BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

lundi 15 septembre 2025

La dissimulation de Wuhan.



Voici une histoire indispensable de la montée de la menace mondiale des armes biologiques et une plongée profonde dans la manière dont une pandémie virale a été déclenchée. L'ouvrage est une suite captivante du best-seller de Kennedy Jr The Real Anthony Fauci, explorant l'histoire du complexe militaro-industriel des armes biologiques et son utilisation clandestine contre l'humanité.

Selon le professeur Francis A. Boyle, l'auteur de la loi antiterroriste sur les armes biologiques de 1989, ce livre fournit les arguments nécessaires pour tenir les responsables légalement imputables pour ce qu'il qualifie de "crime de Nuremberg contre l'humanité".

Le thème central du livre est le lien profond entre la recherche sur le gain de fonction et l'Institut de Virologie de Wuhan (IVW). Le gouvernement chinois a suivi avec un intérêt intense les expériences sur le gain de fonction du Dr Fauci, car cette recherche a des applications militaires évidentes. La Chine, ayant subi des pertes massives dues à la guerre biologique pendant la Seconde Guerre mondiale, était très motivée à combler son retard en matière de recherche sur les armes biologiques. Pour ce faire, elle a infiltré les laboratoires universitaires américains financés par le NIH.

Le Dr Anthony Fauci est une figure centrale de cette histoire, décrit comme le chef effectif du National Institutes of Health (NIH) et le "tsar des armes biologiques". Pour maintenir son vaste empire, il a sous-traité certaines de ses expériences les plus dangereuses sur le gain de fonction à des laboratoires offshore, notamment l'IVW, pour échapper à la surveillance des autorités américaines. Ces financements ont été "blanchis" par l'intermédiaire de Peter Daszak et de son groupe EcoHealth Alliance. Le NIH, dirigé par le Dr Fauci, a fourni à EcoHealth au moins vingt-quatre subventions totalisant plus de 14 millions de dollars depuis 2007. (Cependant, le NIH n'était que le troisième plus grand bailleur de fonds de Daszak, derrière l'USAID, une couverture bien-connue de la CIA).

Le Dr Fauci est également accusé de parjure pour avoir nié devant le Congrès américain le financement de recherches sur le gain de fonction à Wuhan, alors que les preuves sont abondantes dans des publications scientifiques et les archives officielles de NIH. Des courriels non censurés de février 2020 montrent que le Dr Fauci était conscient de mutations "inhabituelles" dans le virus, suggérant une insertion intentionnelle, et de la recherche sur le gain de fonction menée à l'Université de Wuhan. Il a également rencontré Ralph Baric, un autre scientifique clé, pour discuter de l'épidémie et des virus chimériques.

L'Institut de Virologie de Wuhan (IVW) est au cœur de l'intrigue. Il est décrit comme le "joyau de la couronne" du travail de microbiologie du pays et le symbole de la croisade chinoise pour dominer la science biomédicale. La construction de ce laboratoire BSL-4, le premier du genre en Chine, a été réalisée par la société française bioMérieux entre 2005 et 2015, malgré les craintes des agences de défense et de renseignement françaises concernant les intentions chinoises. L'opacité du projet a finalement déçu le président de bioMérieux, Alain Mérieux, qui s'est retiré, laissant le Dr Fauci prendre le relais en tant que "plus fervent allié" de la Chine.

Des diplomates américains ont signalé en 2018 de graves déficits opérationnels et de maintenance à l'IVW, y compris un manque de techniciens qualifiés et de protocoles de sécurité clairs, ce qui rendait une fuite virale "pratiquement inévitable". Malgré ces avertissements, le Dr Fauci a continué à financer des expériences interdites dans les laboratoires de Wuhan après le moratoire de 2014-2017 du président Obama sur les recherches sur le gain de fonction, transférant ainsi des connaissances et technologies américaines sur les armes biologiques à des scientifiques militaires chinois.

Des experts en biosécurité ont été "stupéfaits" d'apprendre que de nombreuses expérimentations dangereuses sur le gain de fonction financées par le NIAID se déroulaient dans des laboratoires BSL-3 et même BSL-2 à Wuhan, dont les protocoles de sécurité sont beaucoup moins rigoureux que ceux des BSL-4. Le Dr Fauci était conscient des "nombreuses critiques" concernant les normes de sécurité de l'IVW.

Peter Daszak a joué un rôle essentiel, introduisant Shi Zhengli à Ralph Baric. Son EcoHealth Alliance a bénéficié de subventions importantes et a facilité le transfert de fonds et de technologie d'armes biologiques vers la Chine. En 2016, il s'est vanté d'avoir créé, avec ses collègues chinois, des coronaviruses "tueurs" de type SRAS à l'IVW. Des documents ont révélé qu'EcoHealth Alliance a cherché à bloquer la divulgation de données virales pertinentes de Chine pour éviter "l'embarras" du gouvernement américain et le lien avec la pandémie de Covid.

Ralph Baric, surnommé le "parrain des virus militarisés", est une autre figure centrale de l'affaire. C'est l'un des principaux bénéficiaires des financements du NIH. Baric a collaboré étroitement avec Shi Zhengli sur des recherches sur le gain de fonction, même pendant le moratoire, visant à augmenter l'infectiosité des coronavirus pour les humains. Ses techniques, comme la reconstruction de l'ARN viral en ADN pour une réplication massive, ont été adoptées par les chercheurs chinois pour développer de nouvelles armes biologiques. Baric a même écrit en 2006 sur la potentielle utilisation des coronavirus de type SRAS comme armes biologiques de destruction massive, capables de "tuer, blesser ou incapaciter l'ennemi, d'engendrer la peur et de dévaster les économies nationales".

Le livre décrit également le "cover-up" chinois. Dès les premiers jours de la pandémie, la Chine a supprimé des informations cruciales, détenu et réduit au silence des médecins et journalistes, tels que Li Wenliang, Fang Bin, Chen Qiushi et Zhang Zhan. Les bases de données en ligne de l'IVW, contenant des milliers d'échantillons de pathogènes et de séquences génomiques, ont été supprimées en septembre 2019. Les premières épidémies de Covid ont eu lieu parmi les employés de l'IVW en novembre 2019 (trois biologistes entraînés), et non au marché humide, comme le suggéraient les autorités chinoises. Le gouvernement chinois a ordonné la destruction des premiers échantillons viraux. Des analyses de données de localisation de téléphones mobiles et de recherches sur internet suggèrent une "événement dangereux" à l'IVW en octobre 2019 et une activité de maladie précoce à Wuhan.

La campagne de censure chinoise s'est étendue aux démocraties occidentales, qui ont adopté des stratégies similaires de caractérisation de déclarations "non conformes" comme de la "désinformation Covid". Des revues scientifiques prestigieuses comme The Lancet sont devenues des "porte-voix de la propagande chinoise", publiant des articles élogieux sur la gestion chinoise de la pandémie et dissimulant des preuves clés, comme la transmission interhumaine. Le rédacteur en chef du Lancet, Richard Horton, a même retardé la publication d'informations cruciales sous la pression de ses "suzerains chinois". Horton a publiquement félicité la "transparence" et la "décision" du régime chinois, même lorsqu'il imposait des confinements brutaux. Il a aussi publié une étude frauduleuse sur l'hydroxychloroquine, qui a dû être rétractée.

Le livre démontre une "télé-conspiration" en février 2020 impliquant le Dr Fauci, le directeur du NIH Francis Collins, et d'éminents virologues pour supprimer le débat sur une origine du virus due à une fuite de laboratoire au nom de "l'harmonie internationale". Peter Daszak a secrètement organisé la "Lettre du Lancet" qui condamnait la théorie de la fuite de laboratoire comme une "théorie du complot". Daszak lui-même, ainsi que d'autres signataires, n'ont pas divulgué leurs "conflits d'intérêts" financiers massifs avec des entités chinoises ou des institutions comme le NIH et la Wellcome Trust.

En outre, l'ouvrage explore la collaboration du World Economic Forum (WEF) et de Bill Gates avec la Chine. Stéphane Bancel, PDG de Moderna, qui avait auparavant dirigé bioMérieux lors de la construction de l'IVW, a fait preuve d'une "prescience" remarquable en brevetant le concept des vaccins à protéine de pointe en 2016, avant même l'émergence du Covid. Bill Gates, dont la fondation a investi des milliards dans les "solutions" pharmaceutiques, a également contribué à la recherche liée aux coronavirus. Lors du Forum économique mondial à Davos, des figures comme Jeremy Farrar et Richard Hatchett ont promu les stratégies de confinement draconiennes de la Chine comme un "modèle pour le monde".

Le livre dénonce également les efforts de la Chine pour s'approprier la technologie américaine par des programmes comme le "Thousand Talents Program" (TTP), qui a infiltré les universités américaines pour voler la propriété intellectuelle. Des universitaires américains comme Charles Lieber d'Harvard et des scientifiques comme Hualan Chen (formée au CDC américain et financée par le NIH via l'Université d'Emory) sont cités comme ayant transféré des technologies et des agents d'armes biologiques à l'armée chinoise.

Quant aux États-Unis, Kennedy rappelle que l'USAID est une couverture de la CIA, qui a investi 64 millions de dollars dans la recherche sur les armes biologiques à l'IVW, faisant des agences de renseignement les principaux acteurs du domaine du gain de fonction. Des emails suggèrent qu'EcoHealth Alliance, qui a canalisé la plupart de ces subventions, fonctionnait également comme une couverture de la CIA après décembre 2015. En 2021, la Directrice du Renseignement National Avril Haines, a publié un résumé déclassifié qui a été qualifié de "blanchiment" et de "limited hangout", car il ne reconnaissait pas les preuves cruciales d'une fuite de laboratoire ni la présence d'actifs de la CIA à l'IVW.

Kennedy Jr dépeint ainsi un tableau sombre d'une collusion internationale entre des agences gouvernementales, des scientifiques, des médias et des organisations mondiales pour dissimuler la vérité sur l'origine du Covid, en pointant du doigt la recherche sur le gain de fonction et les manipulations au sein du laboratoire de Wuhan, et en dénonçant la censure et la désinformation qui ont suivi. Le livre soulève des questions existentielles sur la sécurité nationale et la transparence à l'ère des armes biologiques.

L'économie politique en une leçon (Henry Hazlitt).




Le livre d'Henry Hazlitt, L'Économie politique en une leçon, vise à démonter les illusions économiques influentes en analysant les conséquences des politiques économiques au-delà de leurs effets immédiats et de leur impact sur des groupes spécifiques.

La leçon centrale c'est qu'un mauvais économiste ne voit que ce qui frappe directement son esprit et les conséquences immédiates sur un groupe donné, tandis qu'un bon économiste anticipe les effets lointains et les répercussions sur l'ensemble de la société. Cette distinction, bien qu'élémentaire, est souvent ignorée en politique économique. Pour Hazlitt, l'économie politique est la science qui révèle les conséquences lointaines et générales des actions.

Hazlitt illustre cette leçon à travers une série d'applications :

• La vitre brisée est l'exemple emblématique. L'idée qu'une vitre brisée crée du travail pour le vitrier, et par extension, que la destruction est bénéfique, est une illusion. Le boulanger qui doit remplacer sa vitre perd 50 dollars qu'il aurait autrement dépensés pour un vêtement, par exemple, ce qui signifie que le gain du vitrier est la perte du tailleur. Aucun nouveau travail n'est créé, et la société est appauvrie d'un vêtement. Ainsi l'argument selon lequel la destruction crée une "demande accumulée" ou que la reconstruction stimule l'économie est fallacieux. Le besoin n'est pas la demande si le pouvoir d'achat fait défaut. La guerre détruit du capital et réduit la capacité productive, appauvrissant la nation, même si elle déplace la demande vers certains secteurs.

• Les travaux publics payés par les impôts et présentés comme créateurs d'emplois ne font que déplacer le travail : les emplois créés dans la construction d'un pont sont compensés par les emplois non créés dans les secteurs privés où les contribuables auraient librement dépensé leur argent s'il n'avait pas été prélevé.

• Les impôts découragent la production. Des impôts trop élevés réduisent les incitations à produire, à investir et à créer de nouvelles entreprises, ce qui peut paradoxalement mener au chômage.

• Le crédit fait dévier la production. Les prêts gouvernementaux, en particulier à ceux que les banques privées jugent trop risqués, détournent le capital disponible vers des usages moins efficients, réduisant ainsi la production globale. Le capital n'est pas illimité, et le prêter à un individu (B) signifie le priver à un autre (A) potentiellement plus productif.

• Les machines ne causent pas de chômage permanent à long terme, mais augmentent la productivité, abaissent les prix, élèvent le niveau de vie et, historiquement, créent plus d'emplois qu'elles n'en suppriment en stimulant de nouvelles industries et en augmentant la demande. Le chômage temporaire de certains travailleurs est une conséquence à ne pas ignorer, mais la solution n'est pas de freiner le progrès.

• Les pratiques syndicales visant à réduire les heures de travail ou à subdiviser les tâches pour "créer" des emplois augmentent les coûts de production, réduisent l'efficacité et la production, et mènent finalement à une diminution du bien-être général. La quantité de travail n'est pas limitée.

• La démobilisation des soldats ou la réduction des fonctionnaires inutiles ne mène pas au chômage généralisé. Les fonds libérés des contribuables seront dépensés dans le secteur privé, créant des emplois productifs pour les civils. Les fonctionnaires inutiles sont des parasites ; leur pouvoir d'achat n'est pas une justification.

• La superstition du "plein emploi". Le véritable objectif économique d'une nation devrait être la maximisation de la production, non le "plein emploi" en soi. Le plein emploi peut être atteint par des moyens inefficaces ou totalitaires (ex: programmes d'armement d'Hitler, travail forcé).

• Quels sont ceux que protègent les droits de douane ?. Les droits de douane protègent quelques industries nationales au détriment de l'ensemble des consommateurs et des industries exportatrices. Ils détournent le capital et le travail vers des productions moins efficaces, réduisant ainsi le niveau de vie réel et les salaires.

• La chasse aux exportations met en lumière l'absurdité de vouloir exporter sans importer. Les exportations financent les importations et vice-versa. Les prêts gouvernementaux massifs à l'étranger pour stimuler les exportations, s'ils ne sont pas remboursés, reviennent à un don et appauvrissent la nation.

• La "parité" des prix agricoles. Tenter de maintenir les prix agricoles à un niveau arbitraire (ex: "parité" historique) par des interventions gouvernementales (achats, prêts, restrictions de récoltes) se fait au détriment des consommateurs et du contribuable, et diminue la richesse publique en réduisant la production.

• "Sauvons l'industrie X !". Subventionner une industrie "mourante" pour la sauver détourne le capital et la main-d'œuvre d'industries plus productives ou nouvelles, ce qui réduit l'efficacité économique globale et le niveau de vie.

• Le système des prix et de la libre concurrence est un mécanisme quasi-automatique qui alloue les ressources (travail, capital) là où elles sont le plus nécessaires, en fonction de la demande et des profits potentiels. Toute tentative bureaucratique de remplacer ce système est inefficace et conduit à la rareté.

• Les tentatives gouvernementales de "stabiliser" les prix au-dessus ou en dessous des niveaux du marché libre (par le stockage, les subventions, les restrictions de production) mènent à des pénuries artificielles, à des excédents non vendus, et finalement à une instabilité accrue. Les spéculateurs, bien que souvent critiqués, jouent un rôle stabilisateur sur un marché libre.

• Le contrôle des prix par l'État. Fixer des prix maximaux artificiellement bas mène inévitablement à une augmentation de la demande et une diminution de l'offre, provoquant des pénuries. Pour contrer cela, le gouvernement est contraint d'étendre son contrôle (rationnement, contrôle des coûts), ce qui mène à une économie entièrement dirigée et à la perte des libertés. Le marché noir apparaît comme une conséquence inévitable de ces contrôles, causant des dommages économiques et moraux.

• Les résultats du contrôle des loyers. Le contrôle des loyers, une forme spécifique de contrôle des prix, décourage la construction de nouveaux logements, entraîne la détérioration des bâtiments existants et crée une pénurie, en particulier pour les logements à faible revenu. Il pénalise les propriétaires et peut conduire à l'abandon de propriétés, ce qui, à terme, nuit aux locataires eux-mêmes.

• Les lois sur le salaire minimum. Le salaire est un prix. Fixer un salaire minimum au-dessus du niveau du marché prive les travailleurs les moins productifs de leur emploi, remplaçant un salaire bas par le chômage. Les salaires réels ne peuvent durablement augmenter que par l'accroissement de la productivité du travail, non par décret gouvernemental.

• L'action syndicale fait-elle monter les salaires ? Le pouvoir des syndicats d'augmenter les salaires réels pour l'ensemble des travailleurs est souvent surestimé. S'ils parviennent à augmenter les salaires de leurs membres au-dessus du niveau du marché par la force ou des pratiques restrictives, cela se fait au détriment des ouvriers non syndiqués, des employeurs et des consommateurs, entraînant chômage et réduction de la production globale.

• "L'ouvrier doit gagner de quoi pouvoir racheter son propre produit". Cette théorie du "pouvoir d'achat" est un sophisme marxiste. Le produit national est créé et acheté par tous les contributeurs à l'économie. Artificiellement augmenter les salaires sans une productivité équivalente augmente les coûts, ce qui mène à la hausse des prix et/ou au chômage, ne permettant pas aux travailleurs d'acheter plus.

• La fonction du profit. Le profit, bien que souvent mal compris et critiqué, est le signal essentiel qui dirige le capital et le travail vers les productions les plus demandées et les plus efficientes. Il encourage l'innovation, la réduction des coûts et la création de richesses. Limiter ou supprimer le profit désorganise la production et conduit à la rareté.

• Le mirage de l'inflation. L'inflation est la confusion entre la monnaie et la richesse réelle. Elle est une forme d'impôt cachée et la plus pernicieuse, qui redistribue la richesse de manière inéquitable, désavantageant ceux dont les revenus ne suivent pas la hausse des prix. Elle déforme la structure de la production, décourage l'épargne et la prudence, et mène inévitablement au désenchantement et à l'effondrement économique, favorisant les contrôles totalitaires.

• Contrairement aux idées reçues, l'épargne (lorsqu'elle est investie et non thésaurisée) est essentielle à la formation de capital, ce qui stimule la production, les progrès technologiques et l'augmentation des salaires réels. Les politiques visant à décourager l'épargne (ex: taux d'intérêt artificiellement bas) réduisent l'offre de capital réel et peuvent entraîner des crises.

Les conclusions de l'étude économique approfondie rejoignent souvent le bon sens. Les interventions gouvernementales sont généralement menées au profit de quelques groupes (A et B) aux dépens d'un "homme oublié" (C), le contribuable ou le consommateur général.

Hazlitt constate avec regret que les leçons de base de l'économie n'ont pas été retenues par les politiciens. Les politiques interventionnistes, l'inflation chronique, les dépenses publiques et les programmes de redistribution des richesses sont plus répandus que jamais, menant à des déficits budgétaires massifs, à une dépréciation monétaire généralisée et à un appauvrissement global, malgré les signes croissants que ces politiques sont désastreuses.

samedi 13 septembre 2025

La démocratie, le dieu qui a échoué.




L'ouvrage essentiel de Hans-Hermann Hoppe, Démocratie, le dieu qui a échoué, publié en 2001, est une critique radicale et controversée de la démocratie, souvent considérée comme un tabou à notre époque. Traduit en français vingt ans après sa parution, ce livre se distingue par sa rigueur logique et son approche de l'économie autrichienne, offrant des clés de compréhension des problèmes contemporains. Hoppe y met en cause la croyance en la supériorité du système démocratique, le comparant défavorablement aux régimes régaliens et expliquant pourquoi la démocratie peut entraîner des conséquences néfastes. Son travail l'a établi comme un leader de la pensée libertarienne radicale et du véritable "anarchisme de droite".


Pour Hoppe, la civilisation occidentale est sur la voie de l'autodestruction en raison de l'étatisme et de la démocratie. Seule une transformation radicale vers l'anarchisme de propriété privée, la dé-démocratisation de la société et la réaffirmation des droits de propriété et des familles comme sources de civilisation, peut empêcher une catastrophe économique et sociale.

L'un des thèmes centraux de l'ouvrage est l'étude comparative de la monarchie et de la démocratie. Hoppe propose une révision de la vision dominante des monarchies héréditaires traditionnelles, offrant une interprétation inhabituellement favorable de l'expérience monarchique. Cette structure favorise une orientation vers l'avenir et une préoccupation pour la valeur du capital. Le dirigeant peut transmettre ses possessions à son héritier, ce qui l'incite à préserver la valeur de son domaine. De plus, la distinction claire entre gouvernants (le roi et la noblesse) et gouvernés sous une monarchie permettait une conscience de classe aiguisée chez ces derniers, modérant les politiques internes et externes de l'appareil étatique. Les monarques, étant propriétaires du domaine étatique, étaient incités à une fiscalité et à des guerres modérées. Historiquement, jusqu'à la fin du XIXe siècle, la part des recettes publiques sous les monarchies est restée remarquablement stable et faible, rarement au-delà de 5% à 8% du revenu national. Les rois étaient considérés comme soumis à la loi préexistante, agissant plutôt comme juges.

À l'inverse, Hoppe présente la démocratie et l'expérience démocratique sous un jour atypique et défavorable. L'appareil démocratique est reconstruit comme un appareil de propriété publique, où le dirigeant (président) peut utiliser l'appareil étatique à son avantage personnel mais n'en est pas propriétaire. Il ne peut ni vendre les ressources étatiques pour en empocher les recettes, ni transmettre de possessions étatiques à ses héritiers. En conséquence, un président cherchera à maximiser le revenu courant, sans égard pour la valeur du capital, car ce qu'il ne consomme pas maintenant, il pourra ne jamais le consommer. L'absence de prix de marché pour les ressources étatiques rend le calcul économique impossible, ce qui conduit inévitablement à une consommation continue du capital. Cette orientation vers le présent (préférence temporelle élevée) est révélée comme un fait décivilisationnel majeur du XXe siècle.

La transition historique de la monarchie à la démocratie est interprétée comme un déclin civilisationnel. Initiée par la Révolution française et américaine, et ancrée en Europe après la Première Guerre mondiale, cette transformation a vu l'élargissement systématique du droit de vote et l'accroissement des pouvoirs des parlements élus. Depuis 1918, pratiquement tous les indicateurs de préférences temporelles élevées et d'exploitation étatique ont montré une tendance systématique à la hausse.

Les conséquences néfastes de la démocratie sont multiples :

Destruction de la propriété et redistribution : la démocratie est décrite comme une "grande machine de redistribution populaire de richesses et de revenus". Le principe "un homme-une voix" combiné au libre accès à l'État démocratique transforme la société en une "tragédie des biens communs" où les majorités de "non-possédants" cherchent à s'enrichir aux dépens des "possédants". Cela conduit à une réduction de l'incitation à être propriétaire ou producteur, et à une augmentation du nombre de "non-possédants". Cette redistribution ne se fait pas toujours des plus riches aux plus pauvres, mais souvent au sein des groupes "non-pauvres", où les plus aisés réussissent à se faire subventionner par les plus démunis (par exemple, l'enseignement universitaire "gratuit" financé par la classe ouvrière). Les dirigeants démocratiques sont incités à promettre des privilèges à des groupes pour assurer leur réélection, ce qui favorise l'égalitarisme.

Croissance de l'État et de la dette publique : le monopole de la contrainte et de la taxation de l'État démocratique conduit à une exploitation accrue. La dette publique est plus élevée et augmente plus vite sous des conditions démocratiques, car les "gardiens" démocratiques ne subissent pas la perte de valeur du capital liée à l'endettement comme les monarques. L'emploi public augmente également, attirant des personnes avec une préférence temporelle élevée.

Inflation et destruction monétaire : la démocratisation a entraîné la destruction de l'étalon-or, une inflation sans précédent de la monnaie papier, et un renforcement du protectionnisme.

Décivilisation sociale et culturelle : la préférence temporelle élevée inhérente à la démocratie est implantée au sein de la société civile, entraînant un processus auto-accéléré de décivilisation. Cela se manifeste par une augmentation continue des niveaux de préférence temporelle, une consommation de capital, des horizons de planification réduits, et une "infantilisation et brutalisation progressives de la vie sociale". Les indicateurs de désintégration familiale, tels que les taux de divorce, d'illégitimité, de monoparentalité et d'avortement, ont systématiquement augmenté. Les dépenses sociales et de "charité publique" ont pris le pas sur les dépenses militaires, déchargeant les individus de la responsabilité de leur propre santé, sécurité et vieillesse, affaiblissant ainsi les valeurs du mariage, de la famille et des enfants. L'éducation publique est également vue comme un instrument de l'État pour affaiblir les familles et assujettir l'individu au contrôle étatique.

Augmentation de la criminalité et perte de responsabilité individuelle : le flot incessant de législation rend la loi malléable et imprévisible, sapant le respect des lois et encourageant la criminalité. La démocratisation est liée à une perte croissante de responsabilité individuelle, intellectuelle et morale. Les taux de criminalité sont en augmentation, car une préférence temporelle élevée est systématiquement liée à une augmentation des comportements agressifs.

Perversion du droit et législation excessive : en démocratie, les présidents et les parlements s'élèvent au-dessus de la loi, devenant des législateurs qui créent un "nouveau" droit positif. La notion de droits de l'homme universels et immuables disparaît, remplacée par celle de la loi comme législation étatique, entraînant une insécurité juridique croissante. Le volume de textes législatifs et réglementaires adoptés annuellement se compte en dizaines de milliers, affectant tous les aspects de la vie.

Guerre totale et nationalisme : les guerres démocratiques tendent à être des guerres totales, brouillant la distinction entre gouvernants et gouvernés, et renforçant l'identification du public à un État particulier, menant au nationalisme. Le XXe siècle, l'âge de la démocratie, est classé parmi les périodes les plus meurtrières de l'histoire.
• Intégration forcée et non-discrimination : par nature, la démocratie impose des décisions démagogiques qui attirent des populations dépendantes. En supprimant le droit de propriété privée et le droit d'exclusion qui s'y rattache, elle affaiblit les autochtones et favorise l'immigration forcée. La démocratie tend à mener une politique d'immigration nettement égalitaire et non discriminatoire. Les dirigeants démocratiques pourraient même préférer les fainéants et les improductifs comme résidents, car ils créent des "problèmes sociaux" dont les dirigeants tirent profit, et soutiennent leurs politiques égalitaires. Les lois anti-discrimination ("droits civiques") sont vues comme imposant l'intégration forcée, limitant la liberté d'association et d'exclusion des propriétaires privés.

Les erreurs du libéralisme classique sont également soulignées par Hoppe. Selon lui, l'erreur fondamentale du libéralisme réside dans sa théorie de l'État. En acceptant l'État comme juste et en cherchant à le concilier avec l'idée de droits de l'homme universels par le biais de la démocratie, le libéralisme a conduit à l'égalitarisme et à la destruction de ce qu'il visait à protéger: la liberté et la propriété. Ludwig von Mises lui-même, bien que clairvoyant sur les effets destructeurs des politiques étatiques modernes, n'a jamais systématiquement lié ces phénomènes à la démocratie moderne coercitive. Sa définition de la démocratie impliquait un droit illimité à la sécession, ce qui est fondamentalement différent de la démocratie moderne à appartenance obligatoire.

Face à ces constats, Hoppe propose des solutions radicales. Il est crucial de délégitimer l'idée et l'institution de la démocratie dans l'opinion publique. L'État, qu'il soit monarchique ou démocratique, n'est pas la source de la civilisation et de la paix sociale, cette source c'est la propriété privée, la reconnaissance des droits de propriété, le contractualisme et la responsabilité individuelle. L'idée de la primauté de la majorité doit être décrédibilisée, en soulignant qu'elle permet à des majorités de "piller" des minorités, ce qui est une "outrage moral".

Un retour à l'Ancien Régime monarchique est jugé impossible, la légitimité monarchique étant irrémédiablement perdue. La stratégie doit être une révolution ascendante, partant d'un changement d'opinion. Plutôt que de rechercher des réformes étatiques, il faut promouvoir la décentralisation et la sécession. Les États territorialement plus petits et la concurrence politique accrue encouragent la modération dans l'exploitation.

L'objectif ultime est une société "anarchique" de droit privé, un ordre naturel où chaque ressource est de possession privée, où chaque entreprise est financée volontairement, et où l'accès à toutes les lignes de production, y compris la sécurité, est libre et compétitif. Dans cet ordre, des agences d'assurance privées et librement financées serviraient de fournisseurs compétitifs de l'ordre public, minimisant l'agression et favorisant la civilisation et la paix perpétuelle.

Hoppe souligne le rôle crucial des élites naturelles dans ce processus. Dans de petites régions et communautés, des individus, reconnus pour leur indépendance économique, leurs réalisations professionnelles exceptionnelles, leur vie moralement impeccable et leur jugement supérieur, peuvent se hisser au rang d'autorités naturelles volontairement reconnues. Ces élites doivent promouvoir un libertarianisme radical et intransigeant, embrassant la discrimination (le droit d'exclusion inhérent à la propriété privée) pour empêcher la dégénérescence sociale. Il ne doit y avoir aucune tolérance envers les démocrates ou les communistes au sein d'un ordre social libertarien, car leurs idées sont contraires à la propriété privée et doivent être "physiquement séparés et expulsés de la société".

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vendredi 12 septembre 2025

Le chrétien comme soldat du Christ.



L'Archevêque Averky (Taushev) (1906–1976) était le quatrième abbé du monastère de la Sainte Trinité à Jordanville, New York. Né en Russie impériale, il a dû quitter le pays après la Révolution russe. Il a vécu en Bulgarie où il est devenu moine et prêtre, puis a enseigné et exercé son ministère en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie et en Allemagne avant d'être affecté au séminaire de la Sainte Trinité en 1951, dont il est devenu le recteur en 1952. Il a été consacré évêque et, après la mort de l'Archevêque Vitaly (Maximenko) en 1960, est devenu abbé du monastère de la Sainte Trinité. Il était un défenseur inébranlable de l'Orthodoxie traditionnelle et est considéré comme l'une des figures marquantes de l'Église orthodoxe russe hors de Russie, ayant écrit de nombreux commentaires scripturaires et d'autres œuvres lues en Russie et dans la diaspora.

Le livre aborde des thèmes fondamentaux de la vie spirituelle chrétienne, tels que l'ascétisme, l'humilité, l'amour évangélique, la conscience, la liberté et la lutte contre les passions.

L'ouvrage commence par démystifier le terme "ascétisme", souvent mal compris dans la société séculière moderne. Pour beaucoup, l'ascétisme est perçu comme quelque chose d'extraordinairement sombre, presque sinistre, une monstruosité fanatique ou une forme d'auto-torture, comme celles pratiquées par les yogis et les fakirs. Une autre conception, bien que plus proche, est jugée superficielle, le réduisant à la seule restriction des besoins naturels sans en comprendre le pourquoi et le dans quel but.

L'Archevêque Averky clarifie que l'ascétisme est indissociable de la vie spirituelle, en étant son instrument principal. Il ne s'agit pas d'une fin en soi, mais d'un moyen absolument nécessaire pour le succès dans la vie spirituelle. L'essence de l'ascétisme réside dans la pratique constante des bonnes œuvres et la suppression des mauvaises habitudes et des aspirations mauvaises enracinées dans l'âme et le corps. Le terme vient du grec askesis, signifiant "exercice", et askitis, signifiant "combattant" ou "lutteur". Ainsi, l'ascétisme est un "entraînement spirituel" ou un "exercice spirituel", comparable à l'entraînement physique. Cette lutte est difficile, accompagnée d'efforts intenses et parfois de souffrances. Le but ultime est d'éradiquer les dispositions mauvaises de l'âme et d'y planter des dispositions bonnes.

Contrairement à la perception commune, l'ascétisme n'est pas réservé aux moines, mais est nécessaire pour tous les chrétiens sans exception. Tous sont appelés à la vie spirituelle et à la communion avec Dieu, et tous ont une nature endommagée par le péché originel. L'ascétisme est une exigence naturelle de l'esprit humain qui aspire à se libérer du pouvoir du mal et à s'élever vers Dieu pour trouver le bonheur, la paix et la joie. C'est le seul chemin véritable vers le bonheur, qui réside dans l'arrangement paisible de l'âme et la paix intérieure obtenue par la victoire sur le mal et l'éradication des mauvaises habitudes.

Le premier chapitre approfondit l'orgueil auto-affirmateur comme cause du péché originel d'Adam et Ève et de la chute de l'homme, les incitant à désobéir à Dieu et à vouloir devenir comme des dieux. Cet esprit d'orgueil a engendré la division, la haine, les guerres (comme le meurtre fratricide de Caïn, la Tour de Babel), le paganisme, et la corruption morale de l'humanité.
Le Christ est venu guérir l'humanité de cette maladie première par l'humilité. Il a enseigné l'humilité non seulement par sa prédication mais aussi par l'exemple de sa vie terrestre, depuis sa naissance dans une grotte pauvre jusqu'à sa mort sur la croix. Le "esprit du Christ" est l'esprit d'humilité, l'antithèse de l'orgueil auto-affirmateur. L'humilité chrétienne n'est pas une faiblesse, mais une force divine en l'homme, car la puissance de Dieu se manifeste dans la faiblesse. L'orgueil, en rejetant la grâce de Dieu, rend l'homme faible.

L'esprit d'orgueil a continué de sévir, provoquant hérésies (arianisme, nestorianisme) et schismes au sein de l'Église (séparation de l'Église romaine, puis Protestantisme). Il a également mené à l'humanisme de la Renaissance, à la sécularisation de la science et de l'art, au culte de la raison, au matérialisme, au socialisme et au communisme, qui déifient l'homme et ses passions. Ces idéologies, en promettant le paradis sur terre, ont conduit l'humanité à une impasse morale désastreuse, à un véritable enfer, et à la menace de destruction. La seule voie de salut est de retourner à l'esprit de douceur et d'humilité du Christ.

Le livre expose la nature tripartite de l'homme : corps, âme et esprit. Le corps et l'âme sont liés à l'existence temporelle, avec l'âme comprenant la pensée, les sentiments et la volonté. Mais l'esprit est un principe supérieur, d'origine divine, qui connaît Dieu, le recherche et ne trouve le repos qu'en Lui. Les manifestations de l'esprit incluent la crainte de Dieu, la conscience et la soif de Dieu.

La société moderne ignore l'esprit, le confondant avec l'âme ou le réduisant à des fonctions cérébrales matérialistes. Elle assimile la "vie spirituelle" à des manifestations émotionnelles ou mondaines (science, art, divertissements). Cette falsification est due à l'esprit dominant de l'orgueil auto-affirmateur, qui rejette la foi en Dieu et la voix de la conscience. Le mode de vie moderne, caractérisé par une agitation nerveuse, la quête incessante de distractions et de plaisirs, paralyse le développement spirituel et endort la conscience, menant à la dépravation morale et à la destruction. Le salut réside dans une vie spirituelle authentique, qui est la recherche de Dieu et l'union avec Sa Sainte Volonté.

L'amour est la seule force créatrice et le fondement de la vie, venant de Dieu Lui-même. Le Christ a apporté le nouveau commandement d'aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même. Cette vraie amour évangélique est impossible sans la foi en la divinité du Christ.

L'esprit moderne a déformé cette notion en la remplaçant par l'"altruisme", la "philanthropie" ou l'éthique situationnelle, une moralité indépendante de la religion. Ces approches affirment qu'on peut être "bon" sans croire en Dieu, considérant la foi comme un élément contraignant pour les primitifs. Le livre critique cette vision, affirmant que la moralité sans Dieu est superficielle, égoïste, motivée par la vanité et instable. L'histoire de la Russie, avec l'effondrement des fondements religieux et moraux, est citée comme preuve que "s'il n'y a pas de Dieu, tout est permis". La vraie motivation chrétienne est l'amour désintéressé pour Dieu, qui se manifeste par l'obéissance à Ses commandements et l'amour pour le prochain.

L'amour évangélique est étranger à notre nature déchue et égoïste. Pour l'acquérir, il faut détruire l'orgueil par l'humilité chrétienne et croire ardemment en Dieu comme Créateur, Bienfaiteur et Sauveur. L'amour véritable pour Dieu doit être purement spirituel, libre de toute émotion charnelle, et se prouve par un effort sincère pour accomplir Ses commandements, lus et étudiés dans l'Évangile. Les obstacles modernes à cette quête sont le rejet de Dieu, l'athéisme et la tentative de discréditer l'Évangile, notamment les miracles, qui sont en réalité des manifestations de lois naturelles inconnues ou de la volonté divine. Sans l'amour évangélique comme fondement, l'humanité court à la ruine catastrophique. L'amour du prochain découle naturellement de l'amour de Dieu et apporte la joie, mais il est étouffé par l'égoïsme.

La conscience est la "voix de Dieu" en l'homme, une étincelle divine qui distingue le bien du mal, agit comme législateur, gardien, juge et exécuteur. L'époque actuelle se caractérise par une absence choquante de conscience dans la vie personnelle, familiale, sociale et politique, et une insensibilité dure face au mal. La conscience est étouffée et engourdie par le péché volontaire et l'orgueil auto-affirmateur qui proclame l'homme comme dieu.

Ignorer la conscience mène à la brutalité et à des tourments infernaux. Le chemin du salut est de "garder sa conscience", c'est-à-dire de veiller attentivement à ne pas la violer, même dans les plus petites choses, et de la réconcilier avec la repentance.

La liberté est le plus haut don de Dieu à l'homme, lui permettant de choisir entre le bien et le mal, et d'aimer Dieu librement. L'homme a abusé de cette liberté par orgueil et est tombé dans l'esclavage du péché et du diable. Le Christ est venu pour restaurer cette liberté originelle, délivrant l'homme de l'esclavage du péché par sa souffrance et sa résurrection, et par la grâce du Saint-Esprit.

La vraie liberté est la liberté du péché, la capacité de vivre selon la volonté de Dieu sans entrave, apportant paix intérieure et joie. La conception moderne de la liberté, au contraire, est le droit de faire tout ce que l'on désire, sans contraintes, une licence pour la dissipation et les instincts animaux. Cette fausse liberté a engendré des conflits, la haine, le meurtre, les guerres, l'esclavage réel au péché, la dissipation morale et l'oppression des faibles par les forts. La promesse de liberté s'est transformée en une agonisante servitude du péché.

L'exhortation clé est "Garde ton attention sur toi-même !". Le cœur est la source des pensées et des actions, et il doit être protégé des impressions externes nuisibles qui le souillent. La pureté de cœur des enfants est le chemin vers la paix, la joie et le bonheur.

Il est essentiel de "fermer les fenêtres de l'âme" – les organes sensoriels – aux impressions nuisibles qui troublent la paix intérieure. La vie distraite, caractéristique de l'homme moderne, est l'ennemi de cette vigilance. Elle est alimentée par l'orgueil, la quête effrénée des plaisirs terrestres et des conforts, transformant l'homme en un engrenage de la culture matérialiste. Les distractions mènent à une compréhension superficielle des choses, à l'inconsistance, au manque d'amour pour le prochain, au désespoir et même au suicide. La lutte contre la distraction implique de rejeter l'oisiveté, les bavardages futiles et la rêverie, et de s'engager dans des activités utiles et sensées avec diligence.

L'auteur critique l'interprétation de Léon Tolstoï de la phrase "ne résistez pas au mal" comme une non-résistance totale, ce qui mènerait à l'anarchie. Pour un chrétien, la lutte contre le mal est une tâche fondamentale, et il ne peut rester indifférent à son triomphe.

La résistance au mal doit être d'abord intérieure, dans sa propre âme, et toujours basée sur des principes, dépourvue de vengeance personnelle. Le pardon des offenses personnelles est la clé pour détruire le mal et établir un royaume de bien et d'amour mutuel. Cependant, toute paix n'est pas agréable à Dieu. Le chrétien ne peut être en paix avec le Satan, les athées, les persécuteurs de la foi ou les criminels. Le Christ lui-même a chassé les vendeurs du Temple, montrant que des mesures décisives sont nécessaires pour supprimer le mal lorsque la persuasion échoue. L'amour chrétien doit, comme l'amour de Dieu, punir et supprimer le mal lorsque celui-ci dépasse la sphère personnelle et nuit à la vérité divine ou aux autres.

Chaque chrétien est un "soldat du Christ" engagé dans une lutte incessante et inconditionnelle contre le mal. Cette bataille doit d'abord se dérouler dans l'âme de l'individu, et non par le jugement et l'attaque des autres, ce qui est une erreur moderne.

Les anciens ascètes ont appelé cette lutte "guerre invisible", un combat intérieur continu pour atteindre la perfection chrétienne, c'est-à-dire la sainteté et la liberté de l'âme du péché. L'essence de cette guerre est la lutte contre l'orgueil auto-affirmateur et toutes ses passions et vices. Pour être victorieux, il faut ne jamais compter sur soi-même, avoir une confiance résolue en Dieu, travailler sans cesse et toujours prier. L'orgueil et la confiance en ses propres forces sont des obstacles majeurs à la grâce divine. La reconnaissance de sa propre faiblesse et insignifiance est essentielle et est souvent enseignée par Dieu à travers les chutes et les épreuves.

La lutte chrétienne, ou ascétisme, est l'effort personnel pour éradiquer le mal et implanter le bien. Dieu aide ceux qui font preuve de sincérité et d'efforts personnels, la grâce étant proportionnelle à l'intensité de la bonne volonté. Contrairement aux doctrines protestantes (salut par la foi seule) et catholiques (mérites par les efforts), l'effort personnel est une preuve de la sincérité de la volonté de vaincre le mal. La maîtrise de soi constante affaiblit les mauvaises habitudes. Le bonheur réside dans la paix de l'âme, fruit de la victoire sur le mal par l'ascétisme.

Les passions sont des dispositions mauvaises du cœur que tout chrétien doit combattre et éradiquer. Après leur éradication, il est impératif de planter les vertus opposées pour éviter un retour plus intense du mal. La racine de toutes les passions est l'égoïsme ou l'amour-propre, d'où découlent les trois passions principales (amour du plaisir, avidité, amour de la gloire) et huit passions principales (gourmandise, fornication, avarice, colère, tristesse, désespoir, vaine gloire, orgueil).

Les Saints Pères ont développé une science de la lutte contre les passions, l'ascétisme, en identifiant cinq étapes du péché : la suggestion (pensée initiale), l'acceptation (engagement avec la pensée), le consentement (acceptation volontaire), la captivité (l'âme est emportée) et la passion (habitude enracinée, seconde nature). Il faut résister aux passions pour les affaiblir et les détrôner, même par la crucifixion de la chair, en s'appuyant sur la grâce du Saint-Esprit. Les vertus opposées aux passions doivent être cultivées. Le but ultime est la perfection, la ressemblance à Dieu, la sainteté, une aspiration infinie pour l'homme.

L'ascétisme pastoral est une branche essentielle de la théologie pastorale, concernant la vie personnelle du prêtre. Il est impératif pour les prêtres, plus encore que pour les laïcs ou les moines, de combattre les passions et de cultiver les vertus en raison de la grandeur de leur vocation et de la nécessité d'être un exemple pour le troupeau. Le prêtre est appelé à être "hors du monde", à une pureté de cœur et une vigilance constante pour se préparer aux Saints Mystères. L'exemple personnel du pasteur est crucial pour le succès de son ministère ; un mauvais exemple peut conduire à la ruine spirituelle de la paroisse. Il est une erreur de croire que seuls les moines ou le clergé monastique doivent pratiquer l'ascétisme ; tout pasteur, marié ou non, doit pratiquer la lutte ascétique. L'ascétisme pastoral consiste à rejeter les choses mondaines et à combattre les passions pour être une "lumière du monde".


jeudi 11 septembre 2025

C.S. Lewis pour le Troisième Millénaire.




Selon Kreeft, les deux livres les plus prophétiques du XXe siècle pour appréhender le troisième millénaire sont Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley et L'Abolition de l'homme de C. S. Lewis (dont nous avons parlé sur ce blog). Lewis, étant chrétien, offre un avantage crucial sur Huxley en proposant l'espoir, un appel au choix moral et une alternative positive, même si sa dénonciation est tout aussi horrifiante que le scénario de catastrophe d'Huxley.

Pour Lewis, une philosophie de l'histoire, qui prétendrait prédire l'avenir ou en saisir le « sens », est à aborder avec scepticisme. Il déclare ne rien savoir de l'avenir, pas même s'il y en aura un, et ne sait pas si la tragi-comédie humaine en est à l'Acte I ou à l'Acte V. Cependant, même la petite lumière que les prophètes peuvent offrir est d'une grande importance pour nous, car notre civilisation est comme une voiture accélérant dans le brouillard, sur des rochers et entre des abîmes.

Plusieurs principes de Lewis sont essentiels pour comprendre la trajectoire vers le troisième millénaire.

Le premier principe est le scepticisme envers la philosophie de l'histoire elle-même, qui tente de trouver un « esprit » ou un « sens » unique à une période.

Le deuxième principe est l'anti-historicisme, niant tout changement essentiel dans la nature humaine ; les erreurs, les péchés et les addictions de l'homme moderne sont les mêmes que ceux de ses ancêtres. Les seuls changements essentiels dans la condition humaine furent la Chute et la Rédemption. Lewis nous invite à nous tourner de la « pertinence contemporaine » vers la « pertinence éternelle », car l'humanité n'abandonne jamais rien de ce qu'elle a été.

Le troisième principe est une critique décisive du progressisme ou de l'évolutionnisme universel. Lewis refuse d'idéaliser le XXe siècle, qu'il aurait pu voir comme le siècle où Dieu a laissé le diable faire son pire travail. Il attaque le culte du changement pour le changement, dévalorisant la permanence. Lewis estime que le progrès moral est impossible sans une norme inchangée, un point de référence fixe. La vision chrétienne offre une perspective plus radicalement progressive, appelant les hommes à devenir des Christs, partageant la vie divine.

Le quatrième principe est le rejet du « snobisme chronologique », défini comme « l'acceptation sans critique du climat intellectuel commun à notre époque et l'hypothèse que tout ce qui est démodé est de ce fait daté ». Ce snobisme est autodestructeur, car « plus le look est ‘à la mode’, plus vite il sera daté ». Lewis rappelle que l'ignorance du passé nous asservit et nous condamne à le répéter.

Le cinquième principe est le dogme du péché originel, que Malcolm Muggeridge a appelé le plus impopulaire des dogmes chrétiens mais le seul empiriquement prouvable par la lecture des journaux quotidiens. Ce dogme distingue les conservateurs des progressistes, les premiers croyant au mal et aux normes morales absolues, les seconds niant la réalité du péché. Un chrétien n'est pas choqué par la méchanceté humaine, car il s'attend à ce que le monde finisse dans la destruction.

En décrivant l'histoire, Lewis identifie quatre étapes principales menant à notre présent et futur : le monde pré-moderne (chrétienté médiévale), la Renaissance (la Grande Fracture), le monde moderne et l'avenir. La transition du chrétien au post-chrétien est plus radicale que celle du païen au chrétien, car l'écart est plus grand entre ceux qui adorent et ceux qui n'adorent pas. La technologie a remplacé la religion au centre de notre conscience, et le nouveau summum bonum est le pouvoir, dont le moyen est la technique. Deux corollaires majeurs de cette évolution sont le naturalisme (ignorer, puis nier, puis ignorer et nier Dieu) et le « poison du subjectivisme », la croyance que les valeurs morales sont fabriquées par l'homme.

Le XXe siècle, souvent appelé le « siècle de génocide », est caractérisé par la destruction, l'anxiété, le suicide et la psychose. Lewis, à travers Ransom, décrit un monde où les hommes sont « rendus fous par de fausses promesses et aigris par de vraies misères, adorant les œuvres de fer de leurs propres mains, coupés de la Terre leur mère et du Père céleste ». La civilisation moderne s'achemine vers le réductionnisme, où de plus en plus de choses sont situées dans notre conscience, et de moins en moins dans la réalité objective. L'homme, avec ses nouveaux pouvoirs, devient riche comme Midas, mais tout ce qu'il touche devient mort et froid.

Trois principes psychologiques éclairent la conclusion prophétique :

1. Le principe des « choses premières et secondes » : si l'homme bouleverse la hiérarchie des valeurs, il perd les deux valeurs. Si la survie est le summum bonum, la civilisation ne survivra pas.
2. Le démon du collectivisme, de la psychologie de masse, du conformisme confortable, mène au désir de mort.
3. Le Sehnsucht, la « joie », le « désir inconsolable », le « cœur sans repos » d'Augustin. Privé de joie spirituelle, l'homme se tourne vers les plaisirs charnels, y compris la violence, pour s'assurer de sa propre réalité, car « aucun fantôme ne peut assassiner et aucun fantôme ne peut violer ». Le rejet de Dieu conduit à l'adoration d'idoles comme Moloch, avec des conséquences comme l'avortement.

La vision pour l'avenir est sombre si les tendances actuelles persistent. L'homme ne progresse pas en sagesse et en vertu ; il est un « homme apostat ». La négation du péché originel rend la situation encore plus dangereuse, car le patient nie sa maladie et refuse le seul Médecin capable de le sauver. Si la civilisation moderne continue de remplacer les « Choses Premières » par les « Choses Secondes », elle donnera des explosifs à des tout-petits.

Malgré ce pronostic, Lewis offre des conseils et de l'espoir :

1. Les chrétiens doivent se rappeler qu'ils sont des « étrangers et des pèlerins » dans ce monde, leur vraie patrie est le Ciel, et l'Église est un avant-poste indestructible.
2. La plus grande puissance est celle du corps du Christ, et la plus grande gloire est de sauver notre âme plutôt que notre civilisation.
3. Lewis n'est pas un déterministe apocalyptique ; la grâce divine, le pardon et l'espoir du salut sont toujours offerts à notre choix libre, tant pour les civilisations que pour les individus.
4. Il faut « travailler pour la paix et la survie qui ne viennent que par la sagesse ». Le message le plus important pour sauver le monde de l'holocauste et de l'enfer est d'aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même. Chaque individu peut faire une différence.

La modernité, vue du point de vue chrétien, est une potence où les « choses permanentes » sont lynchées sans procès. C'est une éclipse de Dieu, où le soleil (Dieu) est toujours là mais n'est plus vu. L'orgueil humain a arrangé cette éclipse au « midi » de l'ingéniosité humaine. La « conquête de la Nature par l'homme » a abouti à la conquête de la nature humaine en la libérant des contraintes de la loi morale naturelle. Le problème n'est pas seulement que nous nous comportons comme des bêtes, mais que nous croyons comme des bêtes, et la nouvelle philosophie a aboli la culpabilité.

Le livre utilise une analyse en quatre étapes (observation, diagnostic, pronostic, prescription) pour la « maladie » de la civilisation occidentale. Le diagnostic est une « éclipse des 'choses permanentes' ». Les « choses permanentes » incluent les vérités permanentes (logiques, métaphysiques, mathématiques) et les lois morales permanentes. Une troisième catégorie de « choses permanentes » sont les réalités non physiques mais concrètes, comme la Justice, l'Égalité, l'Âme ou les notes de musique. Lewis souligne l'insistance de la modernité à réduire ces vérités et valeurs à de simples conventions, des préjugés mentaux ou des systèmes de symboles.

L'un des apports majeurs de Lewis est de montrer la radicalité distinctive de notre culture par rapport à toutes les précédentes. Nous sommes la première civilisation à ne pas savoir pourquoi nous existons, ayant abandonné le fondement religieux et moral. Sans Dieu, la moralité est impossible. La stratégie moderniste est le détrônement de la religion. « La conquête de la Nature par l'homme » devient la conquête de l'homme par la Nature. Certains hommes (les « Conditionneurs ») exercent un pouvoir sur d'autres hommes (les « conditionnés ») en utilisant la nature comme instrument. Cela conduit à l'« abolition de l'homme », car l'homme nouveau est un artefact.

Kreeft liste au moins trente-trois « valeurs perdues » dans notre civilisation, une pour chaque année de la vie du Christ, incluant le silence, la solitude, le détachement, la chasteté, le respect de l'autorité, la loyauté, etc.. Bien qu'il y ait eu un certain progrès spirituel en termes de gentillesse versus cruauté, le progrès matériel spectaculaire n'a pas rendu les hommes plus heureux, plus sages ou plus saints. Le progrès ne peut exister que dans la dimension spirituelle (kairos), et non purement matérielle (kronos). Le « progrès » de la modernité est en réalité l'ennemi du vrai progrès.

Le monde moderne, en se limitant à la méthode scientifique, adopte un état d'esprit rempli de faits mais vide de signification. La déconstruction, qui nie même que les mots aient une signification au-delà d'eux-mêmes, représente la fin d'une histoire humaine qui a commencé avec « Au commencement était le Verbe ».

Le diagnostic de Kreeft est « étonnamment optimiste ». Sept raisons soutiennent cette vision :

1. L'ignorance : personne ne connaît l'avenir sauf Dieu.
2. Le libre arbitre : la repentance est toujours possible.
3. Le principe du « fil du rasoir » : l'humanité a toujours survécu de justesse.
4. Le principe du rebond : les mauvaises choses meurent, les éclipses prennent fin.
5. L'Église est désormais la contre-culture, prospérant sous la persécution.
6. L'Église gagnera, le Christ gagnera.
7. La grâce de Dieu est la force la plus forte de l'histoire.

Cependant, le pronostic à court terme pour la civilisation occidentale pourrait être différent, car elle pourrait être « si pourrie que la seule chose à faire pour Dieu est de la jeter ». La survie de cette civilisation est une trivialité comparée à l'Église et à la grâce de Dieu. La prescription pour l'avenir est de « être contre-culturel », « être prêt au combat », « être prêt pour la fin » et « utiliser l'amour comme la plus grande des armes ».

La loi naturelle peut-elle jamais être abolie du cœur de l'homme ? Saint Thomas d'Aquin affirme que non. Kreeft y voit une question « apocalyptique », se demandant si un « Meilleur des mondes » est au bout de notre glissade sociale. La révolution des valeurs, passant des lois morales objectives aux « valeurs » subjectives, gagne l'intelligentsia occidentale à un rythme croissant. La déchristianisation se produit plus rapidement que la christianisation autrefois.

Le « Nouvel Homme » qui semble émerger n'est pas immoral mais amoral, un « tueur de conscience ». Le « Meilleur des mondes » d'Huxley est attrayant pour ses habitants fictionnels et réels car il semble être un monde d'amour, de sexe libre, de drogues et de divertissements sans fin, mais sans douleur, passion, drame ou art. La prédiction d'Huxley se réalise plus rapidement que prévu. Le totalitarisme doux d'un Meilleur des mondes, libre, populaire et scientifique, se profile. Lewis, à travers L'Abolition de l'homme, a prédit les conséquences apocalyptiques du subjectivisme, où les « Conditionneurs » créent les consciences, se plaçant eux-mêmes en dehors de la moralité.

La possibilité de créer des hommes incapables d'appréhender les valeurs objectives est le cœur de l'argument. L'éducation et la propagande basées sur une psychologie appliquée parfaite permettraient de contrôler totalement la nature humaine, aboutissant à l'« abolition de l'homme ».

L'alternative au réductionnisme moderne est une « cosmologie joyeuse », décrite par Lewis dans Perelandra. Cette vision « remythologise » l'univers, le libérant d'un univers vide et dénué de sens. La « Grande Danse » est la culmination de cette cosmologie, symbolisant le sens de la création dans une chorégraphie cosmique. Elle montre que tout est au centre et que tout a été créé pour le plaisir, pour la joie, reflétant la nature même de Dieu. La joie du Christ, même face à la souffrance de la Croix, est le secret qui nous libère dans cette « danse ».

La Légende du Grand Inquisiteur.



La Nouvelle conscience religieuse est un thème central et prophétique qui émerge avec force à travers les commentaires de l'œuvre magistrale de Dostoïevski, "La Légende du Grand Inquisiteur".

Ce recueil, qui rassemble les réflexions de six penseurs russes éminents, offre une compréhension métaphysique capitale de l'écrivain et révèle la richesse de la philosophie et de la théologie orthodoxes russes.

La Légende est considérée par Nicolas Berdiaev comme le sommet de l'œuvre créatrice de Dostoïevski et le couronnement de la dialectique de ses idées. Elle met en lumière un dilemme aigu, fondamental pour la condition humaine : celui entre le salut individuel et la masse, entre la liberté et la contrainte. Plus qu'une forme littéraire, c'est une méditation sur l'utopie et l'anti-utopie, sur le problème du mal dans l'histoire, et elle élucide des visions devenues essentielles au XXe siècle, notamment la relation entre l'unicité de l'individu, la masse et le pouvoir.

À travers "La Légende du Grand Inquisiteur", Dostoïevski critique initialement le catholicisme pour ses aspects antichrétiens et les mensonges de son anthropologie. Cependant, le thème de la Légende est bien plus vaste et universel, offrant une véritable philosophie de l'histoire et des prophéties profondes sur le destin des hommes. C'est de cette œuvre que découle une philosophie religieuse de la vie sociale, d'où de nouvelles vérités religieuses voient le jour, et où une nouvelle conscience religieuse est sur le point de naître. Il ne s'agit pas d'une simple querelle entre l'orthodoxie et le catholicisme, mais d'une opposition infiniment plus profonde entre deux principes de l'histoire mondiale, deux forces métaphysiques.

La nouvelle conscience religieuse se pose comme une réponse aux tentations du Grand Inquisiteur. Elle cherche à résoudre le problème du pain terrestre sans rejeter le pain céleste, celui de l'obéissance à Dieu sans se laisser tenter par l'autorité et les miracles matériels, et le problème de l'union des hommes et de l'harmonie sociale sans accepter le glaive du César ni les royaumes de ce monde, tout en gardant la liberté individuelle.

Au cœur de cette nouvelle conscience se trouve la conviction que la liberté est plus précieuse que le bonheur, que l'amour de Dieu est plus important que celui des hommes (ce dernier n'étant possible que grâce au premier). Le pain céleste est jugé plus vital que le pain terrestre, la liberté de la conscience supérieure à l'autorité, et le sens de l'existence prime sur l'existence elle-même.

Elle affirme la dignité absolue de l'homme et sa croyance au sens du monde et à l'éternité, refusant de soutenir ce monde par le mensonge et l'illusion. La vérité et la liberté sont les seules voies à même de conduire l'humanité vers une vie éternelle, entière et sensée, capable de sauver le monde. La liberté éternelle et la dignité absolue de l'homme, ainsi que ses liens avec l'intemporel, sont infiniment plus précieux que toute organisation sociale, toute quiétude, tout bien-être ou bonheur indigne.

Cette conscience rejette le Grand Inquisiteur, qui méprise l'homme et nie sa nature supérieure, sa capacité à s'élever vers l'éternité. Elle s'oppose à la volonté de priver l'homme de sa liberté pour le forcer à un bonheur lamentable et humiliant. Pour la nouvelle conscience, aimer l'homme ne signifie pas le prendre sous tutelle, le dominer ou le protéger. L'amour-charité est une union avec son prochain, vu comme un égal en dignité et vocation, un désir transcendant de rejoindre une nature proche et vénérée. L'esprit opposé au Grand Inquisiteur se reconnaît à la liberté, à l'amour et à l'union des hommes en Dieu dans une charité libre.

L'esprit du Grand Inquisiteur est universel et a traversé l'histoire sous diverses apparences. Il s'est manifesté dans le catholicisme et l'Église ancienne, dans l'autocratie russe et tout État absolutiste. On le retrouve dans le positivisme, le socialisme, et dans toute tentative de construire une "tour de Babel". Partout où l'homme est pris sous tutelle, où le souci apparent de son bonheur et de son bien-être s'accompagne du mépris de son origine et de sa destination supérieures, cet esprit est vivant. Il est présent là où le bonheur est préféré à la liberté, le temporel à l'éternel, et où l'amour des hommes s'oppose à celui de Dieu. Il sévit partout où l'on affirme que l'homme n'a pas besoin de vérité pour être heureux, et qu'il peut vivre sans connaître le sens de la vie.

Le Grand Inquisiteur symbolise le principe mauvais, le mal métaphysique dans le monde et dans l'histoire. Il est apparu dans l'Église ancienne qui niait la liberté de conscience et brûlait les hérétiques, plaçant l'autorité au-dessus de la liberté. On le retrouve dans le positivisme, qui idolâtre l'homme et sacrifie la liberté suprême au bien-être, et dans toutes les formes d'absolutisme où l'État est idolâtré et la liberté bannie. Le socialisme, qui nie l'éternité et la liberté au nom d'un ordre terrestre et de la satiété du "troupeau humain", est également sous son influence.

L'esprit de l'Inquisiteur est une constante dans l'histoire, s'opposant à toute parole de liberté apportée par le Christ, qui rappelle la destination éternelle de l'homme. Il cherche à "corriger" l'œuvre du Christ en le repoussant et en imposant son autorité. Il se dissimule sous l'édifice humain, s'élevant contre la liberté du Christ et ses valeurs éternelles. Les hommes, séduits, désirent une terre sans ciel, une humanité sans Dieu, une vie sans sens, une temporalité sans éternité, et rejettent ceux qui leur parlent de la destination ultime de l'homme. Pour les "constructeurs du bien-être terrestre", les paroles libres et vraies sont gênantes; seules les paroles utiles comptent.

Cet esprit ne recule devant aucune ruse, se manifestant aussi bien dans le conservatisme que dans les tendances révolutionnaires qui promettent une nouvelle organisation sociale pour le bien de tous. Le Grand Inquisiteur méprise l'homme et ne voit qu'un troupeau dont il exploite les faiblesses dans un but diabolique. Il offre la quiétude, reprochant au Christ d'avoir amplifié la liberté et chargé l'âme des hommes d'un tourment éternel.

Les sources soulignent que l'humanité succombe aux trois tentations du diable, que le Christ a refusées dans le désert, et qui sont au cœur de l'esprit du Grand Inquisiteur. Ces trois questions résument "tout l'avenir du monde et de l'humanité" et les "contradictions insolubles de la nature humaine" :
1. La première tentation : la transformation des pierres en pains (le pain terrestre).
◦ L'Inquisiteur reproche au Christ d'être allé vers les hommes "les mains vides", avec la seule promesse d'une liberté qu'ils craignent et sont incapables de comprendre.
◦ Le Christ a refusé de transformer les pierres en pains pour acheter l'obéissance, affirmant que "l'homme ne vit pas de pain seulement".
◦ L'Inquisiteur, au contraire, promet de les nourrir, de prendre sur lui le fardeau de leur liberté, afin qu'ils le vénèrent comme un dieu. Il prédit qu'ils jetteront leur liberté à ses pieds en disant : "Asservissez-nous, mais nourrissez-nous", car ils ne parviendront jamais à partager le pain équitablement et sont des "faibles, méchants et rebelles".
◦ Le socialisme positiviste est identifié comme une version de cette tentation, en tant que religion remplaçant le pain céleste par le pain terrestre et déifiant l'homme limité.
◦ L'Inquisiteur, en démagogue, se fait passer pour un ami des faibles, accusant le Christ d'aristocratisme. Il méprise tellement les hommes qu'il ne croit qu'un petit nombre capable de suivre la voie du sens suprême. Il enjoint de partager la pauvreté plutôt que la richesse spirituelle, prônant la médiocrité égale pour tous. Cette voie mène à la soumission à ceux qui nourrissent et apaisent la conscience, culminant dans la construction d'une nouvelle tour de Babel.
◦ Le "nous" des inquisiteurs qui prennent le fardeau de la liberté se transformera en un "je", un seul homme déifié, un tsar, qui aura rendu des millions d'enfants heureux après les avoir privés de leur liberté. C'est une tentative d'organiser la terre "hors Dieu et contre Dieu", d'affirmer l'amour de l'homme contre celui de Dieu, et de rendre les hommes heureux en leur ôtant la liberté. Le positivisme et le socialisme marxiste suivent cette voie, hostiles à la liberté de conscience et visant un "bien-être forcé".
2. La deuxième tentation : le miracle, le mystère et l'autorité.
◦ Ces trois forces sont, selon l'Inquisiteur, les seules capables de subjuguer la conscience humaine. Le Christ les a rejetées, voulant que les hommes viennent à Lui par la foi libre et non par des transports serviles dictés par la puissance ou le merveilleux.
◦ Le Fils de Dieu est venu sous l'apparence du Crucifié, non comme roi, pour que l'homme puisse connaître et aimer librement son Dieu. La foi, avec la conscience libre, est ce qui importe.
◦ L'Inquisiteur, comme le tentateur du désert, promet des miracles purement extérieurs pour assujettir l'homme et le contraindre au bonheur, le privant de sa dignité d'enfant de Dieu. Son mystère est aveuglement et ignorance, sa construction fondée sur la tromperie et la violence.
◦ De nouveau, l'Inquisiteur se présente comme un démocrate défenseur des faibles, accusant le Christ de n'aimer que quelques élus. Il prêche une foi basée sur le miracle, un amour basé sur l'autorité, une quiétude basée sur le mystère. Cette approche se retrouve dans l'État (domination par la violence), dans une partie de l'Église (qui accepte le mystère inquisiteur), et dans la religion positiviste (qui en a fini avec Dieu et la liberté).
◦ L'agnosticisme actuel préserve aussi le mystère, hypnotisant et contraignant les hommes en leur cachant le sens de la vie. Nier la liberté mystique au nom du positivisme, c'est succomber à cette tentation. La foi en l'homme, sa dignité et un sens mystique de la liberté est déjà une foi en Dieu, source de ces qualités.
3. La troisième tentation : les royaumes de ce monde (l'impérialisme, le pouvoir).
◦ L'Inquisiteur révèle son secret : il est avec le diable, ayant accepté de lui ce que le Christ a refusé, "Rome et le glaive de César", pour devenir les "seuls rois de ce monde".
◦ Le catholicisme (avec le papisme) et l'orthodoxie (avec le césarisme) ont succombé à cette tentation impérialiste. L'État romain, absolutiste et idolâtrant César, en fut l'incarnation la plus terrible. Après la fin des persécutions, l'Église s'est adaptée à l'État païen, sanctifiant l'absolutisme et se laissant pénétrer par son esprit de violence.
◦ Byzance et la Russie (Troisième Rome) ont incarné cette idée de despotisme avec un César déifié. Aujourd'hui, les principes de l'État romain ont migré vers le socialisme contemporain, qui cherche aussi à organiser le royaume terrestre, mais place le glaive de César dans la main du peuple, déifiant le prolétariat.
◦ Cette tentation est la voie du pouvoir, qu'il soit d'un seul, de plusieurs ou de tous, où l'État est déifié comme "union et organisation finale sur cette terre". L'humanité n'écoute pas le Christ, mais le tentateur du désert, cherchant quelqu'un devant qui s'incliner, à qui confier sa conscience, et un moyen d'unir tous les hommes en une "immense fourmilière incontestable et paisible". Le Christ, en refusant un État terrestre coupé du Ciel, prêchait le royaume des Cieux et une lutte universelle pour la libération et le salut final du monde.
◦ "La Légende" est qualifiée d'"œuvre la plus anarchiste et la plus révolutionnaire" jamais créée, pour son verdict sévère contre l'absolutisme et l'impérialisme, et sa louange à la liberté de l'esprit du Christ. C'est un anarchisme théocratique, une révolution créatrice de l'esprit, qui refuse tout pouvoir humain et toute déification de la volonté humaine au nom d'un pouvoir divin.

Le Grand Inquisiteur se hisse (ou descend) aux tréfonds d'une pensée satanique. Il promet un bonheur humble et paisible pour des êtres faibles, en leur apprenant à ne pas s'enorgueillir. Il les obligera à travailler, mais organisera leurs loisirs comme un jeu d'enfant, "avec des chansons, des chœurs et même des danses innocentes". Il leur permettra même de pécher avec son consentement, en assumant lui-même le châtiment. Ces paroles sont une "terrible prophétie de l'esprit du mal".

Le "nous" qui prendra sur lui la rétribution des péchés n'est plus humain, mais "lui", l'esprit du Grand Inquisiteur, le diable incarné à la fin de l'histoire. Les dirigeants, ces "cent mille infortunés", sont les dépositaires du secret, qui auront pris sur eux la damnation de la connaissance du bien et du mal, mais ne trouveront que le "néant dans l'au-delà". Pour le bonheur des "centaines de millions d'enfants heureux", ils feront miroiter une récompense céleste, tout en sachant qu'elle n'est pas pour eux. Le Grand Inquisiteur dévoile ainsi son mystère : le néant définitif, la négation de l'éternité, du sens de l'univers, de Dieu.
Les hommes, séduits par cette promesse de bonheur enfantin, deviendront des esclaves, des êtres pitoyables, qui sentiront le besoin de se soumettre définitivement, menant à une "belle tyrannie". Le Grand Inquisiteur justifie son action par le renoncement au ciel au nom du "bonheur de millions d'hommes", des humbles, de tous.

L'époque contemporaine connaît une "mode du démoniaque", qui, dans sa forme sérieuse, peut révéler une crise profonde de l'âme humaine. Le démonisme de Nietzsche est un phénomène "immense, véritablement nouveau, extrêmement important pour notre conscience religieuse". Son combat contre Dieu n'est pas le fruit d'une force obscure du mal, mais d'un "obscurcissement temporaire de la conscience religieuse" dû à des changements créatifs. Les révoltés comme Ivan Karamazov, qui cherchent et déblayent la voie, peuvent être habités par l'Esprit de Dieu invisiblement, et leurs erreurs leur seront pardonnées s'ils n'ont pas commis de crime contre l'Esprit.

En revanche, le Grand Inquisiteur commet le "crime contre l'Esprit" par une haine finale de Dieu. D'autres, les serviteurs officiels du culte, les pharisiens et scribes contemporains, les "petits inquisiteurs", commettent ce crime en se détournant du Christ dans leur cœur. Karl Marx, lui, était plus attaché au principe du mal, à l'idée d'un monde sans Dieu et opposé à Dieu que Nietzsche ou Ivan Karamazov. Marx croyait que le bien naîtrait du mal et voulait organiser l'humanité sur la terre par la voie du mal, la rendant heureuse en la privant de liberté. Son athéisme était une "joie mauvaise" de s'être débarrassé de Dieu pour enfin "songer au bonheur de l'humanité". Son mépris de l'individu, qu'il réduit à un moyen pour le prolétariat, le place dans l'esprit du Grand Inquisiteur.

Le démonisme se manifeste sous deux formes, apparemment opposées mais finalement convergentes : la déification de l'individu ou le mépris de celui-ci. Ces deux formes reposent sur l'impersonnel et la négation de la valeur absolue de l'individu. Le vrai démonisme négateur de Dieu est fondé sur l'esclavage, la révolte d'un esclave qui ignore la noblesse de l'esprit et hait l'infiniment grand. Il ne conçoit d'autre rapport à Dieu que la soumission ou la révolte, étant incapable d'amour libre. La personnalité qui se déifie et rejette toute forme de vie supérieure se vide de son contenu, se consume et se détruit. L'affirmation démoniaque de soi est une illusion cachant la destruction de l'individu et le "néant".

La Nouvelle conscience religieuse affirme que Dieu est liberté, beauté, amour, sens, tout ce que l'homme désire et aime comme puissance absolue. La personnalité trouve sa vocation en s'abreuvant de la vie divine, en inscrivant son être dans l'universel. L'ennui, "un avant-goût du néant", est le fondement du démonisme actuel, une crise de l'identité et la perte du sens de la vie.

En définitive, la nouvelle conscience religieuse répond aux inquisiteurs du monde : la révélation du sens des choses, la vérité absolue et éternelle, est au-dessus de tout – bonheur, bien-être terrestre, État. Les hommes ne sont pas un troupeau sans entendement, mais des "enfants de Dieu voués à un destin divin", capables de porter le fardeau de la vérité et du sens de la création. La personne humaine a une valeur absolue et doit réaliser sa vocation par la liberté religieuse. Le cheminement historique en Christ est une "union universelle en Dieu", une société religieuse qui dépasse le salut personnel. C'est l'unique voie du salut, quelles que soient les souffrances provisoires.