BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

vendredi 22 août 2025

L'archéologie et le Nouveau Testament.



John McRay (1931 - 2018) était archéologue et professeur de Nouveau Testament au Wheaton College (Illinois). Il est connu pour avoir supervisé des équipes de fouilles en Terre Sainte (Césarée, Sepphoris, Herodium).
Son livre Archaeology and the New Testament est déjà assez ancien, puisque publié en 1991, mais il n'en offre pas moins une exploration détaillée de la relation dynamique entre l'archéologie et les études du Nouveau Testament.
L'objectif de l'auteur n'est pas de "prouver" la vérité théologique du Nouveau Testament, mais plutôt de fournir des informations qui permettent aux lecteurs de mieux comprendre et d'appliquer l'enseignement biblique.

Ce qui m'intéresse ici est la correspondance historique et géographique que l'archéologie permet avec les écrits du Nouveau Testament. En voici une courte liste :
◦ La découverte du Puits de Jacob (Jean 4:12), du Bassin de Bethesda (Jean 5:2) et du Bassin de Siloé (Jean 9:7) a renforcé la crédibilité historique du texte de Jean.
◦ L'inscription du nom de Pilate sur une pierre au théâtre romain de Césarée. D'autant plus importe découverte que le nom de Pialte figure dans le Credo.
◦ Le nom d'Éraste (Romains 16:23) sur une inscription près du grand théâtre de Corinthe.
◦ L'inscription de Gallion (Actes 18:12) à Delphes, qui aide à dater la chronologie paulinienne.
◦ La mention de l'expulsion des juifs de Rome par Claude (Actes 18:2) dans de multiples autres sources historiques.
◦ La découverte du nom de Quirinius (Luc 2:2) sur une pièce de monnaie, suggérant la possibilité de deux personnages nommés Quirinius ou une date antérieure pour le recensement.
◦ Les découvertes à Qumrân ont montré que le "dualisme" dans les écrits de Jean remonte au Ier siècle av. J.-C., défiant ainsi les présuppositions mythologiques de Rudolf Bultmann concernant l'Évangile de Jean.

Autres découvertes spécifiques:

1. Architecture hérodienne. Le programme de construction d'Hérode le Grand est abondamment documenté par les écrits de Flavius Josèphe et les fouilles archéologiques. À Jérusalem, l'enceinte du Temple hérodien était deux fois plus grande que les terrains originaux et a nécessité des murs de soutènement massifs et des arches. Des sections du mur occidental (le Mur des Lamentations moderne) et l'emplacement probable du Gabbatha ou pavé de pierre où Jésus comparut devant Pilate, près de la porte de Jaffa, ont été identifiés.

2. Synagogues. Les synagogues de Masada et d'Hérodium, datant du règne d'Hérode le Grand, étaient des structures rénovées, comme des salles à manger. À Capharnaüm, des murs en basalte sous la synagogue de calcaire du IVe/Ve siècle sont considérés comme les vestiges probables de la synagogue où Jésus prêchait, construite par un centurion romain.

3. Lieux de vie de Jésus:
- Nazareth était un village agricole avec des pressoirs à vin et à olives. Des fouilles ont révélé une structure religieuse antérieure à l'église byzantine, potentiellement une synagogue judéo-chrétienne du IIIe siècle, qui pourrait être le site de la synagogue mentionnée par Luc.
- La maison de Pierre à Capharnaüm, identifiée par des fouilles, était une habitation typique de l'époque.
- Un bateau antique du Ier siècle av. J.-C. / Ier siècle apr. J.-C., similaire aux descriptions de ceux utilisés par Jésus et ses disciples, a été découvert dans la mer de Galilée.

4. Les derniers jours de Jésus:
- La controverse sur le lieu de sépulture de Jésus se concentre sur l'Église du Saint-Sépulcre et le Tombeau du Jardin. Les preuves archéologiques et littéraires soutiennent fortement l'Église du Saint-Sépulcre (tradition des catholiques et des orthodoxes), car le site était une ancienne carrière de calcaire située à l'extérieur des murs de la ville au temps de Jésus, ce qui est un critère clé. L'empereur Hadrien y avait construit un temple à Vénus, et l'empereur Constantin y érigea ensuite l'église. Le Tombeau du Jardin, en revanche (idée protestante), est d'une période ultérieure et se trouve au milieu d'un grand cimetière.
◦ La découverte du seul crucifixé connu archéologiquement, un homme juif nommé Yehohanan, datant du milieu du Ier siècle, a fourni des détails sur la pratique de la crucifixion.

5. Voyages de saint Paul:
◦ La Via Egnatia était une importante route commerciale et militaire en Macédoine que Paul a probablement empruntée.
◦ À Philippes, des fouilles ont révélé un forum, une basilique et un tribunal où Paul a sans doute comparu devant les magistrats. Une petite crypte est traditionnellement identifiée comme la prison de Paul et Silas.
◦ À Thessalonique, une inscription mentionnant les "politarques" a confirmé l'exactitude du terme utilisé par saint Luc.
◦ Le tribunal à Corinthe est une découverte majeure liée au Nouveau Testament, le lieu où Paul comparut devant Gallion.
◦ Les cités d'Asie Mineure, comme Éphèse, étaient des centres commerciaux et religieux importants où Paul a œuvré. Le Temple d'Artémis à Éphèse, l'un des merveilles du monde antique, était un site de culte païen majeur. Le hall ou école de Tyranne où Paul raisonnait quotidiennement à Éphèse est aussi discuté.
◦ À Athènes, Paul a confronté l'influence omniprésente du polythéisme et le culte impérial, comme en témoignent les treize petits autels dédiés à Auguste.

Des documents anciens ont été retrouvés qui fournissent de précieux éclaircissements :
- Ils ont révolutionné la critique textuelle du Nouveau Testament, en révélant une hétérogénéité textuelle au cours des premiers siècles.
- Des papyrus tels que le John Rylands Papyrus (p52), le plus ancien fragment du Nouveau Testament trouvé à ce jour (daté d'environ 125 apr. J.-C.), ont obligé à réévaluer les dates de composition des Évangiles et de certaines épîtres pauliniennes (dates plus anciennes que supposées auparavant).
- Les papyrus ont également offert un aperçu de l'utilisation des noms divins, avec la pratique des "nomina sacra" (abréviations des noms sacrés comme Dieu, Seigneur, Jésus) dans les manuscrits chrétiens, reflétant une sanctification similaire à celle des scribes juifs pour le Tétragramme YHWH. Fondamental pour comprendre que la divinité de Jésus est apparue dès les premiers temps.
• Des mosaïques avec des textes du Nouveau Testament, comme Romains 13:3 et 1 Corinthiens 15:52-53, ont été découvertes, offrant des points de comparaison importants pour l'histoire du texte.

Évidemment, malgré ses contributions, l'archéologie ne peut pas prouver l'inspiration théologique ou l'exactitude historique du Nouveau Testament. Il n'empêche, l'ouvrage de John McRay souligne que l'archéologie enrichit considérablement la compréhension du Nouveau Testament. Je viendrai bientôt sur ce sujet, avec des découvertes plus récentes, qui confirment en tout point le livre du Pr McRay.

Paul-Éric Blanrue.

Le Déluge de Noé et la Mer Noire.



L'ouvrage Noah's Flood: The New Scientific Discoveries About the Event That Changed History (1998) est l'oeuvre de deux océanographes, William Ryan et Walter Pitman. Leur hypothèse suggère qu'un événement géologique cataclysmique réel pourrait être à l'origine de nombreuses légendes universelles, y compris celle du Déluge de Noé.
Ryan et Pitman sont d'avis qu'il ne faut pas tenter de « transformer la légende en histoire », mais plutôt « supposer que sous ce qu'il y a d'artificiel ou d'incroyable, il y a quelque chose de factuel ».
Ils suggèrent que le Déluge biblique pourrait être inspiré par une catastrophe réelle : l’inondation de la mer Noire vers 5 600 av. J.-C., lorsque la Méditerranée a débordé dans la Mer Noire par le Bosphore, submergeant un territoire habité et transformant un lac d’eau douce en mer.

Résumé du livre :

1. L'émergence des récits anciens et la quête de preuves

Avant le XIXe siècle, le Déluge de Noé était daté avec grande confiance en 2348 av. J.-C. Cependant, la découverte de milliers de tablettes cunéiformes par Hormuzd Rassam dans la bibliothèque du roi Assurbanipal à Ninive a révélé des récits de déluge bien plus anciens, datant du 2e et même du 3e millénaire av. J.-C.
L'exemple le plus célèbre (dont je parle dans mon Livre Noir des manipulations historiques, Fiat Lux, 2017) est l'« Épopée de Gilgamesh », dont George Smith a déchiffré une tablette en 1872. Ce récit raconte comment Uta-napishti (le Noé mésopotamien) est averti par le dieu Ea (ou Enki) de construire un grand bateau pour échapper à un déluge universel que le dieu Enlil prévoit pour détruire l'humanité. Les instructions données à Uta-napishti rappellent celles de la Genèse à Noé : « Démolis ta maison, construis un bateau ! Abandonne les richesses, cherche la survie ! Dédaigne la propriété, sauve la vie ! Prends à bord du bateau la semence de toutes les choses vivantes ! ». D'autres versions existent, comme celle du roi sumérien Ziusudra, qui reçoit un avertissement divin et survit à une inondation qui « balaya le pays ». Une version encore plus ancienne, l'Atrahasis, décrite comme peut-être la plus ancienne des récits de déluge, met en scène Enki avertissant Atrahasis en parlant au mur de sa maison.
Ces découvertes ont conduit à la certitude que « le Déluge, si accablant qu'il a divisé l'histoire humaine en un avant et un après, avait bel et bien eu lieu » et qu'il a « pris naissance en Mésopotamie ».
Sir Leonard Woolley a fouillé à Ur entre 1922 et 1935, espérant trouver des preuves du Déluge biblique. Il a découvert une couche de limon « propre, déposée par l'eau » de 3,5 mètres (entre 11 et 12 pieds) d'épaisseur, dépourvue d'artefacts humains, qu'il a interprétée comme la preuve du Déluge. Sa découverte a semblé confirmer les récits bibliques. Les listes royales sumériennes, qui distinguent les dynasties « avant » et « après » le Déluge, renforçaient son interprétation. Cependant, les fouilles ultérieures à d'autres sites mésopotamiens n'ont pas révélé la même couche de limon, et les datations ont montré des inondations locales à des époques différentes (2750 av. J.-C. pour Fara, milieu du 4e millénaire av. J.-C. pour Ur). La conclusion est que la revendication de Woolley était une catastrophe localisée.

2. L'hypothèse du « Burst-Through » (débordement soudain) de la Mer Noire de Ryan et Pitman

C'est dans ce contexte que William Ryan et Walter Pitman ont développé leur hypothèse audacieuse.
La genèse de leur idée remonte à une discussion en 1972 où John Dewey a mis au défi Ryan et Pitman de trouver un « candidat plausible » pour le Déluge de Noé, qui soit « récent et non ridicule ».
Leurs recherches se sont appuyées sur les données du Deep Sea Drilling Project (DSDP). Des carottages effectués en octobre 1961 par le navire de recherche Glomar Challenger dans la Méditerranée ont révélé des fragments de roche volcanique et de sédiments marins, ainsi que des cristaux transparents, à 7 083 pieds sous la surface.
Ces découvertes ont mis en évidence que la Méditerranée s'était asséchée il y a 5 à 7 millions d'années, devenant un désert de sel.
Le barrage de Gibraltar se serait alors effondré de manière catastrophique, inondant le désert méditerranéen avec l'eau salée de l'Atlantique. Ryan a même observé des anguilles fossilisées et s'est demandé si le souvenir de leur ancien isolement avait été « stocké génétiquement » pendant des millions d'années.
Ryan et Pitman ont alors envisagé la possibilité d'autres inondations causées par le « remplissage permanent d'une grande dépression fermée ».
L'indice le plus utile pour identifier le Déluge de Noé est devenu la recherche d'un remplacement faunique dans les territoires autrefois occupés par les humains.
Leurs investigations ont porté sur la Mer Noire. Avant l'événement qu'ils proposent, la Mer Noire était un lac d'eau douce. Les carottes de sédiments ont révélé un « remplacement de faune ». Ryan a formulé une prédiction : si la submersion de l'ancien lac de la Mer Noire avait été causée par une inondation soudaine, les dates obtenues par la méthode AMS (spectrométrie de masse par accélérateur) à partir des coquilles de mollusques seraient toutes les mêmes. Les données ont confirmé pleinement cette prédiction.
Selon Ryan et Pitman, la Mer Noire a connu un « burst-through » (débordement soudain) vers 5600 av. J.-C. (à quelques décennies près). À cette époque, le niveau de la mer mondiale était beaucoup plus bas après la dernière période glaciaire. La fonte des glaciers a fait monter le niveau de la mer Méditerranée, et l'eau salée s'est frayé un passage à travers le Bosphore, qui était alors une étroite bande de terre. Cet afflux d'eau a provoqué une augmentation spectaculaire du niveau de la Mer Noire, inondant 155 000 kilomètres carrés de terre en moins de deux ans.
Pour les populations vivant à l'est des côtes, le premier signe aurait été un « rugissement lointain, accompagné d'une vibration inquiétante »
Ryan et Pitman postulent une « diaspora » des survivants de cette catastrophe. Ceux du nord et de l'ouest auraient fui vers l'Europe et l'Ukraine, tandis que ceux du sud auraient échappé vers l'Anatolie et au-delà, comme l'illustrent des cartes hypothétiques de migration dans leur livre. Cette migration aurait contribué à la diffusion des récits de Déluge dans diverses cultures.

Bilan

Malgré le fait que l'événement soit maintenant considéré comme « absolument certain » par des scientifiques internationaux, la publication de Noah's Flood a rencontré une réponse « modérée » ou même insultante de la part de certaines communautés scientifiques et laïques.
Par exemple, David Harris de l'Institut d'Archéologie de l'Université de Londres a qualifié leurs conclusions de « fantaisie », et Dr Stephanie Dalley les a rejetées comme n'étant « même pas dignes d'être prises en considération ».
Le « chaînon manquant » résidait dans l'absence de preuves archéologiques directes d'habitations humaines submergées, qui se trouveraient probablement à 90 à 120 mètres (300 à 400 pieds) sous le niveau actuel de la Mer Noire, une profondeur rendant l'archéologie sous-marine normale difficile. Cependant, les recherches de Robert Ballard en 1999 avec des submersibles ont été spécifiquement menées pour « chercher des preuves à l'appui de leurs affirmations ».
L'hypothèse de Ryan et Pitman a donné une crédibilité « considérablement plus grande » à l'idée d'un homme (ou de plusieurs hommes) qui aurait construit un bateau pour sauver sa famille et son bétail d'une catastrophe aquatique majeure, même si l'identité de cet homme ou de ces hommes (Noé, Uta-napishti, Xisuthros, ou Deucalion) reste inconnue.
Leurs travaux ont réaffirmé que la science moderne offre une gamme fascinante d'approches pour explorer ces événements anciens.
Bref, si de nombreux scientifiques soulignent avec raison que les preuves sont encore partielles et discutables (la datation exacte de l’inondation et l’étendue réelle de la catastrophe ne sont pas entièrement confirmées), et si des géologues considèrent que l’inondation aurait été importante mais pas nécessairement « mondiale », ce qui limite la correspondance directe avec le récit biblique, il paraît clair que les récits bibliques et ceux qui les précèdent peuvent combiner plusieurs inondations locales ou événements catastrophiques, sans refléter nécessairement un unique événement historique.
En somme, l'hypothèse de Ryan et Pitman est plausible comme source d’inspiration pour les récits de déluges, même si le Déluge biblique est avant tout un récit littéraire et théologique, et non le récit exact d’un événement mondial. Elle offre surtout l’intérêt de mettre en lien les récits jusque là tenus pour légendaires avec des événements climatiques et géologiques réels, ce qui enrichit l’histoire et la compréhension de la transmission du passé.

Paul-Éric Blanrue.

jeudi 21 août 2025

"Il y a un Dieu" : le cas d'Antony Flew, l'athée qui crut en Dieu.




Le petit (mais excellent) livre
There Is a God: How the World’s Most Notorious Atheist Changed His Mind (2007), co-écrit par Antony Flew avec Roy Abraham Varghese, relate le parcours intellectuel extraordinaire de Flew, qui fut un philosophe renommé et l'un des athées les plus influents du XXe siècle... et qui, après bien des tumultes, finit par accepter l'existence de Dieu.

Il faut bien penser que pendant plus d'un demi-siècle, Antony Flew a été une figure de proue de l'athéisme anglophone, ayant rédigé plus de trente ouvrages philosophiques professionnels qui ont façonné le débat sur l'athéisme. Sa publication la plus célèbre, Theology and Falsification, présentée pour la première fois en 1950 au Socratic Club de l'Université d'Oxford (présidé par C. S. Lewis, dont l'argument moral n'avait pas convaincu Flew), est devenue l'œuvre philosophique athée la plus réimprimée du siècle dernier !

En 2004, Antony Flew a surpris le monde intellectuel (et ses amis "sceptiques") en annonçant sa "conversion" au théisme, une décision largement relayée par les médias sous des titres tels que "L'athée célèbre croit maintenant en Dieu". Cette transition n'a pas été le fruit d'une désespérance ou d'une foi aveugle, comme bien des sceptiques ont tenté de le faire croire, mais le résultat d'un engagement rigoureux guidé par le principe socratique de "suivre la preuve partout où elle mène".

Sa conviction s'est appuyée sur plusieurs arguments, notamment sur les lois de la nature et de l'origine de la vie. Flew a été particulièrement impressionné par le fait que les lois de la nature ne pouvaient pas être de simples faits bruts. Il a conclu que ces lois complexes et précises devaient émaner d'une « super-intelligence créatrice » ou de l'« Esprit de Dieu ». Il a trouvé l'idée que ces lois soient « presque conçues – finement ajustées » pour permettre l'émergence de la vie et de la conscience « trop fantastique pour être simplement donnée », suggérant que l'univers « savait d'une certaine manière que nous allions venir ».

En ce qui concerne l'origine de la vie elle-même, Flew a contesté l'explication purement matérialiste. Il a été frappé par la « complexité presque incroyable » des arrangements de l'ADN nécessaires à la production de la vie, ce qui, pour lui, implique inévitablement une « intelligence ». Il a rejeté l'idée que la vie ait pu émerger spontanément par hasard à partir de la matière non vivante, notamment la capacité de reproduction génétique, qualifiant le « théorème du singe » (vie par le hasard) d'« absurde ».

La présence de codes et d'informations sémantiques dans l'ADN – une réalité allant au-delà de la chimie simple – a également renforcé son argument en faveur d'une source intelligente. Il souligne que le gène n'est rien d'autre qu'un ensemble d'instructions codées contenant une recette précise pour la fabrication des protéines. Ce qui est le plus important pour lui, c'est que ces instructions génétiques ne sont pas le type d'information que l'on trouve en thermodynamique et en mécanique statistique ; il s'agit plutôt d'informations sémantiques. En d'autres termes, elles possèdent une signification spécifique. Flew a conclu que ces instructions ne peuvent être efficaces que dans un environnement moléculaire capable d'interpréter leur signification. Cette complexité "presque incroyable" des arrangements de l'ADN, nécessitant une intelligence, a été un facteur déterminant pour qu'il rejette l'idée que la vie ait pu émerger spontanément par hasard à partir de matière non vivante.

Enfin, l'apparition soudaine de la conscience, de la pensée et du soi dans l'histoire de la vie a constitué un autre élément clé qui explique, son évolution. Pour Flew, ces phénomènes « supraphysiques » ne peuvent logiquement provenir que d'une « source supraphysique » – c'est-à-dire un Esprit vivant, conscient et pensant. Il a critiqué le « Nouvel Athéisme » pour son engagement a priori en faveur du matérialisme, qui, selon lui, oblige à accepter des explications contre-intuitives, même face à des preuves logiques. Il a soutenu que l'expérience immédiate de la rationalité, de la vie, de la conscience et du moi s'oppose à toutes les formes d'athéisme.

Bref, s'interrogeant sur l'origine des lois de la nature, il a conclu qu'elles exigent ordre, précision et un fondement qui va au-delà d'une simple explosion fortuite dans l'univers matériel. Pour lui, l'existence d'une "super-intelligence créatrice est incontestablement une question scientifique", ce qui l'a amené à accepter l'idée d'une "conception intelligente de l'univers".

Bien que le livre se concentre sur sa transition vers le théisme, Antony Flew, dans ses discussions, a reconnu la force des preuves historiques entourant la figure de Jésus. Il a déclaré que les preuves de la Résurrection de Jésus sont "meilleures que celles des miracles revendiqués par toute autre religion. Elles sont d'une qualité et d'une quantité remarquablement différentes". Cette admission, venant d'un ex-athée de son envergure, est particulièrement significative.

Ce livre nécessaire, salué par divers universitaires, met en lumière le courage de Flew à modifier ses convictions profondes face à ce qu'il percevait comme des preuves convaincantes. Ce qui fait de lui un modèle pour tout chercheur de vérité.

Paul-Éric Blanrue.

Sur la Résurrection, volume 2, Réfutations (Garry Habermas).




Le volume 2 de la série On the Resurrection de Gary Habermas, intitulé "Refutations" (2024), se concentre sur la réfutation des explications alternatives et des objections concernant la Résurrection de Jésus.
Son objectif est de démontrer que les données historiques, même celles reconnues par les érudits critiques, pointent vers la Résurrection comme la meilleure explication.
Habermas utilise de nouveau sa méthode des "faits minimaux", qui s'appuie sur des faits historiques largement acceptés par un large éventail de spécialistes, y compris les sceptiques.

Voici une exploration plus détaillée de l'argumentation de Habermas dans chacun des cas :

L'argument de Hume contre les miracles :

 L'exigence de Hume : David Hume soutient qu'aucun témoignage ne peut établir un miracle à moins que la fausseté du témoignage ne soit elle-même plus miraculeuse que le fait qu'il tente d'établir. Il exige des témoins avec une intégrité, une éducation et une sagesse "incontestables" pour "assurer contre toute illusion". De plus, il déclare qu'il ne doit y avoir aucune uniformité d'expérience contre le miracle, sinon le miracle ne mériterait pas cette appellation.
Réfutation :
Habermas juge l'exigence de Hume d'une intégrité "incontestée" et d'une capacité à "assurer contre toute illusion" comme irréaliste et auto-invalidante. Il se demande si de tels témoins ont déjà existé ou si une telle "sécurité absolue" pourrait être garantie.
Hume est accusé de pétition de principe en définissant les miracles de manière à ce qu'ils soient a priori impossibles. Il postule une "expérience uniforme" contre les miracles sans produire de preuves pour cette uniformité elle-même. Pour Habermas, cela empêche toute enquête empirique sur les revendications de miracles.
Le philosophe George Mavrodes, cité par Habermas, critique la taille de l'échantillon de Hume, la jugeant "trop petite" pour être statistiquement significative. Si l'échantillon était élargi, des témoignages de miracles apparaîtraient inévitablement, ce que Hume ignore.
Hume aurait commis une erreur logique informelle d'argument ad hominem en critiquant les rapports de miracles provenant de "nations ignorantes et barbares".
Concernant les miracles jansénistes du XVIIIe siècle en France, Hume a reconnu qu'ils étaient "attestés par des témoins crédibles et de distinction, dans un âge savant, et sur le théâtre le plus éminent du monde". Pourtant, il les a rejetés pour des raisons qui semblent arbitraires, ce qui suggère que sa conclusion préexistait à l'examen des preuves.

2° La théorie de l'évanouissement (Swoon Theory) :

 Cette théorie prétend que Jésus n'est pas mort sur la croix mais a simplement perdu connaissance, pour ensuite se réveiller dans le tombeau.
 Réfutation : Habermas argumente que la brutalité de la crucifixion aurait rendu la survie de Jésus et sa capacité à se présenter comme un ressuscité victorieux hautement improbable. Un Jésus à peine conscient, gravement blessé et affaibli n'aurait pas pu rouler la pierre du tombeau, vaincre les gardes, ni convaincre ses disciples d'une Résurrection glorieuse. Même des érudits "libéraux" comme Schleiermacher ont jugé cette hypothèse invraisemblable, soulignant qu'un homme "malade avec une force vitale affaiblie" n'aurait pas pu se déplacer si tôt après la crucifixion et apparaître en bonne santé. Habermas note que la plupart des spécialistes considéraient cette théorie comme "discréditée" ou "dépassée" dès la fin du XIXe ou le début du XXe siècle. Elle a rarement été défendue par des spécialistes qualifiés depuis.

3° L'hypothèse des hallucinations :

Cette théorie propose que les apparitions de Jésus après la crucifixion étaient des visions subjectives, des produits de l'esprit des disciples.
 Réfutation :
Apparitions de groupe : La Bible mentionne une apparition à plus de cinq cents personnes à la fois (1 Corinthiens 15:6). Habermas et d'autres soulignent que les psychologues et psychiatres n'ont aucune preuve documentée de "hallucinations collectives" où plusieurs personnes partagent exactement la même perception sensorielle sans un référent externe commun. L'apparition collective à 500 témoins est une "réfutation très puissante" de la pseudo-hallucination subjective.
Nature des apparitions : Contrairement aux hallucinations subjectives qui sont généralement brèves et sans conséquences physiques tangibles, les apparitions de Jésus étaient variées (individuelles et de groupe, intérieures et extérieures), souvent prolongées, et ont conduit à une transformation radicale chez les témoins. Jésus est apparu avec un corps changé qui ne mourrait plus.
Transformation des disciples : Le passage de la peur et du désespoir à une conviction inébranlable et à la volonté de mourir pour leur foi est un argument fort contre une simple hallucination. De nombreux spécialistes critiques reconnaissent la force de ce fait.
Conversion de Paul : L'expérience de Paul sur le chemin de Damas, qui le transforme de persécuteur en apôtre, est particulièrement difficile à expliquer par une hallucination. Paul, en tant que Pharisien, aurait eu des compétences d'enquête rigoureuses. Des érudits comme Orr et Hayes ont noté que Paul a utilisé des termes de transmission traditionnels et a enquêté auprès des témoins oculaires (Galates 1:18-2:10), ce qui rend une explication subjective improbable. Les explications naturalistes (accident vasculaire cérébral, épilepsie, coup de chaleur) sont considérées comme de "simples possibilités" sans preuves suffisantes.
Ancienneté du témoignage : Les récits des apparitions, y compris la formule pré-paulinienne de 1 Corinthiens 15:3-7, datent de très tôt après la Crucifixion (année trente), ce qui ne laisse pas le temps à une légende basée sur des hallucinations de se développer et de s'ancrer.

4° La théorie de la légende :

Cette théorie soutient que le récit de la résurrection a évolué comme un mythe ou une légende, éventuellement inspiré par des mythes païens de "dieux mourant et ressuscitant".
Réfutation des parallèles païens : Habermas, citant des spécialistes (athées) comme Bart Ehrman, affirme que les prétendus parallèles avec des "dieux mourants et ressuscités" (tels qu'Attis, Osiris, Adonis ou Marduk) ne sont absolument pas équivalents à la Résurrection corporelle de Jésus. Ces mythes décrivent souvent des cycles saisonniers, des retours symboliques, ou des figures divines qui ne sont pas réellement ressuscitées physiquement de la mort, et certainement pas pour ne plus jamais mourir. De plus, les interprétations académiques de certains de ces mythes (comme Marduk et Mithraism) ont évolué, invalidant les parallèles.
 Contre l'idée d'une création libre de légendes, Habermas s'appuie sur des modèles de tradition orale (comme ceux de Gerhardsson, Bailey, et Bauckham) qui démontrent que la transmission des récits de Jésus était une "tradition orale contrôlée informelle". Cela signifie qu'il y avait une stabilité et une fidélité au "stock commun d'événements et d'enseignements rappelés collectivement", même si les récits pouvaient varier dans leurs détails. Le témoignage des témoins oculaires, comme celui de Pierre retranscrit par Marc selon Papias, était crucial pour cette transmission fidèle.
Le fait que des éléments clés des Évangiles, comme le récit de la Passion de Marc, remontent aux années quarante de notre ère (moins de deux décennies après la Crucifixion), ne laisse pas le temps pour un développement légendaire substantiel.
Les résumés de sermons dans les Actes des Apôtres, datés très tôt après la crucifixion, soulignent que le corps de Jésus n'a pas subi de corruption (Actes 2:14-36 et 13:16-41). Cela implique un tombeau vide.

4° Vol du corps :

 Réfutation des théories de vol du corps : Les théories selon lesquelles le corps de Jésus aurait été volé (par les disciples ou les autorités) sont réfutées par Habermas comme manquant de preuves substantielles. Ces explications alternatives sont souvent de "simples possibilités" sans le soutien de données concrètes. La critique du point de vue de Ehrman sur la non-connaissance de ce qui est arrivé au corps de Jésus, malgré l'acceptation de traditions précoces, est également abordée. Il est intéressant de l'étudier plus à fond.

5° Les critiques de Bart Ehrmann.

Habermas note qu'Ehrman a changé d'avis sur la question de l'inhumation traditionnelle de Jésus et du tombeau vide. Ehrman acceptait auparavant l'historicité de l'inhumation traditionnelle et du tombeau vide, mais il a depuis adopté la position selon laquelle "nous ne savons pas, et ne pouvons pas savoir, ce qui est réellement arrivé au corps de Jésus".
Ehrman avance trois arguments principaux contre le récit évangélique d'une inhumation traditionnelle par Joseph d'Arimathie, et Habermas les réfute :
- Ehrman soutient qu'il est "difficile de donner un sens historique à cette tradition juste dans le contexte du récit de Marc", se demandant pourquoi Joseph d'Arimathie n'est pas mentionné plus tôt. Habermas répond qu'il n'y a aucune "violation majeure" des règles de rapport si un personnage apparaît plus tard dans le récit.
- Ehrman note aussi que ni Paul ni le credo majeur de 1 Corinthiens 15 ne mentionnent Joseph d'Arimathie. Habermas minimise ce point, suggérant que cela n'est pas un "problème majeur" étant donné la nature propre des textes du credo, qui n'ont pas vocation à tout dire.
- Ehrman interprète Actes 13:28-29 comme signifiant que c'est le Sanhedrin dans son ensemble qui a enterré Jésus, et considère que c'est la tradition la plus ancienne sur le sujet. Habermas qualifie les mouvements d'Ehrman de "vagues" et de "conclusion injustifiée sur un sujet important sans le soutien factuel nécessaire".
Habermas critique plus généralement la méthodologie d'Ehrman, qu'il qualifie de "principe de commodité" ou de "science de la commodité". Ehrman lui-même utilise cette expression pour critiquer les mythologues qui "suppriment ou ignorent les données gênantes". Habermas applique cette critique à Ehrman en soulignant qu'il accepte pourtant l'ancienneté des traditions des Actes (datant des années trente, juste après la Crucifixion) qui affirment l'inhumation de Jésus dans un tombeau et l'absence de corruption de son corps (Actes 13), mais il ignore pourtant les implications logiques de cette même tradition pour l'historicité du tombeau vide. Habermas perçoit cela comme un "tri injustifié des données disponibles" ou un "choix apparent" qui semble motivé par les préférences théologiques d'Ehrman.
Ehrman déclare que les historiens "ne peuvent ni prouver ni réfuter" historiquement la Résurrection de Jésus. Il soutient que ces croyances ne peuvent être "affirmées" que par la foi. Habermas trouve cette position "choquante" du point de vue épistémique, la considérant comme une question philosophique et non une limite de l'érudition néotestamentaire. Habermas s'étonne qu'Ehrman consacre une partie significative d'un chapitre aux "hypothèses visionnaires" s'il ne souscrit à aucune théorie naturaliste particulière. Pour Habermas, cela ressemble à un "plan de repli" ou à une "perte de confiance" dans une explication naturaliste spécifique.
En réponse à l'agnosticisme d'Ehrman sur le corps de Jésus, Habermas réitère les arguments en faveur du tombeau vide, qui, pour lui, pèsent plus lourd que les objections d'Ehrman :
◦ La localisation du tombeau à Jérusalem, où la prédication chrétienne primitive a commencé, rendrait impossible la survie de la chrétienté si le corps de Jésus y était resté. La prédication apostolique aurait été le tout dernier endroit où elle aurait pu commencer si le tombeau de Jésus était resté occupé.
◦ Le témoignage des femmes découvrant le tombeau vide est un détail "embarrassant" qui renforce l'historicité des récits, car il est peu probable qu'il ait été inventé à des fins apologétiques dans une culture où le témoignage féminin avait moins de poids légal.
◦ Les récits du tombeau vide sont "multiplement attestés" dans les Évangiles de Marc, Matthieu, Jean et probablement Luc.
En résumé, Habermas critique Ehrman non seulement sur les détails spécifiques de l'inhumation de Jésus, mais aussi, et peut-être plus fondamentalement, sur sa méthode, l'accusant d'appliquer un double standard en acceptant certaines données précoces tout en rejetant d'autres informations connexes lorsque cela sert ses conclusions théologiques préconçues.

Ce volume 2 de Gary Habermas est une réponse exhaustive et méthodiquement rigoureuse aux principales objections naturalistes et alternatives à la Résurrection de Jésus, en s'appuyant sur des arguments tirés de l'historiographie, de la psychologie et de l'analyse textuelle pour défendre la supériorité de l'explication de la Résurrection face aux alternatives. Aussi fondamental que le volume 1 !

Paul-Éric Blanrue.

Sur la Résurrection (Garry Habermas).



Le livre de Gary Habermas On the Resurrection : Evidences, tome 1 (2024) est une vaste étude des preuves historiques de la Résurrection de Jésus, s'appuyant sur une riche bibliographie de quelque 4 500 sources, dont la majorité ont été publiées à partir de 1975, en français, allemand ou anglais. Habermas, reconnu comme un expert mondial sur le sujet, utilise une approche rigoureuse appelée la méthode des "faits minimaux".


Qu'est-ce que la méthode des faits minimaux ? J'ai déjà abordé cette question dans un précédent article sur mon blog. J'en rappelle ici les caractéristiques : cette méthode vise à identifier les faits historiques concernant Jésus et sa Résurrection qui sont largement acceptés par un large éventail de chercheurs critiques, y compris ceux qui sont sceptiques ou non-chrétiens. L'objectif est de trouver un terrain d'entente pour la discussion, en partant de données que presque personne ne conteste. Un critère clé pour qu'un fait soit considéré comme "minimal" est qu'il doit bénéficier d'un accord quasi unanime (un pourcentage de plus de 90 %) parmi les chercheurs spécialisés qui publient leurs points de vue. Cette approche n'est évidemment qu'une des voies possibles pour établir l'historicité des événements.

Même en adoptant une approche très critique et "minimale", Habermas soutient que la Résurrection de Jésus est la meilleure explication pour les données historiques disponibles.

Je vais ici me concentrer sur les principaux faits minimaux centraux avancés par Habermas :

La mort de Jésus par crucifixion : C'est un événement historique largement accepté par les chercheurs bibliques, toutes croyances (ou incroyance) confondues.

L'expérience des disciples post-crucifixion : Les disciples ont eu des expériences qu'ils croyaient être des apparitions de Jésus ressuscité. Cette conviction a transformé radicalement leurs vies. Ils étaient prêts à mourir pour leurs convictions, ce qui est souvent considéré comme un fait distinct et important.

L'expérience de Paul : Paul était un persécuteur acharné des chrétiens avant sa conversion. Sa transformation radicale est attribuée à une expérience du Jésus ressuscité, qu'il croyait être une apparition. Le passage de 1 Corinthiens 15:3-8 est également considéré comme une formule ou un credo pré-paulinien extrêmement ancien, reçu par Paul et transmis par lui. Ce credo utilise des termes qui ne sont pas typiques du langage de Paul, ce qui renforce l'idée qu'il s'agit d'une tradition qu'il a reçue et reproduite fidèlement. Cela démontre le soin de Paul pour la pureté et l'exactitude de la tradition. L'expression de Paul "historēsai" en Galates 1:18, souvent traduite par "faire la connaissance de", impliquait une enquête ou une investigation pour acquérir des connaissances précises et vérifier l'information auprès de témoins accrédités.

L'expérience de Jacques, le "frère de Jésus" : Jacques était un quasi-incroyant avant la crucifixion, mais il est devenu un leader important de l'Église primitive (puis un martyr) après avoir eu une apparition du Ressuscité.

L'apparition aux 500 témoins : En 1 Corinthiens 15:6, Paul mentionne que Jésus est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants au moment où il écrit. Il s'agit d'une apparition de groupe, ce qui est considéré comme une preuve particulièrement solide. Les commentateurs récents tendent à prendre ce nombre de manière littérale, non pas comme symbolique ou excluant les femmes et les enfants, mais comme une indication du nombre d'hommes présents. Ce témoignage fait partie intégrante du credo précoce de 1 Corinthiens 15.

Le tombeau vide : L'historicité du tombeau vide est un fait qui a vu son acceptation par les chercheurs critiques augmenter considérablement depuis les années 1970. Il existe une quasi-unanimité parmi les érudits selon laquelle la fin originale de l'Évangile de Marc (Marc 16:8), considéré comme le plus anciens des Évangiles, se termine originellement avec le récit du tombeau vide, ce qui renforce sa crédibilité. De nombreux arguments (une vingtaine) sont avancés en faveur de ce fait, notamment le témoignage des femmes, qui aurait été très "embarrassant" dans le contexte culturel de l'époque (leur témoignage ne valait pas grand-chose chez les juifs) et donc moins susceptible d'être inventé.

Pour le reste, contrairement à la critique des formes de Rudolf Bultmann, qui postulait une longue élaboration orale anonyme des traditions par la communauté, Habermas s'appuie sur des recherches montrant que la tradition de Jésus a été transmise de manière beaucoup plus contrôlée. La mémorisation était une pratique universelle dans l'éducation antique. Les disciples de rabbins étaient censés mémoriser les enseignements de leurs maîtres, en insistant sur la préservation des mots exacts. Les Évangiles indiquent que Jésus s'attendait à ce que ses disciples mémorisent ses enseignements et les transmettent. L'oralité et l'écrit n'étaient pas des alternatives, mais complémentaires. Les cahiers de notes privées (hypomnēmata) servaient d'aides-mémoire pour la tradition orale, plutôt que de la remplacer. L'écriture a ensuite joué un rôle clé pour assurer la préservation fidèle des traditions de Jésus après la mort des témoins oculaires. En outre, les témoins oculaires nommés (tels que les Douze) sont considérés comme les garants vivants et actifs des traditions.

Ainsi, Habermas, à travers une recherche exhaustive et une adhésion stricte aux faits reconnus par une majorité de critiques, vise à établir la fiabilité historique des récits du Nouveau Testament concernant la résurrection de Jésus. Ce livre est essentiel.

Paul-Éric Blanrue.

« Jésus et les manuscrits : Les leçons que nous livrent les plus anciens textes » (Craig Evans)



Le livre de Craig A. Evans Jesus and the Manuscripts: What We Can Learn from the Oldest Texts (2020) a pour objectif d'initier les lecteurs à la diversité et à la complexité de la littérature ancienne qui prétend enregistrer les paroles et les actions de Jésus. Evans ne traite pas en profondeur la composition, le but ou la théologie des Évangiles canoniques, qui ont déjà été largement étudiés, mais plutôt les manuscrits de ces Évangiles et d'autres textes. La littérature étudiée est diverse, couvrant des langues telles que le grec, le latin, l'hébreu, l'araméen, le syriaque, le copte et l'arabe, et des supports variés comme le papyrus, le parchemin, la céramique et la pierre.

Le livre est structuré pour explorer différents aspects des manuscrits liés à Jésus :

Les plus anciens témoins (chapitre 1) : Evans examine les plus anciens manuscrits grecs des Évangiles. Il mentionne des papyrus importants comme 𝔓45 (début du IIIe siècle, contenant des portions des quatre Évangiles et des Actes, dont Marc 9), 𝔓64 (fin du IIe siècle, Matthieu 26), 𝔓75 (IIIe siècle, Luc et Jean), 𝔓90 (fin du IIe siècle, Jean 18-19), 𝔓110 (fin du IIIe siècle, Matthieu 10), 𝔓137 (fin du IIe ou début du IIIe siècle, Marc 1), 𝔓52 (IIe siècle, Jean 18) et 𝔓66 (début du IIIe siècle, presque tout Jean). Il aborde également les grands codex du IVe et Ve siècles comme le Codex Vaticanus, le Codex Sinaiticus et le Codex Bezae. Evans souligne que la date d'un manuscrit existant ne reflète pas nécessairement la date de la composition originale du texte. Un point clé est que les manuscrits qui ont conservé leur début ou leur fin identifient tous les Évangiles selon l'attribution traditionnelle, par exemple, 𝔓75 et 𝔓66 identifient les Évangiles de Luc et Jean, contredisant l'idée que les Évangiles auraient initialement circulé anonymement.

Le Jésus autographe et la durée de vie des livres anciens (chapitre 2) : Ce chapitre se penche sur la longévité des manuscrits et des autographes. Evans indique que les autographes et les premières copies pouvaient rester en usage pendant un siècle ou plus. Il cite Suétone comme témoin de l'existence de "carnets et papiers" (pugillares libellique) écrits de la "propre main" de l'empereur Néron, montrant des mots effacés ou barrés, preuve qu'il s'agissait d'écrits originaux et non de copies dictées. Contrairement aux manuscrits gnostiques qui montrent une "instabilité significative", les manuscrits du Nouveau Testament sont "considérablement plus stables". Cette stabilité est attribuée à la lecture publique et à la mémorisation des textes. Evans affirme qu'aucune variante significative n'a été trouvée dans les papyrus du Nouveau Testament du IIe et début IIIe siècle, ce qui réfute l'idée d'une rédaction majeure du texte à cette période. Les copistes étaient des scribes professionnels dont la tâche était de reproduire fidèlement, et non de réviser les textes.

Jésus dans les "Évangiles juifs" (chapitre 3) : Evans explique les difficultés liées à l'étude de ces textes, car aucun n'a survécu dans son intégralité, ne subsistant que sous forme de citations ou de gloses. Il suggère que beaucoup d'entre eux, comme les recensions ébionites, dépendaient fortement de l'Évangile de Matthieu. Des œuvres comme le Toledot Yeshu (violente polémique juive anti-chrétienne) reflètent cette tradition.

L'Évangile de Thomas (chapitres 4 et 5) : Evans argumente que l'Évangile de Thomas, bien que populaire, date de la fin du IIe siècle et est dépendant des Évangiles canoniques, réfutant les thèses d'indépendance. Il s'appuie sur des fragments grecs (P.Oxy. 1, 654, 655) et la version copte complète (NHC II,2). Un exemple précis est la ressemblance entre le Logion 99 de Thomas ("Ceux qui font la volonté de mon Père, ceux-là sont mes frères et ma mère") et Luc 8:21, où Thomas suit l'omission et le pluriel de Luc, suggérant une dépendance.

L'Évangile de Pierre (chapitre 6) : Ce texte est considéré comme une élaboration des Évangiles canoniques, en particulier de Matthieu, et est daté de la fin du IIe siècle.

L'Évangile de Judas (chapitre 7) : Découvert dans le Codex Tchacos, cet évangile gnostique a suscité des controverses, notamment en raison de ses interprétations initiales (par Kasser, Meyer et Wurst). Evans note que les traductions initiales comportaient des erreurs significatives affectant la compréhension du rôle de Judas.

• Les "petits textes" (chapitre 10) : Cela inclut des agrapha (paroles de Jésus non trouvées dans les Évangiles canoniques), des amulettes, des fragments et des inscriptions. La valeur de ces textes réside principalement dans la lumière qu'ils jettent sur les communautés qui les ont conservés. Des exemples d'agrapha incluent la parole de Jésus dans certains manuscrits de Luc 9:55-56 : "Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour détruire les vies des hommes, mais pour les sauver". Justin Martyr cite aussi un agraphon : "Dans toutes les choses où je vous trouverai, en celles-là je vous jugerai" (Dialogue 47.5). Les amulettes intègrent souvent des incipits évangéliques pour leur pouvoir protecteur, comme les débuts de Matthieu ("Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" ou "Livre de la généalogie de Jésus Christ"), Jean ("Au commencement était la Parole"), Marc ("Commencement de l'évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu") et Luc ("Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit..."). L'Évangile d'Egerton (P.Egerton 2), daté de la fin du IIe ou début du IIIe siècle, est considéré comme une harmonie ou un texte qui puise dans les traditions canoniques. La correspondance entre Abgar et Jésus, un texte largement diffusé et souvent utilisé comme amulette sur les portes et les murs, se retrouve sur des inscriptions en pierre et en céramique, avec une version plus longue de la promesse de Jésus que celle trouvée chez Eusèbe.

Jésus et les débuts du canon (chapitre 11) : Evans explore comment l'usage des Écritures par Jésus lui-même (les livres de Moïse, les Prophètes, les Écrits, avec une préférence pour le Deutéronome, Isaïe et les Psaumes) a influencé la formation du canon chrétien.

Jésus imprimé : Érasme et les débuts du fondamentalisme textuel (chapitre 12) : L'avènement de l'imprimerie a marqué un changement majeur, permettant la production en masse de textes uniformes, contrastant avec la nature unique de chaque manuscrit. Érasme a joué un rôle central avec ses éditions du Nouveau Testament grec (1516 et 1519), initialement destinées à améliorer la traduction latine. Son travail a mené à l'émergence du Textus Receptus, un "texte reçu" qui a servi de base à de nombreuses traductions, comme la King James Bible. Evans explique que, dans l'Antiquité, la transmission orale permettait une certaine flexibilité dans la formulation des récits – expansion ou contraction – pour la clarté, tant que le sens original était préservé. Cela diffère de l'attente moderne d'une reproduction textuelle exacte que le texte imprimé a favorisée.

Evans défend en somme l'idée que les Évangiles sont des témoignages fiables issus de témoins oculaires, s'inscrivant dans la tradition historiographique gréco-romaine. Il critique les approches qui postulent des "communautés" imaginaires derrière les Évangiles, partageant sur ce point les vues de Richard Bauckham.

Paul-Éric Blanrue.

« Jésus et les témoins oculaires : les Évangiles comme témoignages de première main » (Richard Bauckham).




Le livre de Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels as Eyewitness Testimony, publié en 2006, remet en question la tendance dominante de la critique formelle du Nouveau Testament qui a minimisé le rôle des témoins oculaires dans la formation des Évangiles. J'ai moi-même, jadis, donné dans cette tendance et c'était une erreur, comme je l'ai déjà signalé dans un précédent article paru sur ce blog.

Bauckham soutient que les Évangiles sont directement et étroitement liés aux témoignages des témoins oculaires des événements de la vie de Jésus, et que ces témoins sont restés des sources accessibles et des garants autoritaires de la tradition tout au long de la période de transmission orale, jusqu'à la rédaction des Évangiles.

L'auteur critique la thèse, popularisée par la critique formelle (notamment Rudolf Bultmann), selon laquelle la tradition évangélique était transmise de manière anonyme et fluide au sein des communautés chrétiennes, perdant ainsi tout lien direct avec des individus spécifiques. Bauckham s'appuie sur des critiques antérieures de cette position, notamment celles de Vincent Taylor et Martin Hengel, qui insistaient sur le "lien personnel de la tradition de Jésus avec des transmetteurs particuliers".

Un des piliers de l'argumentation de Bauckham est l'analyse des fragments de Papias de Hiérapolis, évêque du début du IIe siècle, dont l'œuvre majeure, Exposition des Logia du Seigneur, est perdue. Papias exprimait une préférence pour "une voix vivante et permanente" (zoes phones kai menouses) par rapport aux informations contenues dans les livres. Bauckham interprète cela non pas comme une opposition générale aux livres, mais comme une adhésion aux meilleures pratiques historiographiques de l'Antiquité, qui privilégiaient l'accès direct aux témoins oculaires. Papias cherchait à interroger ceux qui avaient été en contact avec les anciens, y compris les apôtres et d'autres disciples du Seigneur pour s'assurer de la vérité de ce qu'ils avaient dit ou disaient encore.

Concernant l'Évangile de Marc, Papias affirmait que Marc, en tant qu'"interprète" (hermeneutēs) de Pierre, a "écrit avec précision autant de choses que [Pierre] se souvenait — bien que sans ordre (ou mentoi taxei)" de ce que le Seigneur avait dit ou fait.

Marc n'avait pas connu Jésus directement, mais avait été le compagnon de Pierre. Le travail de Marc est dépeint comme une reproduction fidèle des "chreiai" (anecdotes) de Pierre, des récits courts qui pouvaient contenir des actions et des paroles de Jésus. Pour Papias, ce manque d'ordre dénotait que l'Évangile de Marc ressemblait davantage à des "notes" préparatoires qu'à une œuvre historiographique achevée, qui exigeait une composition artistique.
Quant à Matthieu, Papias indiquait que celui-ci "a mis les logia dans un arrangement ordonné (sunetaxato) en langue hébraïque". Bauckham suggère que la critique de Papias sur le manque d'ordre de Marc et Matthieu était influencée par sa haute estime pour l'Évangile de Jean, qu'il considérait comme plus conforme aux standards historiographiques grâce à sa précision chronologique et sa narration continue.

Bauckham soutient que la tradition de Jésus était transmise par des individus identifiés, qui en étaient les garants :
- La mémorisation jouait un rôle crucial dans l'Antiquité. Les enseignements de Jésus étaient probablement formulés de manière à être facilement mémorisables (aphorismes, paraboles concises), et ses disciples étaient censés les apprendre délibérément. Les "cahiers de notes" (hypomnēmata), souvent utilisés par les historiens de l'Antiquité, servaient d'aides à la mémoire pour la transmission orale.
- Le modèle de "tradition orale contrôlée informelle" de Kenneth Bailey, basé sur les pratiques villageoises du Moyen-Orient, est utilisé comme analogie. Ce modèle suggère que des "récitants qualifiés" (les anciens, et spécifiquement les témoins oculaires) assuraient la stabilité de la tradition au sein de la communauté.
- L'inclusion de noms spécifiques dans les récits évangéliques (ex: Jaïre) est interprétée comme une preuve de témoignages oculaires individuels, racontés par les personnes elles-mêmes ou par ceux qui les connaissaient. Ces détails, bien que parfois superflus narrativement, sont des survivances de la mémoire des témoins.

L'Évangile de Jean se distingue en affirmant explicitement être l'œuvre d'un témoin oculaire, le "Disciple que Jésus aimait" (Jean 21:24). Bauckham réfute l'idée, répandue dans la critique moderne, que le verbe grec graphein ("écrire") dans Jean 21:24 signifierait que le Disciple bien-aimé a seulement "fait écrire" l'Évangile de manière indirecte, n'ayant qu'une "responsabilité spirituelle" l'ayant inspiré. Il soutient que graphein signifie une écriture directe, potentiellement par dictée à un scribe, une pratique courante chez les auteurs anciens.

Il met en évidence l'idiome johannique du "nous du témoignage faisant autorité" (ex: Jean 21:24, 1 Jean 1:1-5, 3 Jean 12), où l'auteur, bien que singulier, utilise le "nous" pluriel pour conférer une autorité solennelle à son témoignage. Ce "nous" est distinct d'un simple "nous" associatif.

Le "Disciple que Jésus aimait" est présenté comme un témoin principal et un auteur, dont le témoignage, bien que humblement présenté, est destiné à avoir une signification supérieure. Le récit est construit de manière à révéler progressivement son rôle, notamment par une conclusion en deux étapes (Jean 20:30-31 et 21:24-25) qui met en lumière sa fonction d'auteur et de témoin.

L'argument en faveur de l'authenticité de cette revendication d'auteur réside dans le choix d'un personnage relativement obscur (le Disciple bien-aimé n'est pas l'un des Douze connus) ; un auteur pseudépigraphique aurait plus probablement choisi une figure apostolique plus reconnue.

Bauckham replace le témoignage oculaire dans le contexte plus large de la méthode historique. Contrairement à une vision réductrice de l'histoire qui verrait le témoignage oculaire comme une "matière première brute" à "raffiner", il s'appuie sur la pensée de Paul Ricoeur, pour qui le témoignage est une phase fondamentale et continue du travail de l'historien. Les Évangiles sont des formes de "témoignage" qui visent à transmettre la signification et la vérité d'événements singuliers et d'une importance absolue. Même s'ils incluent une certaine interprétation (comme toute mémoire autobiographique), cette interprétation ne compromet pas leur authenticité, mais reflète la compréhension des témoins.

Bref, Richard Bauckham prouve ici que les Évangiles ne sont pas le produit de traditions orales anonymes et incontrôlées, mais qu'ils sont le fruit d'un processus de transmission où les témoins oculaires ont joué un rôle actif et autoritaire, modelant et garantissant la fidélité des récits à travers des mécanismes de mémorisation et, plus tard, d'écriture.

Paul-Éric Blanrue.

Jésus dans le Talmud, de Peter Schäfer.




Peter Schäfer (né en 1943 à Mülheim, Allemagne) est un grand spécialiste allemand du judaïsme ancien et du christianisme primitif. Professeur à la Freie Universität de Berlin (1983-2008), puis titulaire de la chaire d’études juives à Princeton (1998-2013), il est reconnu pour ses travaux sur le judaïsme rabbinique, la mystique juive, la magie juive et l’histoire du judaïsme tardif. Auteur prolifique, il a publié de nombreux ouvrages, articles et éditions critiques. Il a dirigé le Musée juif de Berlin de 2014 à 2019, mais a démissionné après des polémiques liées à la position du musée sur le mouvement BDS. Sa démission a suscité un large soutien de la part de directeurs de musées et d’universitaires en études juives. Schäfer est membre de l’American Academy of Arts and Sciences et de l’American Philosophical Society. Il a reçu plusieurs distinctions, dont le Prix Leopold Lucas (2014) et l’ordre Pour le Mérite pour les sciences et les arts (2021). Pour "Jesus in the Talmud", il a bénéficié des relectures et des suggestions de chercheurs notables, tels que Richard Kalmin du Jewish Theological Seminary of America et son mentor, Martin Hengel, pour la rédaction de son manuscrit.


Jesus in the Talmud (2007) explore la représentation de Jésus de Nazareth dans le Talmud, le document fondamental du judaïsme rabbinique de l'Antiquité tardive. L'auteur rejette l'idée que le Talmud est une source historique non fiable pour Jésus, comme l'a suggéré Johann Maier, auteur de livres de référence sur Jésus. Au lieu de cela, le livre postule que les récits rabbiniques sur Jésus sont des contre-récits délibérés et sophistiqués aux histoires de sa vie et de sa mort dans les Évangiles. Ces récits supposent une connaissance détaillée du Nouveau Testament, en particulier de l'Évangile de Jean.

Le livre met en évidence une distinction significative entre les sources palestiniennes et babyloniennes. Les sources palestiniennes sont plus retenues, se concentrant sur les origines de l'Église chrétienne et la menace qu'elle représente pour l'autorité rabbinique. En revanche, le Talmud de Babylone (Bavli) est beaucoup plus direct et audacieux dans son traitement de Jésus, de sa vie et de sa destinée. Cette différence est attribuée aux contextes historiques et politiques distincts : les juifs de Palestine étaient sous la domination romaine et chrétienne croissante, tandis que les juifs de Babylone, dans l'Empire sassanide, vivaient dans un environnement non-chrétien, voire anti-chrétien, leur permettant d'exprimer plus librement leurs sentiments anti-chrétiens.

Le livre organise les récits talmudiques sur Jésus autour de plusieurs motifs principaux :

• La famille de Jésus et la sexualité : Le Talmud babylonien présente Jésus comme un mamzer (BÂTARD), le fils d'une femme adultère nommée Miriam et d'un certain Pandera, supposément un soldat romain. Ce récit est une parodie directe de l'affirmation du Nouveau Testament selon laquelle Jésus est né d'une vierge et est d'origine davidique. L'auteur souligne que le fait d'être un bâtard limitait l'intégration de Jésus dans la communauté juive, l'empêchant de fonder un "nouveauIsraël".

• Jésus comme mauvais disciple : Le Talmud dépeint Jésus comme un fils ou un disciple qui "gâche son plat" (maqdiah tavshilo) en menant une VIE LICENCIEUSE, suggérant une infidélité conjugale, possiblement liée à Marie Madeleine. Une autre histoire le décrit comme un "disciple frivole" de Yehoshua b. Perahya, qui, après un malentendu et l'excommunication, se tourne vers l'idolâtrie et donne naissance à la secte chrétienne.

• La magie de Jésus : Jésus est qualifié de SORCIER ou de magicien, ayant acquis des pouvoirs en Égypte. Les récits incluent des guérisons effectuées "au nom de Jésus fils de Pantera/Pandera" par des hérétiques, ce qui, pour les rabbins, représentait une menace à leur autorité. Le Talmud critique non pas la magie en soi, mais l'autorité concurrente qu'elle implique.

• L'exécution de Jésus (idolâtrie et blasphème) : Le Talmud babylonien décrit l'exécution de Jésus non pas par crucifixion romaine, mais par lapidation suivie de pendaison, conformément à la loi juive. La raison invoquée est qu'il a pratiqué la sorcellerie et a "entraîné et séduit Israël "(vers l'idolâtrie). Le Talmud insiste sur la responsabilité juive, affirmant que Jésus a été LÉGITIMEMENT EXÉCUTÉ comme blasphémateur et idolâtre. La mention d'une annonce publique par un héraut 40 jours avant l'exécution est interprétée comme une moquerie des prophéties de Jésus concernant sa résurrection.

• Les disciples de Jésus : Le Talmud présente cinq disciples de Jésus (Mattai, Naqqai, Netzer, Buni, Todah) et leurs "batailles de versets bibliques" avec les juges. Ces dialogues sont des parodies théologiques des affirmations chrétiennes sur la messianité de Jésus, son innocence, sa Résurrection, sa filiation divine, et son rôle de sacrifice de la nouvelle alliance.

• Le châtiment de Jésus en Enfer : L'un des récits les plus étranges du Talmud babylonien dépeint Jésus subissant un châtiment éternel en ENFER, assis dans des EXCRÉMENTS BOUILLANTS. Cette punition est interprétée comme une parodie malveillante de l'Eucharistie et de la promesse de Jésus que ceux qui mangent sa chair et boivent son sang auront la vie éternelle.

En conclusion, le livre soutient que les textes du Talmud babylonien, malgré leur fragmentation et l'influence de la censure chrétienne visible dans les manuscrits ultérieurs, constituent un contre-Évangile audacieux et puissant. Ils révèlent une communauté juive confiante qui utilise la parodie, l'inversion et la distorsion délibérée pour contester les fondements de la foi chrétienne, en particulier l'Évangile de Jean, connu pour son fort penchant anti-juif.

Méfiez-vous de ceux qui vous disent que Jésus n'apparaît pas dans le Talmud : ce sont des menteurs.

Paul-Éric Blanrue.