Lorsque l’abbé Wladimir Guettée publie La Papauté hérétique en 1874, l’ancien prêtre catholique entend porter devant le tribunal de l’histoire une accusation d’une gravité exceptionnelle : selon lui, l’Église romaine ne s’est pas seulement séparée de l’Orient chrétien par une question de juridiction ou d’organisation ecclésiastique ; elle a modifié la foi elle-même. Après avoir tenté de démontrer dans La Papauté schismatique (v. article précédent) que la papauté avait rompu avec la constitution primitive de l’Église, Guettée estime nécessaire d’examiner la question doctrinale. Son nouveau livre veut répondre à une interrogation fondamentale : les doctrines enseignées par Rome au XIXᵉ siècle correspondent-elles réellement à la foi professée par les apôtres, les Pères de l’Église et les conciles œcuméniques ?
Pour comprendre la portée de cette entreprise, il faut revenir au contexte historique. Nous sommes quelques années après le concile Vatican I. Réuni à Rome entre 1869 et 1870 sous le pontificat de Pie IX, ce concile a proclamé le dogme de l’infaillibilité pontificale. Désormais, lorsqu’il s’exprime ex cathedra sur une question de foi ou de morale, le pape est réputé ne pouvoir se tromper. Pour Guettée, cette définition représente l’aboutissement d’une longue évolution qui a commencé plusieurs siècles auparavant. Elle constitue aussi le point culminant d’un système doctrinal que l’auteur considère comme étranger au christianisme ancien. Son livre apparaît ainsi comme une réponse directe à Vatican I et à la théologie ultramontaine triomphante du XIXᵉ siècle.
La méthode de Guettée est assez simple : refusant d’examiner les doctrines romaines à partir des seules affirmations des théologiens modernes, il remonte systématiquement aux sources les plus anciennes : Écriture sainte, Pères grecs et latins, actes des conciles œcuméniques et témoignages historiques. Son raisonnement repose sur un principe hérité de Vincent de Lérins au Vᵉ siècle : la véritable doctrine chrétienne est celle qui a été crue partout, toujours et par tous. Dès lors, toute croyance absente des premiers siècles ou inconnue de l’Église universelle est suspecte.
La première question abordée concerne naturellement la papauté elle-même. Pour Guettée, toutes les autres innovations découlent d’une erreur initiale : la transformation de l’évêque de Rome en souverain universel de l’Église. L’auteur commence donc par examiner ce que les grands témoins de l’Antiquité chrétienne enseignaient réellement sur la place de Pierre et de ses successeurs.
Son principal témoin est saint Cyprien de Carthage. Né au début du IIIᵉ siècle et martyrisé en 258 sous l’empereur Valérien, Cyprien est l’une des figures les plus prestigieuses de l’Église ancienne. Son traité De l’Unité de l’Église occupe une place centrale dans l’argumentation de Guettée. Les théologiens romains invoquent souvent ce texte parce que Cyprien y commente les paroles du Christ adressées à Pierre. Pourtant, la lecture attentive du traité conduit à une conclusion très différente de celle que défend Rome : Cyprien affirme que Pierre symbolise l’unité de l’Église, mais il précise dans le même temps que tous les apôtres ont reçu exactement la même autorité. L’unité ne repose pas sur la domination d’un apôtre sur les autres mais sur la communion de tous dans la même foi.
Guettée souligne que cette idée revient constamment sous la plume de l’évêque africain. L’épiscopat est un ; chaque évêque possède une part entière de cet épiscopat unique. Aucun ne peut se proclamer supérieur aux autres par droit divin. Cette doctrine se manifeste clairement lors de la célèbre controverse du baptême des hérétiques qui oppose Cyprien au pape Étienne Ier entre 254 et 257. Le pape tente d’imposer sa position aux évêques africains : Cyprien refuse. Il convoque plusieurs conciles régionaux et maintient sa propre pratique. Plus encore, il déclare qu’aucun évêque ne doit prétendre être « évêque des évêques ». Cette formule constitue une condamnation anticipée de la monarchie pontificale.
Après Cyprien, l’auteur se tourne vers Tertullien. Né vers 155 et mort au début du IIIᵉ siècle, cet écrivain africain est l’un des premiers grands auteurs chrétiens de langue latine. Guettée reconnaît qu’il s’est éloigné de l’Église à la fin de sa vie, mais il estime que ses écrits antérieurs demeurent précieux pour comprendre la pensée chrétienne primitive. Tertullien insiste constamment sur la fidélité des Églises apostoliques à l’enseignement reçu des apôtres. Pour lui, la vérité se reconnaît à l’accord de ces Églises dispersées à travers le monde. Guettée note que jamais Tertullien ne présente l’évêque de Rome comme le juge suprême des controverses doctrinales.
L’analyse se poursuit avec saint Augustin. Né en 354 à Thagaste et mort en 430 à Hippone, Augustin est probablement le plus grand théologien de l’Occident chrétien. Son autorité dans l’Église latine est immense. Guettée examine particulièrement ses écrits contre les donatistes. Cette secte africaine prétendait constituer la seule véritable Église. Pour la réfuter, Augustin développe une doctrine de l’universalité chrétienne. Pourtant, observe Guettée, il ne renvoie jamais ses adversaires à la juridiction du pape. Il invoque la succession apostolique de l’ensemble des Églises catholiques et l’accord universel de la tradition chrétienne : le Christ demeure l’unique chef de l’Église, Rome possède un prestige particulier mais ne devient jamais le fondement exclusif de l’unité.
À partir de ces témoignages, Guettée conclut que les grands docteurs occidentaux des premiers siècles ignoraient la conception moderne de la papauté. Cette constatation lui paraît capitale. Si Cyprien, Tertullien et Augustin ne connaissaient pas la souveraineté pontificale, comment celle-ci pourrait-elle être considérée comme un dogme apostolique ?
L’auteur passe ensuite aux grands conciles œcuméniques. Le premier concile de Nicée, réuni en 325 sous Constantin, condamne l’arianisme et fixe les bases de l’organisation ecclésiastique. Son célèbre canon VI reconnaît les prérogatives traditionnelles de Rome, d’Alexandrie et d’Antioche. Guettée insiste sur un détail souvent négligé : le texte place ces grands sièges sur un plan comparable. Rome bénéficie d’un rang privilégié, mais elle n’apparaît nullement comme un pouvoir supérieur aux autres patriarcats.
Le deuxième concile œcuménique, réuni à Constantinople en 381 sous Théodose Ier, confirme cette organisation. Son troisième canon accorde au siège de Constantinople la seconde place après Rome parce que la ville est devenue la nouvelle capitale impériale. Pour Guettée, cette décision montre clairement que les privilèges ecclésiastiques dépendent de circonstances historiques et administratives : ils ne découlent pas d’un droit divin accordé exclusivement à Rome.
Le cas du concile de Chalcédoine, en 451, occupe une place encore plus importante. Ce concile condamne le monophysisme et adopte le célèbre Tome doctrinal du pape Léon Ier. Les évêques reconnaissent la valeur de ce document parce qu’ils y retrouvent la foi orthodoxe. Mais dans le même temps, ils votent le canon XXVIII qui élève Constantinople à un rang presque égal à celui de Rome. Les légats romains protestent vigoureusement. Malgré cela, le concile maintient sa décision. Pour Guettée, cette scène démontre que les évêques considèrent le concile œcuménique comme l’autorité suprême dans l’Église.
Après avoir établi ce cadre historique, Guettée aborde ce qu’il considère comme la première grande innovation doctrinale de l’Occident : le Filioque. Le symbole de Nicée-Constantinople, adopté en 381, enseigne que le Saint-Esprit procède du Père. À partir du VIᵉ siècle, certaines Églises occidentales ajoutent progressivement les mots « et du Fils ». Cette addition se diffuse en Espagne avant de gagner l’empire carolingien. Charlemagne la soutient activement à la fin du VIIIᵉ siècle. Rome elle-même hésite longtemps avant de l’adopter officiellement.
Pour Guettée, le problème dépasse largement la question théologique. En fait, aucun concile œcuménique n’a autorisé cette modification du Credo. L’Occident a donc changé un symbole universel sans le consentement de l’Église entière ! Lorsque le patriarche Photius de Constantinople dénonce cette innovation au IXᵉ siècle, il défend simplement la tradition ancienne. Le Filioque devient ainsi le premier grand signe visible d’une évolution doctrinale occidentale indépendante de la tradition commune.
Cette divergence s’aggrave au cours du Moyen Âge. Les réformes de Grégoire VII au XIᵉ siècle renforcent considérablement le pouvoir pontifical. Le Dictatus Papae de 1075 affirme que le pape possède une autorité supérieure à celle de tous les évêques et même des souverains temporels. Il s’agit d’une véritable révolution ecclésiologique. Le schisme de 1054 apparaît alors non comme un accident mais comme la conséquence logique de plusieurs siècles de transformations.
L’ouvrage se poursuit ensuite par l’examen de l'invention du purgatoire, des indulgences, de la satisfaction pénitentielle, de la juridiction universelle du pape et des diverses définitions dogmatiques adoptées par l’Occident. Chaque fois, Guettée applique la même méthode comparative : que croyaient les premiers siècles et qu’enseigne désormais Rome ? C’est dans cet écart croissant qu’il voit l’origine des divisions du christianisme.
Après avoir démontré que la monarchie pontificale n’existait pas dans l’Église primitive, Guettée entreprend d’examiner ce qu’il considère comme les conséquences doctrinales de cette transformation. Selon lui, dès lors que l’évêque de Rome s’est attribué le droit de parler au nom de toute l’Église, il est devenu possible d’introduire progressivement des enseignements qui n’avaient jamais fait l’objet d’un consensus universel. C’est cette évolution que l’auteur suit à travers plusieurs siècles d’histoire.
Le premier dossier qu’il aborde en profondeur est celui du Filioque. Pour comprendre son importance, il faut revenir au concile de Constantinople de 381. Ce concile avait proclamé que le Saint-Esprit procède du Père : cette formule demeura commune à toute la chrétienté pendant plusieurs siècles. Toutefois, à partir du VIᵉ siècle, certaines Églises d’Espagne ajoutèrent les mots « et du Fils » afin de combattre l’arianisme. Cette addition se répandit ensuite dans le royaume franc. Sous Charlemagne, couronné empereur en l’an 800, elle devint un marqueur identitaire de l’Occident latin. Les théologiens carolingiens allèrent jusqu’à accuser les Grecs d’hérésie parce qu’ils conservaient le texte original du Credo...
Guettée insiste sur le fait que plusieurs papes eux-mêmes refusèrent d’abord cette modification. Le pape Léon III, qui régna de 795 à 816, fit même graver à Rome le Credo sans le Filioque sur deux plaques d’argent destinées à être exposées publiquement ! Pour l’auteur, ce détail historique est fondamental. Il montre que l’addition n’appartenait pas à la tradition universelle. Lorsque Rome finit par adopter officiellement le Filioque au XIᵉ siècle, elle ratifia une innovation qui n’avait jamais été approuvée par un concile œcuménique.
Cette question devient l’un des principaux sujets de controverse entre Rome et Constantinople au temps de Photius. Élu patriarche en 858, Photius s’oppose fermement aux prétentions romaines et à l’introduction du Filioque. Le patriarche byzantin est l’un des grands défenseurs de la tradition ancienne et il rappelle que les conciles œcuméniques avaient interdit toute modification du symbole de foi. En conséquence, l’Occident ne pouvait pas altérer un texte appartenant à toute l’Église.
Après le Filioque, Guettée aborde la doctrine du purgatoire. Il distingue soigneusement la prière pour les morts, pratiquée dès les premiers siècles, de la doctrine latine élaborée au Moyen Âge. Les anciens chrétiens priaient pour les défunts afin que Dieu leur accorde le repos et la miséricorde ; toutefois, ils n’enseignaient pas l’existence d’un lieu de purification temporaire défini juridiquement, avec des peines précises et mesurables.
L’auteur suit l’évolution de cette doctrine à travers les siècles et montre comment certaines spéculations théologiques apparaissent chez quelques auteurs occidentaux avant d’être systématisées par les scolastiques du XIIᵉ et du XIIIᵉ siècle. Avec Pierre Lombard, mort en 1160, puis Thomas d’Aquin, mort en 1274, le purgatoire devient un élément structuré de la théologie latine. Le concile de Lyon de 1274 puis le concile de Florence en 1439 lui donnent une reconnaissance officielle. Cette doctrine n’est pas la simple formulation d’une croyance ancienne mais la construction progressive d’un système nouveau.
Le développement du purgatoire entraîne celui des indulgences. Dans l’Église ancienne, les pénitences imposées aux pécheurs pouvaient être allégées ou abrégées dans certaines circonstances. Au fil du temps, cette pratique évolue jusqu’à devenir un système beaucoup plus complexe : les indulgences prétendent remettre une partie ou la totalité des peines temporelles dues au péché. Une conception étrangère à la discipline primitive.
Guettée retrace l’histoire des indulgences depuis le Moyen Âge jusqu’à la veille de la Réforme. Les croisades jouent un rôle important dans leur développement. Plusieurs papes promettent des indulgences aux participants des expéditions militaires vers la Terre Sainte. Au cours des siècles suivants, le système devient de plus en plus élaboré. L’auteur considère que les abus dénoncés par Martin Luther en 1517 ne constituent pas une simple déformation accidentelle mais le résultat logique d’une doctrine erronée.
La Réforme protestante occupe naturellement une place importante dans le récit. Guettée ne partage pas les doctrines de Luther ou de Calvin et critique le protestantisme, cependant, il estime que la Réforme met en lumière des problèmes réels présents dans l’Église romaine. Les réformateurs ont eu raison de dénoncer certains abus mais se sont trompés en abandonnant la Tradition et les sacrements. Là où les protestants ont rejeté une partie du christianisme ancien, l’Orthodoxie a conservé l’équilibre de la tradition primitive.
Guettée examine ensuite la question du péché originel. La théologie latine, influencée par certaines interprétations d’Augustin, a développé une conception différente de celle des Pères grecs. Dans l’Orient chrétien, l’humanité hérite principalement des conséquences de la chute d’Adam : la mortalité, la corruption et l’inclination au péché. En Occident, la notion de culpabilité héréditaire prend une place plus importante. Cette divergence prépare d’autres développements théologiques qui éloignent encore davantage Rome de la tradition commune.
Les doctrines mariales occupent également plusieurs chapitres. Guettée reconnaît la vénération exceptionnelle accordée à la Mère de Dieu depuis les premiers siècles et rappelle le rôle du concile d’Éphèse de 431 qui proclama Marie Théotokos, c’est-à-dire Mère de Dieu. Cependant, il distingue cette foi ancienne des définitions dogmatiques plus tardives.
L’Immaculée Conception est particulièrement visée. Proclamée dogme par Pie IX le 8 décembre 1854, elle affirme que Marie fut préservée du péché originel dès le premier instant de sa conception. Or aucun concile œcuménique n’a enseigné cette doctrine qui demeura inconnue de nombreux Pères de l’Église. Il voit dans cette définition un exemple caractéristique de la manière dont Rome peut imposer à toute l’Église une croyance qui ne faisait pas partie du dépôt commun de la foi.
L’auteur s’intéresse ensuite à l’évolution de la notion d’autorité doctrinale. Durant les premiers siècles, explique-t-il, les grandes controverses étaient tranchées par des conciles réunissant les évêques de toute l’Église : Nicée en 325, Constantinople en 381, Éphèse en 431, Chalcédoine en 451 et les conciles suivants constituent les références suprêmes. Cette structure conciliaire garantissait l’équilibre de l’Église.
Peu à peu cependant, les papes revendiquent un rôle croissant. Nicolas Ier au IXᵉ siècle, Grégoire VII au XIᵉ siècle, Innocent III de 1198 à 1216 et Boniface VIII de 1294 à 1303 apparaissent comme les principales étapes de cette évolution. Guettée s’attarde longuement sur la bulle Unam Sanctam publiée en 1302 par Boniface VIII : ce document affirme que toute créature humaine doit être soumise au pontife romain pour être sauvée ! L’auteur considère cette déclaration comme l’expression la plus radicale et la plus fautive de la monarchie pontificale médiévale.
Les tentatives d’union entre Orient et Occident font l’objet d’une étude détaillée. Le deuxième concile de Lyon en 1274 et surtout le concile de Florence de 1438-1439 occupent de nombreuses pages. Guettée raconte comment les empereurs byzantins, menacés par les Turcs, cherchèrent l’appui militaire de l’Occident. En échange, Rome exigea la reconnaissance de ses doctrines. Des accords furent signés mais rencontrèrent une opposition massive dans le monde orthodoxe. À son retour de Florence, la plupart des signataires furent rejetés par le clergé et le peuple. Pour Guettée, cet échec démontre que les doctrines romaines n’appartenaient pas à la tradition orientale, qui était elle-même la tradition la plus ancienne et fidèle à l'Église indivise des premiers siècles.
La dernière partie du livre conduit le lecteur au XIXᵉ siècle. L’auteur décrit la montée de l’ultramontanisme, courant qui exalte l’autorité du pape. Joseph de Maistre, mort en 1821, est présenté comme l’un de ses principaux théoriciens : son ouvrage Du Pape défend l’idée d’un souverain spirituel universel capable de maintenir l’unité du monde chrétien. Guettée considère cette vision comme profondément étrangère à toute l’ecclésiologie antique.
Cette évolution atteint son sommet avec Pie IX. Élu pape en 1846, celui-ci devient l’un des pontifes les plus influents de l’histoire moderne. En 1854, il proclame le dogme de l’Immaculée Conception ; en 1864, il publie le Syllabus qui condamne plusieurs idées modernes ; enfin, il convoque le concile Vatican I en 1869.
Pour Guettée, le 18 juillet 1870 marque un tournant historique majeur. Ce jour-là, le concile adopte la constitution Pastor Aeternus qui définit l’infaillibilité pontificale. L’évêque de Rome reçoit désormais officiellement le pouvoir d’enseigner sans erreur lorsqu’il définit solennellement une doctrine de foi ou de morale. Cette définition représente l’aboutissement logique de toutes les évolutions précédentes. Une fois admise la souveraineté universelle du pape, il est devenu possible de lui attribuer une autorité doctrinale absolue.
La conclusion de Guettée est radicale : l’histoire révèle une succession continue d’innovations apparues après la séparation entre Orient et Occident. Filioque, purgatoire, indulgences, monarchie pontificale, Immaculée Conception et infaillibilité seraient autant d’étapes d’un même processus. Face à cette évolution, l’Orthodoxie a conservé la foi des conciles œcuméniques et des Pères anciens.
Pour Guettée, le problème n’est pas qu’une Église particulière ait développé certaines opinions théologiques. Le problème est que ces opinions ont été imposées comme des vérités universelles alors qu’elles étaient inconnues des premiers siècles. L’histoire lui apparaît comme une chaîne continue reliant les premières revendications romaines du IXᵉ siècle aux définitions dogmatiques du XIXᵉ. De Photius à Vatican I, de Nicolas Ier à Pie IX, il discerne la même logique : l’accroissement constant du pouvoir pontifical et la multiplication de doctrines qui ne trouvent aucun fondement dans la tradition commune de l’Église ancienne. C’est pourquoi il considère que la véritable fracture de la chrétienté ne réside pas dans le schisme de 1054 mais dans l’apparition progressive d’un système nouveau dont l’infaillibilité pontificale constitue l’aboutissement ultime.