BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

mercredi 20 octobre 2010

ARCHIVES (28) BLANRUE DANS HISTORIA : "Grégory, ou le récit d'un fiasco judiciaire" (juin-juillet 2010 - hors-série avec NOTRE TEMPS)

Le 16 octobre 1984, peu après 17h, le petit Grégory disparaît devant la maison de ses parents, Jean-Marie et Christine Villemin, à Lépanges-sur-Vologne (Vosges). Le garçonnet, né en août 1980, est âgé de quatre ans et demi. Les gendarmes sont immédiatement prévenus de sa disparition. Ils fouillent le village sans le retrouver. À la nuit tombée, il s’approchent de la rivière de la Vologne dans le bourg de Docelles, à sept kilomètres en aval de Lépanges. Vers 21h15, ils retrouvent son corps. L’enfant est habillé, échoué sur un barrage, dans l’eau froide, ligoté des pieds à la tête avec une cordelette. Son bonnet est rabaissé sur son visage. Il a l’air de dormir. Il n’a pas de traces de coups.
Le crime est revendiqué au téléphone une demi-heure à peine après la disparition, vers 17h30, au domicile de Michel Villemin, l’un de frères de Jean-Marie. Une voix rauque revendique le crime et lui annonce que l’enfant a été enlevé puis jeté dans la Vologne.
L’affaire fait la une de la presse locale. C’est l’émotion générale. Le père de l’enfant fait part de ses soupçons : « J’ai une petite idée, mais je la garde…. Je connais l’assassin de mon fils… ». Au matin du 17 octobre, il a reçu une lettre anonyme postée la veille, à 17h15, à Lépanges : « J'espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n'est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con. » C’est la deuxième revendication du crime de Grégory.
Cette lettre n’est pas la première qui soit adressée aux Villemin par le « corbeau ». Depuis mai 1981, la famille a reçu plus d’une centaine d’appels anonymes. D’abord, il s’agit de la voix étrange d’une femme qui fredonne une chanson, puis, à partir de novembre de la même année, de la voix déformée d’un homme. Les appels anonymes cessent en mai 1983 - jusqu’au jour du drame.
La famille a également reçu trois lettres anonymes l’année précédant le crime. Cela a commencé avec un mot glissé dans les volets de la maison des Villemin : « Je vous ferez (sic) votre peau à la famille Villemin. » Puis c’est au tour des grands-parents de Grégory de recevoir deux lettres adressant des menaces au « Chef » et à sa « petite famille ». Sans doute les Villemin ont-ils fait des envieux. Peut-être aussi cette affaire cache-t-elle un secret de famille…
Sur le terrain, les gendarmes, conduits par le capitaine Étienne Sesmat, cherchent des indices. Leur enquête est d’autant plus difficile qu’il n’y a pas de témoin de l’enlèvement. L’enfant jouait seul sur un tas de gravier devant la maison, tandis que sa mère, à l’intérieur, repassait du linge en écoutant la radio.
En remontant le long de la Vologne, les gendarmes estiment que le corps a dû être jeté entre deux barrages, sans quoi il aurait été abîmé. Ils remarquent des traces de pneu de voiture et l’empreinte d’un talon, qui ne débouchent sur rien. Ils tentent de reconstituer la scène du crime avec un mannequin. Un essai fait au centre de Docelles est concluant. À nouveau, tout le monde se demande pourquoi nul n’a rien vu.
Le Parquet ordonne une autopsie. Malheureusement, elle est incomplète. Le médecin légiste ne fait analyser ni l’eau des poumons ni les viscères. On ne saura jamais l’heure ni les circonstances exactes de la mort de Grégory, ni si l’eau provient de la Vologne. On ne sait pas non plus de quoi exactement l’enfant est décédé.
Les gendarmes orientent leur recherches vers l’identité du « corbeau ». Qui peut haïr les Villemin au point d’avoir tué leur enfant ? Le jeune couple fait manifestement l’objet d’une jalousie irrationnelle. Les gendarmes vérifient tous les alibis. Une hypothèse est lancée : le corbeau habite peut-être à Aumontzey, le village des grands-parents de la victime, qui ont reçu le plus de lettres et d’appels anonymes.
Toutes les personnes (environ soixante-dix) entendues par les gendarmes sont soumises à des dictées, remises à des experts en écriture. Pour la plupart, dont Mme Marie-Jeanne Berichon-Seyden, les lettres ont été écrites par la même main. Les experts en arrivent à soupçonner un ouvrier, Bernard Laroche, cousin germain de Jean-Marie Villemin, qui habite sur les hauteurs de Aumontzey. Il est l’époux de Marie-Ange avec qui il a un fils, Sébastien, âgé de 4 ans, comme Grégory. Durant son adolescence, il a fréquenté Jean-Marie, mais ils ne se voient plus. Pourtant, son écriture est jugée « intéressante ». Son enfant a connu des problèmes à la naissance et il a un statut social moins brillant que le contremaître Jean-Marie Villemin. Ne tient-on pas le suspect idéal ?
Surtout qu’on découvre aussi, au bas de la lettre de revendication de meurtre du « corbeau », un indice qui peut se révéler capital : des traces de ce qui ressemble à une signature. Le gendarme Denis Klein promène un faisceau lumineux sur le papier qui met en relief un « L » et un « B » majuscules. Si on les superpose avec la signature de Laroche, ça « colle ». Le papier à lettre viendrait donc d’un bloc et les deux lettres seraient celle d’un « foulage », c’est-à-dire d’une marque apparue à travers le papier, par pression.
Dès le lendemain, Laroche et sa famille sont placés en garde-à-vue et interrogés. En l’absence d’aveux, ils sont relâchés au bout de 24 heures. Mais les gendarmes s’accrochent à cette piste et vérifient l’alibi de Laroche. Celui-ci déclare qu’à l’heure de l’enlèvement de Grégory, il se trouvait à Aumontzey. Une sœur de sa femme, Muriel Bolle, collégienne de 15 ans, assure qu’elle l’a vu à 17h20. Sauf qu’elle craque devant les gendarmes et avoue soudain qu’elle est rentrée chez elle, avec Laroche, venu la chercher à la fin des cours, « accompagné d’un petit garçon ». D’après elle, Laroche s’est ensuite rendu à Docelles. Il a fait un arrêt, où il est « descendu avec le petit ». Muriel ignore ce qu’il s’est passé. Néanmoins, « une chose est sûre », dit-elle, « Bernard est revenu seul ».
Placée en garde à vue, elle passe la nuit à la caserne. Le procureur d’Épinal, Jean-Jacques Lecomte, appelle le juge Jean-Michel Lambert afin qu’il vienne lui-même entendre les confessions de ce témoin capital. Mais c’est vendredi et le juge d’instruction préfère partir en week-end. Muriel Bolle est remise en liberté. Le lundi matin, la jeune fille lui raconte la même histoire.
Lambert ordonne l’arrestation immédiate de Laroche. Le 5 novembre, les gendarmes l’arrêtent à son usine, sur sa chaîne de montage. Il est inculpé de l’assassinat de Grégory et enfermé à la maison d’arrêt de Nancy.
Mais le lendemain la fillette se rétracte devant micros et caméras : « Ils ont dit qu’ils me placeraient dans une maison de correction si je disais pas ça au juge… J’y étais pas dans la voiture de Bernard… J’ai jamais été sur Lépanges, où le gosse a été noyé… Bernard est innocent, mon beau-frère est innocent… » Les gendarmes nient avoir ourdi un tel chantage. Ils sont d’autant plus crédibles que Muriel affirme être rentrée de l’école en bus, le soir du 16 octobre, alors que ses camarades de classe et le chauffeur ne l’ont pas vue dans le car de ramassage scolaire ce soir-là.
Peu importe, le seul témoignage à charge contre Laroche s’écroule. C’est le premier tournant de l’affaire. Le juge organise une confrontation entre Muriel et Bernard. La gamine maintient qu’elle n’était pas avec lui le soir de l’assassinat.
Peu à peu, les regards se tournent vers Christine Villemin. Trois collègues de travail (Sandrine, Maria et Marie-Lise) témoignent qu’elles ont vu celle-ci devant la poste de Lépanges, vers 17h, le soir de l’enlèvement. L’une d’entre elles dit même avoir vu Christine glisser une enveloppe dans la boîte à lettres. Les gendarmes entendent Christine, qui soutient que les jeunes femmes se trompent. Elle ne portait pas les habits que celles-ci décrivent. Les gendarmes vérifient ce détail et lui donnent raison. De plus, c’est la veille, le 15, et non le 16, qu’elle est allée à la poste : une des deux lettres qu’elle a envoyée est d’ailleurs retrouvée.
Pourtant, le juge Lambert va s’accrocher à ces nouveaux témoignages. La rumeur enfle. Et si c’était la mère ? Lambert, dont c’est la première grosse affaire, décide de ne plus écouter les gendarmes, à qui il ne demande plus aucune investigation.
Pendant ce temps, Laroche reste en prison. Son avocat, Maître Gérard Welzer parvient à faire annuler les expertises d’écriture qui le désignent pour vice de procédure. Le juge aurait dû procéder par voie d’ordonnance alors qu’il a demandé aux gendarmes de désigner eux-mêmes l’expert. Quant au « foulage », toutes les expertises ont disparu ! Les constatations du gendarme se sont perdues et il faudra attendre des années pour qu’on retrouve un double de la fiche de correspondance, ainsi que celui des clichés.
Lambert nomme de nouveaux experts en écriture. L’un d’entre eux, Alain Buquet, fait tout basculer. Le 4 février 1985, avant la remise officielle des résultats, il annonce au juge que le corbeau n’est pas Bernard Laroche. Le juge d’instruction remet le jour-même celui-ci en liberté, contre l’avis du procureur. Même si Laroche reste inculpé d’assassinat, il est de retour dans la vallée de la Vologne et reprend son travail à l’usine. 


 Jean-Marie Villemin est anéanti. Il ne cache pas son intention de vouloir assassiner son cousin. Début mars, Maitre Welzer demande des mesures de protection au procureur, qui en avise le préfet, lequel ne donne aucune directive aux gendarmes.
Ces derniers sont officiellement dessaisis. Le juge met sur l’affaire la police judiciaire de Nancy, qui prend le contre-pied de leurs prédécesseurs. Les projecteurs se braquent plus que jamais sur Christine Villemin.
Fin mars, les nouveaux experts en écriture affirment que la rédactrice des lettres du corbeau n’est autre que Christine. Les parents de Grégory sont stupéfaits. Christine, enceinte, est immédiatement hospitalisée dans une clinique d’Épinal, où le juge Lambert vient lui annoncer qu’elle est désignée comme l’auteur des lettres. Son écriture serait celle qui présente « le moins de discordance » avec celle du corbeau.
Pour Jean-Marie Villemin, seul, déprimé, l’assassin reste Laroche. Il rôde autour de sa maison, ruminant sa vengeance. Le 29 mars, vers 13h, il se munit de son fusil et l’abat devant sa maison, d’une cartouche de chevrotine. Le jour même, Marie-Ange vient d’apprendre qu’elle attend un autre enfant…
Avant de se livrer à la police, Villemin se rend à la clinique pour annoncer à sa femme qu’il a tué Laroche. Il est immédiatement emprisonné.
Dans la maison de Lépanges, les policiers retrouvent alors, dans la cave, des morceaux de cordelette ressemblant à ceux retrouvés sur le corps de Grégory. Certes, les Villemin n’habitent plus ce domicile depuis six mois et ce type de ficelle est assez fréquent. Mais début juillet, deux expertises confirment la thèse des policiers : les cordelettes sont bien identiques à celles qui ont lié l’enfant et l’écriture de Christine est désignée comme étant celle du corbeau.
Cela suffit au juge Lambert, le 5 juillet, pour inculper la mère de l’assassinat de son fils. Elle est écrouée à la prison de Metz-Queuleu. Alors qu’elle est enceinte de six mois, elle y entame une grève de la faim, qui dure cinq jours. De sa cellule, Jean-Marie l’imite aussitôt.
Reste une question : quel est le mobile de Christine ? De l’avis de tous, c’est une épouse et une mère aimante. Est-elle folle ? Le juge la fait examiner par onze psychiatre et psychologues parisiens et lyonnais, qui concluent que son état mental est « normal ».
De son coté, le procureur Lecomte estime que l’accusation ne tient pas. Après onze jours de détention, la Cour d’appel de Nancy libère Christine, qui se réfugie dans sa famille en Alsace.
Elle écrit un livre, Laissez-moi vous dire, chez Michel Lafon, rédigé en un week-end avec un collaborateur de l’éditeur. L’opinion n’est guère convaincue par cette opération marketing. Le Sunday Times écrit à ce moment qu’elle est devenue la « femme la plus haïe » de France.
Deux ans après la mort de Grégory, le juge Lambert demande le renvoi de Christine devant la Cour d’assises. La chambre d’accusation le suit, mais annule une quinzaine de pièces du juge pour vice de procédure. Christine est tellement choquée par cette décision qu’elle fait une tentative de suicide.
Sur ce, le juge Lambert prend une année sabbatique et en profite lui aussi pour écrire un livre, Le Petit juge (Albin Michel) qui lui vaut de passer dans l’émission littéraire de Bernard Pivot, « Apostrophes ».
Mais la Cour de cassation casse l’arrêt de renvoi aux assises et annule plus de trois cents pages d’instruction pour vice de forme. Toute l’instruction est à revoir. Les hauts magistrats dépaysent l’affaire pour la confier à la Cour de Dijon, qui ordonne une supplément d’information.
Le nouveau juge se nomme Maurice Simon, président de la Chambre d’accusation de Dijon. Il reprend une par une les vingt-cinq charges qui pèsent sur Christine Villemin et s’aperçoit qu’elles sont bancales. Selon la charge n°2, par exemple, on a retrouvé des empreintes de chaussures de femme - mais aucune des chaussures de l’inculpée ne correspond à ces empreintes. Pour la charge n°8, Christine Villemin ne se souvient pas du contenu de l’émission radio (Les « Grosses Têtes » de RTL) qu’elle écoutait au moment où son fils a été enlevé - mais elle faisait du repassage dans une autre pièce et a pu ne pas prêter l’oreille à une émission « aussi banale ». Charge n°10 : le corbeau n’a pas appelé la mère de Grégory pour revendiquer le meurtre, ce serait donc elle qui aurait téléphoné – or rien ne prouve que le « corbeau » n’ait pas d’abord appelé la mère, qui, à ce moment-là, était à la recherche de son fils. Charge 12 : elle aurait eu le temps matériel d’assassiner son fils – mais ce n’est pas une preuve de culpabilité en soi, et mieux encore, selon le juge Simon, Christine n’en a concrètement pas eu le temps.
Avec le juge Simon, désormais, la presse est tenue à l’écart du dossier. Il impose un secret de l’instruction absolu à lui-même ainsi qu’à toutes les parties. Il interroge tous les témoins et auditionne longuement le couple Villemin. À la veille de Noël 1987, il fait un geste : Jean-Marie est libéré.
Pour le nouveau juge, l’accusation contre Christine ne tient pas. L’enquête met en valeur son absence de mobile. Mais Simon arrive trop tard pour clôturer un dossier mal ficelé. L’enfant a-t-il seulement été jeté à la rivière à l’endroit retenu par le juge Lambert ? Simon ne le pense pas. Mais les travaux sur place rendent impossible toute reconstitution. Il met en cause le rôle de la presse, qui a dissuadé certains témoins de parler, mais qui a aussi engendré son lot de faux témoins.
Soudain, un journal à sensation publie une interview « exclusive » du juge. Cela passe pour une trahison de la part d’un juge qu’on surnommait jusqu’à présent « le Sphinx ». Même s’il ne s’agit en réalité que d’une conversation informelle entre un journaliste et le juge, Simon devient l’homme à abattre. Il est attaqué pour violation du secret de l’instruction et fait un infarctus, qui lui impose de lâcher l’enquête. Il décède peu de temps après.
Le nouveau président de la Chambre, Jean-Paul Martin, reprend le dossier. Il décide d’entendre la nouvelle propriétaire de la maison de Lépanges. Celle-ci lui apprend que l’une de ses voisines lui a rapporté que le jour et l’heure de l’enlèvement du « petit Grégory », elle allait chercher ses vaches avec un ami lorsqu’elle a vu une voiture verte, avec deux personnes à l’intérieur, dont l’une ressemblait à Bernard Laroche (qui possède une voiture de cette couleur). Les enquêteurs retrouvent l’ami de la fermière qui confirme les faits. Mais la fermière, elle, refuse de répéter son histoire devant les gendarmes.
Le juge Martin dresse ses conclusions, qui précisent que l’enlèvement est sans doute le fait de Bernard Laroche. Mais il est incapable de dire qui a tué Grégory, ni pourquoi. L’instruction se clôt donc sur un échec, après neuf années d’instruction. Le 3 février 1993, Martin rend un non-lieu pour « absence totale de charges » en faveur de Christine. Il écrit que sa participation à l’assassinat est « invraisemblable et impossible ». La mère de Grégory est officiellement innocentée et réhabilitée.
En novembre, Jean-Marie Villemin, lui, est jugé pour l’assassinat de Bernard Laroche devant la Cour d’assises de Dijon. Ses avocats tentent d’en faire le procès « de la dernière chance ». Lors du procès, l'instruction initiale du juge Jean-Michel Lambert est vivement critiquée par l'avocat général Jacques Kohn, qui le qualifie dans son réquisitoire de « mémorable funambule de la pensée ». Après six semaines d’audience, Jean-Marie est condamné à cinq ans de prison, dont une année avec sursis. En raison de ses préventives, il est libéré en conditionnelle deux semaines plus tard, avec interdiction de revenir dans les Vosges. C’est un verdict de clémence. Professionnellement, il est muté en région parisienne, dans l’Essonne.
Ce qu’on a appelé « l’affaire Grégory » se termine ainsi sur un énorme gâchis judiciaire. Malgré les dix-sept volumes de procédure, on ne sait toujours pas quand, comment et pourquoi est mort Grégory, ni l’identité de son assassin. L’institution a montré de terribles failles, dont le dossier a cruellement pâti.
Assez logiquement, en mai 2002, la Cour d'appel de Versailles condamne l'État à verser 63 000 euros à Marie-Ange Laroche et Muriel Bolle en réparation d'une « inaptitude à remplir sa mission » et souligne un « manque total dans la maîtrise et dans la conduite de l'enquête et de l'instruction ». Le 28 juin 2004, l'État est à nouveau condamné à verser 35 000 euros d'indemnités pour « faute lourde » à chacun des époux Villemin. Toutefois, contre l’avis du Parquet, la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Paris rejette en 2007 la demande de réhabilitation de Jean-Marie Villemin.
Paul-Éric Blanrue
 mis en ligne par marcopolo

Noam Chomsky condamne à nouveau la loi Gayssot.

L'ARTICLE


"En France, c'est bien pire. Il y a des lois sur les livres qui garantissent effectivement à l'État le droit de déterminer la vérité historique et de punir les déviations, des lois que Staline et Goebbels auraient admirées. Ces lois sont appliquées régulièrement, mais sélectivement. D'abord elles servent, avec un grand cynisme, à punir les remises en question de l'Holocauste nazi. Le terme cynisme est ici entièrement approprié. Car au même moment, les classes intellectuelles restent silencieuses quant à la participation de la France à des carnages monstrueux, que nous appellerions certainement des génocides s'ils étaient le fait de nos ennemis. Nous sommes témoins, en fait, du cynisme justement là, car il y aurait bien pire que de nier l'Holocauste : c'est de punir les victimes ; or c'est cela exactement que la France est en train de faire, en expulsant illégalement les Roms, les gitans, vers la misère en Roumanie. Eux aussi ont été des victimes de l'Holocauste, tout à fait comme les juifs. Cela aussi se passe de commentaires."

mis en ligne par marcopolo

mardi 19 octobre 2010

Riposte laïque met en ligne, sur son site, la pétition de Paul-Éric Blanrue contre la loi Gayssot.

L'ARTICLE

Extraits :

lundi 18 octobre 2010, par Marc Noé

"Directement inspirée par les tristes évènements de la Seconde Guerre Mondiale, cette Loi était, à l’origine, sensée combattre le racisme anti-juif principalement. De la part de René Pleven, lui-même d’origine juive, l’idée reposait sur la volonté de ne pas voir rééditer ce qui s’était passé durant la dernière Guerre Mondiale. Ça, on le comprend mais le problème est que la France de 1972 n’était pas spécialement anti-juive ! Depuis, cette "Loi Pleven" a été complétée par tout un arsenal juridique et, entre autres, par la "Loi Gayssot" votée le 2 Mai 1990 sur proposition du groupe communiste à l’Assemblée. Or, la France n’avait pas besoin de telles lois dans la mesure où notre Pays n’est pas historiquement une Nation de nature anti-juive. Loin s’en faut, nonobstant l’existence de certaines tendances marginales à l’extrême gauche comme à l’extrême droite."

mis en ligne par trattoria

dimanche 17 octobre 2010

ARCHIVES (27) BLANRUE DANS HISTORIA : "Landru, un meurtrier bien séduisant" (juin-juillet 2010 - hors-série avec NOTRE TEMPS)


Avril 1919. La guerre à peine achevée, la France pleure son million et demi de morts. Au matin du 12 de ce mois, au troisième étage du 76 de la rue de Rochechouart, à Paris, MM. Belin et Braunberger, inspecteurs de police de la 1er brigade mobile, sonnent chez un certain « M. Guillet ». Après un long silence, une voix leur répond. La porte s’ouvre. L’homme qui apparaît est en pyjama, les sourcils en broussaille. Il est petit, chauve, porte une barbe noire aux reflets roux. Ses yeux sont fixes et ironiques. Une bousculade s’ensuit. D’une pièce surgit une jeune femme en chemine, apeurée. C’est une petite artiste lyrique du nom de Fernande Serget.
Les amants sont emmenés au siège des célèbres « brigades du Tigre ». L’homme est conduit dans le bureau du jeune commissaire Dautel, qui le salue comme étant Henri-Désiré Landru. Non convaincu par les dénégations de « Guillet », Dautel lui montre la fiche cartonnée dudit Landru, bien connu des services de police.
Landru est né le 12 avril 1869 à Paris, rue de Puebla. Il est le fils de Julien Landru, mécanicien, et Flore Henriquel, couturière en chambre, retirés à Agens ; après le décès de sa femme, Julien s’est suicidé an août 1913, dans le bois de Boulogne.
Durant sa jeunesse, Henri-Désiré accomplit de bonnes études chez les Frères des écoles chrétiennes. Il sert la messe comme sous-diacre à l'église Saint-Louis-en-l'Île. Après trois ans de service militaire, qu’il passe au troisième régiment d’Infanterie, il épouse Marie-Catherine Rémy, fille d’une blanchisseuse, qui lui donne quatre enfants, prénommés Marie, Maurice, Suzanne et Charles. Entre 1893 et 1900, il vivote de petits métiers, travaille chez un architecte, un plombier, puis ouvre une affaire de bicyclette à pétrole. Il organise une campagne de publicité, mentionnant que toute commande doit être accompagnée d'un mandat représentant un tiers du prix. Les commandes affluent, mais Landru disparaît avec l'argent sans jamais livrer les bicyclettes. C’est sa première escroquerie. Désormais, il est régulièrement condamné pour de tels délits : à deux ans en 1904, à treize mois en 1906Sa dernière condamnation en date est due à la revente d’un garage qu’il a effectuée sans avoir payé le propriétaire à qui il l’a acheté. En fuite, il est condamné par défaut, en 1914, à quatre nouvelles années de prison. Cette fois, le verdict est assorti de la peine de « relégation », ce qui signifie la déportation à vie au bagne de Guyane.
Alors qu’il tient le fugitif, le commissaire Dutel lui demande ce qu’il est advenu de Mmes Anne Collomb et Célestine Buisson. L’étonnement se lit sur le visage de Landru, qui assure ne pas connaître ces personnes. Dautel lui rafraîchit la mémoire en lui signalant qu’il a vécut en concubinage avec elles deux. Or, du jour au lendemain, l’une et l’autre se sont curieusement volatilisées. Landru se moque : il ne donne pas dans la traite des blanches ! Dautel le soupçonne de les avoir fait assassiner. Landru lui rétorque qu’on lui présente les cadavres. Dès ce premier entretien, il définit ce qui sera, jusqu’au bout, sa seule et unique défense.
On fouille Landru sur qui on saisit deux carnets méticuleusement tenus. Il y a d’abord un petit calepin à couverture noire, dont toutes les pages sont vierges, sauf la première, sur laquelle on peut lire onze noms, dont ceux de Mmes Colombes et Buisson, tracés de la main de Landru ; le second est une sorte d’annuaire, rempli de dates et de sommes d’argent. Les policiers se demandent à présent si Landru n’a pas, en fait, assassiné ces onze femmes !
Fernande Segret, qui a rencontré quelque temps plus tôt ce « Guillet » dans un tramway, ne sait rien de spécial sur cet homme, sauf qu’il se rend souvent en sa compagnie à l’opéra-comique, car il aime la musique, qu’il écoute en lui tenant la main, parfois en pleurant… Au moment où les deux amants sont séparés, Landru lui chantonne d’ailleurs un air de « Manon » : « Adieu, notre petite table ! ». L’inspecteur Belin, celui-là même qui a mis fin à la « bande à Bonot » en 1912, est estomaqué par le personnage.
Le Petit journal est le premier à se saisir de cette affaire prometteuse et titre : « Un nouveau Barbe-bleue ? » Le commissaire Dautel raconte l’histoire à la presse.
Tout est parti de Gambais (Seine-et-Oise, actuelles Yvelines), un petit village non loin de Montfort-l’Amaury. Fin 1918, son maire reçoit une lettre lui demandant des nouvelles de Mme Anne Collomb, qui a rencontré un « M. Dupont » et l’a suivi dans la maison qu’il loue dans la commune. Du jour au lendemain, cette dame n’a plus donné de ses nouvelles à sa famille, qui s’en inquiète. Quelques semaines plus tard, le maire de Gambais reçoit une autre lettre, cette fois d’une Mlle Lacoste, domestique dans le quartier de l’Hôtel de Ville, à propos de sa sœur, Mme Célestine Buisson, fiancée à un « M. Frémyet », lequel possède une maison à Gambais, où elle l’a accompagné. Mme Lacoste n’a plus de nouvelles de Mme Buisson et s’en alarme. Elle dépeint la maison, dissimulée derrière une haie épaisse, que le maire reconnaît tout de suite comme étant celle de M. Tric. Trouvant ces disparitions inquiétantes, il propose aux deux familles de se réunir. Elles portent plainte contre X au Parquet de la Seine pour la disparition de ses deux femmes. Une enquête est ouverte.
M. Tric, propriétaire de la villa, est interrogé. Il a en effet loué sa maison à un certain M. Dupont, qui dit résider à Rouen. Vérification faite, il s’agit d’une fausse identité. On ne tarde pas à se rendre compte que lorsque les familles Collomb et Buisson décrivent tour à tour MM. Dupont et Frémyet, elles désignent le même individu : un homme au crâne luisant portant une longue barbe sombre. Mais où le trouver ? À l’époque, la police décide d’attendre.
C’est alors que, le 11 avril 1919, Mme Bonhoure, une amie de Célestine Buisson, voit par hasard sortir du magasin « Les Lions de Faïence », rue de Rivoli, à Paris, un barbu chauve ressemblant au personnage. Il achète un service de table pour lequel il verse 100 francs d’acompte. Elle le suit, mais l’homme saute sur la plateforme d’un autobus. La police est alertée. Un inspecteur court dans la boutique, où la vendeuse lui signale que son client a laissé une carte de visite au nom de Lucien Guillet, demeurant rue de Rochecouart, à Paris. Le lendemain à l’aube, ce « Guillet » est arrêté. Il s’agit de Landru.
Ce qui va permettre à la police d’avancer, c’est le suspect lui-même. On trouve à son domicile, puis dans le garage qu’il loue rue Maurice à Clichy, des milliers de lettres, d’enveloppes, d’agendas, d’itinéraires, classés méticuleusement, qui donnent l’impression d’être les archives générales d’un criminel. 


Les policiers classent ces papiers. Il en concluent que l’idée originale de Landru est née en 1909. À cette époque, il passe en effet une petite annonce matrimoniale dans un journal, à laquelle diverses femmes répondent. L’une d’elles, Jeanne Izoret, est séduite. Landru la convainc de lui remettre ses économies, mais il disparaît aussitôt avec elles. Mme Izoret dépose plainte et Landru est condamné à trois ans de prison ferme.
Les policiers mettent en évidence que, depuis quelques années, Landru passe régulièrement des annonces de ce type : « Célibataire (ou veuf), à son aise, 400 francs de revenus, cherche mariage avec personne en rapport ». Il reçoit en retour un nombre impressionnant de lettres, qu’il classe dans un ordre impeccable. Il les divise selon le niveau social en « petits revenus », « fortune possible », «  sans fortune », « à suivre », « à répondre de suite », etc. Il envoie à toutes le même type de lettre. On trouve également dans ces papiers des emplois du temps extrêmement minutés : il a plusieurs rendez-vous galants par jour, de 8 heures du matin à 8h du soir. En tout, il a « retenu » 283 femmes, la plupart de condition modeste, avec lesquelles il entretient des rapports.
En tête de la liste retrouvée par Dautel, se trouve le nom d’une certaine Jeanne-Marie Cuchet, âgée de 39 ans, lingère et veuve d’un commerçant. Elle n’a pas connu Landru par une annonce, mais au jardin du Luxembourg, où celui-dit lui a dit s’appeler Raymond Diard. Jeanne-Marie vit avec son fils André, âgé de 17 ans. Au bout de quelques semaines, elle annonce à son entourage qu’elle a rencontré un ingénieur quincagénaire qui a quelque fortune et de belles manières. Ils se fiancent. La mère et le fils sont ravis. Mais les papiers de M. Diard n’arrivent pas pour la mariage (pour cause, la vraie famille de Landru vit à Clichy et le croit brocanteur).
Sans attendre le mariage promis, « M. Diard » propose à Mme Cuchet de venir vivre à la campagne, partager la maison qu’il a louée dans la région de Chantilly. Elle accepte. Il s’y rend avec une vieille cantine et elle avec toutes ses économies. Le 2 août 1914, alors que la guerre éclate, Landru disparaît avec l’argent de sa « fiancée ». Il place les 5 000 francs dans une banque de Chantilly, à son nom. Sa cantine est ouverte par le beau-frère de Mme Cuchet : on y trouve un livret de mariage au nom de Landru…
Désespérée, Mme Cuchet rentre à Paris et se met à sa recherche. Landru l’apprend. Un jour, il se rend à son domicile et plaide le malentendu : il a caché qu’il était marié pour ne pas lui faire de peine, il est en instance de divorce… D’ailleurs, il lui promet de lui présenter ses filles. Le lendemain, il revient en effet avec deux charmantes fillettes de 11 et 12 ans. On saura plus tard qu’il les a louées pour l’occasion !
Mme Cuchet tombe de nouveau amoureuse et se brouille avec sa famille, qui la conjure de se méfier de ce personnage suspect. Pendant ce temps, Landru loue une maison à Vernouillet , « The Lodge », et propose à Mme Cuchet de s’y rendre avec André. On y apporte les meubles de Mme Cuchet. Une voisine les voit tous les trois habiter quelque temps dans la villa.
« M. Cuchet », ainsi qu’il se fait appeler, annonce à la personne de l’agence de location que sa femme vient de recevoir une offre professionnelle très intéressante pour l’Amérique. Comme par hasard, en février 1915, les voisins de Vernouillet ne revoient plus Mme Cuchet ni son fils. Landru se présente aussitôt dans une banque pour toucher un titre qui appartient au jeune André. Il offre une montre en or à son épouse et divers babioles à son fils pour qu’il en fasse du négoce. Il vend d’autres obligations et titres. Les meubles de Vernouillet sont rangés dans son garage de Clichy.
Dans la liste du carnet, le nom suivant est celui, plus curieux, de « Brésil ». Aucune personne ne semble lui correspondre. Mais le brigadier principal Riboulet découvre, dans l’océan des archives de Landru, qu’une certaine Mme Thérèse Laborde-Line, séparée de son mari aubergiste, et que Landru a rencontrée par le biais d’une petite annonce, est née près de Buenos-Aires. Or Riboulet se dit que Landu s’est sans doute trompé en pensant que la ville argentine de Buenos-Aires était située au Brésil… De fait, Mme Laborde-Line, la nouvelle « fiancée » de Landru, s’est rendue, elle aussi, dans sa villa de Vernouillet. Trois jours plus tard, en juin 1915, elle disparaît. Ses meubles, ses actions, titres et obligations sont vendus. Landru les note comme « recettes » dans ses carnets.
Cette même année, Mme Marie-Angélique Guillin, ancienne gouvernante demeurant rue Crozatier, à Paris, annonce à son entourage qu’elle a rencontré un ingénieur riche et prévenant qui l’a séduite. Elle se rend avec lui à Vernouillet. Au début d’août 1915, elle disparaît. Ses meubles, titres, actions et obligations sont vendus par Landru. Il y en a pour 11 750 francs, ce qui est une somme importante pour l’époque. Cette dame ne figure dans sa liste sous son patronyme, mais au nom de la rue où elle habite : « Crozatier ».
Les enfants de Mme Guillin possédant l’adresse de Vernouillet, Landru, prudent, déménage. Un soir, il brûle une malle dans son jardin. Et il semble bien qu’elle ne soit pas vide, car les voisins déclarent qu’ils s’en dégage une odeur pestilentielle.
Durant l’été 1915, Landru trouve sa nouvelle villa, à Gambais, en plein champs, à 400 mètres de toute habitation. Il la loue sous le nom de M. Dupont. Le jour où il signe son contrat de location, il se rend à Houdan pour acquérir une cuisinière, qu’il se fait livrer le surlendemain avec 300 kilos de charbon.
Pour pendre la crémaillère, il invite Berthe-Anna Héont, 55 ans, femme de ménage et veuve. Dans ses comptes, on trouve une singulière mention relative aux billets de train qu’il a achetés : « Un aller-retour » (pour lui), « un aller simple » (pour elle)… À partir du mois de décembre 1915, nul n’entend plus parler de Mme Héont. Comme à son habitude, Landru vend tout ce qui appartient à cette dame.
La « fiancée » suivante est Mme Anne Collomb, 44 ans, secrétaire dans une compagnie d’assurances. Il s’agit de la dame dont la famille a déclenché l’affaire. Elle aussi s’en va un jour, avec ses 2 000 francs d’économie, pour Gambais. Au moment où il l’emmène, Landru n‘a plus un sou vaillant. Mme Collomb disparaît fin décembre 1916. Tout à coup, Landru se retrouve à flots et en fait généreusement profiter sa famille de Clichy.
La suivante est une petite bonne de 19 ans, Andrée Babelay, qu’il a croisée dans la rue, cette fois. Elle annonce un jour à sa patronne, cartomancienne, qu’elle a rencontré un monsieur charmant. Andrée se rend elle aussi à Gambais. Sur le carnet de Landru, il est à nouveau noté : « Un aller-retour » (pour lui), « un aller simple » (pour sa « fiancée »)…  À partir d’avril 1917, on ne reverra jamais Mlle Babelay.
Celle d’après se nomme Célestine Buisson, disparue en août 1917, l’une des deux femmes qui permettent d’ouvrir l’enquête par l’intermédiaire de sa famille. Avec elle, Landru suit le même processus qu’avec les autres : départ pour Gambais, puis disparition suivie de la vente de ses meubles, de ses titres et effets personnels…
C’est à cette époque que Landru rencontre Fernande Segret. Elle se rend comme les autres à Gambais pour le week-end. Mais elle aura la chance, elle, d’en revenir.
Ensuite, c’est au tour de Mme Louise-Jaume, 38 ans, en instance de divorce. Landru use une nouvelle fois du même procédé. La dame s’évapore en novembre 1917. Puis Landru se tourne vers Anne-Marie Pascal, 33 ans, couturière divorcée. D’elle, il vendra tout : tapis, manteau, meuble et même… un dentier.
La dernière victime est Marie-Thérèse Mme Marchadier, ancienne prostituée, qui se rend à Gambais avec ses chiens griffons, dont la police retrouvera les cadavres enfouis dans le jardin. Ils ont été étranglés. C’est le seul forfait que Landru avoue.
Mais le problème, pour la police, qui a fouillé de fond en comble les villas de Vernouillet et Gambais, c’est qu’elle ne retrouve aucun cadavre humain. Elle met en revanche la main sur une cuisinière, qui aurait pu servir à faire disparaître les corps par crémation. Est-ce la clé de l’énigme ? Beaucoup en doutent, car elle est de petite dimension.
Pourtant, dans le tiroir de cette cuisinière, dans un hangar et dans la cheminée, on découvre des poussières d’ossements : quatre kilos, qui se révèlent être des os d’animaux, tués avec des fils poissés, mais aussi un kilo d’ossements humains calcinés et concassés à coup de marteau. Dans ces débris, les experts retrouvent 295 fragments humains de crânes, de pieds, de mains. Il y aurait là trois cadavres, dont l’un au moins serait celui d’une femme. On y découvre des traces de scie.
Le médecin légiste conjecture que Landru a fait disparaître les éléments qui auraient pu servir à une identification. Mais alors pourquoi a-t-il conservé toutes ses archives, qui le dénoncent si ouvertement ? Et où sont les huit autres cadavres ? Un pêcheur de la région dira qu’il a vu un étrange paquet enveloppé, flottant dans un étang, mais les fouilles ne donnent rien.

La cuisinière

De son côté, Landru, inflexible, n’avoue rien. Trois experts psychiatres sont nommés, qui concluent qu’il est dépourvu de tout état psychotique. Ils sont même charmés par son intelligence ! L’accusé n’est donc pas en état de démence, mais responsable de ses actes.
 Pourtant, l’étau se resserre autour de lui. Le juge d’instruction Bonin lui désigne les factures des scies à métaux et des lames, qu’il achetait régulièrement. Qu’en faisait-il ? Aucune des réponses de Landru n’est satisfaisante.
L’instruction close, le procès s’ouvre devant la Cour d'assises de Seine-et-Oise siégeant à Versailles, le 7 novembre 1921. Il dure plus de quatre semaines. Le président Gilbert conduit les débats ; d’un côté, l’avocat général Godefroy ;  de l’autre, Maître de Moro-Giafferi, ténor du barreau, défenseur de Landru.
L’accusé a réponse à tout. Son carnet ? Juste un répertoire de commerçant, où il note le nom de ses clients. Il a essayé de vendre des meubles, voilà tout. Les femmes qu’il a choisies sont par préférence seules et sans soutien, car, explique-t-il, celles-ci sont plus tentées que les autres de se séparer de leurs meubles pour subvenir à leurs besoins en temps de guerre. C’est pour ne pas les effrayer qu’il a fait passer ses « publicités » sous la forme d’annonces matrimoniales. Les disparition de ces femmes ? Elles ont peut-être voulu s’exiler pour des motifs qui les regardent ; ou les policiers n’ont pas bien fait leur travail. Ses multiples pseudonymes ? Rien de plus normal, il était recherché pour ses escroqueries d’antan. Quant aux billets de chemin de fer, ces fameux « allers sans retour », c’est par pure galanterie qu’il les a commandés, ne voulant par contraindre ces dames à revenir à Paris si elles n’en éprouvaient pas le désir.
La monstruosité des crimes et le faisceau de présomption accablant Landru entraînent Godefroy à réclamer la mort. Maître Moro-Giafferi, très inspiré, développe la même logique que son client : nul n’ayant produit le cadavre d’une seule d’entre ces onze prétendues victimes, on ne peut en bonne logique en conclure qu’elles sont mortes.
À un moment de sa brillante plaidoirie, il prétend même que l’accusation a commis une grave erreur : l’une de ces femmes, lance-t-il, est vivante ! Grand émoi dans la salle. Il assure qu’elle est au palais de justice de Versailles, derrière la porte, s’apprêtant à entrer. Les douze jurés regardent dans cette direction comme un seul homme. Mais l’avocat leur annonce soudain que la dame attendue n’est pas là : il voulait juste prouver par ce procédé que les jurés estimaient possible que cette femme était encore en vie. Et le doute doit profiter à l’accusé. Seulement l'avocat général fait remarquer que Landru, lui, n’a pas tourné les yeux vers la porte !
Au cours des délibérations, le 30 novembre, les jurés répondent « oui » aux 48 questions. C’est la peine de mort pour Landru. Celui-ci reste impassible. En privé, fidèle à sa réputation, il confie à son avocat que « dans toutes les batailles, il y a des tués ». Dans l’une des lettres qu’il écrit dans sa cellule, il répète à l’avocat général que la cuisinière était trop petite pour brûler des corps. Ce qui, en effet, est plus que vraisemblable. D’ailleurs, à Vernouillet, où des femmes ont disparu, cette cuisinière n’existe pas. Mais rien n’indique toutefois que Landru ait brûlé l’intégralité des corps. Il est possible qu’il ait jeté les cadavres dans les étangs, remplis d’herbes et de vase, ou dans les puits de la région.
Le 24 février 1922, le président de la République Alexandre Millerand refuse la grâce à Landru. Au matin de son exécution, le 25 février, on demande au condamné s’il a des révélations à faire. Landru répète qu’il est innocent. D’un calme imperturbable, s’excusant de refuser la messe, il lance à l’aumônier : « Ces messieurs attendent ! ». Il demande cinq minutes pour faire sa toilette et se laver les pieds, ce qui ne lui est pas accordé par crainte d’un suicide. Il est guillotiné en face de la prison de Versailles, sans prononcer une dernière parole avant de monter à l’échafaud.
On ne saura donc jamais comment il a tué ses onze victimes. Peut-être est-ce avec le fusil de chasse, la carabine, le Smith & Wesson ou le 6 35 qu’il possédait. Peut-être est-ce avec les somnifères qu’on a retrouvés chez lui. Ou avec les fils qui lui ont servi à tuer les animaux…
Le lendemain de son exécution les journaux titrent que Landru est parti en emportant son secret. Toutefois, bien plus tard, dans l’émission « Les Dossiers de l’écran » du 4 mars 1970, Mme Denis, fille de Maître Auguste Navières du Treuil, l’un des avocats de Landru, brandit un dessin exécuté par celui-ci, qui représente la cuisine de Gambais, avec, sur la droite, la fameuse cuisinière. Au verso du tableau, Landru a écrit une phrase, qui permet de penser qu’il ne rejette pas entièrement l’utilisation de la cuisinière : «  Ce n’est pas le mur derrière lequel il se passe quelque chose mais bien dans la cuisinière dans laquelle on a brûlé quelque chose. » Cette phrase énigmatique, si elle est bien de lui, constitue-t-elle un aveu ? On l’a soutenu.
Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que la preuve absolue et directe de sa culpabilité manque toujours : la mort des onze disparues. Les 273 autres femmes qu’il avait fréquentées, elles, vivaient en effet toujours au jour de son procès.
Paul-Éric Blanrue

mis en ligne par trattoria

vendredi 15 octobre 2010

Pétition pour l'abolition de la loi Gayssot et la libération de Vincent Reynouard.

Pour signer cette pétition, merci d'indiquer vos nom et prénom, ainsi que votre ville (et votre profession si vous le désirez) à cette adresse :
eugenie.blanrue@laposte.net

Pierre Cassen, animateur de Riposte laïque, se déclare à son tour opposé à la loi Gayssot. Signera-t-il la pétition ?

LIEN

"« J’ai beaucoup évolué sur la question de la liberté d’expression. Il y a encore trois ans, je défendais le fait de poursuivre devant les tribunaux les négationnistes, et les propos jugeant, par exemple, que les Noirs seraient moins intelligents que les Blancs. Aujourd’hui, je me sens de plus en plus un adepte inconditionnel de Voltaire, qui disait : “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”.
Pourquoi cette évolution ? Parce que j’ai constaté la dictature qu’exerce la question du racisme, quand des lois permettent à des associations d’en détourner le sens, et de museler toute liberté d’expression en France, souvent de manière grotesque, faut-il rappeler comment Eric Zemmour se retrouve poursuivi devant les tribunaux ? J’ai changé en discutant de longues heures avec un jeune Anglais, qui m’a convaincu que la meilleure façon de combattre les thèses négationnistes était de les laisser s’exprimer."

Pierre Cassen
mis en ligne par marcopolo

"Sarkozy, Israël et les juifs" : enfin traduit en arabe et diffusé dans tout le Moyen-Orient !

Flûte enchantée (Mozart) - Air de la Reine de la Nuit - Diana Damrau.

Voltaire nu de Jean-Baptiste Pigalle.

Christ nu de Michel Ange.

Christ nu de Benvenuto Cellini.

Chemical brothers - Under the influence

ARCHIVES (26) BLANRUE DANS HISTORIA : "Clay Shaw, le maillon fort de la CIA" (01/12/2003 - 684)

Procureur de La Nouvelle-Orléans, Jim Garrison (il inspira à  Oliver Stone son JFK ) est persuadé que la CIA a organisé un coup d'Etat pour éliminer un président qui génait ses intéréts. Après avoir mené une enquéte discrète, il plaide en faveur de la réouverture du dossier. En 1969, lors d'un procès retentissant, il accuse l'homme d'affaires Clay Shaw, qu'il soupçonne d'étre un agent de la CIA, d'avoir participé au complot. Garrison prouve que l'adresse qu'Oswald a fait figurer sur ses tracts procastristes - 544, Camp Street, New Orleans - est celle de l'immeuble dans lequel se trouve l'agence du détective privé d'extrême droite Guy Banister, ex-agent du FBI et des services secrets de la marine. Celui-ci a pour collaborateur un homme lié à  la Mafia, le mercenaire David Ferrie, qui a été le supérieur d'Oswald lorsque ce dernier a fait partie, à  l'âge de 15 ans, de la Patrouille civile de l'air de La Nouvelle-Orléans. Ce méme Ferrie fréquente Clay Shaw, fondateur de l'International Trade Mart, qui par ailleurs soutient activement les anticastristes. Or d'après le témoignage de l'avocat Dean Andrews devant la Commission Warren, un certain " Clay Bertrand " (pseudonyme utilisé par Shaw lors de ses parties fines) lui a demandé de prendre la défense d'Oswald le jour suivant l'assassinat du Président... Faute de preuves solides démontrant l'appartenance de Shaw au complot, Garrison sera débouté.
Paul-Eric Blanrue

mis en ligne par floriana

ARCHIVES (25) BLANRUE DANS HISTORIA : "Une autopsie bâclée" (01/12/2003 - 684)

Les faits sont avérés : l'équipe de l'hôpital Parkland de Dallas a fourni des informations totalement différentes de celles relevées au cours de l'autopsie pratiquée à  l'hôpital naval de Bethesda (Maryland). Parkland désigne en effet la plaie au cou comme point d'entrée de la " balle magique ", tandis que Bethesda en fait un point de sortie. Parkland pense également que la balle entrée dans le cou n'est pas ressortie, tandis que Bethesda croit qu'une autre balle est fichée dans le corps, ce qui entraîne de toute façon l'existence d'une quatrième balle. Pourquoi de telles divergences ?
La thèse officielle veut qu'à  Dallas, les médecins, tentant de réanimer Kennedy, ne se préoccupent pas de la blessure arrière. Kennedy est allongé sur le dos. Ses difficultés respiratoires nécessitent une trachéotomie. L'incision pratiquée, on n'a plus la possibilité de vérifier si cet endroit est une blessure d'entrée ou de sortie. Lors d'une conférence de presse comme dans le rapport de service, les médecins disent qu'il s'agit un " orifice d'entrée ", situé " juste au-dessous de la pomme d'Adam ".
Vers 19 heures, à  Bethesda, on découvre la blessure arrière. Pensant que le trou à  l'avant n'est dû qu'à  la trachéotomie, les médecins cherchent le point de sortie mais, les muscles n'étant plus dans la position qu'ils avaient lors de l'assassinat, la recherche de la trajectoire s'avère infructueuse (pour certains, les médecins ont reçu l'ordre " d'officiers généraux " de ne pas faire la recherche).
Sur ces entrefaites, le Dr Humes, chargé du rapport d'autopsie, apprend que ses collègues de Parkland ont retrouvé une balle. Il pense que ce projectile s'est échappé du corps de Kennedy, à  Dallas, au cours du massage externe du coeur. Ce détail donnera lieu à  une mauvaise interprétation de sa part. Il écrit que l'orifice arrière n'a pas de correspondant à  l'avant, et que la balle est restée dans le corps. Détail repris dans un rapport signé par Hoover, le directeur du FBI. Le lendemain, ayant Dallas au téléphone, Humes apprend, semble-t-il, que le point de trachéotomie cache en réalité une blessure... Le médecin (militaire) refond son rapport. L'orifice arrière serait un point d'entrée et celui de l'avant un point de sortie. Comme l'autopsie est terminée, il lui est impossible de chercher le passage de la balle.
Le dimanche matin, Humes détruit ses notes préparatoires dans la cheminée de sa maison. Un geste qui déclenchera la colère des " conspirationnistes " ! Son nouveau rapport et ses déclarations, comparés aux témoignages contradictoires du FBI et des médecins de Dallas (qui continuent de dire que l'orifice au cou était un point d'entrée !), seront à  l'origine de nombreuses suspicions. On ne peut s'empécher de remarquer, en effet, qu'entre Parkland et Bethesda, Oswald a été arrété et que la version officielle veut qu'il ait, seul, tiré trois balles de l'arrière du cortège. Le Président ne pouvait pas avoir été atteint par quatre balles, dont l'une au moins avait été tirée de l'avant...
  Paul-Eric Blanrue
mis en ligne par floriana

ARCHIVES (24) BLANRUE DANS HISTORIA : " L'expertise d'un prix Nobel de physique " (01/12/2003 - 684)

Luis Alvarez n'est pas un détective amateur. Il est même prix Nobel de physique. En septembre 1976, il analyse le mouvement vers l'arrière de la tête de Kennedy. La solution qu'il propose est tirée de l'observation du cliché 313 du film de Zapruder, l'image de l'impact du troisième projectile (la balle fatale). Sur cette vue, un jet de matière cérébrale dirigé vers l'avant apparaît. Alvarez s'emploie à  démontrer que, dans ce cas, les lois de la physique ne sont pas violées. Le recul de Kennedy proviendrait de l'éjection de la substance cérébrale provoquée par l'explosion à  l'avant droit de la balle entrée à  l'arrière, le " jet-propulsion effect ". Le physicien vérifie sa théorie sur des melons. Raillées par les " conspirationnistes ", ses conclusions sont pourtant confirmées par le Dr Lattimer de l'Université de Columbia qui refait l'expérience sur des crânes. En dévoilant une plaie au-dessus de la protubérance occipitale externe de la tête de Kennedy, les photos de l'autopsie confirment l'hypothèse des deux experts. Si le projectile était entré par l'avant, il y aurait eu des blessures de sortie sur l'arrière droit du crâne. Or celles-ci sont introuvables sur les photos d'autopsie.
Mais des tenants de la thèse du complot, comme Robert Groden ou David Lifton, estiment que les photos sont truquées, ou que le corps aurait été maquillé (lire Une autopsie bâclée, page 54) .
Paul-Eric Blanrue 
 
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ARCHIVES (23) BLANRUE DANS HISTORIA : "Les zones d'ombres du film de Zapruder" (01/12/2003 - 684)

Le 22 novembre 1963 au matin, Abraham Zapruder, tailleur à  Dallas, décide d'aller applaudir le cortège présidentiel. Muni de sa caméra 8 mm, il se positionne sur le tertre gazonné de la place Dealey, en compagnie de sa secrétaire. Il déclenche son appareil au moment o๠la Lincoln présidentielle s'engage sur Elm Street. Document historique, le film de Zapruder (durée : 26 secondes) est aussi l'une des principales pièces à  conviction de l'assassinat de Kennedy. C'est à  partir de l'analyse de ses 483 images (18 images/seconde) que l'on est parvenu à  déterminer la chronologie des tirs.
Aujourd'hui, le film ferait le tour du monde en quelques heures. A l'époque ce ne fut pas le cas. Zapruder en vend les droits à  Life (150 000 dollars), qui n'en diffuse que quelques images. On ne peut s'empécher de supposer qu'il y a eu des pressions. Quant à  la Commission, elle utilise le document mais ne le rend pas public. Les clichés restent dans les coffres jusqu'en 1969. C'est à  l'initiative du procureur Jim Garrison qu'ils sont pour la première fois diffusés dans le cadre du procès Clay Shaw (lire page 57) . Le grand public, lui, doit attendre 1975 pour les voir en intégralité dans l'émission Goodnight America.
Le film de Zapruder donne lieu à  de nombreuses controverses. En l'analysant image par image, certains remarquent que la " balle magique " ne blesse pas Connally, contrairement à  ce que prétend le rapport Warren. A la seconde oÙ Kennedy sursaute, on a en effet l'impression que le gouverneur n'est pas encore atteint. Ce qui suggère qu'il a été victime d'un autre tir, une demi-seconde plus tard. Pour des raisons de timing, cet autre tir ne peut être le fait d'Oswald, on tiendrait enfin la preuve qu'un autre tireur se tenait en embuscade ! Las, les chercheurs ne disposent à  l'époque que d'une image de mauvaise qualité. La version digitale remasterisée (Image of an Assassination, A New Look at the Zapruder Film, MPI Teleproductions, 1998) démontre sans ambiguïté que les deux hommes réagissent en méme temps.
Cette restauration permet à  d'autres chercheurs de se lancer à  la chasse aux " images fantômes " impressionnées dans la zone des perforations destinées à  l'entraînement du film, invisibles lors d'une projection classique. Un policier belge, Marcel Dehaeseleer, déclare avoir mis en évidence la présence de personnages inconnus. L'un d'entre eux jetterait un objet " oblong " à  un compère accroupi, qui le déposerait ensuite dans un sac... Preuve d'un complot ou " bruit " aléatoire ? Aux experts d'en décider.
Plus contestables sont les conclusions d'autres " conspirationnistes ", tel Jim Fetzer, pour qui le film de Zapruder n'est qu'un faux. Leur " preuve " : la rangée de spectateurs du premier plan ne " bougerait pas ". Ce seraient des silhouettes découpées dans du carton ! En fait, le film de Zapruder correspond point par point aux photos prises ce jour-là . Zapruder lui-même en a témoigné. Pour mettre un terme à  la polémique, les experts de la firme Kodak l'ont examiné. Conclusion : il est parfaitement authentique.
Paul-Eric Blanrue
 
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ARCHIVES (22) BLANRUE DANS HISTORIA : "Combien de tirs ? Combien de tireurs ?" (01/12/2003 - 684 )

Immédiatement, le nombre de coups de feu pose problème. Les trois quarts des témoins disent avoir entendu trois tirs. Mais comme leur récit a été enregistré après que la police a livré sa version officielle, il est possible qu'ils aient été influencés, voire orientés. Un témoin déclare ainsi : " J'en ai entendu un de trop ! " D'autres maintiennent qu'ils ont entendu quatre détonations, voire davantage.
Le Mannlicher-Carcano d'Oswald implique un minimum de 2 à  3 secondes entre chaque tir pour recharger. Selon le chronométrage effectué d'après le film d'Abraham Zapruder (lire Les zones d'ombre du film de Zapruder, page 51), les " trois coups de feu " sont tirés en 5 ou 6 secondes, ce qui laisse environ 2 secondes entre le premier et le deuxième tir et 3 entre le deuxième et le troisième tir. Deux fois de suite, en moins de 3 secondes à  chaque reprise, Oswald a dû ouvrir le magasin du fusil en tirant le levier d'armement, éjecter la douille, repousser et rabaisser le levier, épauler l'arme à  nouveau, viser une cible mouvante, à  80 mètres... Un exploit digne d'un tireur d'élite. Or d'après son dossier militaire Oswald n'en est pas un.
L'origine des coups de feu pose également problème. Sur les 178 personnes présentes place Dealey, 21 précisent que les coups de feu proviennent d'un talus situé devant le cortège présidentiel. Après les tirs, une partie de la foule se précipitera d'ailleurs vers ce monticule. Certains témoignent avoir vu de la fumée s'en échapper. Tous accréditent l'idée que " des " tireurs étaient embusqués derrière une palissade.
Sur le film de Zapruder, on voit qu'au dernier impact - celui qui sera fatal -, Kennedy effectue un mouvement de la téte en arrière. Or un objet atteint par une balle subit normalement une impulsion dans le sens de propagation du projectile. Si la balle provient de derrière, le corps de JFK aurait donc dû s'effondrer vers l'avant. La Commission a d'ailleurs publié des photos montrant un mouvement vers l'avant, qui ne s'est produit en fait qu'après le recul du Président ! (Une inversion considérée par J. Edgar Hoover, directeur du FBI, comme une " erreur d'impression ".)
Le doute s'empare de l'Amérique. En 1976, la Chambre des représentants crée un comité restreint, le House Select Committee on Assassinations (HSCA), chargé de faire la lumière à  la fois sur les meurtres de Kennedy et de Martin Luther King (assassiné en 1968).
En 1979, le HSCA rend un rapport de près de 8 000 pages. A la surprise générale, il conclut à  " la probabilité de l'existence d'un complot ". Son appréciation se fonde surtout sur les analyses acoustiques des enregistrements de la radio d'un motard de l'escorte. On y entend quatre coups de feu, ce qui implique au moins deux tireurs. La thèse du complot prend un caractère officiel. Mais les partisans de la Commission Warren font remarquer que sur la bande magnétique les sirènes de police ne sont perceptibles que deux minutes après les détonations. En réalité, elles ont retenti sitôt après les tirs. Pour eux, la bande magnétique ne correspond pas aux événements. Une critique confirmée par l'Académie nationale des sciences, et qui permet au ministère de la Justice de revenir sur les conclusions du HSCA, en déclarant qu'" aucune preuve " ne soutient plus la thèse du complot.
En 1993, le juriste Gerald Posner publie Case Closed (Affaire classée), un ouvrage dans lequel il réhabilite à  son tour la Commission Warren. Selon lui, les contradictions relevées chez les témoins s'expliquent par les défauts inhérents à  ce type de document. Les coups de feu " additionnels " sont dus à  l'écho. Quant à  la fumée, elle n'est accréditée que par de rares personnes peu fiables. Posner ajoute que le film de Zapruder n'a pas été correctement exploité. En se fondant sur de " nouvelles analyses ", il révèle qu'il se passe 4 secondes entre le premier et le deuxième tir, et environ 5 secondes entre le deuxième et le troisième. Soit 8 à  9 secondes pour trois tirs. Presque le double du temps accordé à  Oswald par les partisans du complot. Posner annule ainsi l'un de leurs principaux arguments. Quant au mouvement de téte vers l'arrière, il l'explique grâce au rapport Alvarez (lire L'expertise d'un prix Nobel de physique, page 50) . Pour Posner, le mystère est éclairci.
  Paul-Eric Blanrue

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ARCHIVES (21) BLANRUE DANS HISTORIA : "Les conclusions de la commission Warren" (01/12/2003 - 684 )

Le 29 novembre 1963, quatre jours après les obsèques de Kennedy, le président Johnson signe un décret créant une commission d'enquête sur l'assassinat de son prédécesseur. Il demande à  Earl Warren, président de la Cour supréme, de la diriger. Celle-ci comprend les chefs de file des deux partis de la Chambre des représentants (le démocrate Hale Boggs et le républicain Gerald Ford), deux membres du Sénat (le démocrate Richard Russel et le républicain John Cooper) et deux autres personnalités : John Mac Cloy, conseiller de Kennedy pour le désarmement, et Allen Dulles, ancien directeur de la CIA (limogé par Kennedy après l'affaire de la baie des Cochons). Quatorze juristes et douze experts les assistent. Cinquante-sept équipiers prennent part à  leur activité. Les travaux de la commission se font à  partir des milliers de rapports et interviews que lui soumettent le FBI et le Secret Service. Aucun enquéteur indépendant n'est employé. Au total, 552 témoins sont entendus. A huis-clos.
Le rapport définitif est rendu au président Johnson le 27 septembre 1964. Il comprend 880 pages, auxquelles sont joints 26 volumes de " preuves ". Il est cosigné par l'un des frères du président assassiné, Robert Kennedy, ministre de la Justice. Principales conclusions :
- Oswald a assassiné Kennedy.
- Il a agi seul, en tirant trois coups de feu avec le Mannlicher-Carcano trouvé au dépôt de livres. Les experts ont relevé ses empreintes sur le dessous du canon et sur des cartons disposés devant la fenêtre ouverte du cinquième étage.
- Une balle a raté sa cible et blessé un spectateur se tenant près du pont ferroviaire. Une autre a transpercé le cou du Président, pour finir sa course en frappant Connally. La dernière a mortellement atteint Kennedy à  la tête.
- Oswald a tué l'agent de police Tippit avec le Smith & Wesson (calibre .38) qu'il avait sur lui lors de son arrestation, et qu'il avait commandé, comme le fusil, au nom de " Hidell ".
- Jack Ruby est le meurtrier de Lee Harvey Oswald.
- Il a agi seul et de son propre chef.
Néanmoins, les affirmations du rapport Warren (ce " réquisitoire posthume ", écrit à  l'époque le journaliste Léo Sauvage) ne dissipent pas les doutes qui se font jour dans l'opinion. Au contraire. Les défauts qui le parsèment, ses erreurs, ses " oublis " et sa tendance manifeste à  instruire à  charge, vont servir de tremplins à  ceux qui pensent que l'assassinat de Kennedy est le résultat d'une conspiration.
En se déclarant insatisfaits du travail mené par la Commission Warren, deux de ses membres, Hale Boggs et John Cooper, vont contribuer à  la réouverture du dossier dans les années 1970.

Paul-Éric Blanrue

mis en ligne par floriana

ARCHIVES (20) BLANRUE DANS HISTORIA : " Oswald, un coupable tout désigné" (01/12/2003 - 684)

Au lieu d'éclaircir les zones d'ombre de l'affaire, la biographie de Lee Harvey Oswald multiplie les pistes, contribuant à  accentuer les présomptions de complot. La Commission Warren le présente comme un inadapté social doublé d'un marxiste. Il est extraordinaire qu'un tel homme parvienne à  s'engager dans les marines et surtout qu'on l'affecte à  la base d'Atsugi, au Japon, qui gère le programme des avions secrets U2 contre l'URSS.
Après l'armée, Oswald effectue un long séjour en Union soviétique (1959-1962). Il est difficile d'admettre qu'au sortir d'une escapade au cours de laquelle il a tenté de renoncer à  sa nationalité tout en exprimant l'intention de livrer des secrets militaires, cet ex-transfuge parvienne à  rentrer si facilement aux Etats-Unis.
Bénéficie-t-il de facilités au sein de la diplomatie américaine, en tant qu'agent de la CIA ? Le Journal historique (12 pages) qu'il rédige, pour s'expliquer sur sa période russe, et son désir de regagner précipitamment les Etats-Unis (marié à  la Russe Marina, dont il a une petite fille), c'est parce qu'il est déçu par le régime soviétique. Certains pensent que ce Journal a été " arrangé " après coup.
En 1963, Oswald se fait à  nouveau remarquer en distribuant des tracts en faveur d'une association soutenant Fidel Castro. Mais il fréquente aussi des anticastristes notoires, et lorsqu'il emménage à  Dallas, il côtoie des exilés russes comme le baron George de Mohrenschildt. Ce dernier le présente à  son amie Ruth Paine, qui le fait embaucher au dépôt de livres, un mois avant la venue de Kennedy à  Dallas.
Le FBI s'intéresse naturellement à  ses activités. A la CIA, son dossier porte le n° 201. On peut donc se demander comment il parvient à  assassiner Kennedy au vu et au su des agents chargés de le surveiller.
La Commission rapporte que deux mois avant l'assassinat, Oswald s'est rendu au consulat de Cuba à  Mexico pour obtenir un visa de transit pour l'Union soviétique. Il serait également allé à  l'ambassade d'URSS pour faire une demande d'émigration. Mais la photographie présentée comme preuve de cette visite par la CIA (qui filme la résidence diplomatique), ne correspond pas aux traits d'Oswald.
Voilà  pour son passé trouble. Venons-en au 22 novembre.
En confrontant les témoignages, on se rend compte qu'Oswald n'a disposé que d'un quart d'heure pour placer les boîtes afin de s'y appuyer, assembler le fusil, tirer trois fois sur Kennedy, cacher le fusil, descendre au premier étage et s'offrir une boisson gazeuse. C'est très court.
On a également remarqué que la lunette télescopique de sa carabine n'était pas bien alignée - il est possible qu'Oswald ait déréglé le viseur en jetant son fusil à  terre après les tirs. Reste que cette arme est pour les spécialistes " universellement condamnée comme imprécise et lente ". Dans des conditions favorables, un seul des trois tireurs d'élite mandatés par la Commission Warren réussira à  rééditer l'exploit présumé d'Oswald.
L'autre problème, c'est que le test à  la paraffine, permettant de révéler les traces de poudre sur la peau d'un individu ayant récemment fait usage d'une arme, n'a pas été concluant. Pratiqué sur Oswald le soir des deux assassinats (Kennedy et Tippit), il révèle la présence de poudre sur ses mains mais pas sur ses joues ni son cou. Oswald aurait donc utilisé un revolver et non un fusil. Ce détail n'a pas empêché le procureur Wade, jouant sur la confusion du mot gun (arme), de prétendre que ses résultats constituent une preuve de culpabilité.
Sait-on au moins où Oswald a acheté ses cartouches ? Le fusil a été vendu sans chargeur. La Commission s'est dispensée de faire la lumière sur ce point. Elle a également mis sur le compte d'une erreur humaine le fait que ce fusil soit d'abord présenté au public comme un Mauser, de fabrication allemande, calibre 7,65, alors que le Mannlicher-Carcano est estampillé " Made Italy " et " Cal. 6,5 ".
Bref, pour nombre d'enquêteurs indépendants, Oswald est la victime d'un complot, au même titre que Kennedy. Pourtant, le dossier contient des pièces à  charge : au moment des tirs, Oswald, présent dans l'entrepôt, n'a aucun alibi. Le Mannlicher-Carcano et le revolver calibre .38 (utilisé pour abattre Tippit) lui appartiennent. Si l'on se fie aux expertises, ces armes ont servi à  perpétrer deux meurtres. Des employés du dépôt de livres, qui regardaient la parade depuis le quatrième, ont entendu des coups de feu tirés de l'étage supérieur. Le départ précipité d'Oswald du dépôt indique enfin qu'il n'est pas étranger aux événements.
Encore faudrait-il déterminer son rôle exact et ses véritables motifs. De son coin de cimetière à  Fort Worth, Lee Harvey Oswald ne risque plus de s'en expliquer.
Paul-Eric Blanrue

mis en ligne par floriana