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samedi 3 janvier 2026

Le génocide franco-français expliqué par Reynald Secher.



Dans cet ouvrage magistral, Reynald Secher, historien et spécialiste de la mémoire nationale, livre une analyse clinique et révisionniste de l'un des épisodes les plus sombres de la Révolution française. L'auteur ne se contente pas de retracer une guerre civile ; il documente ce qu'il qualifie de génocide planifié et exécuté par l'État contre sa propre population.

Pour comprendre l'explosion de 1793, Secher revient d'abord sur la période de « l'avant-guerre », notant que la Vendée, loin d'être une région rétrograde, avait initialement accueilli les principes de 1789 avec enthousiasme et espoir. Les cahiers de doléances témoignaient d'un désir de réforme face à une administration royale perçue comme un « dévoreur d'argent, de travail, d'hommes ». Cependant, la « lune de miel » prend fin rapidement avec l'imposition de la Constitution civile du clergé en juillet 1790. Cette mesure, qui transforme les prêtres en fonctionnaires et exige un serment de fidélité à la nation, est perçue par les populations locales comme une attaque directe contre leur foi et leur identité.

La rupture devient définitive lorsque la Convention décrète la levée en masse de 300 000 hommes en mars 1793. Pour le paysan vendéen, il est inacceptable d'aller combattre aux frontières pour un régime qui a guillotiné le Roi et qui persécute ses « bons prêtres ». L'insurrection éclate au son du tocsin, transformant une société paysanne en une machine de guerre redoutable.

Secher souligne que l'organisation de l'armée vendéenne est spontanée et structurée par paroisses, où parents, amis et voisins se battent sous les ordres de chefs qu'ils ont souvent eux-mêmes choisis. Cette « armée de géants » (comme a dit plus tard Napoléon) utilise les spécificités du terrain — le labyrinthe du bocage, ses haies et ses chemins creux — pour harceler les troupes républicaines. L'auteur cite le général Turreau qui, étonné par la bravoure de ses ennemis, note qu'aucun peuple connu ne sait tirer autant de profit des armes à feu que ces chasseurs vendéens.

Cependant, après l'échec devant Nantes et le désastre de la Virée de Galerne fin 1793, la réponse de la Convention bascule dans une logique d'extermination. Le décret du 1er août 1793 ordonne déjà de brûler les forêts, les bois et les récoltes, et c'est avec le plan de Turreau et ses « colonnes infernales » que le génocide prend sa forme systématique.

Turreau écrit au Comité de Salut Public : « Mon intention est certainement de tout brûler... si mes intentions sont bien secondées, dans quinze jours, il n'existera en Vendée ni maisons, ni subsistances, ni armes, ni habitants ». Carnot répond au nom du Comité en approuvant ces mesures : « Exterminez les brigands jusqu'au dernier, voilà votre devoir ». Les colonnes sont lancées le 21 janvier 1794, avec l'ordre de passer à la baïonnette tout ce qui se trouve sur leur passage, sans distinction d'âge ou de sexe.

Le récit de Secher devient alors insoutenable, s'appuyant sur les rapports mêmes des officiers républicains. Le général Grignon se vante : « Nous tuons plus de cent par jour... j'ai fait brûler beaucoup de métairies ». Dans la commune de La Remaudière, Secher identifie précisément 111 victimes, dont 32 enfants de moins de quinze ans et 24 vieillards de plus de cinquante ans.

Les atrocités sont décrites avec une précision macabre : des femmes enceintes écrasées sous des pressoirs à vin à La Chapelle-Bassemère, des bébés embrochés sur des baïonnettes, et même le tannage de peaux humaines à Angers pour en faire des culottes de peau pour les officiers. L'auteur cite l'abbé Robin, curé réfractaire caché, qui voit sa propre famille massacrée et ses registres paroissiaux déchirés par les troupes républicaines.

L'évaluation des conséquences est vertigineuse. Secher estime que sur une population d'environ 815 000 habitants, au moins 117 257 personnes ont disparu entre 1792 et 1802, soit près de 15% de la population totale. Dans certains cantons comme Cholet ou Vihiers, les pertes dépassent 30%. Le paysage n'est plus qu'un « cimetière national ». Sur le plan matériel, l'auteur a découvert des archives prouvant que 10 309 maisons ont été officiellement recensées comme détruites, soit environ 20% du parc immobilier de la région. À Bressuire, 80% de la ville est rasée. Secher souligne que cette ruine n'était pas un accident de guerre, mais une volonté politique de rayer la Vendée de la carte, au point que Merlin de Thionville proposa de la rebaptiser « département Vengé ».

La période qui suit la chute de Robespierre est marquée par une instabilité politique profonde. Si la Convention thermidorienne tente une pacification avec le traité de La Jaunaye en 1795, les promesses de liberté religieuse sont constamment violées par les autorités locales et le Directoire. La Vendée reste un « volcan contenu » jusqu'à l'arrivée de Bonaparte. Le futur Empereur, comprenant mieux la psychologie française, rétablit la liberté de culte par la proclamation du 28 décembre 1799, affirmant : « Nul homme ne peut dire à un autre homme : vous ne pratiquerez votre religion que tel jour ». Ce n'est qu'alors que les prêtres exilés rentrent en triomphe, accueillis par des survivants en larmes au milieu des ruines.

Secher conclut que la tragédie vendéenne est un « génocide franco-français » car elle répond à une intention explicite d'exterminer un groupe humain pour ses convictions religieuses et politiques. Contrairement à l'historiographie jacobine qui a tenté de minimiser ces faits comme des « débordements » de guerre civile, Secher démontre la préméditation au plus haut sommet de l'État. Son œuvre est un hommage aux victimes de cette « haine délirante » et un appel à ne pas oublier que la culture humaine, comme il le cite avec amertume, repose parfois sur des cadavres.