Ni théologien ni écrivain confessionnel, Rilke est l’un des plus grands poètes européens du XXe siècle, l’auteur des Élégies de Duino, des Sonnets à Orphée et du Livre d’heures.
Et pourtant, peu d’expériences ont marqué son imagination autant que ses voyages en Russie.
Rilke s’y rend en 1899 puis en 1900 avec Lou Andreas-Salomé. Il découvre une Russie qui lui paraît encore profondément imprégnée de christianisme. Il rencontre des paysans, des religieux, visite des églises et des monastères.
Mais ce sont surtout les icônes qui le fascinent.
Il ne les considère pas simplement comme des objets artistiques. Elles semblent correspondre à sa propre recherche poétique : comment rendre visible l’invisible ? Comment faire apparaître dans une forme matérielle quelque chose qui dépasse le monde matériel ?
Rilke rapporte des icônes de Russie et conserve durablement cette empreinte russe dans son univers intérieur.
La Russie devient ainsi chez lui presque une réalité spirituelle.
Certes, Rilke ne devient pas orthodoxe. Il demeure un poète aux convictions religieuses complexes et changeantes.
Mais il y a chez lui quelque chose de très révélateur : l’Orthodoxie le touche d’abord par sa capacité à faire passer le spirituel dans le visible.
L’icône, la liturgie, les gestes religieux et la vieille Russie chrétienne lui donnent une expérience de la présence que sa poésie cherchait elle-même à atteindre.
Chez Rilke, l’Orthodoxie est une rencontre esthétique et spirituelle qui transforme durablement son imagination.
Références : Rainer Maria Rilke, Le Livre d’heures ; ses lettres et textes consacrés aux voyages en Russie ; Lou Andreas-Salomé, Rainer Maria Rilke.