BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

mardi 2 septembre 2025

Au-delà de Darwin.



Dans cet ouvrage, Jean Staune propose une critique approfondie du darwinisme et du néodarwinisme, tout en ouvrant la voie à une nouvelle conception de l'évolution.

La thèse centrale de Staune est que la structure des êtres vivants est inscrite dans les lois mêmes de la nature, et non pas principalement le résultat d'adaptations successives ou de la sélection naturelle induite par les changements environnementaux. Cette vision remet en question l'idée que les organismes sont des "machines assemblées au hasard de l’évolution" et affirme qu'ils possèdent une "logique interne" qui commande leur évolution à long terme.

Jean Staune souligne que, depuis la publication de L'Origine des espèces il y a cent cinquante ans, une "véritable hagiographie" du darwinisme a eu lieu, occultant les critiques et les théories alternatives. Pour lui, l'erreur fondamentale des tenants du darwinisme est de considérer les formes vivantes comme des résultats arbitraires.
1. Les recherches récentes en paléontologie, génétique et biochimie montrent que les mécanismes postulés par le darwinisme et le néodarwinisme ont une portée "bien plus limitée que prévue".
2. L'auteur dénonce un "mur de silence" autour des critiques du darwinisme, souvent justifié par la crainte de renforcer le créationnisme. Il cite des propos extrémistes, comme celui de Richard Dawkins affirmant que la théorie de la sélection naturelle serait la meilleure même si elle était "démentie par les faits". Daniel Dennett partage cette position. Richard Lewontin, coauteur de Stephen Jay Gould, va plus loin en affirmant un "engagement supérieur" envers le matérialisme, "car nous ne pouvons permettre à un dieu de passer un pied dans la porte".
3. Staune reprend la critique de Tom Bethell, soutenant que le darwinisme est une tautologie car l'aptitude est souvent définie a posteriori par la survie, ce qui rend la "sélection naturelle" équivalente à "la survie de ceux qui survivent". Jerry Fodor, un philosophe athée, renforce cette critique, arguant que l'analogie de Darwin avec la sélection artificielle des éleveurs est fallacieuse, car la nature n'a pas d'intentionnalité.
4. Le darwinisme expliquerait l'origine d'organes complexes par des "jolies histoires", souvent peu crédibles, où un "avantage sélectif" minime est postulé pour expliquer des transformations majeures. L'exemple du phacochère naissant avec des callosités préformées sur les genoux est présenté comme improbable, car l'avantage initial serait trop faible pour assurer un succès reproductif significatif par rapport à ceux qui développent ces callosités par frottement. De même, l'exemple de l'allongement de la trompe de l'éléphant est donné comme un conte de fées.
5. La théorie darwinienne repose sur des "variations légères successives et favorables". Cependant, Stephen Jay Gould et Niles Eldredge ont mis en évidence la "rareté des formes fossiles transitoires" et l'apparition "soudaine et complètement formée" des espèces dans les archives paléontologiques, stables ensuite pendant des millions d'années. C'est la théorie des "équilibres ponctués". Bien que Dawkins et Ken Miller aient tenté de réconcilier cette théorie avec le gradualisme en la présentant comme un gradualisme à l'échelle géologique, Staune note que cela réduit considérablement le temps disponible pour l'évolution darwinienne (environ 5% du temps total), ce qui suggère que "d'autres mécanismes doivent avoir également pris place".
6. Dawkins défend une vision "pansélectionniste", où la sélection naturelle optimise presque tout. Gould et Richard Lewontin s'y opposent avec la métaphore des "pendentifs de Saint-Marc", ces espaces triangulaires nécessaires pour soutenir une coupole mais qui n'existent pas pour eux-mêmes. Ils soutiennent que de nombreuses caractéristiques des organismes, comme le langage humain, pourraient être des "sous-produits" d'autres adaptations (e.g., un cerveau plus gros), et non des adaptations directes. Cette idée est renforcée par l'observation que des caractères apparemment non adaptatifs (oreilles tombantes, queue courte) sont "embarqués" ensemble lors de la domestication de diverses espèces, suggérant des corrélations internes aux plans d'organisation.

Staune met ensuite en lumière une série de découvertes et de théories qui convergent vers l'idée que l'évolution est un phénomène en partie prédictible, guidé par des lois internes et des structures archétypales.

1. Structuralisme réhabilité : des penseurs "structuralistes" (Goethe, Geoffroy Saint-Hilaire, Richard Owen, D'Arcy Thompson, Richard Goldschmidt, Saint George Mivart) avaient mis l'accent sur l'importance des formes et des lois internes, une approche méprisée par le darwinisme. De récentes découvertes les réhabilitent :
◦ La fleur est une feuille modifiée : en 1994, les travaux de Weigel et Meyerowitz ont montré qu'en inhibant trois gènes, une fleur normale d'Arabidopsis se transforme entièrement en feuilles, confirmant l'intuition de Goethe selon laquelle les composants floraux sont des modifications d'un archétype fondamental, la feuille.
◦ Gènes Hox et plans d'organisation : la découverte des gènes homéotiques (Hox) par Walter Gehring et Edward Lewis a montré qu'ils contrôlent la spécialisation des segments corporels et qu'ils sont homologues chez des êtres très éloignés phylogénétiquement comme les insectes et les vertébrés, étant situés dans le même ordre sur les chromosomes. Le gène pax-6 de la souris peut induire la formation d'un œil de mouche dans une mouche, suggérant une "conservation des plans d'organisation fondamentaux". Eric Davidson et Douglas Erwin ont découvert des "kernels" (noyaux de réseaux de régulation génétique) dont la moindre modification est létale, suggérant une rigidité des plans d'organisation et des limites aux mécanismes darwiniens pour expliquer leur apparition rapide lors de l'explosion cambrienne. Douglas Erwin va jusqu'à dire que le "néodarwinisme est mort".

2. Convergence universelle : Simon Conway Morris, paléontologiste de Cambridge, a documenté des centaines de cas de "convergence évolutionniste", où des organes ou caractères analogues sont apparus indépendamment dans des lignées différentes, sans que l'ancêtre commun ne les possède.
L'œil caméra - L'exemple le plus frappant est l'"œil caméra" des vertébrés, qui est apparu indépendamment chez les céphalopodes (comme le calamar) et d'autres lignées, et qui se manifeste même chez des espèces apparemment primitives n'en ayant pas un besoin "nécessaire", comme des escargots ou méduses.
Mammalité - La viviparité et le sang chaud (endothermie) sont apparus des centaines de fois indépendamment chez différentes espèces de poissons, serpents, amphibiens, scorpions, coléoptères, pucerons et même certains insectes, des requins et des oiseaux.
Taupes - Des formes similaires à la taupe (mammifères placentaires, marsupiaux) sont apparues sur tous les continents, adaptées à la vie souterraine, illustrant des "destinations limitées" de l'évolution.
Intelligence et langage - La "poussée" vers un gros cerveau est observée chez les primates, cétacés, pieuvres et certains poissons et oiseaux. L'intelligence, la capacité d'apprentissage (pieuvres), l'intelligence collective (fourmis Atta, abeilles), et même des formes de langage complexe (perroquet Alex) sont des convergences fortes, suggérant que l'émergence d'êtres intelligents est une "propriété biologique inhérente de la nature".
◦ Ces convergences "amènent Conway Morris à penser qu’une nouvelle biologie est nécessaire" et que les "formes fonctionnelles possibles sont prédéterminées depuis le Big Bang".

3. Canalisation et hasard dirigé
Christian de Duve propose l'idée que l'évolution est "canalisée", c'est-à-dire que, même si les mutations sont aléatoires, les "contraintes naturelles" limitent les directions possibles, rendant l'évolution vers une "complexité croissante" presque obligatoire. Il utilise l'analogie du dé ou de la pièce de monnaie pour illustrer comment l'inévitabilité peut émerger du hasard si le nombre d'occasions est suffisant.

4. Formes platoniciennes des protéines
Michael Denton, avec Craig Marshall et Michael Legge, a montré que les protéines, malgré le nombre immense de repliements possibles, n'adoptent qu'environ "un millier de formes" stables. Ces formes agissent comme des "attracteurs" vers des solutions stables et sont indépendantes de la séquence d'acides aminés, suggérant que des "lois de la physique" les dictent. Cela est un argument fort pour le structuralisme et explique la "convergence moléculaire", comme dans le cas des enzymes thimidilate synthetase et triptophane, qui existent sous deux formes différentes, inexplicablement mélangées dans le vivant, rendant une explication darwinienne des mutations successives "complètement impossible".

5. Lois mathématiques et discontinuités
D'Arcy Thompson a démontré que les formes biologiques, notamment les coquilles de mollusques ou les coraux, peuvent être décrites par des formules mathématiques et que la transition entre certaines de ces formes est intrinsèquement non graduelle, impliquant des "discontinuités" ou des "sauts". Il soulignait déjà l'importance des "lois physiques et mécaniques" sur la forme.

6. Logiques internes de l'évolution :
"Inside story" de l'hominisation - Anne Dambricourt-Mallassé a mis en évidence une "logique interne" dans l'évolution des hominidés, liée à la "rotation du tube neural" durant l'embryogenèse, qui entraîne une contraction cranio-faciale et la bipédie. Cette évolution s'est déroulée en "six grandes étapes" discontinues sur 60 millions d'années, "indépendamment du milieu". Elle a prédit l'existence de bipèdes anciens dans des environnements forestiers (comme Ardipithecus ramidus) et la découverte d'hominidés à l'ouest du Rift (Abel au Tchad), ainsi que la non-appartenance de Néandertal à l'espèce sapiens, toutes confirmées par des découvertes indépendantes.
Structuralisme dynamique - Vincent Fleury propose que les formes des êtres vivants sont déterminées par des lois physiques et la dynamique des fluides, le rôle de l'ADN étant "relativement mineur". Il prédit, comme Owen, que le "plan d'organisation des vertébrés tétrapodes" est inévitable et le sapiens "attendu" par l'évolution, extrapolant des mouvements embryonnaires.
Structure fractale de l'évolution - Le paléontologue Jean Chaline, en collaboration avec l'astrophysicien Laurent Nottale, suggère que l'évolution de la vie suit des "lois universelles" similaires à celles qui régissent l'Univers, se manifestant par une structure fractale, avec des "zones de probabilité d'apparition" pour les innovations.

7. Au-delà du réductionnisme
Carl Woese, découvreur des archéobactéries (troisième lignée fondamentale du vivant), plaide pour une "nouvelle biologie" non réductionniste. Il critique le "réductionnisme fondamental" du XXe siècle, qui a assimilé les organismes à des machines, et appelle à une vision holistique pour "entendre la musique" de la vie.

8. Retour de Lamarck et "Junk DNA"
John Cairns et Barry Hall ont montré que des mutations peuvent être "dirigées" chez les bactéries soumises à stress, remettant en cause le caractère purement aléatoire des mutations. Bien que le mécanisme d'hypermutabilité en période de stress ait été découvert, il n'explique qu'une partie du phénomène, laissant un "espace potentiel" pour le néolamarckisme. Le rôle du "junk DNA" (ADN non codant) est également réévalué comme une "force évolutive" potentielle, contribuant à l'épigénétique et à la diversité génétique, suggérant que les mutations ne sont pas toutes de simples erreurs de copie mais peuvent être orchestrées par des "gènes créateurs de diversité" (Werner Arber).

Implications et conclusion
Cette nouvelle vision, en reconnaissant la "primauté des lois sur la sélection", a des implications profondes. Elle suggère que "les caractéristiques essentielles des êtres vivants, leur structure intime, ne proviennent pas de processus d’adaptation ou de sélection" mais sont "inscrites dans des lois de la nature".
Si une partie du déterminisme génétique est illusoire, cela implique une "vraie liberté" pour l'homme, car ses caractéristiques ne sont pas toutes le fruit d'une sélection naturelle.
Les organismes ne sont pas des "Lego". Comprendre leur "cohérence interne" et les logiques évolutives (comme celles d'Anne Dambricourt) incite à la prudence face aux manipulations génétiques, surtout sur l'homme, qui possède une "potentialité à évoluer" que d'autres espèces n'ont plus.
La biologie, aux côtés de la physique et de l'astrophysique, peut contribuer à un "réenchantement du monde" en montrant que la vie, et la vie intelligente, ne sont pas de "glorieux accidents" mais des manifestations inévitables de la matière et des lois de l'Univers.
Staune appelle à une évolution des mentalités dans la communauté scientifique, à "réhabiliter" les penseurs structuralistes oubliés et à développer le "contrarian thinking" pour explorer les "anomalies" qui ne s'expliquent pas dans le cadre darwinien. Il insiste sur la nécessité de réformer l'enseignement de la biologie pour présenter la pluralité des approches évolutives, plutôt qu'une "pensée unique".

Le retour de l'hypothèse Dieu.



Stephen C. Meyer, docteur en philosophie des sciences de l'université de Cambridge, avance l'idée que les découvertes scientifiques récentes soutiennent l'existence d'un Créateur. Le livre défie le « nouvel athéisme » de figures comme Richard Dawkins, qui affirment que la science érode la croyance en Dieu. L'ouvrage est salué par de nombreux scientifiques.

Meyer montre d'abord que la science moderne a des origines chrétiennes, avec des savants comme Johannes Kepler, Robert Boyle et Isaac Newton, qui considéraient la nature comme un « livre » ou une « horloge » conçue par Dieu, gouvernée par des « lois » divines. Des concepts comme l'« imago dei » et le « peccatum originis », issus de la lecture de la Genèse par saint Augustin, ont été cruciaux pour l'essor de la science en favorisant à la fois l'audace des hypothèses et l'humilité face à l'erreur. Le « rasoir d'Ockham », attribué au philosophe chrétien Guillaume d'Ockham, a également contribué à la méthode scientifique en encourageant la simplicité des hypothèses.

Le basculement vers le matérialisme scientifique s'est opéré avec des figures comme Pierre Laplace, qui a tenté d'expliquer l'origine du système solaire sans « cette hypothèse » de Dieu, et Charles Darwin, dont la théorie de l'évolution par sélection naturelle a semblé fournir une explication naturaliste à l'apparence de dessein dans le vivant. Ce mouvement a conduit à l'« éclipse de la science compatible avec la foi ».

Dans la deuxième partie du livre, Meyer expose les trois découvertes scientifiques clés qui, selon Meyer, attestent de son existence:

1. L'origine de l'univers
La cosmologie moderne, notamment la théorie du Big Bang, suggère que l'Univers matériel a eu un commencement. Des scientifiques comme Allan Sandage et Robert Jastrow ont vu dans ces preuves des implications théistes. Les travaux de Stephen Hawking et Roger Penrose ont également démontré l'existence d'une singularité initiale. Même Alexander Vilenkin, dont les idées ont été utilisées par des athées comme Lawrence Krauss pour expliquer l'Univers à partir de « rien », a en réalité des implications qui renforcent le besoin d'un esprit préexistant.

2. Le réglage fin de l'univers
La physique révèle que l'Univers est « finement réglé » avec une précision stupéfiante pour permettre la vie, un phénomène souvent appelé « l'univers des Boucles d'or ». Des physiciens comme Sir John Polkinghorne ont affirmé que le théisme offre une « explication beaucoup plus satisfaisante » de ce réglage fin que toute hypothèse matérialiste.
Roger Penrose a calculé une probabilité de 1 sur 10^(10^123) pour les conditions initiales de faible entropie nécessaires à notre Univers. Meyer utilise la « complexité spécifiée » de William Dembski (une improbabilité extrême combinée à un motif fonctionnel) comme critère pour détecter une conception intelligente, illustrée par des exemples comme les visages du mont Rushmore ou les fleurs de Victoria.

3. L'origine de la vie et l'information dans l'ADN
La biologie a découvert de vastes quantités d'informations génétiques fonctionnelles dans l'ADN et l'ARN, nécessaires à l'apparition de nouvelles formes de vie. Meyer montre que l'intelligence est la seule cause connue capable de générer ce type d'information numérique et spécifiée. Les théories naturalistes, y compris l'auto-organisation, le hasard et la sélection naturelle, ne parviennent pas à expliquer cette origine. Des scientifiques comme Dean Kenyon ont publiquement rejeté leurs propres théories naturalistes sur l'origine de la vie face à l'énigme de l'ADN. Des travaux de Douglas Axe ont montré l'extrême rareté des protéines fonctionnelles dans l'espace des séquences combinatoires (1 chance sur 10^77), rendant les explications purement aléatoires hautement improbables.

La troisième partie évalue la « meilleure explication métaphysique ». Meyer applique la méthode d'inférence abductive (inférence à la meilleure explication) et le calcul bayésien pour évaluer la vérité des hypothèses métaphysiques concurrentes : théisme, déisme, panthéisme et matérialisme. Il conclut que le théisme (qui postule un Dieu agissant aussi après le commencement) fournit une explication plus adéquate de l'ensemble des preuves que le déisme (qui confine l'action de Dieu au début de l'Univers) ou le matérialisme. Il réfute l'objection du « Dieu bouche-trou » en montrant que l'argument en faveur du dessein intelligent repose sur une connaissance positive de l'adéquation causale de l'intelligence pour produire des informations, et non sur une simple ignorance des causes matérielles.

La quatrième et dernière partie aborde les « Spéculations et réfutations ». Meyer critique les tentatives matérialistes pour expliquer le réglage fin et l'information biologique. Il remet en question l'hypothèse des multivers comme explication du réglage fin, soulignant qu'elle introduit ses propres problèmes de réglage fin inexpliqués et manque de vérifiabilité empirique. Il se penche également sur la cosmologie quantique (par exemple, les modèles de Stephen Hawking et Alexander Vilenkin) qui prétend expliquer l'Univers à partir de « rien ». Meyer soutient que ces modèles nécessitent une injection d'information via le choix arbitraire de conditions aux limites par les physiciens, ce qui implique l'activité d'un esprit.

Dans cet excellent livre, Meyer affirme que les preuves scientifiques des origines biologiques et cosmologiques conduisent logiquement à la connaissance de Dieu. Il soutient que le théisme résout non seulement de nombreux problèmes philosophiques (comme la quête de sens et la fiabilité de la raison humaine), mais que les preuves empiriques du monde naturel indiquent puissamment la réalité d'un grand esprit derrière l'Univers. Le livre offre ainsi des raisons rationnelles et scientifiques de croire en un Univers et une existence humaine qui possèdent un sens et s'inscrivent dans un projet.

Le satanisme selon LaVey.



"Être sataniste, c’est déjà, par association, être aligné avec le Juif diabolique universel. Les Juifs ont toujours porté le nom du Diable. Ils ne l’ont simplement jamais reconnu ni assumé, mais ont plutôt tenté de s’en défendre. Au lieu de déclarer que Jésus était un fou et un fauteur de troubles, qu’il a eu ce qu’il méritait et que nous referions la même chose, ils ont décidé d’infiltrer le monde chrétien et de survivre de cette façon. Pour la première fois dans l’histoire, nous, en tant que corps de satanistes, avons pris le nom du Diable — et en sommes fiers.
Le « nouveau Juif », probablement métis par naissance, n’a aucune hésitation à participer à l’actuelle avalanche de popularité satanique. Il n’y a plus de tendance à rester « bon ». Cela appartenait aux vieux Juifs talmudiques et humbles, qui ne voulaient jamais faire de vagues et essayaient désespérément de conserver leur acceptation dans une société non juive. Le jour du Juif libéral rongé par la culpabilité a commencé à décliner après le départ des hippies.
(...)
Il deviendra plus facile et plus convaincant pour tout sataniste de combiner une lignée juive avec une esthétique nazie, et ce avec fierté plutôt qu’avec culpabilité ou hésitation. Le sort est scellé avec le grand nombre d’enfants issus de parents à la fois juifs et non-juifs. Ils ont besoin d’un lieu où aller. Ils ont besoin d’une identité forte. Ils ne la trouveront ni dans l’église chrétienne, ni dans la synagogue. Ils ne trouveront certainement pas d’acceptation parmi les antisémites anti-chrétiens d’identité qui utilisent la mythologie norroise, noble, riche et inspirante, comme prétexte et véhicule pour déverser leurs diatribes sur le « ZOG ».
Le seul endroit où un amalgame rationnel de fierté, de sionisme avoué, d’odinisme, de bolchevisme, de nazisme, d’impérialisme, de socialisme et de fascisme sera trouvé — et célébré — sera l’Église de Satan. Eh bien ! Ce n’est pas un mauvais nom pour quelque chose ! « L’Église de Satan ! »"
Anton LaVey (Howard Stanton Levey).

lundi 1 septembre 2025

La croyance chrétienne justifiée, selon Alvin Plantinga.



Alvin Plantinga est considéré comme l’un des plus grands philosophes chrétiens du XXᵉ siècle. Il a travaillé surtout dans le domaine de la philosophie analytique de la religion. Son apport est central pour renouveler les arguments rationnels en faveur de Dieu. Il ne propose pas une "preuve" au sens mathématique, mais il défend que croire en Dieu peut être rationnel, cohérent et justifié.
Plantinga se situe dans la tradition de la Réformée chrétienne (christian reformed Church), fort marquée par l’héritage de Calvin et Kuyper. Il a toujours assumé sa foi réformée, et une partie de sa philosophie s’inscrit dans la tradition dite de la "philosophie réformée" (reformed epistemology), développée avec Nicholas Wolterstorff et d’autres.

1. La croyance en Dieu est une croyance de base

Plantinga s’inspire de la notion de croyance "basique" en épistémologie. Certaines croyances sont en effet rationnelles sans avoir besoin d’une démonstration. Par exemple : croire que le monde extérieur existe, que les autres ont une conscience, etc. Ces croyances sont spontanées, fondamentales, et pourtant rationnelles.
Alvin Plantinga applique cela à la théologie. De la même manière qu’il est rationnel de croire spontanément à l’existence du monde ou des autres esprits, il est rationnel de croire spontanément en Dieu, sans avoir besoin de preuves philosophiques préalables. La croyance en Dieu peut être une croyance basique. Elle ne requiert pas forcément une preuve philosophique. Elle s’enracine dans l’expérience immédiate de l’homme face au monde, au Bien, au Mal. Ce n’est pas dire qu’il ne peut pas y avoir d’arguments en faveur Dieu, mais que la croyance en Lui peut être aussi fondamentale et naturelle que d’autres croyances basiques de la vie quotidienne.
Ainsi, croire en Dieu n’est pas irrationnel, même sans argument formel. La croyance en Dieu peut être spontanée, naturelle, et fiable.

2. La version "modale" de l’argument ontologique

Plantinga reprend l’argument ontologique de saint Anselme et le reformule avec la logique modale.
Il définit Dieu comme un "être maximalement grand". Un être maximalement grand est omniscient, omnipotent et parfaitement bon. Si un tel être est possible, alors il existe dans au moins un monde possible. Or, s’il existe dans un monde possible, alors il existe dans tous, car la grandeur maximale implique la nécessité.
Donc, si Dieu est possible, il existe nécessairement.
Cet argument est très discuté, mais Plantinga montre qu’il est logiquement valide, même si sa prémisse reste contestée.
Il faut rappeler qu'en philosophie (logique modale), un "monde possible" est une manière d’imaginer comment les choses auraient pu être, une version alternative de la réalité. L'important de respecter est la logique, la cohérence. Donc, si quelque chose est vrai dans tous les mondes possibles, alors c’est nécessaire, comme 2 + 2 = 4. Si quelque chose est vrai dans au moins un monde possible, alors c’est seulement possible. Donc, si Dieu est défini comme un être nécessaire (qui doit exister dans tous les mondes possibles s’il existe dans un seul), alors, s’Il existe dans au moins un seul monde possible, Il existe dans tous — donc aussi dans le nôtre.

3. La critique de l’athéisme naturaliste

Plantinga propose un argument célèbre contre le naturalisme pur. Selon lui, si le naturalisme et l’évolution darwinienne sont vrais, alors nos facultés cognitives visent la survie et non la vérité. Nos croyances sont sélectionnées pour leur utilité biologique, pas pour leur exactitude. Donc, la probabilité que nos croyances soient fiables sous un naturalisme strict est faible.
Si nous ne pouvons pas faire confiance à nos croyances, y compris au naturalisme lui-même, le système s’effondre.
Par contraste, si Dieu existe, il a créé l’homme à son image et lui a donné des facultés cognitives fiables.
Ainsi, croire en Dieu donne une meilleure base à la confiance dans la raison et la science.

4. La défense de la foi face au problème du Mal

Plantinga a aussi beaucoup travaillé sur le problème du Mal.
Il formule une défense du libre arbitre. Selon lui, Dieu peut permettre le Mal parce que la liberté authentique des créatures a une grande valeur. Un monde avec des créatures libres est meilleur qu’un monde sans liberté. Mais la liberté comporte la possibilité de mal agir.
Dieu n’est donc pas responsable du Mal, il permet aux hommes de choisir.
Ainsi, l’existence du Mal n’est pas logiquement incompatible avec l’existence de Dieu.
Cette défense est devenue une référence dans la philosophie analytique.
Beaucoup d’athées reconnaissent qu’elle neutralise l’argument logique du Mal.

5. La rationalité de la foi chrétienne

Au-delà des arguments formels, Plantinga affirme que la foi chrétienne peut être rationnelle. Il a écrit une trilogie majeure intitulée La croyance chrétienne justifiée. Il y défend que la croyance chrétienne est "garantie" (warranted) si elle est formée correctement par nos facultés cognitives dans des conditions normales.
Autrement dit, si Dieu existe, il est naturel que nous soyons disposés à croire en lui. Alvin Plantinga reprend une vieille idée de la théologie réformée, surtout chez Jean Calvin, qui parlait d’un sensus divinitatis (en latin : sens du divin), une faculté naturelle de l’esprit humain qui nous dispose à percevoir ou reconnaître Dieu : comme nos yeux sont faits pour voir la lumière, ou nos oreilles pour entendre les sons, le sensus divinitatis est défini une capacité spirituelle qui oriente spontanément l’homme vers Dieu.
La foi n’est donc pas une absurdité irrationnelle, mais un exercice normal de la raison humaine.


Cet immense théologien est à lire !

Sur la richesse et la pauvreté, sermons de saint Jean Chrysostome.



Ce livre rassemble des sermons de saint Jean Chrysostome.

Jean Chrysostome, dont le nom signifie "bouche d'or", est né vers 350 après J.-C. à Antioche en Syrie, une ville carrefour où la civilisation grecque rencontrait les cultures du Proche-Orient L'Église d'Antioche, fondée par saint Paul, était un lieu où le christianisme devait rivaliser avec diverses religions et les attractions profanes comme les théâtres et les courses. Bien que sa famille fût chrétienne et de citoyens éminents, Jean perdit son père très jeune et fut élevé par sa mère, Anthusa. Il reçut une éducation classique, lisant les grands classiques grecs païens et étudiant la rhétorique auprès de Libanius, un orateur célèbre. Sa doctrine éthique combine l'esprit du Nouveau Testament avec la tradition des stoïciens et des cyniques, qui enseignaient que la vertu était le seul vrai bien et la sagesse la seule source de vraie liberté et de vraie richesse.

Jean Chrysostome fut ordonné prêtre en 386 et fut assigné à la prédication, une tâche qu'il accomplissait souvent le dimanche, le samedi soir et lors des fêtes. Ses sermons étaient populaires, même s'ils ne rivalisaient pas avec le théâtre ou les courses, et la congrégation l'applaudissait fréquemment. Cependant, il notait que l'assistance aux sermons ne se traduisait pas toujours par la mise en pratique de ses conseils, critiquant ceux qui partaient après le sermon sans participer pleinement à la liturgie. Sa carrière sacerdotale à Antioche prit fin brusquement en 397 lorsqu'il fut contraint de devenir patriarche de Constantinople, marquant le début de ses troubles et de son exil.

C'est durant son sacerdoce à Antioche, peut-être en 388 ou 389, que saint Jean prêcha sa série de sermons sur la parabole de Lazare et du riche homme (Luc 16:19-31). Cette parabole lui permit d'aborder plusieurs de ses thèmes favoris. Il s'interroge sur la raison pour laquelle les justes souffrent tandis que les pécheurs prospèrent, et sur ce que Dieu attend des riches et des pauvres pour atteindre le salut.

Dans son premier sermon, il examine la vie de Lazare et du riche homme. Le principal défaut du riche homme n'était pas sa richesse en soi, mais son incapacité à faire l'aumône et à aider son prochain. Lazare, en revanche, développa sa force spirituelle en endurant patiemment la souffrance sans se plaindre. Saint Jean insiste sur la nécessité de l'amour envers le prochain et de l'ascèse, appropriée à nos circonstances.

Le second sermon aborde la mort des deux hommes. La mort révèle la vraie richesse et la vraie pauvreté. Le riche homme est dépouillé de tout, tandis que Lazare est emporté en triomphe par les anges. Jean Chrysostome enseigne que les riches doivent considérer leurs biens comme une intendance pour les pauvres et les partager, sans se soucier de la moralité des nécessiteux. Il est important de noter qu'il ne prône pas la vente de tous les biens pour la vie monastique, mais une manière chrétienne de vivre dans le monde.

Le troisième sermon explore la relation entre le malheur ou la prospérité dans cette vie et la condition future. Les souffrances terrestres, endurées avec patience, peuvent dissoudre les péchés et la punition qui leur est due. L'effort d'endurance patiente est suffisant pour les pauvres ou les malades chroniques, tandis que les riches et en bonne santé doivent pratiquer une austérité volontaire pour surmonter leurs inclinations pécheresses. Saint Jean ne sépare pas les œuvres de la foi, affirmant que la grâce de Dieu nous sauve en assistant notre volonté à favoriser la justice.

Un thème récurrent est le "grand abîme" qui sépare le ciel de l'enfer. Il enseigne que notre choix pour ou contre Dieu doit être fait dans cette vie, et qu'il n'y a pas d'échappatoire à l'enfer après la mort. Les prières pour les morts peuvent apaiser leurs souffrances, mais ne peuvent les libérer. Ceux qui vivent dans le luxe sans souffrir de malheur ici-bas paieront tout dans l'au-delà, tandis que ceux qui souffrent purifient leurs péchés et obtiennent une grande récompense.

Le quatrième sermon reprend la demande du riche homme d'avertir ses frères. Jean Chrysostome insiste sur l'autorité supérieure des Écritures divines par rapport à toute manifestation miraculeuse. Il souligne que la conscience est un juge interne incessant et incorruptible qui nous pousse à reconnaître et confesser nos péchés. La confession et les larmes sont des moyens de dissoudre le péché et d'alléger le fardeau.

Dans le sixième sermon, suite à un tremblement de terre à Antioche, Jean Chrysostome y voit un rappel de la mortalité humaine et du jugement de Dieu. Il dénonce l'éphémérité de la richesse et du pouvoir face à la colère divine. Il rappelle que Dieu ne désire pas la mort du pécheur, mais sa repentance. Le tremblement de terre est un avertissement, une "leçon plus tranchante que l'acier" pour couper les plaies gangreneuses du péché.

Le septième sermon fustige ceux qui préfèrent les courses (hippodrome) et les spectacles "sataniques" aux enseignements spirituels. Il les exhorte à choisir la "porte étroite" et le "chemin difficile" de la vertu, plutôt que le chemin large et facile de la destruction menant à l'indulgence et aux plaisirs éphémères. La vie présente est un théâtre, où la richesse et la pauvreté ne sont que des masques. La vraie richesse est celle de l'âme, la vraie pauvreté est l'absence de vertu.

Saint Jean Chrysostome aborde également la question de l'origine de l'esclavage, affirmant que tous les êtres humains ont été créés libres, et que l'esclavage est apparu par le péché, citant l'exemple de Cham et de la malédiction de Noé. D'un point de vue chrétien, le véritable esclave est celui qui est captif du péché, et un esclave vertueux est vraiment libre.

Le marxisme démasqué.



L'argument central de Mises contre le socialisme est son impossibilité économique. Il démontre que sans la propriété privée des moyens de production, il ne peut y avoir de marchés pour ces moyens, et donc pas de prix monétaires. Sans prix, le calcul économique rationnel est impossible, rendant impossible pour les planificateurs centraux de savoir comment allouer efficacement les ressources rares de la société. Un système socialiste, même dirigé par des "anges", serait comme un homme les yeux bandés, incapable de gérer rationnellement les affaires économiques.

Marx considérait les socialistes précédents comme des "utopistes" parce qu'ils tentaient de décrire le futur paradis terrestre et de convaincre les gens par la raison. Marx, en revanche, affirmait l'inévitabilité historique du socialisme, mais paradoxalement, il appelait à une révolution violente pour l'atteindre. Ce paradoxe a été noté par Georges Sorel, qui a influencé Lénine, Mussolini et Hitler par son appel à l'« action directe » et à la destruction plutôt qu'à la discussion parlementaire.

Le marxisme a également des implications autoritaires. Si les idées sont le produit des intérêts de classe et que seule la pensée prolétarienne représente la "vérité", le désaccord au sein du prolétariat est impossible. Toute dissidence est alors qualifiée de "trahison sociale", conduisant inévitablement à la force et à la "liquidation" des opposants, comme on l'a vu avec les purges en Union Soviétique. Le socialisme, sous-tendu par la planification et l'ingénierie sociale, mène nécessairement à un État policier où le "grand plan" d'un dictateur supprime les plans individuels de tous les autres.

Marx ignorait le principe de nationalité et croyait que le capitalisme détruirait les particularités nationales, unifiant le monde et rendant les guerres nationales sans importance. Mises soutient que cette vision est fausse, surtout dans un monde d'interventionnisme où les barrières commerciales peuvent rendre la conquête avantageuse pour l'accès aux ressources.

Enfin, Mises aborde le rôle des investissements étrangers. Contrairement à la doctrine marxiste qui lie l'investissement étranger à l'impérialisme et le considère comme nuisible, Mises affirme que l'investissement étranger a permis la modernisation et l'amélioration des conditions de vie dans les pays "arriérés". Il souligne que la mentalité capitaliste, et non seulement la technologie, est essentielle au développement. Les expropriations et les obstacles aux investissements étrangers sont un frein au progrès mondial et peuvent ramener à la nécessité de la conquête pour l'accès aux ressources.

L'Homme, l'économie & l'État (Murray Rothbard).



L'Homme, l'économie & l'État de Murray Rothbard est un traité économique monumental, publié initialement en 1962, qui se positionne comme une somme des principes économiques fondamentaux. L'œuvre, éditée en cinq tomes pour sa traduction française par les Éditions Charles Coquelin, aborde une vaste gamme de sujets traditionnels de la science économique : le choix, l'échange, la monnaie, la consommation, la production, la distribution, les cycles économiques, l'organisation industrielle et la politique économique. L'objectif principal de Rothbard est de fournir une explication claire, cohérente et systématique des lois économiques, qu'il considère comme des relations invariables de cause à effet dans l'action humaine.

Murray N. Rothbard (1926-1995) est un économiste américain qui, après des études à l'Université Columbia, a trouvé une approche systématique et satisfaisante de l'économie dans l'œuvre de Ludwig von Mises, notamment son traité L'Action humaine. L'Homme, l'économie & l'État est né d'un projet initial visant à vulgariser les idées de Mises, mais il a évolué pour devenir une contribution originale et approfondie à la théorie du marché, allant même au-delà de l'analyse de son mentor sur certains points, notamment concernant la théorie du monopole et le rôle de l'État. Rothbard est un représentant clé du paradigme misésien ou praxéologique au sein de l'École autrichienne d'économie, qui remonte à des figures comme Carl Menger et Eugen von Böhm-Bawerk.

La méthodologie de Rothbard est ancrée dans la praxéologie, la science de l'action humaine. Le livre part d'un axiome fondamental et irréfutable : l'action humaine est un comportement intentionnel orienté vers l'atteinte de fins spécifiques. À partir de cet axiome et de quelques postulats subsidiaires (comme l'existence d'une variété de ressources et le fait que le loisir est un bien de consommation), Rothbard déduit l'ensemble du corpus économique par une logique pas à pas, de cause à effet. Cette approche est radicalement opposée aux méthodes économico-mathématiques dominantes, que Rothbard critique sévèrement. Il affirme que les mathématiques sont inadaptées pour décrire l'action humaine, qui est discontinue et motivée, et non des mouvements physiques dénués de but. Les concepts d'« indifférence » ou de « surplus du consommateur » sont ainsi rejetés comme non pertinents pour l'analyse praxéologique, car l'action révèle toujours une préférence.

Au cœur de l'analyse, Rothbard explique l'émergence de la monnaie comme un moyen d'échange indirect, indispensable pour dépasser les limitations du troc et permettre une économie complexe. Il souligne qu'une augmentation de la masse monétaire n'apporte aucun bénéfice social global, ne faisant que diluer le pouvoir d'achat de chaque unité et redistribuer la richesse. Le pouvoir d'achat de la monnaie est déterminé par l'offre et la demande individuelles. La théorie monétaire, un domaine sur lequel Rothbard a continué de travailler (The Mystery of Banking étant un exemple de cette concentration sur le secteur bancaire et la monnaie, cf. un autre de nos articles), est ici intégralement intégrée à la théorie générale de l'économie, contrairement à la séparation habituelle entre microéconomie et macroéconomie.

La production est décrite selon une structure mengero-hayékienne de stades successifs, où les facteurs originels (travail et ressources naturelles) sont combinés pour aboutir aux biens de consommation. L'accumulation de capital allonge ces processus de production, ce qui est la voie vers une plus grande abondance. Le taux d'intérêt pur est déterminé par la préférence temporelle des individus – leur préférence pour les biens présents par rapport aux biens futurs – et non par le marché des fonds prêtables. L'entrepreneur joue un rôle crucial dans une économie en constante évolution, guidé par les profits et les pertes, qui signalent l'efficacité de l'allocation des ressources face aux désirs des consommateurs.

Concernant le monopole et la concurrence, Rothbard remet en question les concepts néoclassiques de « concurrence pure et parfaite » ou de « prix de monopole » sur un marché libre. Selon lui, la demande est toujours élastique au-dessus du prix qui maximise les revenus du vendeur, rendant impossible de distinguer un « prix de monopole » d'un « prix concurrentiel ». Les brevets sont vus comme des barrières légales à l'entrée. La souveraineté du consommateur est le principe directeur du marché libre, où les acheteurs déterminent en dernière instance ce qui est produit. Rothbard préfère l'expression « souveraineté individuelle » pour inclure les préférences non monétaires des producteurs.

Le chapitre final de l'œuvre est consacré à l'intervention de l'État. Rothbard y développe une critique radicale, affirmant que l'État, fondé sur les « moyens politiques » de la force et de l'appropriation (la taxation étant une forme de vol), perturbe inévitablement l'allocation des ressources et crée des injustices. Le socialisme, défini comme la suppression violente du marché, est voué au chaos économique en raison de l'impossibilité du calcul économique sans un système de prix de marché pour les biens de production, comme l'a démontré Ludwig von Mises.

Rothbard impute également les cycles économiques à l'expansion du crédit par les banques à réserves fractionnaires, souvent encouragée ou permise par l'État et les banques centrales, qui fausse le signal du taux d'intérêt et conduit à des mal-investissements.

Enfin, Rothbard critique l'obsession de la « croissance » comme objectif politique, soutenant que la véritable croissance économique provient des choix volontaires d'épargne et d'investissement des individus sur un marché libre, et non de mesures coercitives.

Le mystère des banques, expliqué par Murray Rothbard.



The Mystery of Banking de Murray N. Rothbard, publié par le Ludwig von Mises Institute, est un ouvrage fondamental qui vise à expliquer de manière claire et concise le système bancaire moderne à réserves fractionnaires, ses origines et ses effets sur l'économie. L'auteur y dénonce le caractère fondamentalement frauduleux du système bancaire actuel et critique l'intervention des banques centrales et des gouvernements qui perpétuent ce système inflationniste.

Le livre commence par explorer l'importance et les origines de la monnaie. Avant la monnaie, le troc présentait des limites sévères, telles que la double coïncidence des besoins et le problème des indivisibilités. La monnaie est une invention humaine ingénieuse qui a permis de surmonter ces obstacles en servant de moyen d'échange universellement désiré et en facilitant le calcul économique.

Les qualités intrinsèques de la monnaie qui l'ont fait choisir par le marché incluent une forte demande pour son propre usage, une grande divisibilité, une forte valeur par unité de poids (impliquant une rareté relative) et une grande durabilité. Historiquement, de nombreuses marchandises, de la morue aux cigarettes, ont servi de monnaie. L'unité monétaire, comme le "dollar" ou la "livre sterling", était à l'origine un simple nom pour une unité de poids d'or ou d'argent. Cependant, les gouvernements ont systématiquement trahi cette confiance en dévaluant la monnaie (allégeant sa définition en termes de métal précieux) pour s'enrichir, un processus appelé débasement.

Rothbard affirme que la quantité optimale de monnaie est "n'importe quelle quantité." L'augmentation de la masse monétaire ne confère aucun avantage social global ; elle ne fait que diluer le pouvoir d'achat de chaque unité monétaire. Il illustre cela avec le modèle de l'"Ange Gabriel", où un doublement magique de l'argent n'enrichit personne en termes réels, mais redistribue la richesse des "derniers dépensiers" aux "premiers dépensiers". La contrefaçon, qu'elle soit le fait d'individus ou du gouvernement (via l'émission de papier-monnaie), est un processus inflationniste qui lèse tous les détenteurs de monnaie existants.

Le livre explique ensuite comment les prix globaux sont déterminés par l'offre et la demande de monnaie, de manière analogue à la détermination des prix individuels. Le pouvoir d'achat de la monnaie est l'inverse du niveau général des prix. La demande de monnaie dépend de facteurs tels que le besoin de soldes de trésorerie pour les transactions, la fréquence des paiements, les systèmes de compensation (comme les cartes de crédit qui réduisent le besoin d'espèces) et la confiance dans la monnaie. Les anticipations inflationnistes ou déflationnistes sont le facteur le plus important, accélérant les réactions des prix. Ludwig von Mises a décrit les phases de l'inflation, où des attentes initialement déflationnistes peuvent masquer l'inflation, mais finissent par laisser place à des attentes inflationnistes qui accélèrent la hausse des prix.

Le système bancaire est divisé en banques de prêt (loan banking) et banques de dépôt (deposit banking). Les banques de prêt sont considérées comme saines et non inflationnistes, car elles ne font que canaliser l'épargne existante vers des prêts et des investissements. En revanche, le système de réserves fractionnaires est intrinsèquement frauduleux et inflationniste. Il permet aux banques de créer de la monnaie à partir de rien en émettant des reçus d'entrepôt (billets de banque ou dépôts à vue) qui ne sont pas entièrement couverts par des réserves réelles. Cela conduit à une expansion de la masse monétaire, à la hausse des prix et à une redistribution de la richesse. Rothbard soutient que ce système est comparable à la contrefaçon légalisée et qu'il est la cause fondamentale des cycles économiques de boom et de récession.

Dans un système de banque libre (free banking), où les banques sont soumises aux lois générales contre la fraude et doivent honorer leurs obligations de rachat à vue, l'expansion du crédit bancaire serait sévèrement limitée. La concurrence entre les banques et la menace des bank runs (paniques bancaires) agiraient comme des freins puissants à l'inflation. Une banque qui gonflerait excessivement ses crédits perdrait rapidement des réserves au profit de banques plus saines et ferait faillite.

L'annexe du livre nuance l'expérience de la "banque libre" en Écosse, affirmant que même là, les banques n'étaient pas véritablement libres, dépendaient de la Banque d'Angleterre et n'étaient pas toujours tenues de racheter leurs billets en espèces, ce qui leur a permis d'être inflationnistes.

La Federal Reserve System (la Fed), créé en 1913, est présenté comme un "moteur d'inflation" délibérément conçu. Il a centralisé les réserves d'or, a réduit considérablement les exigences de réserves, et a permis une expansion monétaire multiple. Des personnalités influentes de Wall Street, notamment la Maison Morgan, ont joué un rôle clé dans sa création et dans l'orientation de ses politiques inflationnistes, notamment pour soutenir la Grande-Bretagne après la Première Guerre mondiale et maintenir un "faux étalon-or".

Rothbard souligne la confusion autour des multiples définitions de la masse monétaire. Il insiste sur la distinction cruciale entre la monnaie (redeemable instantanément à vue au pair) et les autres actifs liquides. Il déplore la fin de l'étalon-or et le pouvoir illimité de la Fed d'inflater depuis 1971.

Pour revenir à une monnaie saine, Rothbard propose un plan radical: (a) retourner à un étalon-or non entravé par le gouvernement, (b) abolir la Federal Reserve System et revenir à un système de banque libre et concurrentielle, (c) séparer le gouvernement de la monnaie, et (d) imposer des réserves à 100 % aux banques commerciales, ou au moins un système où toute banque incapable de payer ses engagements à vue est rapidement liquidée. Il suggère de définir le dollar comme une unité de poids d'or, que la Fed liquide ses avoirs en or pour rembourser les billets de la Réserve fédérale et donner de l'or aux banques pour atteindre 100 % de réserves. La dénationalisation de l'or et du dollar sont également des éléments clés de son plan pour éliminer l'inflation et les cycles économiques.

État, qu'as-tu fait de notre monnaie ?



Ce livre de Murray Rothbard, complété par un épilogue de Jörg Guido Hülsmann, est une critique fondamentale de l'intervention étatique dans le système monétaire. L'ouvrage cherche à démêler la confusion autour de la monnaie en explorant la possibilité d'un marché monétaire libre et en analysant les conséquences des interventions étatiques.

Rothbard commence par les origines de la monnaie, expliquant que l'échange est le fondement de toute économie développée. Le troc, ou échange direct, est très limité par l'indivisibilité des biens et la non-coïncidence des besoins. Pour surmonter ces obstacles, l'homme a découvert l'échange indirect : on vend son produit contre un bien plus facilement échangeable (un « moyen d’échange ») que l'on revendra ensuite pour obtenir le bien désiré. Ce processus d'essais et d'erreurs a conduit à la sélection naturelle de quelques biens, comme l'or et l'argent, comme moyens d'échange universels, c'est-à-dire comme monnaie.

La monnaie est une marchandise, et non une unité de compte abstraite ou un jeton sans valeur intrinsèque. Son « prix » est son pouvoir d'achat, déterminé par l'offre et la demande, comme pour toute autre marchandise. Les unités monétaires comme le "dollar" ou le "franc" n'étaient à l'origine que des noms pour des unités de poids d'or ou d'argent.

Une augmentation de l'offre de monnaie ne fait que diluer le pouvoir d'achat de chaque unité monétaire, sans apporter de bénéfice social réel. La population ne devient pas plus riche ; seule l'abondance de biens et de services compte. L'extraction d'or n'est pas un gaspillage, car l'or a aussi des usages non monétaires (ornementation, industrie) qui procurent un bénéfice social.

Rothbard affirme que le désir de détenir plus ou moins de monnaie (des « encaisses ») est une réponse rationnelle à l'incertitude et aux anticipations de prix. La monnaie est utile non seulement au moment de l'échange, mais aussi lorsqu'elle est conservée, car elle confère à son possesseur le pouvoir de réaliser un échange à tout moment futur. Une augmentation de la demande de monnaie (thésaurisation) se traduit par une baisse des prix et une augmentation du pouvoir d'achat de chaque unité, satisfaisant ainsi le désir d'encaisses réelles plus importantes sans nuire à la société. L'idée de "stabiliser le niveau des prix" est rejetée, car la flexibilité de la valeur de la monnaie est aussi utile que celle des autres prix sur le marché.

Sur un marché libre, plusieurs monnaies peuvent coexister (par exemple, l'or et l'argent) avec des taux de change flottants, s'adaptant à l'offre et à la demande. Ce système, appelé "standards parallèles", est ordonné et efficace. La frappe de monnaie est une activité commerciale privée légitime, où des émetteurs privés garantissent la qualité de leurs pièces.

Rothbard s'attaque ensuite à la banque à réserves fractionnaires. Il la considère comme frauduleuse. Les banques, en émettant des "pseudo certificats de dépôt" (billets ou comptes courants) pour de l'or qu'elles ne possèdent pas, augmentent artificiellement l'offre de monnaie, ce qui est une forme d'inflation. Contrairement aux prêts normaux, les billets de banque ne sont pas des reconnaissances de dette, mais des certificats de propriété sur des biens existants, ce qui implique une convertibilité immédiate. Dans un marché libre, les "paniques bancaires" sont le mécanisme qui révèle cette fraude.

L'intervention de l'État dans la monnaie est motivée par son désir de financer ses activités sans le consentement direct de la population. L'inflation est un moyen puissant et subtil pour l'État de s'approprier des ressources, agissant comme une "taxe" cachée. Les premiers bénéficiaires de la nouvelle monnaie (l'État et ses alliés) profitent au détriment de ceux qui la reçoivent plus tard (catégories à revenu fixe, épargnants). L'inflation déforme le calcul économique, crée une illusion de prospérité, décourage l'épargne, et conduit à des cycles économiques (boom inflationniste suivi d'une dépression). À terme, elle peut dégénérer en hyperinflation, détruisant le système monétaire et forçant un retour au troc ou à l'utilisation de devises étrangères.

Historiquement, l'État a d'abord établi un monopole légal du monnayage, remplaçant les unités de poids par des noms nationaux (dollar, franc) pour faciliter l'altération de la monnaie (réduction de la teneur en métal précieux). La loi de Gresham ("la mauvaise monnaie chasse la bonne") est une conséquence de l'intervention étatique, qui surévalue artificiellement une monnaie par rapport à une autre, incitant à thésauriser ou exporter la "bonne" monnaie. Le bimétallisme, en fixant des taux de change artificiels entre l'or et l'argent, illustre ce phénomène. Les lois de cours légal obligent l'acceptation de la monnaie émise par l'État, même si elle est dépréciée, pénalisant les créanciers et favorisant les débiteurs.

Avec l'avènement des substituts monétaires, l'État a trouvé un nouveau levier de contrôle : les banques. En accordant aux banques le privilège de suspendre les paiements en espèces, l'État supprime les limites naturelles à l'inflation bancaire, transformant ce qui serait une fraude en une pratique légale.
L'ultime instrument de contrôle est la banque centrale. Elle monopolise l'émission de billets, centralise les réserves d'or et agit comme "prêteur en dernier ressort", stimulant l'inflation du crédit bancaire. La banque centrale garantit l'expansion simultanée de toutes les banques, supprimant la contrainte concurrentielle qui limiterait l'inflation dans un système de "banque libre". Elle pilote l'inflation en contrôlant les réserves des banques (par achat d'actifs ou prêts).

L'étape finale est l'abandon de l'étalon-or, d'abord en restreignant la convertibilité (étalon-or lingot) puis en la supprimant complètement, instaurant ainsi la monnaie à cours forcé. Cette monnaie, détachée de l'or, se déprécie rapidement en raison de l'inflation intrinsèque de l'État. Pour éliminer toute concurrence, les États vont jusqu'à interdire la détention d'or par les citoyens, le nationalisant pour consolider leur pouvoir sur la monnaie.

Dans un monde de monnaies à cours forcé, l'État tente d'abolir les taux de change flottants pour imposer des taux fixes. Cela réactive la loi de Gresham, créant des pénuries de devises et entraînant des contrôles des changes et la socialisation du commerce international. L'objectif ultime des interventionnistes est une monnaie papier mondiale émise par une banque centrale mondiale, qui permettrait une inflation sans précédent à l'échelle planétaire.

Rothbard retrace l'histoire monétaire du XXe siècle comme une succession de crises, où chaque "solution" étatique s'effondre plus rapidement que la précédente :
1. L'étalon-or classique (1815-1914) est décrit comme un "âge d'or" avec une monnaie unique (l'or) limitant l'inflation étatique et stabilisant la balance des paiements.
2. Pendant et après la Première Guerre mondiale, les États ont abandonné l'or pour financer la guerre, entraînant un chaos de taux de change flottants et de dévaluations compétitives.
3. L'étalon de change-or (années 20) a tenté de rétablir une stabilité en liant le dollar à l'or et la livre au dollar, puis les autres monnaies à la livre. Ce système de pyramide a facilité l'inflation et s'est effondré en 1931.
4. Les monnaies à cours forcé flottantes (1931-1945) ont ramené le chaos économique, des guerres monétaires, et ont poussé les États-Unis à interdire la possession d'or. Rothbard critique les propositions de Milton Friedman pour les taux de change flottants comme étant naïves, car elles confèrent un pouvoir absolu à l'État, dont il abusera inévitablement.
5. Bretton Woods (1945-1968) a fait du dollar la seule monnaie clé convertible en or pour les gouvernements étrangers, permettant aux États-Unis d'exporter leur inflation et de voir leurs réserves d'or s'épuiser.
6. Le dénouement de Bretton Woods (1968-1971) a vu la création d'un "marché de l'or à deux vitesses" et la tentative d'introduire les DTS, tandis que la confiance dans le dollar s'effritait et que l'or flambait.
7. La fin de Bretton Woods (août-décembre 1971) a été marquée par l'abandon total de la convertibilité du dollar en or par Nixon, plongeant le monde dans un système de monnaies à cours forcé.
8. Les accords de Washington (décembre 1971-février 1973), tentant de fixer des taux de change sans l'or, se sont rapidement effondrés face à l'inflation continue du dollar.
9. Monnaies à cours forcé flottantes (mars 1973-...) ont conduit à la période d'inflation la plus forte de l'histoire en temps de paix et à une volatilité extrême des taux de change, invalidant le "nirvana friedmanien". Rothbard prédit que la quête d'une monnaie papier mondiale menée par une banque centrale mondiale mènerait à une inflation planétaire sans limites.

En épilogue, Jörg Guido Hülsmann reprend l'analyse de Rothbard pour les années post-1970. Il confirme que les variations de la quantité de monnaie, bien qu'insignifiantes pour la fonction d'échange, sont décisives pour la redistribution des revenus. La monnaie-signe (papier-monnaie) est l'outil principal des États et des groupes privilégiés pour s'enrichir aux dépens des citoyens non organisés, en maintenant en vie des entreprises non rentables et en permettant une croissance illimitée des déficits.

Les institutions monétaires internationales comme le SME, la BCE, ou le FMI sont des créations étatiques qui visent à conférer des privilèges à la caste politique et administrative à l'échelle internationale, dans la quête d'un "Nouvel Ordre Mondial" avec une monnaie et une police mondiales.

La création du Système Monétaire Européen (SME) en 1979 visait à stabiliser les taux de change entre les monnaies papier européennes, tout en préservant la capacité des États à se financer par l'inflation. Hülsmann montre que le SME, loin d'être un système de taux de change fixes stable, a en réalité amplifié les incitations à l'inflation. Chaque banque centrale était tentée d'imprimer le plus de monnaie possible pour enrichir son pays aux dépens des autres, ce qui, si cela avait été une obligation, aurait mené à l'hyperinflation. Sa relative stabilité fut le résultat de l'autolimitation, notamment de la Bundesbank, qui a agi comme un rempart contre l'inflation pour toute l'Europe.

Les crises du SME (nombreux réajustements puis l'élargissement des marges à 15% en 1993, une "astuce" pour masquer l'échec) ont prouvé son instabilité intrinsèque. Le SME a surtout eu une signification politique, habituant les citoyens à l'idée d'une monnaie et d'une politique européenne, préparant ainsi la voie à la Banque Centrale Européenne (BCE) et à l'euro.

La BCE et l'euro ne résolvent pas les problèmes d'endettement et de financement des États, mais les déplacent et les aggravent au niveau européen, conduisant à un endettement sans précédent et à l'inflation. Cela favorise la centralisation politique, rendant les États nationaux dépendants d'un nouvel État central européen. Hülsmann prédit que cette voie mène à un effondrement par hyperinflation ou par inefficacité de cet État central.

Parmi les alternatives à l'euro, Hülsmann mentionne le retour aux taux flottants (mais au détriment de la division internationale du travail), l'introduction d'une monnaie parallèle (difficile pour une monnaie papier nouvelle), ou la plus prometteuse mais politiquement rejetée : la liberté monétaire totale, permettant l'usage des métaux précieux.

Hülsmann souligne également que l'inflation américaine de 1982-2001, orchestrée par la Fed, a conduit à une spéculation boursière déconnectée des réalités économiques et à des crises mondiales. La Fed a imprimé de la monnaie pour soutenir les marchés financiers, contournant les limites de la propriété privée. L'exportation massive de dollars et de marks vers l'étranger (notamment l'Amérique latine et l'Europe de l'Est) a masqué l'inflation domestique en empêchant la hausse des prix à la consommation, mais cette situation est intenable.

L'inéluctabilité d'une crise boursière ou d'une hyperinflation est la conclusion, lorsque la monnaie ne pourra plus être exportée ou que les anticipations inflationnistes s'emballeront. Les crises récentes (Mexique, Asie, Russie) sont des exemples de ces mécanismes, où les aides financières internationales, souvent imposées par les États-Unis via le FMI, perpétuent des régimes corrompus et la dépendance politique, aux dépens des citoyens.

Rothbard et Hülsmann concluent que le chemin actuel mène soit au socialisme étatique totalitaire, soit à l'hyperinflation. Seul un retour à une monnaie-marchandise (l'or) sur un marché libre, avec un retrait complet de l'État du système monétaire, peut offrir une véritable solution.

L'Esprit Saint dans la Tradition orthodoxe.



Cet ouvrage, reproduction fidèle de l'édition de 1969, est structuré en deux parties principales : "La Théologie Trinitaire et la Procession de l'Esprit Saint" et "La Pneumatologie des Pères dans l'Économie du Salut".

L'introduction souligne l'insuffisance des termes "Tradition orientale" et "Tradition occidentale", transcendant les notions purement géographiques, tout en reconnaissant des "dominantes" théologiques. L'auteur cite Péguy, affirmant que les vrais philosophes ne sont pas "contre les autres, mais à côté des autres et face à la vérité", appelant à une "dédogmatisation" ou "trans-dogmatisation" des points litigieux.

Le pluralisme théologique est légitime, mais les dogmes sont des vérités divinement révélées, vécues dans le culte et intégrées liturgiquement, ce qui les rend "épiphaniques". L'Orthodoxie, se refusant à une dogmatisation excessive, conserve un nombre minimal de dogmes, laissant une grande liberté aux théologiens.

La rupture de l'unité autour de l'an Mil est survenue sur le mystère trinitaire, notamment la procession de l'Esprit per Filium (Filioque). L'Orient met l'accent sur le Mystère, étant moins sensible à l'aspect juridique et rationnel, et est profondément structuré par la liturgie. Evdokimov note l'inquiétude face à l'effritement du contenu évangélique dans la "théologie nouvelle" qui manque souvent de théologie trinitaire et de référence patristique.

L'ouverture naturelle de la jeunesse à la manifestation du Transcendant est soulignée, ainsi que la vision russe selon laquelle la vraie science conduit à l'interrogation religieuse. La spiritualité orthodoxe est essentiellement eschatologique, cherchant à purifier l'idée de Dieu de tout contexte périmé.

La première partie, consacrée à la théologie trinitaire et la procession de l'Esprit Saint, débute par les prémisses orientales de la théologie patristique. Pour l'Orient, la création et l'Incarnation sont co-impliquées, l'Incarnation étant une expression de l'amour divin même sans la Chute. L'homme porte en lui "une certaine mesure de connaissance de Dieu" et le désir de Dieu. L'Orient distingue la raison discursive de l'intelligence intuitive (nous), qui réside dans le cœur et vise l'unité. La connaissance de Dieu est charismatique, "vivante", et la vraie connaissance est toujours caritative et intellective, culminant dans un acte indivisible. Le péché originel a séparé la raison du cœur. La foi en Orient est existentielle et expérimentale, un "revirement du tout de l'être humain". La théologie est la traduction d'une communion avec Dieu, un ministère charismatique qui exige purification et oraison.

La théologie des Pères se manifeste en dimensions apophatique et cataphatique. L'apophase est la négation de toute définition humaine, car Dieu est illimité et indicible. La cataphase est "symbolique", s'appliquant aux attributs révélés de Dieu dans le monde. L'apophase mène à une "inconnaissance" qui transcende l'intelligence sans être agnostique, soulignant la transcendance radicale de l'essence divine. Elle enseigne que l'homme, en cherchant Dieu, est en fait trouvé par Lui, et se transforme.

Concernant la terminologie trinitaire, les Pères ont "baptisé" des concepts hellénistiques pour formuler le dogme de l'unité de nature et la différenciation des trois Personnes divines, sans être de simples disciples des philosophes. Face aux hérésies (arianisme, sabellianisme, etc.), la conscience dogmatique a évolué. Pour les Pères, Dieu est Trois lorsqu'il est vu et pensé, et Un lorsqu'il voit et pense. Origène ouvre la perspective de la génération éternelle du Fils. Saint Basile a clarifié la distinction entre l'ousia (substance commune) et l'hypostase (être individuel, personne concrète), évitant la confusion avec le sens latin de substance. Les Hypostases divines sont uniques, incomparables, irréductibles, et "sont unies non pour se confondre, mais pour se contenir l’une l’autre" par la circumincession.

La théologie trinitaire s'appuie sur trois principes : la liberté de la volonté divine, la révélation par le Verbe incarné, et la Monarchie du Père, qui assure l'unité des Trois Personnes. L'Ancien Testament, bien que monothéiste, contient des allusions déchiffrées par les Pères à la lumière des Évangiles. Le Nouveau Testament apporte la pleine révélation de la Trinité. Les Conciles de Nicée et Constantinople ont proclamé la consubstantialité du Fils et de l'Esprit Saint au Père. L'action divine est unique, jaillissant du Père, progressant par le Fils et s'achevant dans l'Esprit. Les propriétés distinctives des Hypostases sont le Père comme inengendré, le Fils comme engendré, et l'Esprit comme spiré. La génération (gennêsis) et la procession (ekporeusis) désignent une provenance intime et inséparable du Père, principe unique.

Les particularités de la théologie orientale résident dans la vision des relations trinitaires non comme opposition, mais comme diversité, réciprocité et communion dans le Père. Ces relations sont toujours ternaires et tri-uniques, supprimant toute réduction à la dualité ou à l'opposition causale. Le mode de génération et de procession est ineffable et incompréhensible. La Trinité est une donnée primordiale, non un processus, mais une éternelle réciprocité d'Amour. L'Orient rejette le système d'opposition de relations et le Filioque qui en découle. Alors que l'Occident tend à partir de la nature unique pour déduire les Personnes, l'Orient part des Trois Personnes pour ensuite considérer la nature une. Le principe d'unité n'est pas la nature, mais le Père comme "l'unique source des Hypostases". Le Père les distingue dans un "mouvement éternel d'amour".

Le chapitre sur la procession de l'Esprit Saint aborde la controverse du Filioque. L'Orient reproche l'addition unilatérale au Credo, allant à l'encontre des interdictions conciliaires. Le Filioque apparaît en Espagne au VIe siècle pour combattre l'arianisme et affirmer la divinité du Christ. Cependant, l'Écriture ne l'enseigne pas. Des Pères comme Cyrille d'Alexandrie parlent de la dépendance de l'Esprit au Fils dans l'économie du salut, mais non de la procession substantielle. Les Cappadociens distinguent la nature commune et les éléments propres à chaque Personne, appliquant la causalité uniquement au Père. Le dia Hyioû (per Filium) oriental signifie que l'Esprit vit par le Fils et pour le Fils, le manifestant. Saint Maxime le Confesseur et Saint Jean Damascène insistent sur le Père comme "cause unique" (monos aitios), l'Esprit procédant par le Fils du Père, mais non du Fils comme d'une cause. La théologie augustinienne, partant de l'unité de nature et de l'opposition de relations, voit le Père et le Fils comme "un seul principe" de spiration, ce qui est étranger à l'Orient. Photius, au IXe siècle, dénonce le Filioque comme une confusion des propriétés hypostatiques et des caractères naturels. Plus tard, Grégoire de Chypre et Saint Grégoire Palamas proposent une distinction fondamentale entre la procession hypostatique de l'Esprit du Père seul et sa manifestation (ekphansis) éternelle par le Fils. 

Le palamisme, avec sa distinction entre essence incréée et énergies déifiantes participables, offre une solution : l'Esprit comme Hypostase procède du Père seul, mais comme énergie divine, il s'épanche du Père par le Fils. L'Orient rejette les analogies anthropomorphiques de la procession latine. Pour l'Orient, le Filioque rompt l'équilibre trinitaire et déplace le principe d'unité de l'Hypostase du Père vers la nature. Le débat est souvent stérile à cause de l'interprétation causale. La Monarchie du Père signifie qu'il est la Source et le Principe de la vie divine, et le Fils et l'Esprit le révèlent. Bolotov, historien impartial, a jugé le Filioque non pas comme un impedimentum dirimens mais comme un theologoumenon, niant son caractère causal. Les Hypostases ne sont pas "produites" mais existent d'emblée, sans commencement. Le Filioque n'est pas une hérésie s'il est "dédogmatisé" et si les formules apparaissent comme complémentaires.

La deuxième partie aborde la pneumatologie des Pères dans l'économie du salut. La théologie patristique est "triadocentrique", contemplant le Mystère trinitaire, et voit l'homme comme une icône vivante de la Trinité, appelé à la déification. Le salut est une guérison ontologique, non une réparation juridique, faisant de Jésus un "Guérisseur divin". Le Christ récapitule l'humanité dans l'unité de son corps, tandis que l'Esprit Saint œuvre la diversité pneumatologique des personnes, les faisant s'épanouir dans la plénitude charismatique. L'Esprit, mystérieux par essence, est le second Paraclet, ni subordonné au Fils ni une simple conséquence de l'Incarnation. La Pentecôte est l'accomplissement ultime de l'économie trinitaire, l'Ascension étant son épiclèse par excellence. L'Esprit rend la présence du Christ intériorisée après l'Ascension. L'Esprit est la Sainteté hypostasiée, le Donateur d'amour, actualisant la circulation de l'amour trinitaire. La prière de l'Église pour l'Esprit est toujours exaucée. Le but de la vie chrétienne est l'acquisition de l'Esprit Saint.

Dans la liturgie, l'Esprit Saint opère dans les sacrements comme principe sanctificateur. La confirmation est le sacrement par excellence des dons de l'Esprit. Tous les sacrements ont leur épiclèse, c'est-à-dire l'invocation de l'Esprit Saint pour l'accomplissement du rite. L'Eucharistie est la "Coupe de la synthèse" où l'Esprit est communiqué avec le corps et le sang du Christ, comme le symbolise le rite du Zéon. L'épiclèse eucharistique est une tradition ferme et unanime en Orient, attribuant la puissance opérative de la conversion des dons à l'intervention hypostatique de l'Esprit Saint. Le prêtre agit in persona Ecclesiae et in nomine Christi, et l'Esprit opère la métabolè. L'Esprit déifie les communiants, les "christifie", les rend "dieux".

L'Orthodoxie, par sa spiritualité pneumatophore et le palamisme, apporte une contribution essentielle à la théologie de l'Esprit Saint dans la recherche œcuménique. L'épiclèse est au cœur de la vie liturgique et sacramentelle, et son importance est cruciale pour le dialogue œcuménique sur le Filioque.