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mardi 12 mai 2026

Des génocides dans l'Ancien Testament ?




Je viens d'écouter le débat Lesquen-Guyénot consacré notamment aux massacres commis dans l'Ancien Testament :


Ma réponse rapide :
Avant de parler du « Dieu génocidaire de l’Ancien Testament », il faudrait vraiment lire Dieu est-il coupable de génocide ? de Melvin Tinker. Le livre démonte méthodiquement beaucoup d’idées reçues modernes sur les guerres bibliques. L’un des points les plus importants concerne le mot même de « génocide », qui est une catégorie juridique moderne née après la Seconde Guerre mondiale. Tinker montre qu’appliquer ce concept aux textes du Proche-Orient ancien produit souvent un énorme anachronisme historique. Les récits militaires assyriens, égyptiens ou moabites utilisaient régulièrement des formules absolues comme « tout détruire » ou « ne laisser aucun survivant », alors même que les peuples prétendument exterminés... réapparaissent ensuite dans d’autres textes ultérieurs ! Il s’agit souvent d’un langage de victoire totale, pas d’une description démographique au sens moderne.
Cet excellent petit bouquin replace aussi les Cananéens dans leur contexte religieux réel : sacrifices d’enfants, prostitution sacrée, cultes de fertilité, violences rituelles. Les guerres d’Israël ne sont jamais présentées comme des conquêtes raciales classiques mais comme des jugements divins contre des sociétés considérées comme profondément corrompues. Et le Déluge alors ? Et point essentiel : Israël lui-même subit exactement les mêmes jugements lorsqu’il tombe dans l’idolâtrie ! Le Dieu biblique ne fonctionne donc pas selon une logique ethnique mais selon une logique morale universelle.
Tinker répond aussi aux critiques de Dawkins, Hitchens ou Sam Harris en montrant qu’ils isolent certains passages sans tenir compte du contexte historique, du genre littéraire ni de la progression interne du récit biblique. Car toute la Bible tend vers le Christ, où le centre du combat cesse d’être territorial ou militaire. Le Nouveau Testament commande l’amour des ennemis, le pardon et le refus de la vengeance personnelle.
Le livre de Tinker pose enfin une question philosophique très forte aux athées modernes et autres relativistes moraux : si l’univers n’est qu’un accident matériel sans transcendance ni finalité, sur quoi repose objectivement la notion même de bien et de mal ? Pourquoi un massacre serait-il « mauvais » dans un monde régi uniquement par la sélection naturelle et les rapports de force biologiques ?
On peut ne pas être d’accord avec toutes les conclusions du livre, mais impossible de continuer à parler du sujet sérieusement sans avoir lu cette réponse. C’est l’un des ouvrages les plus solides sur cette question

Paul-Éric Blanrue.