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mercredi 6 octobre 2021

Apprenez à démêler le vrai du faux ! Méthode historique pour débutants. Par Paul-Éric Blanrue.

Extraits du Livre noir des manipulations historiques (Fiat Lux, 2017)

  


Dans les chapitres précédents, j'ai tenté de mettre en lumière, à travers divers exemples, quelques-unes des plus classiques erreurs de méthode que l’on retrouve en histoire. Il était bien entendu hors de question de faire correspondre d'une façon thématique chaque chapitre avec une erreur particulière. La technique eût été artificielle ; nous nous sommes vite aperçus que c'est par une accumulation de bévues que se construit et s'entretient la confusion. S'il est vrai qu'une maladresse peut suffire à fausser une démonstration (une mauvaise traduction de Grégoire de Tours déforme durablement l'anecdote du vase de Soissons), la plupart du temps c'est un faisceau convergent de mauvaises pratiques qui entraîne un résultat néfaste.

Comment le profane peut-il s'y retrouver ? Comment le non-professionnel, qui a sous les yeux un travail présenté comme historique, peut-il faire la part des choses ? Lui est-il seulement possible de parvenir à démêler le vrai du faux ou lui faut-il forcé­ment faire partie du clan des érudits ?

A priori, la tâche est insurmontable. Les informations semblent trop difficiles à vérifier et les auteurs sont souvent assez adroits pour ne pas laisser entrevoir leurs faiblesses. C'est un fait : il est vain de croire que le premier venu, même armé d'un sens critique suraigu, puisse déceler, sans le moindre doute, les failles d'une étude historique. Militer pour une démocratisation du sens critique ne revient pas à soutenir que quiconque dispose des moyens de refaire l'histoire à sa guise, à coup de baguette magique. Le doute n'est fructifiant que lorsqu'il devient examinateur, sérieux, opportun.

Autre chose par contre est le contrôle de la méthode utilisée par l'auteur.

La méthode historique s'est élaborée avec le temps, l'exercice permanent, la réflexion des historiens sur leur métier. La plupart de ses éléments sont déjà connus par les pères de l'histoire à commencer par Thucydide, au Ve siècle avant, notre ère. Depuis la Renaissance et les fondements de la diplomatique établis par Dom Mabillon dans son De Re Diplomatica, ils se sont perfectionnés. Ils ont été reformulés et systématisés au XIXe siècle par Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, un médiéviste et un généra­liste épistémologue, puis on été discutés et approfondis par les « annalistes » que furent Marc Bloch, Lucien Fèbvre, et de nombreux autres. Je vais tenter d'extraire de cette constellation quelques-unes des étoiles qui, je l'espère, sauront indiquer au lecteur les chemins de l'histoire méthodique, de manière à ce qu'il puisse qualifier le travail qui s'offre à lui afin de parvenir à déceler les éventuelles fausses histoires qu'on lui propose sous couvert d'Histoire.

Le questionnaire

 

Ce n'est qu'assez récemment que l'on s'est aperçu de l'importance qu'il fallait accorder, avant la recherche proprement dite, au questionnaire. Marc Bloch a noté qu'« il n'y a pas de pire conseil à donner à un débutant que d'attendre, dans une attitude d'apparente soumission, l'inspiration du document ». L'histoire ne vient pas d'elle-même à l'historien, comme l’ange Gabriel à la Vierge Marie. Il faut lui poser des questions ; de bonnes questions, bien sûr, pertinentes. Certaines d’entre elles peuvent être d'une extraordinaire fécondité. Se demander, par exemple, si les aventures de Noé apparaissent ou non dans des récits antérieurs à l'Ancien testament pousse à partir à la collecte de ceux-ci et à établir des comparaisons. Ne pas passer par l'étape du questionnaire c'est s'apprêter à commettre d'inévitables bourdes. Beaucoup d'explorateurs sont partis à la recherche de l'Arche de Noé sans s'être auparavant interrogés sur la nature littéraire des récits vétérotestamentaires !

Comme le commissaire Maigret qui sait poser aux témoins les questions qui font mouche, l’historien compétent doit savoir interroger les documents pour qu'ils fournissent tous les renseignements possibles ; attention, cependant, il ne s'agit pas de les torturer pour leur faire avouer n'importe quoi ! On a vu les horreurs que la torture permet de faire avouer.

Lorsqu'on lit un travail historique, il est ainsi opportun de relever les questions fructueuses qui ont été posées par l'auteur, et celles qu'il a oubliées par paresse, incompétence, mauvaise foi, militantisme. De la pertinence de son questionnaire dépend toute la suite.

La recherche des documents

 

C'est au cours de cette étape préliminaire que l'historien rassemble les documents avec lesquels il va élaborer son récit, Comment sait-il par avance ceux qui lui seront nécessaires ? Réponse : il ne le sait pas !

En revanche, il lui faut obligatoirement connaître les lieux où ceux-ci peuvent se trouver, user de beaucoup de patience et avoir de la chance !

C'est un long apprentissage. On sait que même la chance doit savoir être provoquée. Ici, il faut avoir présent à l'esprit quelques indispensables notions.

 « L'histoire se fait avec des documents » (Henri-Irénée Marrou)

« Rien ne supplée aux documents : pas de documents, pas d'histoire », remarquent Langlois et Seignobos. Les détectives de l'histoire qui bâtissent des cathédrales d'hypothèses sur la base d'extrapolations personnelles qui sont autant de lubies font reposer leurs édifices sur des sables mouvants où ils vont disparaître à la première occasion. Demandez à un franc-maçon atteint de mystisme aïgu prétendant que son Ordre remonte aux Pyramides, il sera bien ennuyé et ne pourra vous brandir aucun document.

L'historien Henri-Irénée Marrou, spécialiste réputé de l’antiquité, observe : « L'historien n'est pas un nécromant que nous imaginons évoquant l'ombre du passé par des procédés incantatoires. Nous ne pouvons pas atteindre le passé directement, mais seulement à travers les traces, intelligibles pour nous, qu'il a laissées derrière lui, dans la mesure où ces traces ont subsisté, où nous les avons retrouvées et où nous sommes capables de les interpréter (plus que jamais il faut insister sur le so far as...). Nous rencontrons ici la première et la plus lourde des servitudes qui pèsent sur l'élaboration de l'histoire ».

La plus belle des hypothèses n'est rien, en effet, si elle n'est pas justifiée par des documents. Elle reste un rêve, une chimère. En attendant son éventuel triomphe, elle ne doit être prise en compte que pour ce qu'elle est : une hypothèse. En l'absence de document, il est obligatoire de demeurer dans l'expectative et se garder de tout propos péremp­toire. C'est une simple question d'honnêteté intellectuelle.

        Pour vérifier les assertions d'un auteur, le lecteur doit ainsi tenter de vérifier les sources qu’il propose. Il passera soit par les notes soit par les ouvrages cités par l'auteur à évaluer, les confrontera d'abord à ce que dit l'auteur, pour s'assurer qu'il ne les trahit pas, puis à des sources indépendantes, pour mesurer leur solidité. Quand un bâtardisant qui se pique d'héraldique bâtit toute une théorie sur le blason de Jeanne d'Arc, il suffit de consulter un ou deux manuels de spécialiste ; le lecteur le plus ouvert à la thèse de la bâtardise sera contraint d'admettre que l'argument du bâtardisant n'est d’aucune valeur. 

Combien de théories semblables s'effondreraient si nous daignions accomplir ce petit effort de vérification, auquel nous nous plions tout naturellement dans la vie quotidienne, pour les choses touchant à notre santé par exemple ! Avalons-vous toutes les pilules que nos collègues nous conseillent, sans aller vérifier ce que nous somes censés ingurgiter ? Seulement, comme en histoire nous n'avons pas été habitués au doute méthodique et qu’un certain discours officiel tend à nous en dissuader, il ne nous vient pas à l'esprit d’accomplir cette démarche nous-mêmes. Nous nous sentons démunis. Pourtant, tant que nous n'avons pas accompli cette élémentaire démarche personnelle, il conviendrait au moins de rester dans le doute, un doute ouvert précisons-le.

Tout est document

Il y a un siècle, les historiens pensaient surtout à collecter ce que l'on appelait les témoignages volontaires, c'est-à-dire ceux conçus en leur temps dans le but d'informer celui qui allait les exploitert. On se contenta longtemps de ne s’occuper que des seules traces écrites. Or les textes ne sont qu'une faible partie des ressources documentaires. Marc Bloch notait : « Tout ce que l'homme dit ou écrit, tout ce qu'il fabrique, tout ce qu'il touche peut et doit renseigner sur lui ». Son collègue Lucien Febvre précisait : « L'histoire se fait avec des documents écrits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire avec tout ce que l'ingéniosité de l'historien peut lui permettre d'utiliser... Donc, avec des mots. Des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes de champ et de mauvaises herbes. Des éclipses de lune et des colliers d'attelages. Des expertises de pierres par des géologues et des analyses d'épées en métal par des chimistes ». Ainsi, un rapport médical sur les « miracles » guérissant les scrofuleux, en plein XIXe siècle, est à ranger au dossier des rois thaumaturges au même titre que les témoignages des siècles passés.

        L'idée du « tout est document » a le mérite de nous obliger à rester circonscrit dans le concret. Comme la machine à remonter le temps n'existe pas, les écrits sont souvent invérifiables. La prise de contact avec une réalité palpable devient ainsi un enrichissement inestimable. À trop vouloir se couper de la matière brute, certains se sont confinés dans le monde du pur esprit, autocentré, satisfait, ciruclaire. S'assurer de la matérialité des faits rapportés est le meilleur antidote possible au délire verbal de la raison raisonnante, de l’esprit devenu fou. Ainsi, lorsque l'on étudie les sabbats des sorcières ou la vie de la papesse Jeanne, il est extrêmement regrettable d'oublier de se demander s'il existe des traces de l'événement autres que verbales. Et s'il n'en existe pas, comme tel est le cas, il convient de s'interroger sur la réalité de l'objet d'étude et d’intégrer ce paramètre dans le questionnaire.

Le scientifique Fontenelle, au XVIIe siècle, avait exposé le problème en relatant l'histoire de la « dent d'or ». La fable se présentait ainsi. Une dent composée du précieux métal aurait miraculeusement poussé dans la bouche d'un jeune enfant de Silésie. Stupéfaction générale ! De savants hommes trouvèrent une explication à ce prodige : Dieu, dans son infinie bonté, aurait, par cet acte de bienveillance, cherché à consoler les chrétiens affligés par les Turcs. En fait, on découvrit plus tard que de dent d'or il n'y avait point, qu'il s'agissait seulement d'une feuille de métal appliquée ingénieusement à la dent ! Fontenelle en tira une maxime que tout historien devrait garder en mémoire à chaque seconde de son cheminement : « Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. »

L'histoire est lacunaire

La multiplicité des documents rend impossible l'écriture d'une histoire finie, achevée, rédigée une fois pour toutes, proclamée comme vérité éternelle impossible à contester pour les siècles des sièclesComme on n’est jamais sûr que les sources d'informations sont épuisées, il faut savoir rester humble. « Tout travail est nécessairement imparfait, provisoire, observe l'historien Jean Tulard, spécialiste du Premier Empire. De plus, ajoute-t-il, il faut bien comprendre qu'on ne peut tout savoir, qu'il y a dans toute activité une part d'implicite, de non-dit, de non-dicible, d'invisible, de tu, de caché, qui échappe nécessairement et que cette part est parfois la plus importante ».

En conséquence, l'argument d'autorité, le dogmatisme sont à bannir à jamais de l'activité historienne. Le coeur de cette discipline, son moteur, c'est la confrontation, le débatUn nouvel argument, une méthode d’un nouveau genre, l’avancée des sciences peuvent ébranler le plus bel édifice intellectuel du monde. L'apport de la philologie a ainsi révolutionné ce que l'on croyait savoir des Évangiles. La découverte des religions orientales antiques a aussi permis de mieux comprendre les comportements jugés jusque-là dérangeants de certains empereurs.

Tout ceci ne signifie pas, naturellement, qu'il ne faut jamais rien oser conclure, sans quoi l’histoire changerait tous les jours et on ne pourrait jamais rien en dire ; seulement il faut se garder de conclure avec hâte, trompettes et roulements de tambours, mépris pour le contradicteur. Encore moins faut-il des lois pour les faire taire et les jeter en prison, comme le fait la scélérate loi Gayssot.

Les opérations critiques

 

Voici une synthèse rapide de la logique qui préside à la constitution de la connais­sance historique. Comme ce sont les plus couramment employés en histoire, je me contenterai de ne traiter que des documents écrits.

La critique dont il est question n'est pas seulement celle du témoin ; c'est égale­ment celle du document. C’est ce que l'on nomme la critique externe.

La critique externe

La critique externe s'attache à restituer le document dans sa teneur d'origine et à établir sa provenance.

La restitution. Avant de passer un texte au fil du rasoir et d'en tirer des conclu­sions, il faut se garantir que l'on a affaire à l'original.

Travailler sur l'original est une mesure de sécurité. 

Rappelons-nous d'André Brisset extrapolant sur l'épopée nocturne de Perceval de Boulainvilliers ; il n'avait pas pris soin de vérifier que sa traduction était conforme à l'original. Par manque de chance, elle ne l'était pas et un pan entier de sa démonstra­tion s'est écroulé faute d'avoir été soumis à cette élémentaire opération.

A ce niveau, la prudence s'impose, afin d'éviter de répéter les erreurs, fraudes, altérations commises par les prédécesseurs ; on doit absolument se référer directement au document original, ou, si elle existe, à l'édition critique de celui-ci. Pour rester sur Jeanne d'Arc, les reproductions exhaustives des pièces judiciaires et documentaires ont été publiées, avec toutes les garanties scientifiques qui s'imposent, en version française ou latine, et ils sont disponibles dans la plupart des grandes bibliothèques publiques.

L'usage fréquent de références recopiées dans des ouvrages de seconde ou troisième main va automatiquement accroître les déformations et engendrer des incorrections qui se transmettront en circuit fermé d'un auteur à l'autre, pendant des générations. Tel fut le cas des Évangiles. Les originaux ayant disparu, les copistes se recopièrent tant et si bien qu'au bout de quelques siècles l'Église dut les freiner pour imposer la version unifiée de saint Jérôme. Il est parfaitement connu des paléographes qu'un texte ancien, copié et recopié abondamment, subit des transformations, des dégénérescences, dues à des caviardages, des confusions, des extrapolations, à de banales erreurs de copistes.

La provenance. Afin de déterminer le plus clairement possible l'origine d'un texte, trois questions doivent impérativement être posées :

- Qui ?

- Quand ?

- Où ?

Plus la réponse à ces questions est précise, plus la part de la critique interne sera par la suite facilitée. Un document anonyme, dont il est impossible de connaître avec assurance la provenance, doit être utilisé avec mille précautions. On ignore tout des intentions de celui qui l'a rédigé : méfiance, alerte rouge. En revanche, lorsque l'auteur, la date et le lieu de rédaction sont déterminés, il devient possible de procéder à une évaluation sérieuse.

Ces déterminations sont parfois plus difficiles à effectuer qu'il n'y paraît, surtout s'il s'agit d'un document inédit. La méfiance doit, comme toujours, être de règle. On ne peut se permettre de croire les indications de l'auteur sur parole. L'historien doit pouvoir vérifier par lui-même, à partir de l'écriture, de l'encre utilisée, de la composition du papier, de la langue (analyse interne), des renseignements glanés ailleurs, des détails portant sur la biographie de l'auteur et de ses œuvres (analyse externe).

Mais attention ! Un document original, « d'époque » comme on dit lorsqu'il est question de meubles chez un antiquaire, ne présuppose pas la qualité de sa teneur. Tout ce qui est ancien n'est pas nécessairement vrai. Imaginons l'historien du futur qui, dans quelques centaines d'années, choisira comme objet d'études nos guerres contemporaines en Proche-Orient : pourra-t-il se satisfaire des communiqués officiels et des commentaires des journa­listes ? Nullement. Pourtant ce sont des documents originaux, contemporains des faits qu'ils relatent avec plus ou moins de bonheur. Disent-ils pour autant toute la vérité ? C'est une autre affaire !

Autre exemple : les faux mémoires, très en vogue au XIXe siècle. Ces mémoires sont aujourd'hui des « originaux ». Si l'on analyse leur encre, vérifie leurs dates de parution, tout semble normal. Mais quand l'on s'interroge sur l'identité de leurs auteurs, on s'aperçoit que ce ne sont pas ceux dont le nom figure sur la couver­ture, mais d'astucieux faiseurs animés par l'esprit de lucre ou celui du canular. Les Mémoires de Constant, valet de chambre de Napoléon, ceux de l'ami d'enfance de l'empereur, Bourrienne, de la marquise de Créquy, du policier Vidocq, du mage Cagliostro de la comédienne Sophie Arnould, de la comtesse du Barry, du cardinal Dubois, de Mlle Bérin, modiste de la reine Marie-Antoinette, de la comtesse de Valois, l'héroïne de l'Affaire du collier, de l'abbé Edgeworth de Firmont, confesseur de Louis XVI, du maréchal de Richelieu, de Choiseul et des dizaines d'autres encore, n'ont pas été rédigés par ceux dont ils portent le nom ! La plupart du temps, ils l'ont même été sans leur accord. Ce sont l'œuvre d'habiles polygraphes, aujourd'hui tombés dans l'oubli, qui se nommaient Lamotte-Langon, Paul Lacroix, ou Jean-Louis Soulavie. Qu’en tirer ? L'historien qui les prend à la lettre, par ignorance ou goût de l'anecdote croustillante, n'a nulle chance d'accomplir un travail digne de foi.

La déconvenue peut être énorme. Pour n'avoir pas pris suffisamment de précaution, et, disons-le franchement, pour être accablé d'une naïveté aux proportions éléphantesques, le célèbre mathématicien Michel Chasles, amateur d'autographes anciens, paya, sous le Second Empire, des sommes astronomiques à l'escroc Vrain-Lucas, lequel, durant huit longues années, lui remit, avec un invraisemblable aplomb des lettres de Vercingétorix, Cléopâtre, Clovis et autres Marie-Madeleine ; en tout près de trente mille pièces, toutes écrites de sa main ! Le plus effarant de cette hilarante farce, c'est que le mathématicien, réputé par ailleurs pour la rigueur de ses travaux en géométrie projective, ne s'étonna jamais que celles-ci fussent rédigées en français !

Les mystères Louis XVII ou Jeanne d'Arc, on l'a vu, n'ont pas d'autres origines que le recopiage servile de thèses romanesques, prises pour argent comptant par des amateurs ou des bluffeurs de profession en quête d’espèce sonnantes et trébuchantes, qui se moquaient bien que l'origine d'une information fût un critère majeur pour évaluer la fiabilité de celle-ci.

Ainsi, il faut se garder des documents apocryphes et des pièces douteuses, a fortiori des faux en tout genre, et ne s'appuyer que sur des textes sains. Mais ces conditions drastiques ne sont pas suffisantes non plus pour s’approcher de l’acribie. Il est nécessaire de procéder à une analyse critique supplémentaire, plus fine encore : la critique interne.

La critique interne

L’objet de cette nouvelle étape est de déterminer avec le maximum de précision ce que l'auteur du document a voulu dire ; s'il a cru ce qu'il a dit ; et s'il a été fondé à croi­re ce qu'il a vu.

Il y a quelques conditions préalables à ne pas oublier :

- II ne faut jamais être animé par un esprit de critique ; l'esprit critique suffit. Le rôle de l'historien est de construire, non de détruire par plaisir. Seule compte la restitution. Les préjugés sont des interférences qui brouillent la ligne. À force de vouloir avoir raison contre ses documents, on tombe dans l'hypercriticisme du jésuite Von Papebroeck, vivant au XVIIe siècle, qui, pour s'être souvent frotté à des faux émanant du haut Moyen Age, considérait que tout ce qui procédait de cette période était par principe nul et non avenu.

La fonction de l'historien n'est pas de juger, mais de comprendre. Marc Bloch plaidait la cause historienne en écrivant : « Robespierristes, anti-robespierristes, nous vous crions grâce : par pitié, dites-nous simplement quel fut Robespierre » ! Le moralisme civique qui inonde les copies d'élèves croyant faire plaisir à leur professeur n'a pas sa place dans l'œuvre historique. Une histoire transpirant de bons sentiments n'en sera pas plus vraie ; l'histoire militante non plus. Sans nul doute l'objectivité absolue n'existe-t-elle pas (on se place toujours d'un point de vue et on est toujours l’homme de son temps), mais ce n'est pas en abreuvant le lecteur d'une logorrhée prédicante et partisane que l'on risque de s’en approcher. L'historien n'est pas Fouquier-Tinville ni Bossuet. Il n'actionne pas de guillotine et n’agite pas le goupillon. Son objectif est de rendre compte.

Comme l'enseignait Lucien Febvre, « le pire péché de l'historien est l'anachronisme ». Ce n'est pas parce que nos jours la coutume est de penser de telle manière que nos ancêtres pensaient ainsi. L'erreur est redoutable, elle a entraîné de fâcheux contresens. Que Jeanne d'Arc, petite paysanne des bords de Meuse, ait été reçue en audience privée par le roi n'était en rien un événement extraordinaire au XVe siècle. Sous nos présidents républicains de la Cinquième République, c'est différent : les cérémonies officielles se déroulant sur les Champs-Élysées, où l’on concentre la vile populace derrière des barrières gardées par des policiers tout droit sortis d’un film américain de science-fiction, sont édifiantes de ce point de vue. Quand on songe que, sous Louis XIV, il suffisait, pour pénétrer à Versailles, d’une épée et d’un chapeau ! 

Il faut remettre les hommes et les femmes dans leur contexte. Les habitudes antiques, médiévales ne sont pas celles de notre siècle. Il faut se méfier des funambules qui enjambent les siècles sur le fil d’analogies soi-disant frappées au coin du bon sens.

Ceci étant, on peut passer à la critique interne, qui se déroule autour de plusieurs axes :

- La critique d'interprétation. 

La critique interne impose de commencer par une critique positive, dite d'inter­prétation, qui a pour mission de fixer correctement la pensée de l'auteur afin de ne pas se méprendre sur ses intentions. On ne peut évaluer que ce que l'on a déjà compris. Il faut pour cela demeurer humble et tenter d’entrer en sympathie avec l'époque concernée et l'auteur du document, s'immerger dans un contexte pour en rendre la saveur. Que le dialecte champeno-lorrain fût, au Xe siècle, proche du français d'Île-de-France au point d'aider Jeanne d'Arc dans ses conversations avec les grands du royaume, voilà qui aurait dû éveiller l'attention des bâtardisants. La méconnais­sance de cette spécificité linguistique leur a fait privilégier l'hypothèse d'une éducation aulique. Pareillement, les traductions doivent être minutieuses : le vase de Soissons a été « heurté », non pas « brisé », etc.

Les procédés stylistiques de l'auteur sont également à relever. Le moine Raoul Glaber n'écrit pas comme un greffier du tribunal de Paris et n'a pas les mêmes arrières-pensées qu'un journaliste de Libération. Il ne décrit rien, il évoque : c'est toute la différence avec le compte rendu d’une audience de tribunal à la manière d’un Paul Lefèvre.

Enfin, il faut se souvenir que lorsqu'un texte est incom­préhensible ou apparemment absurde, s’il peut être enrichissant d'en chercher le sens allégorique, il faut néanmoins toujours commencer par s'attacher à percer toutes les nuances de son sens littéral. À force de vouloir à tout prix trouver ce que l'on cherche, on a tendance à inventer.

- La critique de sincérité et d'exactitude. L'historien doit résister à deux mouvements opposés : croire d'emblée ce qu'il lit ou le remettre immédiatement en cause. La vérification de la sincérité et de l'exacti­tude ne vient qu'en bout de course. C'est lorsqu'on a compris ce que l'auteur a voulu exprimer que l'on est en droit de soumettre ses dires à un examen plus approfondi.

Une règle d'or a été émise par Langlois et Seignobos dans leur magistrale Introduction aux études historiques (Paris, 1899) : « En Histoire comme en toute science, le point de départ doit être le doute méthodique. Tout ce qui n'est pas prouvé doit rester provisoirement douteux ; pour affirmer une proposition il faut apporter des raisons de la croire exacte. Appliqué aux affirmations des documents, le doute méthodique devient la défiance méthodique. L'historien doit a priori se défier de toute affirma­tion d'un auteur, car il ignore si elle est mensongère ou erronée. Elle ne peut être pour lui qu'une présomption. La prendre à son compte et la répéter en son nom, c'est déclarer implicitement qu'il la considère comme une vérité scientifique. Ce pas décisif, il n'a le droit de le faire que pour de bonnes raisons. Mais l'esprit humain est ainsi construit qu'on fait ce pas sans s'en apercevoir. Contre cette tendance dangereuse le critique n'a qu'un procédé de défense. Il doit ne pas attendre pour douter d'y être forcé par une contradiction entre les affirmations des documents, il doit commencer par douter. Il doit n'oublier jamais la distance entre l'affirmation d'un auteur, quel qu'il soit, et une vérité scientifiquement établie, de façon à garder toujours pleine conscience de la responsabilité qu'il prend lorsqu'il reproduit une affirmation. » 

Le doute n'est pas un préjugé, en faveur ou en défaveur. C'est une prévention a minima, pour éviter de propager de faux récits. Le témoignage ne se suffit pas à lui-même. Pour établir un fait, il faut de solides raisons. Seul un examen attentif peut nous mener à porter créance à un témoignage. Cette règle implique de :

1) Ne pas se limiter aux apparences. L'authenticité ne prouve pas qu'un document dit la vérité. La multiplicité des détails, la bonne foi proclamée, présumée, ne garan­tissent rien. Un menteur peut faire bonne figure, paraître sincère.

2) Se demander si l'auteur, lorsqu'il a rédigé son texte, était dans des conditions qui nous permettent de lui accorder crédit. Pour réaliser cette opération, il faut dresser un questionnaire des causes possibles d'incorrection. Ce questionnaire peut se scinder en deux groupes : les motifs d'erreurs éventuelles, d'une part ; les possibles intentions mensongères, de l'autre. Peu importe, à dire vrai, ce qui revient à l'une et à l'autre catégorie, erreur ou mensonge, car le but n'est pas de qualifier les inexactitudes, mais de parvenir à les relever.

Les questions ne sont pas différentes de celles que l'on se pose en psychologie générale. Langlois et Seignobos en ont rappelé les plus universelles, et chaque historien doit les affiner en fonction des exigences de son étude.

La critique d'exactitude se propose de déterminer si les conditions d'observation sont satisfaisantes, à savoir : l'auteur est-il un témoin oculaire, qui a observé directe­ment les faits qu'il rapporte ? Son observation a-t-elle été faite correctement ?

S'il s'agit d'un témoin oculaire, se poser ces questions :

- a-t-il inconsciemment pu se tromper ? Des illusions perceptives aux simples idées préconçues la liste est longue des causes possibles de méprises,

- était-il bien placé pour voir et entendre ce qu'il se passait ?

- a-t-il noté immédiatement ce qu'il a vu et entendu, ou bien a-t-il attendu de longues années avant d’écrire sur l'événement ?

- a-t-il tendance à la négligence, est-il au contraire méticuleux ?

S'il s'agit d'un témoignage indirect se demander :

- qui lui a transmis le renseignement ? Cette personne était-elle elle-même en position d'opérer correctement ?

- si la transmission a été écrite ou orale.

- si elle est écrite, qu'en dit le plus ancien document ? A-t-il été dénaturé par le temps ?

Ces questions sont essentielles, mais ne sont pas limitatives, évidemment. La nature du fait lui-même doit être prise en compte dans le questionnaire : l'événement a-t-il duré suffisamment longtemps pour être observé correctement ? Est-ce un fait banal ou extraordinaire, qui tend à bouleverser les paradigmes de la science pour être établi (cas des « miracles ») ?

Un témoin direct, pointilleux, celui qui note sur l'instant ce qu'il a vu, surtout s'il s'agit d'un événement commun, est davantage crédible qu'un rapporteur décrivant trente ans plus tard un phénomène miraculeux qui lui a été relaté par un tiers ! Cela paraît évident, mais combien d'histoires fausses doivent-elles leur existence et leur survie, depuis des siècles, à des auteurs qui n'ont pas intégré cette évidence dans leur questionnaire ?

La critique de sincérité se propose, elle, de répondre à la question : l'auteur ment-il ou non ? Existe-t-il des raisons laissant supposer qu'il travestisse volontairement la réalité ?

Ces raisons peuvent être regroupées en plusieurs catégories :

- l'auteur a-t-il un avantage pratique à raconter de fausses histoires ? (argent, promotion, etc.),

- a-t-il été contraint de déformer la réalité (torture, signature forcée, etc.),

- a-t-il tendance à se vanter, à se mettre systématiquement en avant ?

- fait-il partie d'un groupe de pression ? Milite-t-il pour une cause qu'il pourrait faire avancer en déguisant la vérité ?

- se plie-t-il à une mode quelconque ? Veut-il plaire à un public donné qui n'accepterait pas la réalité telle qu'elle se présente ?

À nouveau, la liste des questions n'est pas exhaustive. Et la nature du faitici encore, a son importance. Lorsque celui-ci est contraire aux intérêts personnels de l'auteur et s'oppose à la propagande menée par son parti, sa réalité en deviendra d'autant plus probante.

Nécessité de la convergence

Après les opérations critiques précédentes, les faits ne sont point encore assurés. Nous avons pu éliminer les affirmations provenant des documents les moins sûrs ; pour conforter la probabilité des faits semblant fiables et aboutir à des certitudes pratiques, il faut encore une condition : qu'ils soient confirmés par d'autres docu­ments, des documents indépendants. 

La convergence des affirmations contenues dans plusieurs documents n'ayant pas de rapports entre eux est un croisement objectif établissant un fait, autant qu'il peut l'être dans une science humaine. Plus les documents concordants et indépendants sont nombreux, plus nous pouvons parler de certitude.

Il faut néanmoins insister lourdement sur l'indépendance de ces sources. Des auteurs se recopiant n'ont aucune espèce d'intérêt. Des notes émanant de personnes appartenant au même groupe, à la même caste, n'ont guère de poids. S'il n'existe qu'un seul et unique observateur, le doute doit toujours accompagner la diffusion de ses déclarations. Dans le cas contraire, cela reviendrait à accréditer une idée dans l'attente éventuelle qu'un élément contradictoire ne vienne l'infirmer ; ce serait faire marcher la logique sur la tête. Quand, d'un autre côté, la comparaison entre deux documents aboutit à mettre en évidence des contradictions, cela indique sans la moindre ambiguïté qu'un des documents au moins n'est pas exact. Dans ce cas, il faut poursuivre les analyses et ne parler qu'avec circonspection.

En dernier ressort, le lecteur se souviendra que dans la chaîne des preuves, le témoignage est le maillon faible.


Paul-Éric Blanrue

L'individu absolu. Par Paul-Éric Blanrue.





L’INDIVIDU ABSOLU

 

 

Dans La Kulture en abrégé (1934), le poète américain Ezra Pound formule une loi que tout lecteur devrait se graver sur le front : "Au sens propre, nous devrions lire pour accroître notre pouvoir. Tout lecteur devrait être un homme intensément vivant. Et le livre, une sphère de lumière entre ses mains." 

Lire, c’est laisser l’énergie d’une pensée foudroyante projeter sur notre conscience un rayon illuminant les pièces sombres de notre royaume intérieur, comme les jeux de lumière créent l’enchantement de la Sagrada Familia de Barcelone. 

Tous les livres n’ont pas ce pouvoir magique, loin s'en faut ! Pourtant, nous avons tous, caché dans un coin de notre esprit, un semblable ouvrage qui nous poursuit de ses assauts, terrible, fascinant, tellement sacré à nos yeux qu’on ne peut s'en approcher qu'avec dévotion. Sa lecture se caractérise par une fébrilité que vient épauler notre attention soutenue : on craint d’en avoir sauté un passage capital, de n’avoir pas saisi un de ses aspects complexes, d'avoir mal entendu l'ampleur cuivrée d'une phrase essentielle. Il nous semblerait indigne d'être passé à côté du message que l’auteur a envisagé de nous transmettre il y a 10, 100, 1 000 ans, ou plus haut encore. Certains jours, nous avons l’occasion d’y déceler des richesses inaperçues, comme des étoiles que notre télescope de salon n'avaient pas encore découvertes, et nous voilà heureux comme des gamins durant quelques heures, avant de retomber vite fait sur notre terre si dure. De tels jours sont bénis des dieux !

Ce type de livre est pour celui qui s'en empare une question de vie ou de mort. L'ouvrage fait  partie de sa personnalité, il vit en lui. Nous respirons en lui, nous le laissons expirer en nous. Il s’est intégré dans notre existence comme nous nous sommes fondus en lui. Nous ne le laissons jamais tranquille, pas davantage que s'il était notre conscience, de sorte que nous le torturons à loisir, faisant fonctionner notre mental pour le meilleur et pour le pire. Chose normale puisqu'il constitue désormais une partie de nous-mêmes. Nous passons notre vie à le creuser comme les forty-niners exploitaient une mine de la Gold Mountain pour y redécouvrir un nouveau filon et en extraire l’ultime pépite. Si un terroriste échappé du roman Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou si un événement comparable à la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, au VIIe siècle de notre ère, nous l'arrachait définitivement, nous aurions l'impression d'être amputé d'un membre.

Pour moi, la Bhagavad Gita - en sanskrit : “Le Chant du Bienheureux” - est un de ces livres-là. Il y plus de trente ans que je le possède, dans différentes éditions, et j’en fais aujourd’hui encore ma nourriture quotidienne. Je m’y réfère à tout propos, et même hors de propos, pour me maintenir éveillé, en équilibre sur le fil d’or qui tient liés ensemble ses dix-huit chapitres, afin de rester connecté à des évidences perdues pour notre temps. 

Ce livre a changé ma façon d’être au monde, de percevoir les choses et les gens : il m’a modelé de fond en comble. Je sens vibrer chacun de ses versets en moi comme s’il faisait partie de mon ADN. Sans lui, mon existence n’aurait pas eu cette saveur.

J’ai découvert la Bhagavad Gita par hasard - si tant est que le hasard ait une signification autre que verbale -, en allant me promener au Jardin du Luxembourg. C’était par un bel après-midi ensoleillé du mois d’août parisien ; venant du musée d’Orsay, où une exposition quelconque ne m’avait pas plus emballé que la fille qui m'y accompagnait, je m’étais arrêté un instant devant une pile de livres d’occasion qui titubait sur la boîte d’un vieil ami bouquiniste du quai des Grands-Augustins, en bord de Seine, chez qui j’espérais chiner des Cahiers de la quinzaine originaux à bas prix. J’ignore pourquoi le projet d'achat concernant mon vieux camarade Charles Péguy fut abandonné au profit de ce poème paru dans une édition bon marché d’un peu plus de 100 pages... Le charme d'un titre peut-être ! Cette édition, datée 1976, revêtue d’une douce couverture en toile bleue nuit, était un objet pratique qui me ravit aussitôt.

Relatant un épisode du Mahâbhârata, la grande épopée de l’Inde, comparable à l’Iliade des Grecs, écrit durant les siècles précédant notre ère par un certain Vyasa dont on ignore à peu près tout, la Bhagavad Gita se présente comme l’essentiel de la doctrine védique, à la manière dont les sept versets d’Al-Fathia synthétisent le Coran ou comme le Symbole de Nicée résume la foi des chrétiens. C’est l’un des livres saints de l’hindouisme, considéré en Inde comme une Révélation divine au même titre que peuvent l’être la Bible pour un chrétien ou le Coran pour un musulman. 

Ce qu’on appelle l’hindouisme, faut-il le rappeler, est l’une des plus anciennes religions de l’humanité encore pratiquées de nos jours. Un  chercheur aussi versé dans l’étude des civilisiations traditionnelles que l’était Réné Guénon (1886-1951), auteur de L’Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues (1921), estime que l’on ne peut remonter au-delà de cette source pour connaître les origines des spiritualités actuelles. Il s’agirait de "l’héritage le plus direct de la Tradition primordiale", ou, à tout le moins, d’un surgeon d’une haute et antique sagesse au-delà de laquelle on ne sait rien ou presque de la métaphysique de l’humanité. Je ne crois pas trop m’avancer en faisant l’hypothèse que ce soufi égyptien qu’était devenu le Français Guénon, sous le nom d’Abd al-Wâhid Yahyâ, considérait que l’auteur de la Bhagavad Gita était l’un des 124 000 prophètes ayant précédé le Sceau de l’islam dont parlent les hadiths, puisqu’"Il n’est pas une nation qui n’est déjà eu un avertisseur" (35 : 24), et que   "chaque communauté » a reçu un Messager "(10 : 47).  Une chose que disent aussi, sans doute pas par hasard, les membres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, plus connus sous le nom de Mormons.

La Baghavad Gita était en tout cas un texte également apprécié par son confrère en études traditionnelles, l’Italien Julius Evola, féru d’alpinisme, qui n’oubliait jamais d’emporter dans son paquetage ce saint ouvrage lors de ses ascensions en montagne. L’auteur de Méditations du haut des cimes considérait ce poème comme la "dernière tradition du cycle héroïque indo-européen", un livre aristocratique réservé à la "caste guerrière" dont il faisait grand cas (sans doute trop, pour notre époque nucléaire).

Aussitôt ma lecture entamée à l’ombre des arbres la fontaine Médicis du Luxembourg - où j’avais mes habitudes du fait de la présence de jolies étudiantes de la Sorbonne qui venaient y réviser leur cours en attendant de passer des études plus approfondies -, je fus ébloui par la fraîcheur et la puissance de la doctrine qui jaillissaient de cet opuscule. C'était comme neuf ! Tombé du Ciel ! Cette beauté solaire inonda mon esprit. Révélateur, fixateur ! En quelques secondes, l’énergie paisible et l’imperturbable autorité de ces pages me firent franchir plus de 2 500 ans d’histoire aussi simplement que j'aurais fait le tour du bassin où jouaient les bambins accompagnées de leur nounous. Le dieu Krishna, Seigneur de la Consécration, y expliquait, avec des mots tout simples, sans trémolos, sans amphigouris, au prince Arjuna, la façon convenable de se comporter face à la mort certaine. Arjuna c'était moi, c'était toi, vous, vos parents, c'était les nounous du bassin et leurs gosses, les jolies filles autour de nous, c'était tout le monde, c'était l'univers. La Bhagavad Gita fut cette révélation, ce coup de foudre en plein coeur, cet éclair de lucidité sur le monde et le sens de la vie que j’attendais depuis longtemps ! 

Le texte est court, adamantin, simple, clair, incisif, et présente une profondeur à laquelle il m’est impossible de rester insensible.

En deux mots, voici comment se présentent les choses. La Bhagavad Gîtâ est rédigée sous la forme d’une conversation entre un guerrier, le prince des Indes Arjuna et un dieu, Krishna, à la fois son maître spirituel et le conducteur de son char. Le dialogue a lieu avant que ne soit lancé l’assaut entre deux armées. Arjuna hésite à se jeter dans le combat, il est arrêté par des scrupules car des amis et des parents proches, oncles, cousins, se trouvent dans le camp opposé au sien. Que faire ? Se battre ? Se retirer ? Au début de l’histoire, Arjuna est découragé, en proie au doute, prêt à déserter : va-t-il devoir tuer des familiers qu’il aime pour une vaine gloire militaire qui ne l’intéresse pas ? "Mes membres se dérobent, mon courage fléchit." Ses yeux versent "un torrent de larmes". Il se tourne vers Krishna, huitième avatar de Vishnou, le deuxième dieu de la trimurti indienne avec Bhama et Shiva, et implore ses conseils. 

Krishna le remet sur pied et l’encourage à combattre en lui soumettant de nombreux arguments qui vont le décider. Le principal d'entre eux insiste sur le fait qu'Arjuna à remplir les devoirs de sa nature, celle de la caste des guerriers, les Kshatriyas, à laquelle appartient Arjuna de part sa naissance : "Si tu ne veux pas remplir les devoirs de ton état et combattre sur le champ de bataille, tu manqueras au devoir naturel et à l’honneur, et tu seras coupable d’un crime". 

Krishna renverse ainsi, au passage, la définition de crime que nous connaissons dans le Décalogue : le crime ne consiste pas à tuer des proches ni des adversaires, mais à briser la loi cosmique en refusant de prendre part à une bataille où la position d’Ajruna l’a placé. Arjuna est né pour combattre, de ce fait il ne peut pas reculer devant le combat. S’opposer à son être profond serait le véritable crime. 

Mais attention, combattre ne suffit pas : Arjurna doit encore remplir sa mission avec calme et désintéressement :"Fais donc que le motif de l’action soit dans l’action même et non pas dans son issue. Que jamais l’espoir de la récompense de t’incite à l’action, et d’autre part, ne laisse pas ta vie se perdre dans l’inaction. Persistant fermement dans le Yoga, accomplis ton devoir, O Dhannanjaya, et, écartant de l’action tout désir de profit personnel, sois indifférent au résultat, qu’il soti heureux ou malheureux. Yoga signifie égalité d’âme (….) Le Yoga est la perfection dans la perfection des actions", lui enseigne Krishna. 

Ainsi donc, Arjuna ne doit pas prendre plaisir en guerroyant, ni aimer le goût du sang, jouir en tranchant des têtes, s’échiner à vaincre à tout prix, faire délibérément du mal à ses ennemis, désirer s’approprier les richesses de ceux qu’il combat ; non, il ne doit pas être animé par la passion, la rancœur, la haine, le désir, la convoitise. Il convient pour lui de s’incliner devant ce que lui dicte sa nature propre, de remplir la tache que sa caste lui désigne, de suivre le chemin tracé dès sa naissance. Arjuna est sur terre pour combattre, tel est son rôle, il n’a pas à se perdre dans des considérations morales, il n’a pas à tergiverser, à se réjouir, se lamenter ou pleurenicher, à perdre de temps, il doit se soumettre à son dharma, son devoir. Son mental désordonné n’a pas à s’évertuer à lui trouver une excuse pour ne pas décocher ses flèches. Il n’est pas un marchand de tapis, un danseur mondain ni un peintre en bâtiment. Il est un guerrier, un kshatryia, c’est l’emploi qu’il doit remplir sur cette terre durant sa brève existence. 

Son devoir rempli, l’ordre cosmique étant respecté, le gain, la perte, la peur, la joie sont indifférents. Puisque le mental du guerrier est resté neutre et équanime durant les combats, ce n’est pas lui qui a agi individuellement, c’est le Brahman, l’énergie cosmique, qui a bataillé à travers lui. L’homme en adéquation avec son être profond - c’est-à-dire lorsque son athman, son âme individuelle, correspond au Brahman, l’âme de l’univers, les deux étant une seule et même énergie -, est, poursuit Krishna, "établi dans la sagesse lorsqu’en toute circonstance il accepte chaque événement favorable ou défavorable, d’un esprit égal, sans aversion ni préférence et lorsque dans la bonne ou la mauvaise fortune il ne se réjouit point de la première et n’est point déprimé par la seconde.

Telle est la loi de l’émancipation humaine, de la vraie libération selon la Tradition : ne pas céder à l’angoisse et à ses émotions, connaître sa nature, l’accomplir sans que les craintes ou l’excitation aient une incidence dans un acte qui doit être mené sans attachement ni aversion. "Mieux vaut accomplir son devoir même dépourvu d’excellence que d’accomplir parfaitement le devoir d’un autre", dit Krishna.

On retrouve cette idée dans toutes les sociétés traditionnelles. Dans le Nouveau testament, saint Paul fait cette recommandation qui a beaucoup choqué : "Esclaves, obéissez à vos maîtres d'ici-bas avec crainte et tremblement, en simplicité de coeur, comme au Christ ; non d'une obéissance tout extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais comme des esclaves du Christ, qui font avec âme la volonté de Dieu. Que votre service empressé s'adresse au Seigneur et non aux hommes, dans l'assurance que chacun sera payé par le Seigneur selon ce qu'il aura fait de bien, qu'il soit esclave ou qu'il soit libre." (Ep 6, 5-8). Et encore : "Que tous ceux qui sont sous le joug de la servitude regardent leurs maîtres comme dignes de tout honneur, afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés.(1Ti 6,1)"

Il s’agit toujours de respecter sa nature propre, celle donnée par Dieu lors de notre naissance. Une idée qu'on retrouve chez mes amis les stoïciens. L'empereur Marc-Aurèle, dans ses Pensées pour moi-même (Livre V, III), écrit: "Juge-toi digne de toute parole et de toute action conformes à la nature. Ne te laisse pas détourner, ni par la critique des uns, ni par les propos qui peuvent en résulter. Mais, s’il est bien d’agir ou de parler, ne t’en juge pas indigne. Les autres ont leur principe particulier de direction et ont affaire à leur instinct particulier. Quant à toi, ne t’en inquiète pas ; mais, poursuis droit ton chemin, en te laissant conduire par ta propre nature et la nature universelle : toutes deux suivent une unique voie.

Dans les sociétés antiques, la nature de l’individu, et par conséquent le chemin qu’il devait suivre dans l’existence, l’établissement de son devoir et le cadre de sa liberté, étaient déterminés par son appartenance à une communauté, que l’on considérait comme conforme à l’ordre divin. L’individualité était fixée par l’appartenance à sa "classe". Un marchand ne devenait pas un guerrier, un brahman ne prenait pas part aux combats. Un guerrier ne devait pas se poser de question morale sur la guerre qu’il menait. Là-dessus s’emboitaient d’autres type d’appartences - à des familles, à des tribus, des clans, des fédération, des royaumes, des empires - qui impliquaient toutes sortes de dépendances fondant l’individu dans un réseau inextricable de collectivités et de lois afférentes dont il lui était difficile sinon impossible de s’extraire.

Dans l’Ancienne France, il existait également trois ordres, celui des prêtres, des nobles, et le tiers état, composé de paysans et de marchands. Pour remplir son devoir, il fallait s’en tenir à son état dit "naturel" et remplir les devoirs liés à son état, la Cité terrestre étant considérée comme le reflet de la Cité céleste. Le noble faisait la guerre pour le compte du roi et n’avait pas le droit de travailler sans quoi il dérogeait et perdait aussitôt sa qualité aristocratique ; quant aux paysans et aux bourgeois, ils n’étaient pas, ou si peu, appelés à participer aux guerres que menait le souverain. Il fallut attendre la Révolution française pour qu’il y ait la première levée en masse mélangeant les trois états, ce qui fut la cause première des guerres des Vendée, les paysans de l’Ouest considérant comme inconcevable de quitter leurs champs pour aller mener une guerre qui ne les regardait nullement, et qui bouleversait l'ordre naturel des révoltes au même titre qu'elle niait leur liberté personnelle. L'effroyable génocide des déserteurs vendéens, de leurs compagnons, de leurs curés, de leurs familles s'en suivit.

Avec l’évolution de la société, le changement des esprits, l’avènement de philosophies nouvelles, la Renaissance et le triomphe de l’humanisme,  la sclérose des doctrines anciennes (déjà mise en valeur par le Bouddha, au Ve siècle avant notre ère), les communautés ont progressivement affranchi l’individu de leurs lois. La nuit de 4 août 1789 est devenue emblématique de la "fin des privilèges", qui avaient eu pour pendant, durant des siècles, des devoirs sacrés. En quelques années à peine, homme se retrouva seul face à son destin. Quand Dieu lui-même sembla se retirer de la terre, l’homme dut trouver sa propre voie, seul, tracer son sillon sans l’aide du Ciel.

Le premier grand penseur de cette situation nouvelle pour l'humanité fut Friedrich Nietzsche. Il ne pavoise pas tant qu'on le croit sur ces droits nouvellement acquis, contrairement aux thuriféraires de la Révolution. Il a trop conscience d’assister à la fin d’un monde, à la chute d’une civilisation ancestrale qu'il appréciait. Il savoure certains à-côtés de cette chute (l’un de ses meilleurs livres,  Aurore, est dédié à Voltaire, en qui il voit un devancier), mais il perçoit surtout en quoi son époque vit une authentique tragédie, car il y a derrière tout l’engouement populaire pour les idées nouvelles un grand malentendu enfoui, caché, camouflé, masqué, comme un cadavre qu'on cherche à enterrer de nuit au fond du jardin pour que la police ne le retrouve pas.  Nietzsche s’aperçoit que l’homme contemporain se croit "arrivé comme un bourgeois gentilhomme" : il a coupé la tête du roi, il a griffonné une Déclaration de ses droits sur un bout de papier, et se pense désormais... libre ! L'idiot ! Pérorant sur ce statut nouvellement acquis, l’homme moderne "cligne de l’œil" avec l’ironie de l'imbécile qui pense avoir tout compris alors qu'il est l'invité d'un dîner de con, et pense avec une naïveté de pucelle que tous les fils qui le reliaient à son antique esclavage sont sectionnés. 

L’imbécile a en partie raison, et il est vrai qu’il s’est défait d’un tas d'obligations extérieures inutiles et qu’il ne comprenait plus, devenues pour lui des charges insupportables ; il récitait un texte qui lui était devenu étranger ; depuis il a acquis un statut nouveau et inventé un monde différent. Est-il pour autant aussi libre qu’il le croit et le clame sur les barricades, la cocarde sur la boutonnière ? C’est à cet instant que Nietzsche descend tel Zarathoustra de sa montagne pour intervenir devant la foule des hommes assemblés, à la suite de son maître Arthur Schopenhauer, et leur indiquer les cruels défauts de ces "hommes qui cligne de l’œil", leurs idées fausses, les illusions démocratiques qui les minent, leurs hallucinations électorales et scientifiques, leur mystagogie morale, les erreurs qui se camouflent sous leur assurance bêtement athée, tout le chemin qu’il lui reste à accomplir pour passer du "singe au surhomme", ce légendaire surhomme tant décrié, qui n'est autre que cet homme moderne à dépasser, et qui, contrairement à ce qu'en ont fait la caricature américaine, d'un côté, et germanique de l'autre, n'est ni Superman ni une sculpture d’Arno Brecker - mais un homme accompli, conscient, vif, en ascension sur un chemin de montagne, sachant se fixer ses propres buts et s'y tenir, se gardant de regarder trop longtemps en arrière. À la manière dont le marquis de Sade l'écrivait dans son Boudoir à l'enseigne de ceux qui se croyaient révolutionnaires ("Français, encore un effort pour être républicains ! "), Nietzsche, lui, déclare aux hommes de son temps, d'un temps dont nous sommes encore pour un bon bout de temps : "Hommes, encore un effort pour devenir de véritables hommes !"

Pour leur faire comprendre qu’il doivent rabattre de leurs prétentions, ainsi que Schopenhauer lui aussi l’avait démontré dans un court et percutant traité, Nietzsche remet en cause le libre arbitre. Non, nous ne pouvons pas faire tout ce que nous voulons, disent-ils, puisqu’il existe des lois naturelles intangibles que nous ne pouvons violer – et puis surtout nous ne sommes même pas les maîtres de notre volonté ! Nos pensées, les motifs qui nous font agir surgissent on ne sait d'où, ils vont et viennent, plusieurs personnes vivent en nous avec des intérêts divergents. Quant à l’organisme il réagit à des sollicitations impérieuses que nous sommes loin de maîtriser (qui est capable de faire battre son cœur ?). J'ai trop pratiqué de méditation pour croire toutefois qu'Arthur et Friedrich aient raison sur l'entièreté de cette théorie, qui pour moi n'est qu'une vue de l'esprit. Je reste assuré que si les motifs d'une action sont restreints et que l'homme doit mener sa vie avec le monde tel qu'il est, il lui reste néanmoins la capacité de dire non, de se révolter, de désobéir (c'est tout un art !), de refuser une contrainte jugée injuste ou illégitime, comme Antigone.

Très étonnamment, pourtant, Nietzsche rejoint ici Krishna relativement à l’existence d'une nature propre que nous devrions assumer. Oui, l’homme a une nature, il est tel qu’il est, il peut certes se transformer, évoluer, se modifier s’il en a les capacités, mais il est appelé à devenir ce qu’il est, comme le disait Pindare, car ce qu’il est ne dépend pas de lui (la génétique nous l’a bien démontré depuis, n'en déplaise aux curetons de la théorie du genre). 

Le choix de l’homme est donc celui de s’assumer ou non. En ce sens il peut devenir libre, s’il développe une claire conscience de ce qu’il fait, mais, avant tout, il lui est dévolu de trouver qui il est et de le devenir pour ne pas être balloté par les flots et agi par les autres. 

L’homme n’a plus de directives liées à un statut social sacralisé mais il dispose d’un concentré d’énergie liée à son essence intime, ce que Nietzsche appelle sa "volonté de puissance", la force impalpable qui se trouve en toute chose, sur la terre comme dans l’univers, dans les plantes comme dans les atomes, les montagnes, les hommes - le Brahman dont parle Krishna, le Soi suprême. 

Le dernier péché qu’il reste à l’homme à jeter aux ordures est le ressentiment, sa face de Joker (les amateurs de Batman comprendront), car le ressentiment n'est rien d'autre que le rejet de ce qui "est", la non-acceptation du monde tel qu’il se présente. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre le monde, puisqu'il est là, mais d’agir à la façon d'Arjuna, sans aigreur, sans trembler, sans regret ni remords, en se maîtrisant, puisque la maîtrise de soi, comme l'enseignent Aristote puis les stoïciens, vaut mieux que la maîtrise du monde.

Il faut en finir avec certaines conceptions de la vie ! Le philosophe au marteau met en cause l’impératif catégorique de Kant, le résidu protestant qui pend du cadavre de l’ancienne morale chrétienne, le Bien et le Mal de nos grands-mères, la foi du charbonnier faite d’un Absolu reposant sur des démonstrations sophistiques et les intérêts cachés de la caste des prêtres. Il s’en prend violemment aux religions instituées, qui lui apparaissent scélorosée, démonétisées, ayant perdu au fil du temps les valeurs qui avaient autrefois rendu possible leur expansion et légitimé leur pouvoir. L’homme doit reprendre la main et ne plus se laisser dicter ses valeurs par des antiquaires de la foi. Remarquons au passage que Nietzsche ne s’attaque qu’au Dieu de l’ancienne morale, non au Dieu métaphysique lui-même, qu'il laisse en paix, ni à des dieux métaphoriques, à des légendes et des symboles didactiques : il revêt volontiers les masques de Dionysos et Zarathoustra. Il n’est pas rationaliste, il célèbre l’enchantement, mais en revanche il refuse les contrefaçons qu'on lui tend, même et d'abord les rationalistes, et les mensonges que chacun s’offre à soi-même du lever au coucher. En quoi il est l'homme du Grand Midi : il est la verticalité et la clarté.

Nietzsche s’attaque logiquement, aux hommes "qui clignent de l’œil", ses contemporains, les bipèdes qu’il voit se profiler à l’horizon d’un avenir proche, ces deux siècles qui suivront sa mort où des nigauds prétentieux se pavanant comme les rois du pétrole vivront tels des somnambules en laissant passer leur vie devant eux comme les vaches regardent passer le train.

L’homme d’aujourd'hui semble condamné, mais, lorsqu'il sent sa vie manquer de sens, comme le Corto Maltese d'Hugo Pratt il trace au couteau, sur sa main, sa propre ligne de chance, participant ainsi à son destin. Les traditionalistes, s'il en reste, considèrent ce geste comme un affront fait à Dieu, qui seul tranche et retranche. Ils aimeraient revenir en arrière, ralentir la machine, se fixer sur le passé. D'autres hommes, ayant surmonté leur mélancolie, voient plus loin, ils sont ceux de que la Tradition désignent parfois comme ceux qui suivent la "Voie de la main gauche". Ils ne vivent pas dans les sanglots et ne cherchent pas à créer la machine à remonter le temps. Ils vivent dans leur époque et prennent le risque d'accepter un nouveau moyen âge. Parmi eux, il y a même des optimistes espérant atteindre un jour le stade de la Renaissance qui suivra.


Paul-Éric Blanrue

dimanche 3 octobre 2021

Rand Paul humilie le secrétaire à la Santé américain !

Becerra écrasé par Rand Paul !
Le fils du libertarien Ron Paul, le sénateur Rand Paul du Kentucky, vient d'une famille de médecins, il a obtenu son doctorat en médecine de l'Université Duke et il est un médecin praticien. Lors d'un débat, il a littéralement écrasé Xavier Becerra, homme politique et avocat américain, actuellement secrétaire du ministère de la Santé.
Voici une partie du verbatim :
Rand Paul : M. Becerra, connaissez-vous une étude israélienne qui comptait 2,5 millions de patients et a révélé que le groupe vacciné était en fait sept fois plus susceptible d'être infecté par le Covid que les personnes qui avaient contracté le Covid naturellement ?
Xavier Becerra : Sénateur, je devrais revenir sur celui-là. Je ne connais pas cette étude.
(...)
Rand Paul : Vous n'êtes pas médecin. Avez-vous un diplôme en sciences ? Et pourtant, vous parcourez le pays en qualifiant des gens de platistes et qui ont eu le Covid, examiné des études de millions de personnes et pris leur propre décision personnelle que leur immunité qu'ils ont naturellement acquise est suffisante. Mais vous présumez d'une manière ou d'une autre dire à plus de 100 millions d'Américains qui ont survécu au Covid que nous n'avons PAS le droit de déterminer nos PROPRES soins médicaux. Vous seul êtes en haut, et vous avez pris ces décisions, un avocat SANS formation scientifique, SANS diplôme en médecine. C'est une arrogance couplée à un autoritarisme inconvenant et anti-américain. Vous, monsieur, êtes celui qui ignore la science !
La vaste prépondérance des études scientifiques, des dizaines et des dizaines, montre une immunité robuste et durable après l'infection au Covid. Même le CDC ne recommande PAS le vaccin contre la rougeole si vous avez une immunité contre la rougeole ! Il en était de même pour la variole ! Mais vous ignorez l'histoire et la science. Vous devriez avoir honte de vous-même et vous excuser auprès du peuple américain d'être malhonnête au sujet de l'immunité naturellement acquise.
Vous voulez que plus de gens choisissent la vaccination. Moi aussi. Vous voulez réduire l'hésitation à la vaccination. Moi aussi. Vous voulez que ça se produise ? Arrêtez de mentir aux gens au sujet de l'immunité naturellement acquise ! Essayez la persuasion au lieu des gourdins du gouvernement. Essayez l'humilité au lieu de l'arrogance. Essayez la liberté au lieu de la coercition. Mais surtout, essayez de comprendre qu'il n'y a pas de droit médical plus fondamental que de décider de ce que nous injectons dans NOTRE corps."

jeudi 23 septembre 2021

Le Covid, règne des folies dictatoriales. Par Paul-Éric Blanrue.

Voici deux mois que Washington DC a rétabli l'obligation du masque pour tous : les cas ont augmenté de 347%. Encore un triomphe !
Les Bermudes : 67% de leur population est entièrement vaccinée. Les cas y ont augmenté de 5 605% au cours du mois dernier. Pour faire bonne mesure les masques y sont obligatoires depuis décembre. Encore un franc succès !
La Floride a quant à elle levé toute les restrictions à l'automne 2020. Sa vague hivernale a culminé puis diminué - naturellement. Petit pic au printemps, qui a diminué. En été, poussée associée au variant Delta, suivi du déclin. Bref, les restrictions n'ont joué aucun rôle dans ces déclins, puisqu'il n'y en a plus depuis un an, pas davantage que de masques obligatoires.
Le Mississippi a levé toutes les restrictions en mars et n'a connu aucune nouvelle poussée. L'été venu il y a eu une poussée due à Delta, maintenant en déclin. Comme en Floride on s'aperçoit que les restrictions (inexistantes) ne sont pour rien dans ces déclins, idem le masquage (non obligatoire).
Depuis que le Danemark a mis fin à toutes les restrictions nationales Covid (pas de confinement, pas de passeports sanitaires ni d'obligation de masque), les cas sont en hausse !
Mais non, voyons : ils sont naturellement en baisse ! Chute de 52% !
Chiffres officiels anglais :
- Les taux d'infection au Sars-CoV2 sont aussi élevés ou plus élevés parmi les entièrement vaxxés dans toutes les cohortes d'âge ≥ 40. Les vaccinés et les non vaccinés sont infectés : les passeports vaxx sont donc inutiles.
- Les vaccins semblent être efficaces pour réduire le risque d'hospitalisation ou de décès dans les tranches d'âge supérieures. Cependant, le risque de décès suite à un test positif pour toute personne de moins de 50 ans (ou sans doute 60 ans) est extrêmement faible, et le risque pour les moins de 30 ans est NUL.
Avant, la science c'était l'esprit critique, l'anti-dogmatisme, le non-conformisme.
Il existe désormais une nouvelle définition médiatique et institutionnelle de la science : toute donnée soutenant l'interventionnisme de l'Etat et le contrôle de la vie des gens.
Pensons à tous ceux qui se sentent soulagés à l'idée que leur gamin de 5 ans puisse bientôt se faire vacciner contre le Covid. Alors qu'il ne court aucun risque. Cette pensée nous fait souvenir que bien des gosses naissent avec le lourd handicap d'avoir des parents idiots.
On le sait désormais, toutes les études le démontrent : dans le meilleur des cas, le vaccin n'est utile que pour les personnes présentant des risques (troisième âge, comorbidités), il est inutile et potentiellement nuisible pour les personnes plus jeunes et bien portantes, qui s'en sortent très bien si elles sont infectées et développent alors une immunité naturelle plus longue que celle obtenue avec le vaccin. Le Covid long est d'ailleurs encore moins fréquent qu'on ne le pensait auparavant. En avril, 12% des testés positif contractaient un Covid long. Aujourd'hui : 2,5 %. Et quand il s'agit d'enfants de moins de 11 ans, le chiffre est inférieur à 1% !
L'idée démagogique du Zéro Covid a abouti à des folies dictatoriales. Les Etats, tendant naturellement (mouvement autodynamique) vers l'autoritarisme, ont choisi la stratégie de l'universalisation à la Chinoise : confinements, masques, vaccinations, passes - POUR TOUS.
Alors qu'il fallait cibler depuis le début les populations à risques et ficher la paix aux autres, soit la grande majorité des gens.
L'universalisation de la castratrophe est fort pratique pour les politiciens peu estimés, se cassant la gueule dans les sondages, et divers scientifiques en mal de pub se trouvant soudain une utilité publique (en attendant les subventions) : tous passent désormais, à peu de frais, pour de "petits pères des peuples", des sauveurs de l'humanité.
Pour cibler, il aurait fallu discriminer. Discriminer est un mot interdit. Au moins depuis la loi Pleven. Quoique discriminer ne dérange pas l'Etat quand il s'agit d'établir une ségrégation entre vaccinés et non vaccinés. Entre personnes à risques et les autres, toutefois, ça ne se faisait pas, il convenait de mettre tout le monde dans le bain. L'image sonnait plus apocalyptique, avec éclairs et trompettes et cinquième cavalier. Les membres de l'Eglise de la Trouille se léchent les babines : à tout point de vue, il n'y a là-dedans que des intérêts pour l'élite.
L'égalitarisme pourrit tout ce qu'il touche, et la démocratie est son prophète. La démocratie est l'avenir des esclaves !

Paul-Éric Blanrue



vendredi 17 septembre 2021

Désinformation et loi des suspects. Par Paul-Éric Blanrue.

Sombre anniversaire ! Celui de la "loi des suspects", le décret du 17 septembre 1793 ordonnant l'arrestation immédiate de toute personne suspectée d'être défavorable à la Révolution : nobles, anciens fonctionnaires, familles d'émigrés, prêtres réfractaires, catholiques, etc.
Cet état d'esprit puant ne vous rappelle rien ?
Nous y sommes. Prison planet ! En Allemagne, Facebook supprime des comptes anti-restrictions Covid. En Italie, l'Etat va généraliser le pass sanitaire au travail, dans le public comme dans le privé. Seuls les retraités, les femmes et hommes au foyer et les chômeurs, seraient de facto exclus du dispositif. Et les clandestins, ça va sans dire.
Info manipulée, désinformation constante, censure permanente, menaces, études importantes passées sous silence, le mensonge est partout. 
Un mensonge d'Etat au hasard ? En voici un joli, un récent, que chacun peut vérifier et encadrer. Joe Biden, le 21 juillet 2021, a déclaré : "Vous n'aurez pas de Covid si vous avez ces vaccins". On sait aujourd'hui que c'est totalement faux. Au moment où j'écris ces lignes, on apprend que l'ancien conseiller national, le socialiste Andreas Herczog est décédé des suites du Covid... bien qu'il ait été vacciné deux fois. 
Plus généralement, en quelques mois, voire en quelques semaines, nous sommes passés de l'affirmation selon laquelle les vaccins protègent pleinement du Covid à l'affirmation qu'ils marchent "assez bien" à condition que vous fassiez des rappels réguliers ad vitam aeternam. Et ceci toujours asséné avec la même assurance.
Les médias n'ont rien dit non plus de cette nouvelle analyse où l'on a examiné 14 études du monde entier portant sur 19 426 enfants et adolescents ayant déclaré avoir un long Covid. Celle-ci montre que les symptômes à long terme du Covid chez les jeunes disparaissent généralement en 4 à 12 semaines ! Nouvelle trop optimiste
sans doute.
Autre info qui n'a pas fait la une dans les médias français : les deux principaux responsables de la recherche US sur les vaccins ont démissionné la semaine dernière (fait suffisamment rarissime pour être noté) et ont signé une lettre dans The Lancet mettant fortement en garde contre les rappels de vaccins. Il s'agit de deux hauts fonctionnaires de la FDA chargés de l'innocuité et de l'administration des vaccins, la directrice et le directeur adjoint du Bureau de la recherche sur les vaccins, Marion Gruber et Phillip Kause. Voici ce qu'ils écrivent en substance :
"Bien que les avantages de la vaccination primaire contre le COVID-19 l'emportent clairement sur les risques, il pourrait y avoir des risques si les rappels sont largement introduits trop tôt, ou trop fréquemment, en particulier avec les vaccins qui peuvent avoir des effets secondaires à médiation immunitaire (comme la myocardite, qui est plus fréquente après la deuxième dose de certains vaccins à ARNm, ou le syndrome de Guillain-Barre, qui a été associé aux vaccins COVID-19 à vecteur adénovirus)."
Et encore : "les preuves actuellement disponibles ne montrent pas la nécessité d'une utilisation généralisée de la vaccination de rappel dans les populations qui ont reçu un régime de vaccination primaire efficace."
Notons que ceux personnes ne sont nullement des anti-vax, bien au contraire.
Comme le signale le site Mises.org : "Le régime du Covid a étendu et approfondi la crise épistémique inaugurée par le postmodernisme et le postmodernisme pratique. Le discours paralogistique a maintenant pénétré "la science", qui s'est transformée en une série de non-séquturs soutenus par la force. La science est devenue postmoderne, prouvant la revendication du sociologue de la science Bruno Latour - dans le monde postmoderne, les faits scientifiques ne sont que des déclarations socialement construites qui deviennent "trop coûteuses" à renverser."

Paul-Éric Blanrue