BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

samedi 20 juin 2015

Saisir le temps est-il impossible ? Venise, près du Pont du Rialto, 21:12, ce soir. Humez, scrutez, reniflez, emplissez-vous des couleurs de ce moment unique - unique donc éternel ! Vous y êtes.... Presque... Le soleil va bientôt se coucher, il luit tout au bout des Zattere, faiblit doucement, darde ses derniers feux, volez-lui un ou deux rayons, rien que pour vous, avec les couleurs associées !... Et cachez-les dans votre Mémoire !


Où en sommes-nous avec zazen ?

Dans notre monde tumultueux qui s'accroche à la grosse aiguille d'une montre qui ne donne plus l'heure mais aboie des ordres,  qui se souvient encore du passage sur terre de Taisen Deshimaru (1914-1982), l'introducteur en Occident du bouddhisme zen ? 
Fût un temps, à Paris, ce digne Japonais de l'école Sōtō était une véritable icône. Maître vivant dépositaire d'une doctrine ancestrale, il s'était fait son trou et fut suivi d'un aréopage mêlant ardents zélateurs, honnêtes chercheurs de vérité, saints en herbe, moines en devenir, mais aussi bobos barjots, pisseuses en mal d'orgasme spirituel et dépressives chroniques. L'époque était au dépaysement. Les valeurs nationales étaient dévaluées. On cherchait l'enracinement ailleurs, au Pays du Soleil Levant que Little Boy avait scarifié mais pas tué, pour oublier le passé récent, repartir à zéro, arracher de la mémoire la plus longue des informations pouvant servir au temps présent, saturé de matérialisme et avide de spiritualité authentique, sans les dogmes échevelés qui ne convainquaient plus personne. 
Durant quelques années où les optimistes crurent tout possible, même la "zenification" de la nouvelle Europe, les disciples de Deshimaru s'en allèrent fréquenter avec assiduité ses dojos sis dans la capitale et de nombreuses grandes villes de France et à l'étranger, où l'on faisait zazen avec un rare sérieux, comme si l'on enjambait les siècles pour aller se baigner dans les larmes de sang des soldats de l'Empereur et respirer à pleins poumons la sueur des samouraïs ; certains, pour faire plus chic, choisissaient de ne plus se nourrir qu'en suivant les lois de la macrobiotique, afin d'avoir le total look et d'être plus royaliste que le roi.
Comme toutes les traditions venues d'ailleurs, mal comprises, récupérés par de vils exploiteurs au détriment du message original, l'enseignement de Deshimaru fut en partie phagocyté par la société consumériste songeant au tristement célèbre "développement personnel" lequel n'est que le moyen le plus sordide d'utiliser des techniques traditionnelles ayant démontré leur efficacité afin d'obtenir une meilleure productivité au sein de l'entreprise (c'est ce que les Évangiles nomment : "donner des perles aux pourceaux"). Alors que le mot d'ordre de Taisen était le "lâcher prise", on chercha à l'intégrer dans une société dont il ne tentait que de sauver les hommes ("ceux qui ne clignent pas de l'oeil"); lui, au contraire, faisait l'apologie d'un modèle austère, mais non ascétique, de société se tenant à égale distance du socialisme et du capitalisme lesquels avaient tous deux démontré leur inaptitude à prendre en charge les besoins de l'homme total. Et puis Deshimaru disparut, et les groupes qui avaient essaimé jusqu'à Venise éclatèrent et s'éteignirent peu à peu. Il en reste heureusement aujourd'hui, comme le très beau temple de La Gendronnière dans le Loir-et-Cher. Et les livres du Maître en Poche. C'est à peu près tout.
Votre humble serviteur a toujours considéré Deshimaru, parmi bien d'autres, comme l'un des grands maîtres du renouveau de la pensée orientale en Occident - ou plutôt : de la pratique que cette pensée doit entraîner chez celui s'en inspire. Son arrivée sur notre sol fut une révolution, quoique, en réalité, l'Europe fût depuis longtemps ouverte à son apport. La pensée de Schopenhauer, influençant celle de Richard Wagner et de ses oeuvres, se résorbait déjà en une forme de bouddhisme teintée de christianisme purifié ; Nietzsche avait dit, en ses belles années de calme psychique, tout le bien qu'il pensait du Bouddha, et dans ses livres, Deshimaru le cite fort à propos ; la pratique de la doctrine de l'Éveil avait sauvé du suicide Julius Evola lorsqu'il avait perdu ses deux jambes durant le bombardement de Vienne où il s'était réfugié à la fin de la Seconde guerre mondiale ; découvrant le Japonais Suzuki et ses trois magnifiques essais portant sur la bouddhisme zen, Martin Heidegger tint lui aussi à faire savoir que la pensée qu'il voyait s'y déployer était identique à celle qu'il tentait de mettre en mots, depuis la fin des années vingt, en utilisant la vieille langue allemande qui lui rendait difficile de s'élever à ces simplicités sèches, incisives, dénuées de tout pathos germanique. Ces idées philosophiques avaient été de formidables propédeutiques permettant d'accueillir Taisen Deshimaru, le non sectaire, le non mystico-dingo comme le sont tant d'autres gourous d'hier et d'aujourd'hui, mais un sage discipliné, travaillant sur lui avant d'enseigner aux autres, forcené de "l'auto-fascisme", qui sema en Europe les graines d'une technique mentale forte, raffinée, efficace et noble permettant la maîtrise des pulsions négatives, démontrant ce qu'est la tenue et le courage face à l'adversité, une technique inconnue alors en Europe, sauf en de rares cercles d'initiés. Puissions-nous nous en inspirer pour chevaucher un Tigre qui, sous nos yeux, se transforme chaque jour un peu plus en terrifiant Dragon !

Paul-Éric Blanrue



À propos d'une phrase, 16 juin, XVIIe Chambre du tribunal correctionnel de Paris.

- La Présidente de la XVIIe Chambre : Monsieur Blanrue, assumez-vous la phrase "Je ne crois pas aux chambres à gaz" que prononce M. Faurisson dans votre film "Un Homme" ?
- Blanrue : Oui, Madame la Présidente. Que reproche le tribunal au professeur Faurisson ? De ne pas croire aux chambres à gaz. Quel est le péché dont on l'a accablé toute sa vie ? Celui-là. Quelle serait la définition que le dictionnaire donnerait du professeur Faurisson si ses auteurs lui accordaient une entrée ? "Universitaire français niant l'existence des chambres à gaz". Pourquoi Faurisson serait-il le seul à ne pas pouvoir dire ce qu'on lui reproche et pourquoi serait-il interdit de le filmer en train de dire ce que tout le monde sait?


Procès "Un Homme", suite et pas fin. Cette interview de Blanrue datant 2013 (deux mille treize), réalisée par Joe Le Corbeau, a été citée à charge par la présidente. Que chacun la relise patiemment : tout, déjà, y est dit !




- Nous avons pu voir votre excellent documentaire Un homme - Faurisson sur internet. Quels ont été les retours en général ? Avez-vous été contacté par la justice ? Menacé ?
BLANRUE : Les retours des spectateurs ? Excellents ! J’ai été surpris de ce succès, on m’en parle encore dans les pays du monde où je pose le pied, de la Russie à l’Iran en passant par ma chère Italie, l’Espagne, l’Égypte ! Quant à la LICRA et au ministère de l’Intérieur (pas moins !), ils l’ont paraît-il moins apprécié, puisqu’ils me poursuivent pour ce documentaire rigoureusement historique, comparable aux Archives du XXe siècle de l’INA, dont les réalisateurs n’ont pas hésité, eux, à interroger durant des heures des hérétiques comme Ernst von Salomon, Paul Morand ou Julius Evola. L’habitude récente de la justice française est de traquer, non plus les pensées, mais les arrière-pensées de ceux qu’elle met en accusation. Ce que ne réussissent qu’avec grand mal les psy au bout de décennies d’analyse, la justice républicaine ambitionne d’y parvenir en quelques heures dans un prétoire ! Degré de scientificité ? Néant. C’est de la démence. On me prête des « intentions cachées », naturellement malveillantes et odieuses. Dans l’ordonnance de référé envoyant mon Anthologie au pilon, on m’accuse d’envoyer des « messages subliminaux » au lecteur. Et puis quoi encore ? Ils me prennent pour Patrick Jane ? Pour Cagliostro ? Serais-je le mage « Mamadou Blanrue qui guérit à distance l’érection molle, l’éjaculation précoce et répare votre PC tout en rendant votre voisine folle de vous »  ? On connaissait la « télépathie consensuelle » de Raul Hilberg, censée expliquer le processus de la Shoah, mais là c’est le pompon ! Et puis c’est bien aimable de me prêter de tels pouvoirs, mais c’est tout de même un peu vexant : mes intentions et mes idées, je les clame partout, depuis des années, à visage découvert, et je ne cesse de dénoncer les promoteurs de la révolution en pantoufle qui sévissent sous incognito sur le Net et ailleurs. Si j’avais voulu faire un film révisionniste comme Vincent Reynouard, je l’aurais fait (je ne me suis pas caché quand j’ai lancé une pétition de soutien en sa faveur lorsqu’il était incarcéré pour quelques pages hétédoroxes !). J’ai voulu réaliser un documentaire sur le professeur Faurisson, que personne avant moi n’avait eu l’audace de filmer. Il y a une nuance. Pour les censeurs, non, c’est pareil ! Tant qu’on n’est pas à genoux devant eux, c’est antisémite ! J’aimerais que ces gens comprennent que je n’ai pas l’habitude de me cacher derrière mon petit doigt, et que ce que j’ai à dire, je le dis sans fard. Et j’ai encore beaucoup de choses à dire, croyez-moi !



Dis, Moix, pourquoi tu tousses ?



8 octobre 2011 à ALGÉRIE NETWORK : 
"- Quand l'idée du documentaire t’est-elle venue ? 
- Il y a environ un an. L'idée était d'abord d’écrire un livre autour de Faurisson. Je m'en étais ouvert à un ami de l’éditeur Jean-Paul Enthoven, de Grasset, qui m'avait proposé de me présenter à Philippe Sollers, lequel, me disait-il, serait peut-être intéressé de publier un livre de ce genre dans la collection L'Infini qu'il dirige chez Gallimard. Après le succès des Bienveillantes de Jonathan Littell, ouvrage que j’avais analysé dans Les Malveillantes aux éditions Scali, la voie était ouverte pour une telle expérience littéraire. Mais avec le Vénitien Sollers, rencontré au Montalembert devant un verre de J&B,  la question ne fut pas abordée…"

http://blanrue.blogspot.fr/2011/10/blanrue-interviewe-par-algerienetwork.html


VOYEZ AUSSI ICI, CE PETIT CLIN D'OEIL DU 29 JUIN 2011 :

http://blanrue.blogspot.fr/2011/05/sollers-sur-dsk-jdd-29-mai-2011.html


mercredi 17 juin 2015

Procès "Un Homme" (5). Interview par LLP.


Procès "Un Homme" (4) : "Ce film n'est pas antisémite ni révisionniste : Yann Moix m'en a félicité par écrit quand il l'a vu !"


Un procès chasse l'autre. Après que la Licra a été déboutée de son action contre un livre de Blanrue et quatre autres titres, c'est au tour du CRIF de demander à nouveau l'interdiction de la diffusion de "L'Anthologie des propos contre les juifs" rééditée par les éditions Kontre-Kulture.

LIEN

Rappel


Procès "Un Homme" (3) : Blanrue, Faurisson, George.


Procès "Un Homme" (2) - 10 HEURES D'AUDIENCE. Réquisitoire du proc : 5 000 euros d'amende pour Blanrue et Marc George ; 10 000 euros et six mois de prison avec sursis pour Faurisson. L'avocat de Blanrue plaide la relaxe pure et simple. Jugement au 15 septembre. Merci aux amis qui se sont déplacés de l'Est, du Sud et de Bretagne ! La salle était pleine, ça faisait chaud au coeur.

Avec le soutien indéfectible du maestro Stéphane Blet (coucou de la salle des pas perdus !)


Avec Louis-Égoïne de Large, fidèle entre les fidèles


Amusant de constater que, d'après le procureur de la République, les droits de l'homme 
s'opposent aux droits d'Un Homme !

Procès "Un Homme" (1) : Blanrue répond au Cercle des volontaires.





dimanche 14 juin 2015

Blanrue, l'entêté.



"... Dans notre pays, l'historien qui, tout aussi têtu, donne la parole sur youtube à Robert Faurisson, l'orfèvre parmi les universitaires qu'on ne présente plus, passe en jugement cette semaine. Il s'appelle Paul Eric Blanrue, c'est encore un entêté.
Dans notre pays, toute la classe politique, sans aucune exception à ce jour, recule devant une question qui constitue un verrou pour la réflexion de tous et la santé mentale de tous, un tabou qui est manié pour créer des ostracismes et des rancunes, pour diviser durablement. Mais dans notre pays, la crédibilité de tous les partis politiques se délite, ce qui indique que le peuple cherche désespérément sa vérité, le reflet juste de ce qu'il est, et ne la trouve nulle part.
Au même moment, d'autres peuples se lèvent et donnent de la voix pour rappeler que l'Occident prétend toujours faire sa loi au monde en combinant agressions militaires et impostures de toute nature, la propagande historique assortie de la terreur d'Etat étant plus que jamais l'arme létale par excellence, puisqu'elle a pour but de tuer l'âme et ses ressorts vitaux...."

Maria Poumier, maître de conférences à l'université de La Havane, puis à l'université de Paris VIII

LA SUITE ICI :  LIEN

Histoire profane, histoire sacrée.


La Cène, par Le Tintoret (1518-1594)

Un lecteur un rien courroucé me demande par courriel comment l'être diabolique que je suis peut avoir douté, bien avant Michel Onfray, de l'existence de Jésus dans diverses études zététiques parues dans les années quatre-vingt-dix et persister à accorder du crédit aux Évangiles et à la personne du Christ, à respecter le Coran et d'autres textes sacrés révérant ce mirage du désert de Galilée, et, pour comble, se complaire à évoquer la Vierge en des termes confinant à la déclaration d’amour mystique. Est-ce chez moi le résultat d'une inconséquence méthodique, suis-je atteint de schizophrénie, d’une déficience chronique en magnésium, ou encore d'un cruel manque de logique ? Ce n'est pas la première fois que l'on m'interroge à ce sujet. Comme rien de spécial n’apparaît sur mon agenda en ce week-end de la mi-juin (sauf préparer avec mon avocat le procès que la Licra m'intente mardi prochain, mettre la dernière main à deux nouveaux livres qui seront publiés à la rentrée, achever le montage et l'étalonnage de la première saison d'Apocalypse France et puis surtout regarder les jolies filles sortir du Parc Monceau près duquel j'ai temporairement élu domicile), j'ai décidé de donner au Clan des Vénitiens une réponse rapide, dans une démarche de clarification. Afin que nul n'ignore !

Que ma réponse plaise ou non aux croyants et aux incroyants n'est guère mon souci premier, je le déclare sans ambages. Tel Stendhal, "je prends pour principe de ne me pas gêner". Dire la vérité, ou du moins l’appréciation que j’en ai, me semble préférable à toute autre considération. Mon cher Lucien de Samosate me faisait savoir récemment que "quand on se mêle d'écrire l'histoire, on ne doit sacrifier qu'à la vérité, sans se préoccuper du reste". C'est ainsi que je fonctionne en notre monde sublunaire, armé de ma vigilance critique et de mes lumières, sans me soucier du qu'en dira-t-on.

Ainsi donc, selon les canons de l'histoire méthodique, qu'on dit aussi positive, un historien doit accomplir son travail sans état d'âme ni parti pris, ou, en tout cas, avec le moins de présupposés possibles, ne faisant reposer son étude que sur des éléments probants et valides au regard de la science. C'est ce que je me suis efforcé de faire toute ma vie, quel que soit le domaine étudié, Jésus, Louis XVII, comte de Chambord, Saint Suaire, Kennedy, Kerviel, Sarkozy, famille Le Pen. Aller aux textes, aux archives, aux données brutes, et ne pas tenir pour acquis ce que d'autres ont pensé avant moi sur le sujet : c'est, je crois, une bonne devise et une pratique qui a porté ses fruits. Comme disait Montaigne, "je me sers rarement des avis d'autrui, si ce n'est par honneur de cérémonie, sauf où j'ai besoin d'instruction de science ou de la connaissance du fait." 

Pour le cas de Jeanne d'Arc, par exemple, d'après mes propres recherches, le dossier complet, analysé patiemment, m'indique que les pseudo démystificateurs la décrivant comme une bâtarde royale ayant échappé au bûcher de Rouen grâce à une habile conjuration ont fait fausse route ; les pièces d'archives m'inclinent à penser que quelque chose d'extra-ordinaire s'est réellement passé à Domrémy et Vaucouleurs au début du XVe siècle. Un miracle ? Pourquoi pas. Ce n'est qu'un mot : pour l'historien laborieux, le fait seul doit compter. Cette thèse, je l'ai écrite et récrite jadis, contre l'avis de la plupart des rationalistes pur sucre, parce que les pièces me conduisaient à cette conclusion au-delà de laquelle tout n'est plus que volutes d’encens et conjectures astrales ; ceci pour préciser que je tente d'aborder un sujet sans idée préconçue, sans faire entrer en ligne de compte ma croyance, si tant est que ce mot ait un sens quelconque pour moi. Droit au fait ! Au diable les hypothèses !

C'est d'ailleurs de cette façon que procèdent la plupart des historiens de qualité et des esprits impartiaux, y compris lorsqu'ils sont religieux. Pour l'étude de la Légende dorée, la Société des bollandistes, composée de jésuites, a été fondée par l'Église pour établir une histoire critique de ses saints afin de les débarrasser de leurs oripeaux légendaires ; des siècles auparavant, saint Augustin a été l'un des premiers théologiens à fustiger les fausses reliques circulant dans la Chrétienté, action encouragée plus tard lors d'un concile de Latran ; pour le Suaire de Turin, auquel j'ai consacré deux livres, l'Église du XIVe siècle a été la première autorité à déterminer, après enquête sur le terrain, qu'il s'agissait d'un artefact et au début du XXe siècle c'est un chanoine, Ulysse Chevalier, incontesté maître ès sources historiques médiévales, qui a défendu la thèse du faux, et non un barbu de l'Union rationaliste ou un laïcard de la Libre Pensée ; on sait aujourd'hui que sainte Philomène, que le curé d'Ars vénérait car elle l'aidait à chasser le diable de son presbytère, n'a point existé. Les exemples de ce type de révisions déchirantes surabondent, avec les fascinantes questions théologiques qui en sont le corollaire.

Les catholiques n’ont pas été les seuls à revoir leur copie. Du côté musulman, je pourrais citer les querelles homériques ayant éclaté à propos de l'authenticité de nombreux hadiths. Quant au judaïsme, une kyrielle d’archéologues israéliens, à commencer par Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, n'hésitent plus à remettre en question les épopées décrites dans la Torah : certains doutent que David fût le grand roi-poète qu'on a dépeint et le présentent désormais comme le petit chef tribal d'une bourgade minuscule où l’on cultivait les oliviers. Même le Temple de Salomon ne semble pas avoir été aussi prestigieux qu'on l'a conté ; j'en connais qui vont jusqu'à nier son existence. Ces chercheurs non-conformistes n'en demeurent pas moins juifs et ne songent pas à quitter Israël.

Sur beaucoup de personnages exceptionnels ayant leur nom gravé en lettres d’or dans les manuels l'histoire d’il y a quelques décennies, en particulier ceux que l'on nomme à tort ou à raison "les fondateurs de religion" (on pourrait citer Abraham, Moïse, David, Zarathoustra, le Bouddha, mais aussi Socrate...) nous possédons fort peu de documents - je parle de documents contemporains des faits allégués ou même de documents tout court nous permettant de reconstituer une vie digne de ce nom, c'est-à-dire qui tienne debout d'un point de vue scientifique.

En ce qui concerne Jésus, puisque la question originelle porte sur lui, l'étude attentive des textes nous montre que les scènes rapportées dans les Écritures saintes sont lacunaires et contradictoires ; ne prenons pour exemple que les divergentes généalogies introductives du père adoptif du Christ, saint Joseph, selon Matthieu et Luc, que le pape Benoît XVI dans son livre majeur sur Jésus Opera omnia ne songe pas à expliquer rationnellement, se contentant de rapporter l'intention symbolique des auteurs - attitude fort sage.

Le personnage de Jésus décrit dans les Évangiles est le fruit d'une élaboration théologique : la chose est aisément démontrable et je crois l'avoir démontrée une fois pour toutes, après quelques autres. L'histoire positive, profane, de Jésus, en qui le maître andalou du taçawwuf Ib'n Arabi voyait le "Sceau de la Sainteté", est en l'état impossible à reconstituer contrairement à celle de Napoléon Ier ou Charles de Gaulle, n'en déplaise à ceux qui, comme Jean-Christian Petitfils dans son Jésus paru chez Fayard en 2011, tirent les textes à eux comme des couvertures chaudes, dans un but apologétique, pour complaire à leurs coreligionnaires ou sortir des best-sellers à la pelle.

Voilà pour l'aspect historique, critique, de ma démarche. J'ai naguère délivré avec franchise, sans tabou, au risque de choquer, les conclusions d'une étude que j'ai voulue sérieuse, et à laquelle je n'ôte pas un iota. Qu'elle ait l'heur de plaire ou non m’importe peu : c'est ce que je nomme l'obligation historienne à l'honnêteté tragique. Ma conclusion était proche de celle de Rudolf Bultmann, qui travailla avec Heidegger (selon moi le philosophe majeur du XXe siècle) : le christianisme est issu d'un syncrétisme, il a subi de nombreuses influences extérieures, les Évangiles témoignent de strates rédactionnelles successives, incorporant des midrashim, et le vrai Jésus, quel qu'il fut, est absolument insaisissable aujourd'hui. On ne refera pas la Résurrection dans une éprouvette et les documents épars qui l'évoquent, émanant pour la plupart des premiers chrétiens, c'est-à-dire de ses fidèles, ne permettent pas de nous forger un avis définitif et précis sur l'homme qu'il a été au quotidien. Le "Jésus qui n'a pas existé" est celui de la reconstruction tardive des hommes. Si jamais, par miracle, le "vrai" Jésus a correspondu trait pour trait à celui qui se dégage des Évangiles et qu'enseigne l'Église, je m'en réjouis pour les chrétiens, mais ce point n'est pas prouvable si l'on tient à respecter les règles rigoureuses (et douloureuses) de la méthode historique. Au demeurant, c'est toute l'importance de la foi et il faut rappeler que le Credo chrétien n'est pas un chapitre qu'on peut intégrer dans un livre d'histoire.

Ceci étant, ce qui m'importe, à moi, en tant qu'être pensant et non plus seulement comme historien, est de dépasser le stade grossier d'une reconstitution qu'après étude je sais impossible à réaliser, ainsi que l’a mis en évidence, par exemple, Charles Guignebert (1867-1939). Sans être mythiste, celui-ci convenait qu’on ne pouvait, dans le meilleur des cas, qu’espérer saisir les grandes lignes du scénario de la naissance du christianisme et non sa trame précise. Pour preuve, il existe autant de Jésus différents que de biographies de Jésus : le Jésus Fils de Dieu du Vatican, le fantôme des docètes, le fils de Panthéra des juifs, le prophète des musulmans, le Jésus révolutionnaire de Engels ou de Louis Rougier, le collabo, le hippie des années soixante, le pacifiste, le juif enraciné post-conciliaire, l'antisémite, et même l'Aryen de Chamberlain. En revanche, le message des premiers chrétiens (la "Bonne nouvelle") et des Pères de l'Église nous apparaît avec davantage de netteté : rejet du formalisme des Pharisiens et du racisme juif pré-talmudique, universalisme de la Rédemption, égalité des hommes face à Dieu, retour à l'essentiel, éloge de l'héroïsme de la pauvreté et de la charité. 

C'est ce qui m'intéresse au plus haut point. Le traditionaliste italien Julius Evola, que j'affectionne comme le savent ceux qui me font l'honneur de me lire, ne décrit pas autrement que moi la genèse du mouvement chrétien dans sa Révolte contre le monde moderne et n'en célèbre pas moins l'islam et le catholicisme romain. Un autre traditionaliste célèbre, le spécialiste du bouddhisme Ananda Coomaraswamy, considérait que l'histoire du Bouddha telle qu'on la raconte dans les ashrams est légendaire, enjolivée au fil des siècles, tout comme l'était celle des déités que l'on voit vivre et parler dans les 108 sublimes Upanishads, qui reflètent le plus adéquatement la religion primordiale de notre début de Cycle. Cette réserve ne l'empêchait nullement de pratiquer la méditation et d'aspirer à la claire conscience à l'instar de Sogyal Rinpoché ou de Taisen Deshimaru.

Le mythe spirituel appartenant à la grande tradition universelle (contrairement au mythe historique cher à Raoul Girardet ou Roger Garaudy, fabulation élaborée à des fins politiques ou lucratives) nous dit quelque chose de plus que le simple vécu des mystiques du passé, il véhicule un message singulier, annonce une révélation non humaine, une pensée transcendante, charrie un esprit dont la perspective se situe au-delà du texte et qu’il convient d’extraire telle une pépite de sa gangue. Sur ce point, il convient de relire Joseph Campbell. On peut parfaitement adhérer, du point de vue de l'Intellect, à une pensée et des principes nous permettant d'accéder à une dimension spirituelle supérieure - et qui, en l'occurrence traverse, selon les amateurs de la sophia perennis, les différentes formes religieuses (soufisme, mystiques rhénane et iranienne, hindouisme, bouddhisme...) - et accepter en même temps le verdict de l'histoire positive lorsque celle-ci nous contraint de reconnaître qu'il n'est guère possible de retracer de manière satisfaisante et objective la biographie de tel personnage, fût-il au coeur des textes sacrés.

On peut ainsi dissocier l'histoire classique, profane, qui comprend sa part de grandeur mais aussi sa pauvreté, sa petitesse, d'avec la métahistoire ou l'histoire sacrée, chère à Henry Corbin, ayant un sens anagogique, se situant sur un autre plan et devant être explorée avec des méthodes mentales qui ne sont pas étroitement rationnelles, au sens de Descartes. On peut regretter qu'il n'existe pas à ce jour d'histoire unifiée, de version cosmique complète, éclairant les points obscurs de la Manifestation, démêlant l’écheveau des doutes, résolvant les contradictions du monde des phénomènes dans lequel nous sommes englués, mais nous vivons dans le carcan du Kali Yuga, et ce n'est guère de ma faute si l’éclatement des connaissances en est l’une des caractéristiques.  En attendant mieux, il faut travailler comme nous le pouvons, avec les moyens que l'époque met à notre disposition.

Pour ma part, je me garde bien, en tout cas, de mélanger outrément les deux domaines : chercher à faire du concordisme à tout prix, au détriment de ce que nous apprennent les documents les plus garantis, me paraît malhonnête et je m'y refuse ; considérer que les textes sacrés ne valent pas un clou parce qu'ils ne sont pas un atlas de géographie, un manuel de mécanique des fluides et apparaissent sursaturés de symbolisme et d'ésotérisme est l'autre des écueils à fuir, au risque de lâcher la proie pour l'ombre. 

On ne fait pas de bons romans avec de bons sentiments ; il en va de même en histoire. Telle est la conception que j'ai du métier. On peut néanmoins, et c'est mon cas, s'interroger sur ce phénomène stupéfiant qui rend mystérieusement insaisissable l'histoire terre-à-terre des "grands initiés", pour reprendre une formule célèbre quoique galvaudée. Il y a là un voile, une opacité, qui doit nous provoquer, nous pousser à la méditation et, si nous sommes ouverts aux aventures qui se déroulent au-delà des cimes, nous inciter à lever les yeux vers le soleil et le ciel alcyonien au lieu de nous perdre en tentant d'atteindre l'inatteignable humain, trop humain. 

Ainsi que le disait Henri V, comte de Chambord : « Ma personne n’est rien, mon principe est tout ». Tandis que l’historien s’échine à labourer une terre aride, c’est sur les principes qu’il faut concentrer notre attention la plus haute.


Paul-Éric Blanrue

Tous au TGI de Paris pour soutenir Blanrue le 16 juin !

Le mardi 16 juin à 13h 30 à la XVIIe Chambre correctionnelle de Paris aura lieu le procès contre le documentaire de l’historien Paul-Éric Blanrue « Un Homme : Robert Faurisson répond aux questions de Paul-Eric Blanrue », sur plainte de la LICRA. 

Les prévenus en sont Marc George, de Médialibre, en qualité de diffuseur. Paul-Éric Blanrue et le professeur Robert Faurisson en sont les complices. 

Il convient de se mettre dans la file d’attente, boulevard du Palais, environ une heure à l’avance​. Un comportement impeccable vous est, bien sûr, recommandé.