(...)
- Vous avez fait venir Faurisson sur scène. Pourquoi?
- Je ne connaissais pas très bien Faurisson. Et tous ces sujets sur le révisionnisme m’étaient très étrangers.
- Mais vous le connaissiez?
- Pas
du tout. J’ai appris que c’était la personne la plus infréquentable. On
m’a dit que si j’invitais Faurisson sur scène, j’étais mort, j’étais
grillé. C’est ça qui m’a plu chez lui. Et, après avoir appris sa
contestation des chambres à gaz, j’ai appris qu’il contestait le fait
que Gorée était l’endroit d’où était parti l’esclavage. Or, je
m’apprêtais à faire mon voyage à Gorée comme tous les afro-descendants…
Et j’ai trouvé intéressant sa façon de voir les choses : imaginer que
des gens noirs du monde entier viennent se recueillir à un endroit qui,
finalement, n’était pas cet endroit-là. D’ailleurs, il m’a convaincu en
partie qu’il était plus pratique de réaliser cette opération de
déportation de la côte. Je me suis renseigné un peu, et j’ai vu qu’au
Bénin, notamment, il y avait un port où beaucoup de choses se sont
réalisées aussi. Peut-être que des gens ont été déportés de Gorée, c’est
fort possible. Mais cette cathédrale de la souffrance noire qui est
érigée à Gorée n’est peut-être pas le seule endroit. En tout cas, ça a
ouvert une porte. Je l’avais rencontré par rapport à ça. Et très vite,
je me suis aperçu que son travail portait également sur la dernière
mondiale, notamment sur les camps de concentration, qui lui avait attiré
tous ces problèmes. Son histoire de Gorée tout le monde s’en fout car
la plupart des élites, notamment ceux qui réalisent les manuels
scolaires, n’en ont rien à faire de cette période-là. Selon lui, la
souffrance de la dernière guerre mondiale, c’est comme s’il n’y avait
jamais eu de souffrance avant et qu’il n’y en aura jamais après… Et j’ai
su ça au même moment que je l’ai invité sur scène pour lui remettre le
prix de l’Infréquentabilité. Après on a discuté; il m’a fait part de sa
vision, notamment par rapport aux chambres à gaz. Je ne serai pas la
bonne personne pour en parler car c’est un sujet que je ne maîtrise
absolument pas. Je suis très perplexe de cette loi Gayssot qui interdit à
tout citoyen français à contester la réalité des chambres à gaz. Par
contre, vous pouvez tout à fait contester d’autres génocides; par
exemple dire qu’il n’y a pas eu Gorée, ou dire que les esclaves ce sont
des Noirs qui se sont vendus eux-mêmes. Vous pouvez tout dire; et vous
n’aurez pas de problème avec la justice. Faurisson m’a appris ça; moi,
c’était son infréquentabilité qui m’avait séduit. Aujourd’hui, c’est
devenu quelqu’un que j’apprécie beaucoup; je pense que c’est quelqu’un
qui a recul sur lui-même, qui arrive à rire. C’est tout ce qui
m’intéresse. Après, toutes ses théories qu’il développe, il faudrait
qu’il puisse en parler librement. Je ne trouve pas normal que Faurisson
ne puisse pas s’exprimer.
- Vous êtes allé à Auschwitz. Vous avez pu constater que les chambres à gaz avaient bien existé.
- Oui, je suis allé à Auschwitz.
J’ai constaté que c’était un camp de concentration, une prison à ciel
ouvert avec de grands barbelées, des baraquements en bois.
- Dans l’un des clips (qui concerne Timsit), vous avez mis des images de corps poussés par des bulldozers.
- C’est-à-dire
que moi j’y suis allé… je peux dire que… après c’est toujours le poids
des mots. C’était la guerre. C’est sûr que ce qui s’est passé là était
particulièrement insupportable mais ce n’était pas unique.
- Il y avait tout même une industrialisation de la mort inégalée.
- Ca,
c’est l’argument. On prétend que c’était la première fois qu’il y avait
une méthode systématique, organisée, industrielle. Non, ce n’était pas
la première fois. Il y avait eu les Indiens, les Noirs d’Afrique, les
aborigènes, et puis en Amérique, il y a eu des massacres. Je dirais que
Faurisson s’est concentré sur les chambres à gaz. Quand on dit qu’il est
négationniste, je ne pense pas qu’il nie l’existence de ces camps. Je
ne peux pas nier que ça a existé. Lui ce qu’il nie c’est l’existence des
chambres à gaz. Moi, j’y suis allé, et j’ai visité une chambre à gaz.
Il y a en une, mais elle a été reconstruite soit disant à l’identique;
Faurisson prétend que…
- Mais il y a tous les journalistes qui sont arrivés sur place dans les camps à la fin de la guerre…
- Vous y êtes allé?
- Non.
- C’est dommage…
- Mais il y a eu des témoignages, des images. Je ne porte pas Faurisson dans mon coeur.
- Vous
ne le connaissez pas; c’est dommage. Personne ne connaît réellement
Faurisson; c’est dommage. Ce qui me plaît chez lui c’est qu’à 84 ans, il
a une vivacité d’esprit et de l’humour sur lui-même que j’ai rarement
vu. Tout le monde se dit que c’est un nazi. Il a été dans la France
antinazie. Il était contre les Allemands. De plus il est d’origine
écossaise. Il avait eu des ennuis car il avait écrit « Mort à Laval! ».
Or, en tant que journaliste, si vous décidiez de faire un entretien avec
Faurisson pour voir ce qu’il pense, vous ne pourriez pas car il y a une
loi.
(...)





,_Venezia,_campo_Santi_Giovanni_e_Paolo,_1741.jpg)