432 pages, 45 chapitres, 3 annexes, 23 euros |
"Cet ouvrage, réalisé au cours du printemps 2017, est constitué
pour partie d’une réédition de L’Histoire
dans tous ses états (collection zététique, Valbonne, 2003), un livre aujourd’hui
épuisé et dont j’ai acquis les droits, et de pages publiées dans des journaux
aux lignes éditoriales différentes, voire opposées. Que le lecteur en juge, on
y trouve pêle-mêle des articles parus dans Historia, Le Point, Rivarol, Charlie
Hebdo, Science Extrême, Le Crapouillot, ou
encore Bourbons magazine !
Je m’empresse de préciser la
satisfaction que j’ai à contempler aujourd’hui la diversité de ces supports. Ce qui m’intéresse, en
premier lieu, c’est de pouvoir publier le résultat de mes recherches. Publish
or perish !, telle est la règle adamantine du métier d’écrivain. Un
manuscrit resté dans les tiroirs est perdu, sauf à croire en la sainteté de nos
veuves, mais l’exemple du Journal de
Jules Renard en partie brûlé par son héritière nous a rendus sceptiques !
Les idées politiques et philosophiques de mes diffuseurs
ne m’intéressent guère, du moment qu’ils me permettent de publier ce que
j’entends, sans me caviarder.
Il n’est pas dans l’obligation d’un journal ni d'une
maison d'édition d’accepter des lignes qui peuvent mettre sa direction en
péril, ses lecteurs ou ses chers actionnaires dans l’embarras ; il en faut
plus pour me choquer. C’est pourquoi le mauvais sujet que je suis a aussi souvent
que possible changé de média pour emprunter une voie que Montaigne eût définie
comme étant « à saut et à gambade ».
Un éditeur de tempérament royaliste, avec qui je
partageais une admiration pour les Capétiens, me permit, il y a belle heurette,
d’éditer mes découvertes originales sur le comte de Chambord, fruit d’un
mémoire universitaire, que des maisons classiques avaient refusé pour des
motifs idéologiques qui fleuraient bon les « valeurs républicaines »,
bien que la pénible expression ne fût pas encore en vogue. Ce brave homme, en
revanche, se montra incapable, pour des raisons doctrinales et par peur des
mauvais retours de ses clients, de publier le fruit de mes travaux concernant
le Suaire de Turin. Lequel ouvrage fut édité, ni une ni deux, par une maison
communiste en coédition avec des « catholiques de gauche », puis,
dans une autre version, par une maison ayant pignon sur rue du groupe
Flammarion, nommée Pygmalion. Cette version réputée sérieuse me vaudra malgré
tout d’être déprogrammé de l’émission « La Foi prise au mot » de la
chaîne religieuse KTO, comme quoi il est vain de croire que la censure n’est
exercée que par les commissaires politiques d’un seul bord !
Mon Anthologie des
propos contre les juifs ne put être publiée, quant à elle, que par un
éditeur connu pour ses collections érotiques et, surprise, nul autre que
l’écrivain-réalisateur-chroniqueur télé Yann Moix, de l’écurie BHL, un garçon
sympathique avec qui je n’ai aucun atome crochu d’ordre politique mais auquel
je m’étais lié d’amitié à Paris, n’a accepté d’en établir la préface pour quelque
modique somme qui faillit faire succomber l’éditeur d’une crise cardiaque.
Citons mon opus sur le trader Jérôme
Kerviel, paru dans la maison de Bertil Scali, dont la devise aurait pu être
« sex, drugs and rock’n’roll ! » ; sa tournure d’esprit ne m’a pas empêché
d’être le premier à annoncer la coresponsabilité de la Société Générale dans ce
scandale national et de prévoir la crise financière de septembre 2008 six mois
avant les « experts » de la presse officielle, à la grande joie du
chroniqueur Paul Wermus, organisateur d’un joyeux débat entre l’un d’eux et moi
à l’hôtel Lutétia pour VSD.
Quant à mon Sarkozy, Israël et les juifs, je
fus contraint d’aller le faire éditer en Belgique où il dut patienter de longs
mois en couveuse avant d’être distribué en France, le premier diffuseur ayant,
sans explication mais la trouille au ventre, manqué à son plus élémentaire
devoir, celui de le présenter à ses futurs lecteurs !
Toute ma vie éditoriale est ainsi faite ! Faisant
contre mauvaise fortune bon cœur, je trouve ma situation révélatrice de la
mentalité contemporaine, sorte de brouet composé de couardise semi-liquide et
d’opportunisme petit-bourgeois ultra-fragile.
Il est sûr que, n’appartenant, de mon
plein gré, à nulle écurie, ne professant pas d’idéologie référencée dans les
encyclopédies, fuyant les cocktails parisiens et désirant rester un pur-sang
non dopé à la moraline d’une société entrée en dissolution, je dois, pour
chaque course, me trouver une casaque nouvelle. Je suis et reste un solitaire,
un franc-tireur menant une vie de réfractaire, de préférence sur les îles
(Venise, Rhodes, Cuba, la Corse, Saint-Honorat !), une sorte de Juif errant de
l’écriture. Allergique à l’embrigadement intellectuel, à la pression sociale,
me battant contre l’uniformité et le grégarisme, refusant de suivre les chemins
tracés, dynamitant les carcans de la grande machine à décerveler sans me
laisser intimider par l’ingérence des intérêts et des idées d’autrui, je ne
peux pas me plaindre du sort qui m’est réservé.
Dois-je
m’en réjouir ? Cet isolement professionnel m’a valu des déboires dans ma vie
sociale. Il est difficile de rester en place avec une telle mentalité, dans un
tel environnement ! Rester libre, implacable et lucide, singulier,
« différencié » comme disait Julius Evola, c’est
prendre en toute occasion le risque de déplaire, c’est accepter d’avance la
ruine qui vous tend les bras. Il est vrai que j’ai l’audace de partager
l’option de Sacha Guitry, dont la seule prétention, lançait-il crânement, était
« de ne pas plaire à tout le monde », car « plaire à tout le
monde c’est plaire à n’importe qui ». L’essentiel est de n’être « lié
à aucun maître » (hourra Horace !) et de « persister dans sa
bizarrerie » (merci, Baudelaire !).
(...) Car, oui, la question se pose, cruelle : comment,
aujourd’hui, un auteur peut-il rester indépendant, digne de respect, dire et
hurler ce qu'il pense sans compromis à ceux qui lui font l'honneur de le lire ?
Je n’en ai pas la réponse, hélas, mais j’y parviens tant bien que mal, au cas
par cas, en vertu de mes talents de slalomeur.
Dans Le Monde du 29 août 2015, informé
de mon éviction discrète d’Historia et des difficultés croissantes
que j’avais à trouver éditeur (et, simplement, à survivre au jour le jour !),
notamment du fait d’une pétition contre la loi Gayssot que j’avais lancée
quelques années plus tôt suivie d'un documentaire vidéo peccamineux consacré à quelque
notoire faussaire, le journaliste Laurent Telo m’a signalé comme « censuré
à perpétuité ». C’était bien trouvé !
Lors de la sortie de ce documentaire honni et pourtant
légal, les mercuriales des sycophantes me sont en effet tombés sur la tête
comme une pluie d’enclumes que m’aurait envoyée Vulcain ! On aurait voulu
me pousser au suicide qu’on ne s’y serait pas pris autrement !
Heureusement, je suis habitué à ce qu’on déblatère sur mon compte, un compte
largement créditeur en terme d’insultes et de sermons ne servant de rien,
puisque j’y suis imperméable depuis ma prime enfance : « Ça entre par une oreille,
ça sort par l’autre ! », j’ai entendu cette rengaine toute mon enfance, je ne
vais pas me priver de la reprendre à mon compte lorsque j’ai atteint le
demi-siècle ; cet écolier de dix ans qui n’écoute rien d’autre que son
cœur et ce que lui dicte sa conscience, c’est toujours moi.
Durant ma vie, on m’a tour à tour qualifié d’auteur
ultra-monarchiste, d’historien hyper-rationaliste, de militant athée stalinien,
de fascisto-nazi-nauséabond, de propagandiste musulman fanatique (forcément payé
par l’Iran), de publiciste catho-tradi, j’en passe et des meilleures. Il n’y
manquait plus qu’écrivain antisémite ! Depuis, j’ai appris d’autres choses
encore sur ma propre vie, et des terribles, des atroces ! N’importe ; les
lecteurs jugeront si ce livre, fruit de trente ans d’études, est une ode au
complotisme et à je ne sais quel « confusionnisme » selon le barbarisme à la mode, ou bien s’il a rempli sa
mission de démystification tous azimuts.
Viendra le temps où il me faudra écrire une
autobiographie dont le titre pourrait être Les
Confessions du Diable. Je le confesse, mea
culpa, je n’ai jamais été un bourgeois salarié et ma seule ambition a
toujours été d’être plus libre que la moyenne de mes semblables, à commencer
par ceux qui brandissent le drapeau noir de l’anarchie sur les plateaux télé
pour se donner le frisson et faire semblant d’exister. Ma liberté fait des
jaloux, est-ce grave ?
En attendant, les meilleurs de mes zoïles, comme (mais oui !)
The Time of Israel, s’apercevant de
la difficulté qu’il y a à me ranger dans une case fût-ce la case prison, m’ont
placé dans la catégorie des auteurs aux « ambitions étranges », une
sorte d’inclassable, à quoi je réponds préférer le terme
« d’irrécupérable », qui ne permet nulle sorte d’étiquetage et de
poursuivre ma route sans être mal accompagné.
Lecteurs, rangez mes livres sur l’étagère
de votre bibliothèque qui vous agrée, mais de grâce n’étiquetez pas leur auteur comme un vulgaire produit des magasins
Leclerc ! Laissez-lui sa liberté de recherche et permettez-lui de vous en
fournir, avec pertinacité et le maximum d’honnêteté dont il est capable, les
résultats auxquels il a abouti, que ceux-ci aient ou non leurs entrées dans le
salon philosophique que vous fréquentez !
On l’aura compris, mes maisons d’édition varient en
fonction de leur capacité à publier mes livres, à raison de leurs propres
normes idéologiques et de leur liberté financière, non en fonction de ce que je
pense et de ce que je découvre. Ce n’est pas un hasard si je passe une partie
de ma vie à Venise, la ville du premier ghetto, la cité des labyrinthes, des
masques, des reflets et des miroirs cachés ; il faut savoir manœuvrer une
gondole et maîtriser les eaux pour naviguer dans les canaux de cet univers
impitoyable qu’est l’édition !
(...)"
Paul-Éric Blanrue
Paul-Éric Blanrue
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