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vendredi 15 mai 2026

« Ceux qui bénissent Israël seront bénis » ?

Saint Paul


Une petite précision s’impose au sujet d’une citation biblique constamment déformée pour servir la propagande israélienne.

Contrairement à ce qu’affirment certains milieux évangéliques américains fascinés par le sionisme au point d’en perdre tout sens théologique, la Bible ne dit nulle part : « Ceux qui bénissent Israël seront bénis. »

Cette phrase n’existe pas.

La citation réelle, sans mutilation ni slogan publicitaire, est la suivante :

« Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai celui qui te maudira » (Genèse 12,3).

Or cette parole est adressée à Abraham lui-même, et pas à un État moderne créé en 1948, doté d’un parlement, d’une armée, d'agents secrets, d'assassins, de génocideurs, d’accords commerciaux et d’armes nucléaires. Il faut avoir remplacé l’exégèse biblique par des brochures géopolitiques sous drapeau étoilé pour imaginer sérieusement que Dieu parlait ici d’un État contemporain.

Mais le plus remarquable est que le Nouveau Testament explique lui-même le sens véritable de cette promesse.

Saint Paul écrit : « Les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance. Il n’est pas dit : “et aux descendances”, comme s’il s’agissait de plusieurs, mais comme d’une seule : “et à ta descendance”, c’est-à-dire au Christ » (Galates 3,16).

Puis encore : « Si vous êtes au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Galates 3,29).

Tout est là.

La promesse faite à Abraham trouve son accomplissement dans le Christ, et dans ceux qui appartiennent au Christ par la foi. Tel est l’enseignement apostolique exact. Ce n'est pas une alliance diplomatique avec un État moderne, ni un chèque en blanc accordé à une puissance terrestre au motif qu’elle porterait le nom d’Israël.

L’Église, composée de juifs et de païens convertis et unis dans la foi, devient ainsi le véritable Israël de Dieu, selon l’expression même de saint Paul en Galates 6,16. Les figures de l’ancienne alliance trouvent leur accomplissement dans la Nouvelle. Le christianisme apostolique ne repose plus sur une appartenance ethnique, mais sur l’union au Christ.

Nulle part le Nouveau Testament ne maintient une promesse territoriale ou raciale qui primerait sur l’universalité de l’Évangile.

Nulle part les apôtres n’enseignent : « Soutenez politiquement Israël pour recevoir la bénédiction divine. »

Ils prêchent le Christ crucifié et ressuscité. Ils appellent tous les hommes, juifs comme païens, à la repentance et au salut. Voilà leur message. Le reste est une construction idéologique moderne plaquée sur les Écritures avec la délicatesse d’un marteau piqueur.

Le slogan : « Bénissez Israël pour être bénis » relève donc moins de la théologie chrétienne que de la propagande géopolitique à destination des gens mal informés ou des benêts. On transforme une parole adressée à Abraham en formule magique de politique étrangère. La promesse biblique devient un outil d’allégeance émotionnelle à un État terrestre, comme si le Royaume de Dieu dépendait désormais d’un ministère moderne et de ses intérêts stratégiques.

L’ironie est spectaculaire : certains prétendent défendre la Bible tout en contredisant frontalement l’explication donnée par saint Paul lui-même ! L’apôtre affirme que la descendance promise est le Christ ; les troupes évangéliques au cerveau vide répondent qu’il s’agirait finalement d’un projet national contemporain soutenu par des lobbies, des chaînes télévisées et des campagnes électorales américaines. Saint Paul appréciera probablement cette révision créative de ses épîtres...

Les chrétiens sont appelés à aimer tous les hommes, à annoncer l’Évangile à tous les peuples et à prier pour la Jérusalem céleste annoncée dans les Écritures. Ils ne vivent plus sous le régime préparatoire de l’ancienne alliance nationale, mais dans la Nouvelle Alliance du Christ.

Le centre de l’histoire du salut n’est ni une frontière, ni une ethnie, ni un État moderne. Le centre est le Christ.

« Tous ceux qui s’attachent aux œuvres de la loi sont sous la malédiction […] Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi » (Galates 3,10-13).