Le paradoxe du traditionalisme catholique actuel est qu’il demeure fidèle à Vatican I et au modèle de la monarchie pontificale, alors même que ce modèle constitue une rupture avec l’organisation ecclésiale du premier millénaire.
Cette évolution n’est pas seulement reconnue par de nombreux historiens, elle est également admise, sous des formes diverses, dans les travaux contemporains du Vatican lui-même, notamment ceux du dicastère chargé de la promotion de l’unité des chrétiens.
Depuis le Grand Schisme de 1054, l’Occident a cessé de célébrer des conciles véritablement œcuméniques avec les évêques de l’Église d’Orient.
Les conciles tenus par la suite n’ont réuni que les évêques de l’Église latine. C’est dans ce cadre qu’ont été progressivement définis les principaux attributs de la papauté monarchique, jusqu’à la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale par le concile Vatican I en 1870.
Le système de la papauté monarchique s’est ainsi développé au cours du second millénaire, en s’éloignant du fonctionnement collégial et synodal qui caractérisait l’Église indivise du premier millénaire.
Je vais être plus précis encore : Vatican I et Vatican II sont des conciles de l’Église catholique romaine. Ils ont une autorité pour les catholiques, mais ils ne sont pas des conciles œcuméniques au sens où l’entend la tradition de l’Église indivise depuis les apôtres, durant le premier millénaire.
Les conciles tenus par l’Église catholique après la rupture entre Rome et l’Orient ne sont donc pas des conciles œcuméniques, mais des conciles de l’Église latine, autrement dit des conciles locaux ou particuliers, même s’ils ont une portée universelle pour les catholiques.
Un concile œcuménique suppose depuis l'origine la participation de l’ensemble de l’épiscopat de l’Église indivise et la réception de ses décisions par toute l’Église. Les sept premiers conciles (325-787) répondent à ce critère. Après le schisme entre Rome et Constantinople, les conciles convoqués par les papes (Premier concile du Latran, Quatrième concile du Latran, Concile de Trente, Premier concile du Vatican, Deuxième concile du Vatican, etc.) n’ont réuni que les évêques en communion avec Rome. Ils ne sont pas des conciles de l’Église universelle.
Durant le premier millénaire, les questions doctrinales majeures étaient tranchées par des conciles réunissant l’ensemble des Églises, Occident et Orient, tandis que les conciles postérieurs à la séparation n’ont plus eu ce caractère universel.
Paul-Éric Blanrue.