Irak, cela n'a pas empêché les Américains d'envahir ce pays. Qui l'utilise le plus aujourd'hui ? Les États-Unis, comme par hasard ! Et pour quelles raisons ? En général, pour éviter des innombrables résolutions censurant Israël ! L'État juif peut donc agir comme il l'entend, sans crainte d'être sanctionné par les Nations unies.
»

Évoquant les meurtres commis lors de l’arraisonnement de la flottille Free Gaza, il critique la politique d’Israël qui « s'est même permis de refuser de coopérer avec les enquêteurs de l'ONU, qui désiraient faire la lumière sur ce drame.
»

De fait, pour l’historien français, « Israël bénéficie du soutien inconditionnel de l’administration Obama, qui a qualifié le rapport Goldstone d’inégal. Depuis que le rapport a été sanctionné, Washington a réitéré à maintes reprises son appui à Israël et a publiquement critiqué l’ONU. Israël se permet tout . Si un pays se permettait le dixième de ce que se permet Israël, il se serait aussitôt sanctionné, voire envahi par les États-Unis
», s’indigne Paul-Éric Blanrue.

Après le rapport Goldstone qui a accusé Israël d’avoir commis des crimes de guerre durant son assaut sur Gaza en 2008-09, l'État juif a dénoncé l’ONU et tenter de renverser le droit international « Netanyahu a en effet affirmé qu’aucun officiel israélien ne serait jugé pour crimes de guerre et a promis qu’un veto (celui de Washington, bien sûr) allait rejeter la résolution au Conseil de sécurité. Il a donné l’ordre à son gouvernement de préparer une campagne mondiale de lobbying pour modifier les lois internationales de guerre « dans l’intérêt de quiconque luttant contre le terrorisme » rappelle l’historien français soulignant que les États-Unis se moquent totalement du droit international et agissent comme s'ils étaient les "gendarmes du monde"
.

Interrogé sur une déclaration d’un ancien ministre des Affaires étrangères de la France qui affirmait qu’une « seule hyperpuissance » domine la scène, l’historien français, Paul-Éric Blanrue, a déclaré que «le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est énormément polarisé
», dénonçant l’hégémonie américaine sans partage, devant le reste des États membres dont certains disposent de capacités économiques et politiques, mais qui ne font pas le poids devant l’hyperpuissance américaine.

D’ajouter à cela « une situation où de nombreux États sont relativement mis de côté par de grands acteurs économiques et politiques, notamment les entreprises transnationales. L’État associé à la nation qu’on a connu pendant des décennies n’est plus le seul et dans bien des cas n’est plus le principal acteur ».

Se demandant si une réforme de l’ONU comme par exemple l’élargissement du Conseil de sécurité serait suffisant, l’historien français, Paul-Éric Blanrue estime que « pour rééquilibrer ces forces au niveau mondial, l'élargissement du Conseil de sécurité serait nécessaire, mais non suffisant. Tout est à revoir : il convient de réformer tout le système politique, économique et social international. Le monde ne peut pas se développer harmonieusement sous l'empire du néo-libéralisme. Le Mouvement des Pays Non-Alignés, créé en 1961, doit être développé et démontrer qu'il a la capacité de protéger la paix et la justice dans le monde ».

Interrogé sur le rôle qu’aurait pu jouer l’ONU, à titre de bonne conscience du monde et d’autres documents fondamentaux qui restent des références essentielles comme la Déclaration universelle des droits humains qui indiquaient la volonté ou l’espoir de construire un monde meilleur et sur le fait que désormais l’ONU n’est plus le lieu où les vraies décisions sont prises, l’historien français déclare que l’ONU «est resté le "machin" dénoncé par de Gaulle, et devrait être traité comme tel. Ce n'est rien d'autre que le support de la politique extérieure américaine. L'ONU a raté tous ses objectifs : elle devait encourager le développement, or depuis 1948, les pays riches sont devenus encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres ; elle avait pour ambition de prévenir les guerres, or elle ne fait qu'absoudre les guerres que mènent les grandes puissances, se révéler incapable de régler les grands conflits ou les massacres (Georgie, Rwanda,...), et n'a toujours pas été capable de donner aux Palestiniens le pays qu'elle leur a promis. »

Selon Paul-Éric Blanrue, il est temps de revoir tout cela en profondeur.

Après les politiques néolibérales qui se sont imposées un peu partout dans le monde et le rôle en ce sens de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international pour imposer ces politiques avec les conséquences catastrophiques que l’on connaît aujourd’hui, concernant le discours dominant dans l’appareil de l’ONU, sur la nécessité d’ « humaniser » la mondialisation néolibérale Paul-Éric Blanrue rétorque que « prétendre qu'on lutte pour rendre le capitalisme plus "humain" est une imposture.Taxer quelques transactions spéculatives, comme certains le proposent, ne reviendrait en fait qu'à s’attaquer à une infime partie de la spéculation et cacherait le fait que la crise du capitalisme ne porte pas uniquement sur la spéculation mais sur l’ensemble du capitalisme. Le capitalisme se fonde sur l'inégalité et l'exploitation ».

Il estime que « nous vivons sous le rouleau-compresseur du néo-libéralisme, qui, de crise en crise, démontre qu'il est à bout de souffle. Étant donné ses conséquences (mort des cultures, disparition des particularismes, etc.), la mondialisation apparaît comme un "holocauste mondial", ainsi que l’a dit le sociologue et philosophe français , Jean Baudrillard
».

Enfin, pour l’historien français, Paul-Éric Blanrue « il n’y a pas de société "juste" dans le cadre du capitalisme dont l’essence conflictuelle nourrit des antagonismes en cascade. Le capitalisme est, par nature, une économie poussant à la mondialisation et à la marchandisation. Or tout est marchandisation en puissance. La seule réponse historique valable est de le dépasser, en développant les luttes contre l’exploitation de la force de travail et les rapports capitalistes de production. Heureusement, face la mondialisation du capital, on assiste à une mondialisation des résistances et des luttes ». 


mis en ligne par marcopolo

samedi 2 octobre 2010

Free The Robots - Listen To The Future

Signez la pétition contre la loi Gayssot !


Pour signer la pétition pour l'abrogation de la loi Gayssot 
et la libération de Vincent Reynouard, 
merci d'indiquer vos nom et prénom, ainsi que votre ville (et votre profession si vous le désirez) à cette adresse :
eugenie.blanrue@laposte.net
Le texte de la pétition se trouve ici :


mis en ligne par floriana

vendredi 1 octobre 2010

"Ave Maris Stella" - Guillaume Dufay

Ricardo Villalobos - Dexter

Comme Floriana, webmistress du Clan des Vénitiens, ne boudez pas votre plaisir et lisez les livres interdits !

Floriana après avoir lu Blanrue




mis en ligne par marcopolo

ARCHIVES (17) BLANRUE DANS HISTORIA : " Les Chinois ont-ils découvert l'Amérique ?" (01/01/2008 - 733)

En affirmant que des vaisseaux de l'empire du Milieu sont parvenus au Nouveau Monde soixante-dix ans avant Christophe Colomb, le livre 1421, l'année où la Chine a découvert l'Amérique (Ed. Intervalles) de Gavin Menzies, suscite la polémique. L'auteur présente ses arguments auxquels répond l'historien Jacques Paviot. 
"Oui ! Il existe au moins douze cartes d'avant Colomb" - Entretien avec Gavin Menzies
Historia - Votre livre est un best-seller mondial, vendu à  plus d'un million d'exemplaires. Comment avez-vous réussi à  convaincre votre éditeur de publier une thèse qui veut révolutionner l'histoire, alors que vous n'étes pas historien mais ancien commandant de sous-marin ?
Gavin Menzies - Je lui ai montré des cartes d'avant les découvertes de Colomb sur lesquelles on peut voir tracé le continent américain avant sa découverte officielle de 1492 ! Et je lui ai démontré que Colomb possédait l'une de ces cartes, ce qui n'a pas été difficile car le navigateur l'avoue lui-même dans ses écrits. Lors d'une mutinerie, pour calmer ses marins, Colomb leur apprend que la carte qu'il a emportée avec lui indique qu'une terre sera bientôt en vue. Preuve qu'il sait où il va parce que d'autres y sont allés avant lui.
H. - A ce titre, vous citez la carte de Pizzigano (1424) comme indice des voyages précolombiens en Amérique. Comment pouvez-vous affirmer que les îles que l'on y observe, à  l'ouest, sont bien Porto Rico et la Guadeloupe, et non ces terres que la plupart des historiens qualifient d'imaginaires ?
G. M. - Il existe au moins douze cartes d'avant Colomb sur lesquelles ces îles apparaissent, portant des noms qualifiant divers lieux. Je les ai fait analyser. Conclusion : soixante-quatorze de ces noms représentent des endroits, de la faune ou de la flore caractéristiques de Porto Rico. Un ou deux auraient pu étre une coïncidence, mais pas soixante-quatorze...
H. - Mais pourquoi les Açores, plus proches des côtes européennes, n'apparaissent pas sur cette carte ?
G. M. - Ah ça, je n'en sais rien !
H. - Vous mentionnez aussi la carte de Piri Reis. Mais elle date de 1513. Pourquoi se serait-elle inspirée des cartes chinoises, et non des cartes européennes, puisque le Nouveau Monde était déjà  découvert ?
G. M. - Parce qu'on y voit très nettement des animaux spécifiques de la Patagonie, par exemple, alors que les Européens n'y ont pas encore débarqué. On y remarque aussi les îles Shetland du Sud, découvertes par les Européens seulement plusieurs centaines d'années plus tard.
H. - A part ces documents, existe-t-il des preuves matérielles, des épaves de jonques, par exemple ?
G. M. - Il y en a une quarantaine, à  Sacramento (Californie), dans l'Oregon, en Nouvelle-Zélande, oùla taille du navire retrouvé ne laisse pas de place au doute... J'ai moi-même fait entreprendre des recherches aux Etats-Unis, où un fermier a retiré du bois du sous-sol de son champ, daté de 1410. Ce type de bois n'existe pas en Amérique : il est caractéristique du Sud-Ouest chinois. Les radars ont démontré qu'il y avait bien un objet enfoui dans la terre. Hélas, le propriétaire est devenu " gourmand ".
H. - Le dernier problème tient aux dates. Vous désignez le sixième voyage de Zheng He comme étant celui des expéditions vers le Nouveau Monde et l'Australie. Or il n'a pas dépassé deux ans. N'est-ce pas un peu court pour sillonner la planète ?
G. M. - En effet, mes recherches actuelles m'incitent à  revoir les dates et la taille de la flotte, que j'ai trop minimisée. Il a d'où y avoir au moins mille vaisseaux dans cette aventure, et ceux-ci n'étaient pas tous dirigés par Zheng He (lire page 42) car, d'après mon expérience, on ne commande pas seul une telle flotte. 
Propos recueillis par Paul-Eric Blanrue 
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"Non ! Non seulement les éditeurs publient mais paient pour de telles fadaises" - Entretien avec Jacques Paviot
Historia - Que pensez-vous de la thèse avancée par Gavin Menzies ?
Jacques Paviot - Les éditeurs proposent régulièrement des ouvrages dont les auteurs ont découvert ce qui aurait été caché par la science officielle, les universitaires qui n'y auraient rien compris, et j'en passe... Ivan van Sertima nous a affirmé que les Noirs étaient en Amérique avant Colomb. David Selbourne nous a inventé un Juif, Jacob d'Ancône, qui serait allé à  Pékin trois ans avant Marco Polo. Et maintenant Gavin Menzies proclame que ce sont les Chinois qui ont découvert l'Amérique en 1421 ! Non seulement les éditeurs publient, mais paient pour de telles fadaises : Gavin Menzies a reçu 500 000 £ [environ 750 000 euros, NDLR] pour écrire son livre. Quel historien peut espérer un tel budget ?
H. - Prenons son point de départ : la carte de Pizzigano de 1424. D'après Menzies, le cartographe y a représenté un " groupe d'îles dans l'Atlantique, loin vers l'ouest ", nommées Antilia et Satanazes, qu'il assimile à  Porto Rico et à  la Guadeloupe. Or Christophe Colomb n'allait les découvrir que soixante-dix ans plus tard...
J. P. - Pour les historiens, Antilia et Satanazes font partie des îles imaginaires (car nées de légendes celtiques ou ibériques, ou de l'imagination des cartographes), qui ont été bien étudiées. Il est curieux que l'auteur ne s'intéresse guère aux autres îles légendaires : notamment Saint-Brendan, Brésil, Sept-Cités. Il ne suit pas non plus la fortune cartographique de ces îles fantastiques. Car s'il est vrai que la carte de Pizzigano est la première où soit indiquée Antilia (mais pas les Açores !), il faut savoir que plus on a exploré l'Atlantique, plus Antilia s'est vue repoussée à  l'ouest, jusqu'à  devenir l'archipel des Antilles.
H. - La méthode de Menzies est donc défectueuse ?
J. P. - Notons un détail de sa " méthode ". Pizzigano a placé cinq cartouches avec des noms dans l'île de Satanazes, mais Menzies n'en prend que deux : con et ymana, où un " spécialiste de portugais médiéval " a lu " volcan " (con) " ici en éruption " (y mana), en deux mots, ce qui décrirait l'activité volcanique de la Guadeloupe. Mais sur la carte de Pizzigano apparaît une autre île avec le nom d'Ymana. Cela ne trouble pas l'auteur...
H. - Que pensez-vous de la carte de Piri Reis, dont Menzies fait grand cas ? Prouve-t-elle que l'Amérique était connue avant Colomb ?
J. P. - Quand on lit les notices de cette carte, on voit que l'amiral turc qui l'a réalisée en 1513 n'a utilisé que des sources espagnoles, portugaises et sans doute génoises. Comment " prouver " à  partir de là  que l'Amérique était connue avant Colomb et, qui plus est, par des Chinois ?
H. - Notre connaissance actuelle des expéditions maritimes chinoises invalide-t-elle définitivement la thèse de Menzies ou lui laisse-t-elle une chance d'être vérifiée un jour ?
J. P. - Ces expéditions sont connues par les Annales de la dynastie Ming d'où a été principalement extraite la documentation des deux volumes du Recueil de sources sur les voyages de Zheng He publié en 1980-1983 (un ouvrage non consulté par Menzies !) et par la compilation en 1433 de Ma Huan, qui a participé à  certaines expéditions, que Menzies cite comme Merveille des océans. Grâce à  ces documents, nous savons qu'il y a eu sept expéditions. Leur étude attentive suffit à  nous démontrer que l'hypothèse de Menzies (découverte de l'Amérique lors de la sixième expédition, soit la plus courte, puisqu'elle n'a duré qu'un an, du 10 novembre 1421 au 3 septembre 1422) n'est absolument pas fondée. En effet, toutes les expéditions navales et maritimes chinoises n'ont eu comme destination que les mers de l'Ouest (l'océan Indien), dans le but d'imposer la suzeraineté de l'empire du Milieu. Il s'agissait de mers et de royaumes connus, au moins par l'intermédiaire des marchands indiens et arabes, et il n'a jamais été question de voyages d'exploration, encore moins de colonisation.
Propos recueillis par Paul-Eric Blanrue

mis en ligne par floriana