BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

jeudi 12 mars 2020

Covid 19 et actualité de Semmelweis !




"Il prend un véritable bain d'Italie... Rien ne l'arrête, ni la langue dont il ne parle pas un mot, ni l'Histoire de Venise importante et fastueuse dont il ignore absolument la majesté compliquée... Jamais Venise aux cent merveilles ne connut d'amoureux plus hâtif que lui. Et cependant, parmi tous ceux qui aimèrent cette cité du mirage, en fut-il un plus splendidement reconnaissant que lui ?
... "J'étais encore sous l'influence des beautés de Venise et tout vibrant des émotions artistiques que j'avais ressenties, quand on m'apprit la mort de ce malheureux Kolletchka. J'y fus de ce fait sensible à l'extrême, et quand je connus tous les détails de la maladie qui l'avait tué, la notion d'identité de ce mal avec l'infection puerpérale dont mouraient les accouchées s'imposa si brusquement à mon esprit, avec une clarté si éblouissante, que je cessais de chercher ailleurs depuis lors".
... Puisque, pensa-t-il, Kolletchka est mort des suites d'une piqûre cadavérique, ce sont donc les exsudats prélevés sur des cadavres qu'on doit incriminer dans le phénomène de contagion.

... "Ce sont les doigts des étudiants, souillés au cours de récentes dissections, qui vont porter les fatales particules cadavériques dans les organes génitaux des femmes enceintes et surtout au niveau du col utérin".

... Il allait toucher les microbes sans les voir.
Restait encore à les détruire. Jamais on ne fit mieux. 
... Le dernier voile tombe. La lumière est faite. "Les mains, par leur simple contact, peuvent être infectantes", écrit-il. Chacun désormais, ayant disséqué ou non dans les jours qui précédèrent, doit se soumettre à une désinfection soigneuse des mains par la solution de chlorure de chaux.
Le résultat ne se fait pas attendre, il est magnifique. Dans le mois suivant, la mortalité par puerpérale devient presque nulle."


Louis-Ferdinand Céline, Semmelweis (1936).



lundi 17 février 2020

Blanrue en citations. Extraits de "Sécession - L'art de désobéir" (2018, Fiat Lux).

300 pages, 9 chapitres, 23 euros

"Vivons-nous dans un monde trop égoïste ? On le prétend avec frénésie, que ce soit l’omniprésent Matthieu Ricard ou Jacques Attali, banquier autopromu apôtre de la fraternité universelle, un comble pour ce conseiller de l’ombre du lascar François Mitterrand et soutien du rothschildien président Macron ! Pas une heure ne passe sans qu’un média mainstream ne nous jette à la figure une hideuse description de l'individu moderne. Nous sommes tous un tas d’immondes égoïstes, repus et heureux de vivre comme des porcs dans leur bauge. De mauvais citoyens qui votent peu et mal. De misérables marauds qui ne pensent qu’à leur petit confort et se désintéressent outrément du malheur du monde, de l’égalité salariale des femmes et du mansplaining, de la souffrance animale, des immigrés, des SDF, des mal-logés, de « Dame nature », de la couche d’ozone, du réchauffement climatique (sic). Les prédicateurs bien en cour n’ont que le mot « inégalités » à la bouche – inégalités contre lesquelles la morale civique nous commande de combattre sous peine d’être qualifiés de bourgeois ou de fascistes. Si l’on est un mâle blanc hétérosexuel, les péchés que nous avons à expier sont pis encore ! Nous voici coupables d’à peu près tout ce que le monde a produit depuis des millénaires en matière de massacres abjects, d’esclavages répugnants, de misères atroces et de génocides infernaux.
Je crois au contraire que la plupart de nos contemporains sont soumis à des exigences extérieures qu’ils ne contrôlent pas et que le véritable mal vient de là. L’individualisme présent n’est qu’un mot creux. Nous sommes plongés dans une société où il est devenu interdit de penser par nos propres facultés. Nous sommes imbibés de valeurs choisies pour nous, par d’autres que nous. Lorsque clamer ce que l’on a sur le cœur devient un crime de la pensée, quand l’État, omniprésent dans nos vies, se dote d’un pouvoir discrétionnaire sur nos esprits, nous impose des normes de comportement au point que sa police traque les réfractaires et que la justice les punit à de lourdes peines, on ne peut, quand on a un soupçon de dignité, se permettre le luxe de se laisser aller à abandonner le « soi », entité réelle ou illusoire, pour faire plaisir à ses contempteurs - sauf à se retirer pour le reste de nos jours chez les Chartreux ou dans un ashram (ce qui n’est pas donné à tout le monde), en priant pour que l’État et sa bureaucratie tatillonne n’y mettent pas les pieds (chose à peu près impossible).
*
Voulons-nous être dominés par des idées qui ne sont que l’expression théorique des intérêts d’autrui ? Notre vie n’appartient qu’à nous. Nous sommes les intendants de notre corps et de notre esprit. C’est à ce prix que nous en sommes responsables. C’est en raison de la liberté que nous avons su conquérir sur nous que nous sommes légitimes à parler et à défendre, le cas échéant, certains principes supérieurs. Sinon, nous ne sommes que les « hommes-machines » qui faisaient horreur à Georges Gurdjieff, des robots, des automates, des perroquets, des aveugles, des atomes tournoyant tout abrutis dans la grande cage à hamsters du « On », l’univers gris, sans forme ni visage décrit dans Être et Temps (1927) de Martin Heidegger.

L’urgence est de devenir un « homme différencié », selon l’heureuse formule de Julius Evola. Nous devons trouver en nous-mêmes les principes qui régissent notre vie. Imiter les autres dans nos jeunes années, nous inspirer de certains types de héros populaires est certainement un bon début, une formation nécessaire du moment que l’on n’est pas un enfant surdoué comme Mozart, à la seule condition de nous construire nous-mêmes ensuite, en sélectionnant le bon grain et l’ivraie dans les modèles que l’on a choisi de suivre. On doit un jour savoir se séparer de nos inspirateurs, trouver la voie qui nous convient et s’adapter à nos aptitudes. Le bon maître spirituel, qu’on appelle guru dans la tradition hindoue (un mot signifiant simplement « enseignant »), n’est pas un chefaillon irrité désireux de conserver auprès de lui ses disciples jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il doit être un libérateur, apprenant à ses élèves à le quitter le moment venu, afin de vivre de manière autonome, une fois formés, de leur plein gré, à une discipline qui les aidera à se guider en toute conscience - et non par la force de l’habitude, en raison d’une abdication devant le consensus imposé ou d’un manque abyssal de tonus psychique."

Paul-Éric Blanrue

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Blanrue en citations. Extraits de l'Annexe 2 du "Livre noir des manipulations historiques" (Fiat Lux, 2017) : "Complotisme et vrais complots" !

432 pages, 45 chapitres, 3 annexes, 23 euros.

Complotisme et vrais complots
(...)
         Trempée dans cette ambiance délétère, la société connaît le retour de la thématique conspirative. Une princesse succombe dans un accident d’automobile ? Le père du fiancé hurle au coup monté, visés : les services secrets de Sa Gracieuse Majesté. L’autopsie d’un extraterrestre en film d’archives ? Preuve que l’armée américaine cache la vérité depuis 50 ans ; en prime-time, une chaîne de télévision s’est jadis targuée de rompre la consigne du silence.
Tout y passe. Sous la plume d’un pigiste en mal de copie du nom de William Reymond, ressortent deux affaires classiques en réserve de l’histoire : l’assassinat de JFK et l’affaire Dominici. À nouveau, tout est faux ! Tout est truqué ! Reymond seul connaît le nom des vrais coupables. Ce ne sont pas, bien entendu, ceux que les enquêteurs officiels ont désigné. Dans les deux cas, il y a eu complot pour assassiner, puis complot pour cacher la vérité au public.
Ça marche ! Les chaînes de télé surfent sur la vague ; ainsi en 2003, sur Canal + pour JK et sur TFI pour Dominici (la chaîne des émissions Mystères, véritable piège à gogos, de L’Odyssée de étrange de Jacques Pradel avec son film sur l’autopsie de l’E.T. de Roswell, La Soirée de l’étrange de Christophe Dechavanne), avec un Michel Serrault cabotin en diable défendant la thèse de l’innocence de Gaston Dominici comme Jean Gabin l’avait fait en 1973, mais avec génie. Le public en redemande. Le rejet traditionnel de la conspiration n’exclut pas la fascination, au contraire. La répulsion instinctive que l’on nourrit pour le secret peut se muer en obsession, la peur des comploteurs se transformer en fantasme, leur traque devenir une quête éperdue.
Dans cette atmosphère, l’indice équivaut à une preuve, le non-dit signifie plus que le discours. Tout homme de pouvoir est suspect d’être membre de l’Organisation suprême, celle des Illuminatis ou des Reptiliens, mi-hommes mi-lézards, que seraient en réalité George W. Bush,  la famille Clinton, Barack Obama ou Madonna (thèse de David Icke dont les livres son diffusés dans les FNAC) ! Dans les années quatre-vingt, Jimmy Guieu nous assurait déjà que des extra-terrestres désignés sous l’appellation « Petits gris » gouvernaient le monde, tapis dans des zones spéciales gardés secrètes par le gouvernement américain. L’Empire des ténèbres est omniprésent, omnipotent. Le cryptage est la règle. Le monde n’est plus que l’ombre de lui-même. Pour rendre compte d’événements mystérieux, de crises ou affaires non élucidées, la dénonciation du complot devient alors irrationnelle, parfois pathologique.
*
Cette tournure d’esprit reconnaît au complot une fonction explicative surpuissante. La thèse complotiste n’est plus une hypothèse parmi d’autres, mais un moyen cantonné au service d’une fin, le dévoilement de la vérité cachée, forcément cachée. On assigne au complot une mission sacrée, celle de mettre au jour l’action nébuleuse des véritables maîtres de l’histoire. Le complot comble les espaces entre les pointillés, remplit les blancs. Sa dénonciation a pour but de déflorer les mystères insondables du passé et du présent, et de déchirer le voile de l‘avenir, en lui appliquant un  filtre identique.
         L’objet est souvent fixé de manière monomaniaque ; les vapeurs du complot agissent comme un détergeant nettoyant les scories des événements mineurs puisque trop visibles. Elles concentrent l’attention du citoyen sur une seule donnée, le reste disparaissant ou lui étant subordonné.

Agissant comme hypnotique, la thèse calme les angoisses, rassasie les esprits tourmentés. Les apparences on été percées, les secrets éventés. L’être questionnant devient affirmant, péremptoire. Tout devient lumineux, l’inconnaissable de la veille est l’évidence du jour, les premiers doutes se muent en certitudes.
         La certitude va de pair avec la définition rassurante du coupable, démasqué au bout de l’enquête, et sur lequel les ressentiments vont pouvoir se déchaîner ad libitum. La haine, la peur se cristallisent sur un groupe humain qui fait office d’éponge, de réceptacle.
         Les obsédés du complot, se ravitaillant de démystifications et de coupables idéaux souvent puisés dans les minorités ou les groupes extrêmes, attendent pourtant que le complot ne soit pas le point final de l’Histoire. Cela irait trop vite ; ce serait trop simple ! Le complotisme doit susciter l’émergence de rêves, fournir sa quote-part d’imaginaire. Comme si le côté noir ne pouvait jamais être dévoilé complètement. D’une trappe oubliée mille rebondissements doivent se tenir prêts à jaillir en permanence. Les complots sont une usine à fantasmes. Causes, moteurs, identités des acteurs, ramifications, tout peut être, doit être à chaque instant, remis en cause.
         Il existe une dimension ludique dans le complotisme : le décodage à tout propos, devenu une seconde nature ou une pensée-réflexe, entraîne l’Histoire sur la pente du roman policier ou du thriller.
         Le complotisme est ainsi un ascenseur mental et social. Le complot fourre-tout donne à ses sectateurs l’occasion de se hisser jusqu’à des cimes d’ordinaire inaccessibles. Tandis que le vulgum pecus, devenu fin connaisseur de l’underground planétaire, gonflé par l’orgueil de pouvoir jeter son œil sur l’envers du décor, frissonne au vent de l‘interdit, les exégètes de la conspiration accèdent eux à un plan supérieur de conscience, semblable à celui des comploteurs. Icares en herbe, ils « s’aristocratisent », en quelque sorte. Le décryptage auquel ils se livrent est la preuve de leur compétence à déjouer les pièges, à dénouer les noeuds de la machination, et les place à égalité avec ceux qu’ils stigmatisent. Parvenus à de tels confins, ils déploient une « science » qui confine à l’anagogie. Partant du terre-à-terre incompréhensible à la multitude, ils s’envolent vers des cieux de limpidité. Ils deviennent grands-prêtres. Le complot fait office d’épiphanie et atteint une dimension religieuse.
         Les thèses ultra-conspiratoires sont en somme une alternative mystique à l’incompréhension naturelle d’un événement, la compensation religieuse d’un sentiment d’impuissance. L’épistémologue Karl Popper a exposé dans quelle mesure les conspiracy theories actuelles pouvaient être assimilées à un théisme sécularisé : « La théorie sociologique du complot se développe après qu’on a abandonné Dieu en cherchant à répondre à la question de savoir qui joue son rôle. Sa fonction est alors assumée par différents détendeurs de pouvoir, groupes ou individus : des groupes de pression malveillants que l’on accuse d’avoir manigancé la grande dépression et de tous les maux que nous endurons. »
« Dieu est mort », entraînant Satan dans son sépulcre : reste la toute-puissance invisible d’hommes maléfiques !
         La thèse de la conspiration s’est adaptée aux exigences de l’époque. Elle devient un « produit caractéristique du processus de laïcisation des superstitions religieuses ». Cette forme de théologie est de nos jours coordonnée avec l’individualisme ( derrière l’insaisissable, il n’y pas Dieu ni des démons, mais des hommes de chair et de sang : « Le Diable s’est fait homme ») ainsi qu’avec la notion d’efficacité (les comploteurs sont un petit groupe organisé, cohérent, aux actions coordonnées, possédant une connaissance supérieure des méthodes de manipulation).
         Quelques indices psychologiques, dénombrés par les chercheurs contemporains, permettent de définir les caractéristiques de la mystique du complot. On peut en détecter l’émergence lorsque les attributs dont sont parés les hypothétiques conspirateurs (secret, puissance, perversion) sont entraînés dans une courbe hyperbolique leur faisant atteindre des sommets de déraison ; lorsque les comploteurs sont identifiés avec le Mal absolu ; enfin, lorsqu’ils parviennent comme par miracle à échapper à leurs poursuivants (syndrome de Fantômas).
         La systématisation du concept conspiratoire constitue un autre signe mystique, plus récent. Le maniaque du complot, devenu professionnel, cherche alors à débusquer la trace de comploteurs dans un nombre toujours croissant d’affaires, dans chaque événement échappant à une explication simple, représente le type même du paranoïaque en crise. William Reymond, le Thierry Meyssan de JFK et des Dominici, en est l’exemple contemporain le plus signifiant. Pour lui, rien n’est jamais vrai, tout le monde est un comploteur en puissance.
*
         La mystique du complot signifie-t-elle pour autant que le complot dénoncé avec déraison soit toujours imaginaire? La mystique du complot équivaut-elle au complot mythique  ?
         L’investigation rationaliste actuelle a pris pour habitude de considérer ce point comme trivial ou superflu, pis : comme allant de soi. La question reste en filigrane dans la plupart des ouvrages majeurs portant sur ce thème. Suivant cet argumentaire, le complotiste serait à lui seul la meilleure preuve de la vanité de l’objet de son attraction. Son état mental suffirait à jeter le discrédit sur ses croyances. Un complot aux ramifications internationales serait faux par essence puisque déraisonnable ; l’inhumanité ou l’efficacité redoutable des comploteurs éventuels seraient une cause suffisante pour attester de leur inexistence.
         Cette façon de raisonner est fille de l’empirisme ; de nombreux complots nés de l’imagination délirante de certains groupes ont en effet suscités des réflexes mystiques de grande ampleur. Mais, sur le fond, elle s’articule autour de postulats peu solides. L’irrationalité apparente d’un discours ne suffit pas à démontrer l’inanité de ce qu’il rapporte. On ne peut pas juger d’un fait en se contentant d’enquêter sur l’univers intérieur de celui qui le livre. Pour résoudre cette question, il faut au contraire revenir et revenir encore sur les lieux de la conspiration prétendue.
         La crédulité, la folie ou le fanatisme du complotiste ne sont pas à elles seules les indicateurs de l’aspect chimérique d’un événement. Les descriptions psychologiques ou sociologiques du complot sur lesquelles se sont échinées des générations de chercheurs sont seulement des pistes, des reflets, des points de départ intéressants pour l’enquêteur. Mais elles ne peuvent mener en tant que telles à des conclusions déterminantes.
         Il convient de quitter l’ingérence des esprits pour réintégrer le territoire historique. L’étude du complot doit redevenir objective. Il faut sur le terrain, interroger des témoins, recueillir des documents originaux, bref : enquêter avec sérieux, sans dédain ni a priori.
Pour qu’un complot soit décrété faux, il est impératif qu’il ne soit justifié par aucun élément qui, après un examen sérieux, apparaisse comme probant (absence de preuve), mais il importe aussi qu’il soit démenti par un dossier factuel indéniable. Pour recueillir ces données, il faut labourer le terrain des faits et non seulement celui des idées, à la manière des anti-complotistes triomphants. Si les faits ne sont pas avérés, la thèse du complot va s’évaporer d’elle-même, et c’est alors, et alors seulement, qu’elle entre de plain-pied dans les nuages de l’illusion cognitive. Pas avant.
Le 5 février 2003, Colin Powell, le secrétaire d’État américain, a prononcé à l’ONU un discours belliciste, légitimant la guerre en Irak en avançant de présumés preuves des armes de destruction massive de Saddam Hussein ; nul n’a oublié la petite fiole d’ « anthrax » qu’il a brandie avec satisfaction. Il a avoué lui-même, dans un livre paru dix ans plus tard (J’ai eu de la chance, Odile Jacob, 2013) que « depuis, j'ai découvert qu'un grand nombre d'informations que l'on m'avait fournies étaient inexactes ». Il a ajouté, comme pour s’excuser : « Ce n'était pas un mensonge délibéré de ma part. Je croyais à ce que je disais. Tout le monde, le président, les membres du gouvernement et le Congrès y croyaient. Le président m'a choisi parce que j'étais le plus crédible vis-à-vis de la communauté internationale, mais je ne faisais que transmettre ce que les seize agences de renseignement disaient. » En cause : la CIA. « Evidemment je pensais que la CIA avait vérifié ses informations. Aussi, quand, quelques semaines plus tard, l'Agence nous a dit que l'"information" sur les laboratoires biologiques ambulants venait d'Allemagne et qu'aucun agent américain n'avait interrogé la source principale de ce canular, j'ai été stupéfait… En tout cas, lors de ma présentation à l'ONU, je voulais qu'il soit à mes côtés, que la présence du patron de la CIA signifie au monde que ce que je disais reflétait ses conclusions. Dix ans plus tard, Tenet n'a toujours pas reconnu que celles-ci étaient fausses ! Pas une fois, il a expliqué pourquoi ses services avaient écrit, par exemple, que Saddam Hussein avait des centaines de tonnes d'armes chimiques, "dont la plupart avaient été fabriquées l'année passée" alors qu'il n'en possédait pas un gramme ! ».
De la même façon, l’ONG Human Rights Watch a démontré que le FBI a, dans certains cas, encouragé des musulmans à participer contre des synagogues et des bases américaines. Cela prouve-t-il que ce soit toujours le cas ? Non. Cela prouve qu’il en va parfois ainsi et que le signaler n’est pas une attitude stupidement complotiste. La bêtise des complotistes n’interdit en aucun cas l’existence de vrais complot, dont l’histoire est pleine à ras bord. Le populaire mais sérieux magazine Historia a consacré en mars 2009 un numéro spécial aux complots, présenté ainsi : « L’assassinat politique ne date pas d’hier:  le premier commando-suicide a opéré voici un millier d’années ! Ceux qui l’ont payé de leur vie ne se comptent plus : victimes de déséquilibrés, d’opposants déterminés, de machinations savamment orchestrées par des officines plus ou moins... officielles. »

Lorsque l’on enquête sur un complot présumé, il faut revenir au concret, ne pas céder aux modes, moins encore au terrorisme intellectuel qui cherche à démotiver les enquêteurs indépendants, libres de toute pression. Il ne faut pas avoir peur de regarder la vérité en face. Aussi terrible soit-elle ; aussi banale soit-elle."

Paul-Éric Blanrue

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Blanrue en citations. Extraits de l'Avant-propos du "Livre noir des manipulations historiques" (Fiat Lux, 2017), qui en est à sa seconde édition.

432 pages, 45 chapitres, 3 annexes, 23 euros

         "Cet ouvrage, réalisé au cours du printemps 2017, est constitué pour partie d’une réédition de L’Histoire dans tous ses états (collection zététique, Valbonne, 2003), un livre aujourd’hui épuisé et dont j’ai acquis les droits, et de pages publiées dans des journaux aux lignes éditoriales différentes, voire opposées. Que le lecteur en juge, on y trouve pêle-mêle des articles parus dans Historia, Le PointRivarolCharlie HebdoScience ExtrêmeLe Crapouillot ou encore Bourbons magazine !
Je m’empresse de préciser la satisfaction que j’ai à contempler aujourd’hui la diversité de ces supports. Ce qui m’intéresse, en premier lieu, c’est de pouvoir publier le résultat de mes recherches. Publish or perish !, telle est la règle adamantine du métier d’écrivain. Un manuscrit resté dans les tiroirs est perdu, sauf à croire en la sainteté de nos veuves, mais l’exemple du Journal de Jules Renard en partie brûlé par son héritière nous a rendus sceptiques !
Les idées politiques et philosophiques de mes diffuseurs ne m’intéressent guère, du moment qu’ils me permettent de publier ce que j’entends, sans me caviarder.
Il n’est pas dans l’obligation d’un journal ni d'une maison d'édition d’accepter des lignes qui peuvent mettre sa direction en péril, ses lecteurs ou ses chers actionnaires dans l’embarras ; il en faut plus pour me choquer. C’est pourquoi le mauvais sujet que je suis a aussi souvent que possible changé de média pour emprunter une voie que Montaigne eût définie comme étant « à saut et à gambade ».
Un éditeur de tempérament royaliste, avec qui je partageais une admiration pour les Capétiens, me permit, il y a belle heurette, d’éditer mes découvertes originales sur le comte de Chambord, fruit d’un mémoire universitaire, que des maisons classiques avaient refusé pour des motifs idéologiques qui fleuraient bon les « valeurs républicaines », bien que la pénible expression ne fût pas encore en vogue. Ce brave homme, en revanche, se montra incapable, pour des raisons doctrinales et par peur des mauvais retours de ses clients, de publier le fruit de mes travaux concernant le Suaire de Turin. Lequel ouvrage fut édité, ni une ni deux, par une maison communiste en coédition avec des « catholiques de gauche », puis, dans une autre version, par une maison ayant pignon sur rue du groupe Flammarion, nommée Pygmalion. Cette version réputée sérieuse me vaudra malgré tout d’être déprogrammé de l’émission « La Foi prise au mot » de la chaîne religieuse KTO, comme quoi il est vain de croire que la censure n’est exercée que par les commissaires politiques d’un seul bord !
Mon Anthologie des propos contre les juifs ne put être publiée, quant à elle, que par un éditeur connu pour ses collections érotiques et, surprise, nul autre que l’écrivain-réalisateur-chroniqueur télé Yann Moix, de l’écurie BHL, un garçon sympathique avec qui je n’ai aucun atome crochu d’ordre politique mais auquel je m’étais lié d’amitié à Paris, n’a accepté d’en établir la préface pour quelque modique somme qui faillit faire succomber l’éditeur d’une crise cardiaque.
Citons mon opus sur le trader Jérôme Kerviel, paru dans la maison de Bertil Scali, dont la devise aurait pu être « sex, drugs and rock’n’roll ! » ;  sa tournure d’esprit ne m’a pas empêché d’être le premier à annoncer la coresponsabilité de la Société Générale dans ce scandale national et de prévoir la crise financière de septembre 2008 six mois avant les « experts » de la presse officielle, à la grande joie du chroniqueur Paul Wermus, organisateur d’un joyeux débat entre l’un d’eux et moi à l’hôtel Lutétia pour VSD.
Quant à mon Sarkozy, Israël et les juifs, je fus contraint d’aller le faire éditer en Belgique où il dut patienter de longs mois en couveuse avant d’être distribué en France, le premier diffuseur ayant, sans explication mais la trouille au ventre, manqué à son plus élémentaire devoir, celui de le présenter à ses futurs lecteurs !


Toute ma vie éditoriale est ainsi faite ! Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je trouve ma situation révélatrice de la mentalité contemporaine, sorte de brouet composé de couardise semi-liquide et d’opportunisme petit-bourgeois ultra-fragile.
         Il est sûr que, n’appartenant, de mon plein gré, à nulle écurie, ne professant pas d’idéologie référencée dans les encyclopédies, fuyant les cocktails parisiens et désirant rester un pur-sang non dopé à la moraline d’une société entrée en dissolution, je dois, pour chaque course, me trouver une casaque nouvelle. Je suis et reste un solitaire, un franc-tireur menant une vie de réfractaire, de préférence sur les îles (Venise, Rhodes, Cuba, la Corse, Saint-Honorat !), une sorte de Juif errant de l’écriture. Allergique à l’embrigadement intellectuel, à la pression sociale, me battant contre l’uniformité et le grégarisme, refusant de suivre les chemins tracés, dynamitant les carcans de la grande machine à décerveler sans me laisser intimider par l’ingérence des intérêts et des idées d’autrui, je ne peux pas me plaindre du sort qui m’est réservé.
Dois-je m’en réjouir ? Cet isolement professionnel m’a valu des déboires dans ma vie sociale. Il est difficile de rester en place avec une telle mentalité, dans un tel environnement ! Rester libre, implacable et lucide, singulier, « différencié » comme disait Julius Evola, c’est prendre en toute occasion le risque de déplaire, c’est accepter d’avance la ruine qui vous tend les bras. Il est vrai que j’ai l’audace de partager l’option de Sacha Guitry, dont la seule prétention, lançait-il crânement, était « de ne pas plaire à tout le monde », car « plaire à tout le monde c’est plaire à n’importe qui ». L’essentiel est de n’être « lié à aucun maître » (hourra Horace !) et de « persister dans sa bizarrerie » (merci, Baudelaire !).
(...) Car, oui, la question se pose, cruelle : comment, aujourd’hui, un auteur peut-il rester indépendant, digne de respect, dire et hurler ce qu'il pense sans compromis à ceux qui lui font l'honneur de le lire ? Je n’en ai pas la réponse, hélas, mais j’y parviens tant bien que mal, au cas par cas, en vertu de mes talents de slalomeur.
Dans Le Monde du 29 août 2015, informé de mon éviction discrète d’Historia et des difficultés croissantes que j’avais à trouver éditeur (et, simplement, à survivre au jour le jour !), notamment du fait d’une pétition contre la loi Gayssot que j’avais lancée quelques années plus tôt suivie d'un documentaire vidéo peccamineux consacré à quelque notoire faussaire, le journaliste Laurent Telo m’a signalé comme « censuré à perpétuité ». C’était bien trouvé !
Lors de la sortie de ce documentaire honni et pourtant légal, les mercuriales des sycophantes me sont en effet tombés sur la tête comme une pluie d’enclumes que m’aurait envoyée Vulcain ! On aurait voulu me pousser au suicide qu’on ne s’y serait pas pris autrement ! Heureusement, je suis habitué à ce qu’on déblatère sur mon compte, un compte largement créditeur en terme d’insultes et de sermons ne servant de rien, puisque j’y suis imperméable depuis ma prime enfance : « Ça entre par une oreille, ça sort par l’autre ! », j’ai entendu cette rengaine toute mon enfance, je ne vais pas me priver de la reprendre à mon compte lorsque j’ai atteint le demi-siècle ; cet écolier de dix ans qui n’écoute rien d’autre que son cœur et ce que lui dicte sa conscience, c’est toujours moi.
Durant ma vie, on m’a tour à tour qualifié d’auteur ultra-monarchiste, d’historien hyper-rationaliste, de militant athée stalinien, de fascisto-nazi-nauséabond, de propagandiste musulman fanatique (forcément payé par l’Iran), de publiciste catho-tradi, j’en passe et des meilleures. Il n’y manquait plus qu’écrivain antisémite ! Depuis, j’ai appris d’autres choses encore sur ma propre vie, et des terribles, des atroces ! N’importe ; les lecteurs jugeront si ce livre, fruit de trente ans d’études, est une ode au complotisme et à je ne sais quel « confusionnisme » selon le barbarisme à la mode, ou bien s’il a rempli sa mission de démystification tous azimuts.
Viendra le temps où il me faudra écrire une autobiographie dont le titre pourrait être Les Confessions du Diable. Je le confesse, mea culpa, je n’ai jamais été un bourgeois salarié et ma seule ambition a toujours été d’être plus libre que la moyenne de mes semblables, à commencer par ceux qui brandissent le drapeau noir de l’anarchie sur les plateaux télé pour se donner le frisson et faire semblant d’exister. Ma liberté fait des jaloux, est-ce grave ?
En attendant, les meilleurs de mes zoïles, comme (mais oui !) The Time of Israel, s’apercevant de la difficulté qu’il y a à me ranger dans une case fût-ce la case prison, m’ont placé dans la catégorie des auteurs aux « ambitions étranges », une sorte d’inclassable, à quoi je réponds préférer le terme « d’irrécupérable », qui ne permet nulle sorte d’étiquetage et de poursuivre ma route sans être mal accompagné. 
Lecteurs, rangez mes livres sur l’étagère de votre bibliothèque qui vous agrée, mais de grâce n’étiquetez pas leur auteur comme un vulgaire produit des magasins Leclerc ! Laissez-lui sa liberté de recherche et permettez-lui de vous en fournir, avec pertinacité et le maximum d’honnêteté dont il est capable, les résultats auxquels il a abouti, que ceux-ci aient ou non leurs entrées dans le salon philosophique que vous fréquentez !

On l’aura compris, mes maisons d’édition varient en fonction de leur capacité à publier mes livres, à raison de leurs propres normes idéologiques et de leur liberté financière, non en fonction de ce que je pense et de ce que je découvre. Ce n’est pas un hasard si je passe une partie de ma vie à Venise, la ville du premier ghetto, la cité des labyrinthes, des masques, des reflets et des miroirs cachés ; il faut savoir manœuvrer une gondole et maîtriser les eaux pour naviguer dans les canaux de cet univers impitoyable qu’est l’édition !
(...)"

Paul-Éric Blanrue

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