BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

mardi 15 août 2023

Le Suaire de Turin est toujours aussi faux, mais l’existence historique de Jésus se démontre grâce à un seul document. Par Paul-Éric Blanrue.

Deux livres importants parus récemment affirment de façon péremptoire l’authenticité du Suaire de Turin : il s’agit du livre de Jean-Christian Petitfils, Le Saint Suaire de Turin. Témoin de la Passion de Jésus-Christ, Tallandier, 2022, et celui de Frédéric Guillaud, Catholix reloaded, Essai sur la vérité du christianismeLes éditions du Cerf, 2015. Défendant tous deux une position catholique conservatrice, ce qui n’a rien de mal en soi, ils ont également ceci en commun d’être plutôt désagréables avec moi relativement à la question du Suaire.



La note injuste de Guillaud à mon endroit évoque ainsi ma prétendue passion « pour la négation des faits historiques » (diable !) et ma légendaire « fumisterie voltairienne » (trop aimable) et m’a contraint à lui écrire pour rétablir les faits. Je pense l’avoir en partie convaincu de ma bonne foi puisqu’il m’a répondu courtoisement que si son livre connaissait une nouvelle édition, il retirerait cette note de bas de page « un peu vacharde ».  Il s'est dit également prêt à changer d’avis sur la question du Suaire « face à une argumentation implacable » et reconnaît que « pour l’aspect général, le linceul fabriqué en cinq minutes par les zététiciens est tout à fait ressemblant » (je ne le lui fais pas dire). De fait, dans son livre suivant, Et si c'était vrai ? La foi chrétienne à la loupe, éditions Marie de Nazareth, 2023, il récidive sur le Suaire, sans toutefois me mettre en cause (mais sans répondre non plus à mes arguments, nobody’s perfect).


Vrai-Faux Suaire réalisé par Blanrue en 2005


Concernant Petitfils, je serai moins magnanime. L’historien médiatique, bien connu pour ses livres sur le Masque de fer et Louis XIV (je l’ai aussi fréquenté jadis sur les plateaux du regretté Paul Wermus), multiplie à propos du Suaire les erreurs et les arguments spécieux, avec une absence d’esprit critique qui ne le grandit pas. Pour commencer, il prétend qu’en 2005, lorsque j’ai fait la démonstration publique au Muséum d’Histoire naturelle de Paris, sous l’égide de la revue Science&Vie, que le Suaire pouvait être aisément reproduit grâce à des techniques strictement médiévales, j’étais le « nouveau président du cercle zététique ». Nouveau ? La vérité c’est que je ne faisais plus partie depuis deux ans de cette association que j’avais fondée dix ans plus tôt ! (Tout ceci se trouve facilement sur le Net). Voulant jouer au plus fin, notre historien se prend ainsi les pieds dans les dates : dommage, les dates c’est son métier. Les faits lui posent également problème. Pour vilipender le défunt Dr Walter McCrone, le célèbre chimiste de Chicago qui a découvert des particules d’oxyde de fer et de vermillon sur les surfaces imagées du Suaire, il en est réduit, pour assurer aux belles âmes qui le lisent, qu’il s’agit là d’un expert à la rigueur douteuse, à affirmer abruptement que la carte de Vinland que celui-ci a analysée et dont il a contesté l'authenticité est en réalité authentique. Patatras : il est amplement démontré par de nombreuses analyses (et encore récemment https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_du_Vinland) qu’il s’agit d’un faux moderne (qui ne présage en rien de l'histoire des Vikings au Vinland, puisque cet exploit est parfaitement véritable, vérifiable et vérifié, ainsi que je l’ai moi-même rapporté il y a longtemps http://www.zetetique.ldh.org/vickings.html).



Quant au brave chanoine Ulysse Chevalier, l’un des historiens médiévistes les plus réputés du début du XXe siècle, le premier catholique à avoir refait l’histoire critique du Suaire depuis le XIVe siècle sans parti pris religieux, le voilà qualifié « d'historien hypercritique », chose à la fois absurde, erronée et non démontrée par l’auteur de la diatribe. Lorsqu’un adjectif dépréciatif, lancé à la cantonade, livré sans la moindre explication, suffit à démonétiser une vie entière de labeur et des trésors de livres, il faut se méfier, ami lecteur (ce n’est pas sérieux, Jean-Christian, ce ne sont pas des manières de faire à la hauteur de vos prétentions intellectuelles.)

À bien la lire, la thèse de Petitfils est imbibée d’à peu près tout ce que l'on trouve sur le sujet du côté des sindonologues : le Codex Pray (dont j’ai démontré dans un chapitre entier d’un livre qu’il n’a rien à voir avec le Suaire pour d’évidentes raisons iconographiques), la thèse du Dr Barbet sur les poignets dans lesquels les clous de la Passion auraient été fichés (thèse populaire mais imaginaire), les trop fameux pollens de Max Frei (un détective amateur si crédible qu’il plaidait pour l’authenticité du Journal intime d’Hitler qui s’est révélé être une grossière supercherie), il se gargarise des « travaux » de Bourcier de Carbon, du Père Rinaudo, d’André Marion, de ce vieux farceur de Gérard Lucotte (qui clame avoir découvert des morpions du Christ sur un linceul qu’il n’a par ailleurs jamais analysé !), de Ray Rogers (Petitfils cite à ce propos le physicien Patrick Berger qui conteste l’article de Rogers avec de solides arguments, à commencer par le fait que celui-ci commet des erreurs mathématiques de première année – ce qui autorise notre historien à qualifier Berger « d'outrancier », sans donner le lien de son article... Le voici, pour ceux qui veulent vérifier sa pertinence http://www.zetetique.ldh.org/suaire_rogers.html). 



Nous pourrions continuer longtemps sur notre lancée. Selon Petitfils, par exemple, c'est le roi Philippe VI de Valois qui aurait offert en 1347 le Suaire au chevalier Geoffroy de Charny pour le récompenser de faits de guerre. Voilà donc pourquoi la relique apparaît comme une fleur en plein XIVe siècle. Toutefois réfléchissons une seconde : comment ? Céder à un seigneur local le Suaire du Christ ? Bigre ! Oui, mais attention, poursuit Petitfils, le roi n'avait pas ouvert le reliquaire pour s'apercevoir ce que son contenu rendait une fois déployé, à savoir l’insigne copie du corps de Jésus ressuscité (fâcheux oubli, quelle tête en l’air, ce Philippe VI !). Une preuve de cette reconstitution historique svp ? Que nenni, elle sort tout droit de la fertile imagination de Petitfils (qui n’est certes pas « hypercritique », lui, puisqu’il gobe tout, y compris les thèses qu’il invente ad hoc ou reprend chez tel chercheur qui les sort lui-même de son chapeau). Notre historien n’a pas cru bon de se demander pourquoi, lors de la querelle des ostensions à Lirey, nul chanoine n’a jamais songé à rappeler à l'évêque et au pape qui les accusaient de produire une fausse relique que le roi avait été avant eux le propriétaire de la mirifique pièce de lin (encore un oubli, mais c’est sur de tels silences que d’aucuns bâtissent l’Histoire).

Petitfils prétend encore qu'un nommé Giulio Fanti, professeur de mesures mécanique et thermique à l'université de Padoue, a mis au point une nouvelle méthode de datation portant sur la dégradation de la cellulose, qui donnerait comme dates au Suaire de -300 à +400. Sauf qu'apparemment personne ne peut dire avec certitude d'où proviennent ses échantillons. C'est gênant (mais pas pour Petitfils, qui choisi de croire tout ce qui l’arrange).

En réalité, il n'existe à proprement parler aucune nouvelle découverte portant sur le Suaire, puisque le Vatican n'a pas autorisé de nouveaux prélèvements. Les « nouvelles analyses », toutes plus fantastiques les unes que les autres, dont parle Petitfils, ne reposent (toutes) que sur des fils ou du sang dont on ignore l'exacte provenance, ou sur les trop fameux échantillons de Max Frei, qui avait diffusé, pour preuve qu’il avait trouvé des pollens du Proche-Orient sur le Suaire, des pollens de référence (autrement dit : des photos qu’il avait intégralement repompées sur des catalogues, sans la moindre gêne !). Bref, il faut le redire et bien insister là-dessus, aucune nouvelle recherche n'a officiellement été réalisée et on reste dans la conjecture à propos... d'éventuelles hypothèses. C’est peu. Trop peu. La trouvaille de Petitfils est d'exposer toutes ces recherches free lance comme si elles étaient d'authentiques recherches plus ou moins chapeautées par qui de droit (le Vatican). C’est inexact. Le plus fort c'est qu'après des pages et des pages pour illustrer des théories farfelues, il ose parfois saupoudrer son texte de minuscules notes reléguées en fin d'ouvrage, où il explique benoîtement au lecteur aventureux que telle découverte de tel chercheur (par exemple Lucotte ou Fanti) n'est finalement pas reconnue par ses pairs ! C’est gonflé. Mais apparemment, auprès d’un certain public, ça passe.



Ce serait risquer le péril dont nous met en garde la célèbre « loi de Brandolini » que de passer en revue tout le reste de son argumentation. Je renvoie les lecteurs intéressés par le Suaire mais n’ayant pas lu les deux volumes que j’ai consacrés à ce sujet (Miracle ou imposture ? L’Histoire interdite du Suaire de Turin, EPO/Golias, 1999,  et Le Secret du Suaire. Autopsie d’une escroquerie, 2006, Pygmalion), vers la synthèse que j’en ai brossée sur le Net : on y trouve l’essentiel des arguments plaidant pour un ouvrage réalisé de main d’homme au XIVe siècle (http://www.zetetique.org/suaire.html). Si les sindonologues n’y croient pas, ils peuvent toujours demander au Vatican de refaire les analyses radiocarbones, ils auront tout mon soutien (d’autant plus que j’ai révélé dans Miracle ou imposture que l’Église avait déjà procédé secrètement, par le passé, à une expertise C14 de la réserve récupérée en douce lors du prélèvement officiel, dans les années quatre-vingt… avec un résultat identique).

 

*

 

Concernant l’existence de Jésus Christ maintenant, il y a certaines choses à dire qui risquent de surprendre ceux qui ne me suivent pas régulièrement (les vilains). J’ai commis, à la fin des années quatre-vingt-dix, de petits textes dans lequel j’ai fait part de mes doutes à ce sujet (notamment celui-ci http://www.zetetique.ldh.org/jesus.html). Je me fondais alors sur les travaux de Rudolf Bultmann et de son « école des formes », qui a marqué la recherche biblique universitaire mondiale tout au long du XXe siècle, ainsi que sur les travaux, plus critiques encore, de l’école dite rationaliste (Bruno Bauer, Paul-Louis Couchoud, Guy Fau, Prosper Alfaric, Georges Albert Wells, et bien d’autres). Or les doutes que j’avais soulevés n’ont plus lieu d’être. Il faut aujourd’hui reconnaître que la plupart de ces travaux de « débunkage » se sont effondrés face aux avancées d’une science plus rigoureuse qu’auparavant. Depuis une trentaine d’années, les érudits ont réévalué la qualité historique de textes naguère sous-estimés. On peut citer à ce propos des universitaires prestigieux tels que Richard Bauckham, N.T. Wright, Michael R. Licona, ou encore Peter Williams.

C’est en suivant les (vraies) nouvelles découvertes de ces chercheurs que j’ai rectifié le tir et écrit, lors de la reparution de l’un de mes textes sur Jésus dans Le Livre noir des manipulations historiques (Fiat Lux, 2017) : "Alors quoi ? Jésus n'aurait pas existé ? Certains le prétendent, comme Couchoud, Fau, Doherty aujourd'hui sur le Net. Ce n'est pas ce qui est dit dans ce chapitre. Un chercheur londonien, G.A. Wells, fut longtemps l'un des plus éminents partisans de la thèse mythiste, faisant de Jésus un être inventé de toutes pièces pour des motifs théologiques, comme Guillaume Tell l'a été plus tard en Suisse pour des raisons politiques. Néanmoins, en approfondissant ses recherches, ce professeur a été contraint, par honnêteté intellectuelle, de réviser son jugement et de concéder qu'un certain Jésus avait existé dans la Palestine du Ier siècle (...) Il est certain que malgré les contradictions qui y fourmillent, les Évangiles professent une morale reconnaissable entre toutes ; le caractère d'un homme singulier peut s'y faire sentir ; son mode d'expression, ses paraboles, ont parfois le goût de l'authenticité".



En privé, certains de mes lecteurs m’ont demandé les raisons pour lesquelles j’avais évolué sur ce sujet, et je leur ai bien volontiers répondu. Comme je m’aperçois que mon nom est encore parfois associé, dans des livres comme ceux de Guillaud ou sur le Net, à la thèse mythiste marginale à laquelle j’ai depuis longtemps renoncé, je n’estime pas malvenu de m’en expliquer en public, profitant de cette mise au point sur le Suaire. 

Je pourrais naturellement rédiger un gros livre sur la critique du Nouveau Testament, défaisant patiemment le pull tricotté par l’école rationaliste (en réalité matérialiste), accumulant page après page des éléments tendant à montrer qu’elle s’est fourvoyée, montrant encore qu’il existe une quantité impressionnante de données sérieuses prouvant sans conteste l’existence terrestre du Christ. Cependant, j’ai vu ce qu’il en était pour le Suaire : on peut accumuler tous les éléments que l’on veut, pour convaincre il faut constamment à revenir à l’essentiel (qu’en l’occurrence, pour le Suaire, je résume habituellement en trois caractéristiques majeures : 1. l’accord des évêques du lieu et des papes pour affirmer qu’il s’agit d’un faux dont a prouvé la fausseté par les aveux du peintre concepteur ; 2. les particules de peinture retrouvées sur les zones à image du Suaire, et non sur les zones sans image ; 3. l’ordalie du C14 par trois laboratoires désignés par le Vatican, qui ont situé la relique au XIVe siècle). Bref, plus on use de salive et d’encre pour justifier sa thèse, moins on est écouté et plus se diffuse l’idée que si l’on multiplie les arguments c’est parce qu’en réalité on manque cruellement de preuves définitives. C’est faux, mais la nature humaine est ainsi faite.

Ainsi, pour l’existence de Jésus, je vais aller droit à l’essentiel. Je ne brandirai pas des reliques (la plupart fort douteuses), ni des pièces archéologiques (comme le tombeau de Caïphe, grand-prêtre du Temple de Jérusalem à l’époque de Jésus, retrouvé et bien authentique, lui), ni les Évangiles (dont la valeur est constamment réévaluée comme étant des biographies de style antique, voyez les convaincants travaux de Richard Bauckham), ni les écrits romains et juifs des premiers siècles (pour ceux qui remettent encore en cause les passages de Josèphe sur Jésus, je recommande vivement la lecture de Serge Bardet, Le Testimonium flavianum, Examen historique, considérations historiographiques, Cerf 2002). Non, je ne parlerai de rien de tout cela. Il y a plus simple et plus percutant aussi. J’emploierai pour l’occasion la « méthode des faits minimaux » qui a fait la réputation du Pr Gary Habermas (moins doué en ce qui concerne le Suaire, auquel il semble croire un jour sur deux, mais passons, sa démarche néo-testamentaire est la bonne car fondamentalement ancrée dans les principes essentiels de la méthode historique).


Gary Habermas

De quoi s’agit-il ? Aller à l’essentiel, au cœur du cœur de la centrale atomique. Se diriger vers une pièce imprenable, en acier trempé - en somme, se fonder sur une donnée dont la validité n’est remise en cause par personne. Le « fait minimal », quel est-il ? Une épître de Paul. (Quoi de neuf ? Saint Paul !)

L’apôtre Paul de Tarse, connu auparavant sous le nom de Saül, est un ancien pharisien, élève du rabbin Gamaliel, devenu persécuteur de chrétiens. Il s’est subitement converti au christianisme dans les années trente de notre ère. Quelle qu’en soit la cause réelle, il parle d’une apparition du Christ sur le chemin de Damas, en Syrie. Rêve, illusion, hallucination ou apparition réelle, en tout cas d’un jour à l’autre il se repend d’avoir persécuté les fidèles du Christ et choisit de rejoindre leurs rangs, à ses risques et périls. Il accomplit une activité missionnaire importante en effectuant de longs voyages d’évangélisation dans le bassin méditerranéen pour convertir les populations et écrit des épîtres à diverses communautés. Il y raconte aussi la façon dont il s’est rendu à Jérusalem pour y rencontrer notamment l’apôtre Simon, dit Pierre, et Jacques « le frère de Jésus » (car oui, Jésus avait des frères et des sœurs, sans doute issus du premier mariage de son beau-père Joseph, qui devint veuf avant son remariage avec Marie).

On sait néanmoins, pour diverses raisons que je ne vais pas développer ici, que les treize épîtres signées Paul ne sont pas toutes de sa main. Seules sept d’entre elles le sont, si l’on en croit les experts de la critique testamentaire ; les autres seraient issues de sa communauté, de proches ayant poursuivi son œuvre après sa mort en martyr à Rome, s’inscrivant dans son lignage. Alors, comment s’y retrouver ? Un texte non suspect de retouche pourra-t-il émerger parmi les autres ? Est-on aujourd’hui capable de tenir pour véridique un seul d’entre eux ?

La réponse est oui : l’épître en question est la première que saint Paul adresse aux habitants de Corinthe, une ville grecque au nord du Péloponnèse (1Corinthiens 15, 3-8).

Je reproduis ici le passage intéressant (https://bible.catholique.org/1ere-epitre-de-saint-paul-apotre-aux/3375-chapitre-15) :


03 Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures,

04 et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures,

05 il est apparu à Pierre, puis aux Douze ;

06 ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –,

07 ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres.

08 Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.


Saint Paul


L’épître est datée par les experts du début des années cinquante du premier siècle.

Qui la tient pour authentique ? Mythistes à part (moins de dix chercheurs dans le monde), absolument tout le monde. Y compris les érudits les plus ardemment anti-chrétiens comme le célèbre Bart Ehrmann (qui se déclare « agnostique penchant vers l’athéisme » et soutient dans ses conférences et best-sellers que les Évangiles contiennent tellement d’erreurs qu’on ne peut leur accorder le moindre crédit) ou d’autres chercheurs fort mal disposés envers la véracité du Nouveau Testament, tels les membres du Jesus Seminar de John Dominic Crossan (qui tiennent que 90% des paroles de Jésus qu’on y rapporte sont fausses). Nous ne sommes pas là en présence d’enfants de chœur disposés à gober tout cru ce que le curé de leur église paroissiale va leur enseigner dans son sermon du dimanche. On ne la leur fait pas. L’esprit critique, ils en ont à revendre. Eh bien, eux aussi conviennent unanimement que ce texte date des tout premiers temps du christianisme. Il s’agit d’un ensemble de phrases organisées de manière à être récitées (la façon dont le texte est tourné, sa brièveté, sa simplicité théologique, la structure de la phrase, les mots se répondant, la scansion, le style, etc.), sans doute sous la forme d’un premier credo existant avant que Paul ne se mette en marche vers Damas. 

Ce credo pré-paulinien, ce passage spécifique, cette péricope primitive, est daté sans hésitation par les experts en critique textuelle du début des années trente. Citons parmi ceux-ci John Kloppenborg, Jerome Murphy-O'Connor, John Meier, Pinchas Lapide, Reginald Fuller. Pour sa datation plus précise, Gerd Ludemann soutient que « les éléments de la tradition doivent être datés des deux premières années après la crucifixion de Jésus, au plus tard trois ans… La formation des traditions d'apparence mentionnées dans 1Cor.15.3-8 tombe dans le temps entre 30 et 33 de notre ère » ; Thomas Sheehan estime que cette tradition « remonte à au moins 32-34, c'est-à-dire dans les deux à quatre ans suivant la crucifixion ». Certains chercheurs penchent, à l’instar de James Dunn, spécialiste de Paul, pour les six mois ayant suivi la crucifixion. Au vrai, peu importe, quelle que soit la date pour laquelle on opte, il n’existe aucun document historique, chrétien ou autre, plus proche de l’an 30 ou 33, où Jésus est traditionnellement réputé avoir subi une crucifixion. Ulrich Wilckens affirme que ce credo « remonte indubitablement à la phase la plus ancienne de l'histoire du christianisme primitif ». De l’avis général des spécialistes actuels, ce credo traditionnel, qui existait sous forme orale bien avant les Évangiles écrits des années ou des décennies plus tard, est le premier relief de ce qu’a produit la toute première communauté chrétienne située à Jérusalem. 

Sur ce point, nul ne pourra prétendre que tout ce que Paul annonce est légendaire : pour l’historien de l’antiquité, ce genre de document est rarissime et irremplaçable. Il fait partie du peu de fragments anciens dont on est assuré qu’ils rapportent des faits ; il est, parmi tout ce que l’on connait, l’un des textes de cette époque les plus proches de l’événement qu’il narre. Et il est fascinant en ceci que, non seulement il atteste de l’existence d’un homme nommé Jésus (reporté comme mort, ce qui signifie bien qu’il était vivant peu de temps auparavant, logique imparable digne de Monsieur de La Palice)(sans compter que pour avoir un frère comme Jacques, il faut d’abord exister, c’est un prérequis nécessaire), mais il est aussi, en tant que document historique majeur, le reflet le plus exact possible du noyau des croyances animant les plus antiques communautés chrétiennes : on y adore un Jésus mis au tombeau, ressuscité puis réapparu vivant au bout de trois jours à ses disciples. C’est la première christologie connue. On notera par parenthèses, sans plus en dire car cela nous mènerait trop loin, que le Christ est réapparu en particulier à des personnes l’ayant trahi comme Pierre, ou ayant eu des doutes à son sujet durant sa vie terrestre comme son demi-frère, le sceptique Jacques, dit le Juste, ou encore à un persécuteur officiel devenu apôtre, Paul. Lesquels personnages, devenus les autorités principales de l’Église primitive (Jacques est nommé après la mort de Jésus chef de l’Église de Jérusalem), ont tous trois péri en martyrs quelques années plus tard pour attester de ce qu’ils avaient vu. On peut difficilement nier que la véracité de leur témoignage leur tenait à cœur.


Saint Jacques


Retenons donc que, quelles que soient les raisons qui ont fait que ces témoins essentiels ont cru à la résurrection de Jésus (chacun ira de son hypothèse, selon sa tendance philosophique ou sa croyance), ils étaient tous d’accord, de prime abord, et très tôt dans l’histoire, pour convenir, au minimum, que Jésus était bel et bien un homme qu’ils avaient côtoyé en Judée et en Galilée et dont l’existence ne faisait pas un pli pour eux, même s’ils avaient douté de sa mission ou l’avaient renié avant son exécution.
Une grande quantité d’autres textes primitifs se découvrent ainsi tout au long du Nouveau Testament. De nombreux érudits pensent que le livre des Actes des Apôtres incorpore certaines de ces premières traditions, situées dans les sermons qui y sont contenus - mais n’allons pas plus loin, car il faut se rendre à l’évidence, dès à présent : la thèse mythiste est morte et enterrée. Cette polémique aura certes été intéressante pour pouvoir déterminer ce qu’on a le droit de remettre en cause de manière radicale en France, et ce qu’on n’est pas libre de faire. Mais c’est fini. Michel Onfray a eu tort de tenter de la ressusciter : il n’a pas été suivi par le corps des chercheurs et s’est ridiculisé. Même l’athée professionnel Richard Dawkins, à l’inverse de son prédécesseur Bertrand Russell, mythiste convaincu, a été contraint d’avouer, sur le plateau de Joe Rogan, qu’il pensait que Jésus fût une personne réelle du Ie siècle. Tout ceci ne signifie pas, bien sûr, que les érudits bibliques soient d’accord sur tout (loin s’en faut !), qu’il n’existe plus d’ombre à éclaircir ni d’énigme à élucider, qu’il n’y ait plus de questions embarrassantes sur la validité de tel ou tel texte du canon, qu’il n’existe aucune contradiction (au moins apparente) entre les évangélistes. (Comme on ne se gêne pas pour dresser constamment des procès à mon endroit, je m’empresse de souligner que je ne soutiens pas non plus ici la thèse opposée, celle de l’inerrance biblique, qui considère que chaque mot de la Bible a été choisi par l’Esprit saint : ce serait pure folie !).


Paul-Éric Blanrue

Une bonne fois pour toutes, il faut comprendre que, comme le disaient Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, pères de l’école méthodique en Histoire, «l’hypercritique est à la critique ce que la finasserie est à la finesse ». Le doute est sain tant qu’il demeure raisonnable, et il faut toujours suivre les faits là où ils nous conduisent, que cela nous fasse plaisir ou non. La meilleure façon de faire de la bonne et vraie zététique n’est pas de sombrer dans un matérialisme forcené et débilitant, comme le font hélas nombre de ceux qui m’ont succédé dans cette région depuis deux décennies, mais de rester au plus près des faits, des documents, sans préjugé ni dogme, guidé par la seule raison.

Résumons : pour le Suaire, les premiers textes nous parlent de la découverte d’un faux par les autorités catholiques ; pour le christianisme, les premiers documents nous parlent d’un personnage historique. Au terme de cet article, le Suaire de Turin est toujours aussi faux, mais l’existence historique de Jésus est désormais démontrée grâce à un seul et unique document. 

 

 Paul-Éric Blanrue.

 

 

dimanche 13 août 2023

Sommes-nous égoïstes ?

"Pas une heure ne passe sans qu’un média mainstream ne nous jette à la figure une hideuse description de l’individu moderne. Nous sommes tous un tas d’immondes égoïstes, repus et heureux de vivre comme des porcs dans leur bauge. De mauvais citoyens qui votent peu et mal. De misérables marauds qui ne pensent qu’à leur petit confort et se désintéressent outrément du malheur du monde, de l’égalité salariale des femmes et du mansplaining, de la souffrance animale, des immigrés, des SDF, des mal-logés, de « Dame nature », de la couche d’ozone, du réchauffement climatique (sic). Les prédicateurs bien en cour n’ont que le mot « inégalités » à la bouche – inégalités contre lesquelles la morale civique nous commande de combattre sous peine d’être qualifiés de bourgeois ou de fascistes. Si l’on est un mâle blanc hétérosexuel, les péchés que nous avons à expier sont pis encore ! Nous voici coupables d’à peu près tout ce que le monde a produit depuis des millénaires en matière de massacres abjects, d’esclavages répugnants, de misères atroces et de génocides infernaux.
Je crois au contraire que la plupart de nos contemporains sont soumis à des exigences extérieures qu’ils ne contrôlent pas et que le véritable mal vient de là. L’individualisme présent n’est qu’un mot creux. Nous sommes plongés dans une société où il est devenu interdit de penser par nos propres facultés. Nous sommes imbibés de valeurs choisies pour nous, par d’autres que nous. Lorsque clamer ce que l’on a sur le cœur devient un crime de la pensée, quand l’État, omniprésent dans nos vies, se dote d’un pouvoir discrétionnaire sur nos esprits, nous impose des normes de comportement au point que sa police traque les réfractaires et que la justice les punit à de lourdes peines, on ne peut, quand on a un soupçon de dignité, se permettre le luxe de se laisser aller à abandonner le « soi », entité réelle ou illusoire, pour faire plaisir à ses contempteurs - sauf à se retirer pour le reste de nos jours chez les Chartreux ou dans un ashram (ce qui n’est pas donné à tout le monde), en priant pour que l’État et sa bureaucratie tatillonne n’y mettent pas les pieds (chose à peu près impossible)."
Paul-Éric Blanrue, SÉCESSION.



Transidentité et gender theory : les sceptiques américains remettent l'église au milieu du village.

Le patron des sceptiques US, Michael Shermer, reçoit Helen Joyce pour son livre TRANS dans lequel elle analyse le lobbyisme de l'activisme trans, qui n'a rien à avoir avec la science et tout à voir avec l'idéologie gauchiste de destruction de la pensée.
Décidément, les sceptiques US sont bien différents des néo zététiciens français, suiveurs dociles de la mode la plus à gauche du moment et totalement à la ramasse.



La sécession politique étant pour l’instant impossible en France, la sécession se fait avec les pieds (à des niveaux jamais atteints).


 

mercredi 9 août 2023

La lumière naturelle de l'esprit.

"Les principes ne sont pas innés, mais ils sont connus dans la lumière naturelle de l'intellect en liaison avec la connaissance sensible. Ce que les principes énoncent est dans les objets matériels qui sont la substance de la réalité, et pourtant les principes eux-mêmes sont immatériels et n'existent comme tels que dans les intellects connaissants. Je vois et touche des êtres, non l'être. J'observe des agents et des patients, j'appelle les premiers causes, les autres effets, mais je n'observe pas la causalité elle-même. Quand je dis qu'il n'y a pas d'effets sans causes, j'explicite simplement la définition de toute cause ou d'effet. C'est, disait Hume, comme dire qu'il n'y a pas de mari sans femme. Si vous pressez un métaphysicien, il vous concèdera qu'il y a quelque chose de mystérieux dans notre connaissance de tout principe. Et ce n'est pas surprenant, puisqu'il est premier par définition. Il n'y a rien d'antérieur au principe par quoi on puisse en rendre raison.
La raison ne s'accommode pas volontiers de cette limite. Aristote l'a pourtant marquée, avec sa sobriété ordinaire, dans ce que je suis tenté de tenir pour le passage le plus important de tout son Organon :
"Puisque, sauf l'intuition, aucun genre de connaissance n'est plus exact que la science, ce doit être nécessairement une intuition qui saisit les principes. Ceci résulte, non seulement des considérations précédentes mais aussi du fait que le principe de la démonstration n'est pas lui-même une démonstration. Il ne peut donc pas y avoir une science de la science. Si donc nous possédons un genre de connaissance vraie autre que la science, c'est l'intuition seule qui est le principe du principe, et la science est à l'ensemble de la réalité comme l'intuition au principe". "
Étienne Gilson.



mardi 8 août 2023

Le naturalisme s'autodétruit.

"Si tout ce qui existe se résume à la nature, le grand événement imbriqué et sans conscience, si nos convictions les plus intimes ne sont que les sous-produits d'un processus irrationnel, alors il n'y a pas la moindre raison de supposer que notre sens de la justesse et notre foi en l'uniformité qui en résulte nous disent quoi que ce soit de juste au sujet d'une réalité extérieure à nous-mêmes. Si le naturalisme se vérifie, nous n'avons aucune raison de nous fier à votre conviction que la nature est uniforme. On ne peut lui accorder de crédit que si une métaphysique totalement différente est vraie. Si la chose la plus centrale de la réalité, le fait qui est à l'origine de tout les autres faits, est une chose qui, dans une certaine mesure, nous ressemble, si c'est un esprit rationnel et que nous en tirions notre spiritualité rationnelle, alors en effet, nous pouvons nous fier à notre conviction."
C.S. Lewis.



Le christianisme a démystifié l'État.

"Le christianisme a ôté à l’État l’exclusivité de l’univers sacral et a mis ainsi en question la conception fondamentale de l’Empire romain, voire du monde antique en général. Cette séparation est donc en fin de compte un legs de l’origine du christianisme et aussi un facteur décisif de liberté."
Benoît XVI.



L'Homme selon Jean Borella.

"Je connais bien des hommes, j’en rencontre heureusement tous les jours. Mais l’Homme, avec un grand H, l’homme en tant que tel, je ne l’ai jamais vu, et nul ne l’a jamais vu. Je ne nie pas qu’on ne puisse en parler, car, comme l’enseigne Montaigne « tout homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition ». Toutefois prenons garde que je ne puis le découvrir que dans chaque homme, en particulier, dans chaque personne singulière et concrète. Or cet homme-là, cet homme irremplaçable dans sa personne libre unique, ne peut que déranger l’ordre géométrique des planifications économiques, sociales. Étant par définition, imprévisible, il ne peut que démentir les prédictions de la raison politique et déjouer ses stratégies. Aussi doit-on, si l’on veut réussir, l’effacer progressivement de la machine sociale et lui substituer l’homme interchangeable, l’homme universel parce qu’uniforme, l’homme-parpaing, oserai-je dire, avec lequel la construction du monde nouveau ne connaîtra ni surprise ni retard, parce qu’il sera exactement calibré."
Jean Borella.



La liberté selon Bakounine.

"La liberté ne peut et ne doit se défendre que par la liberté ; et c'est un contresens dangereux que de vouloir y porter atteinte sous le prétexte spécieux de la protéger ; et, comme la morale n'a pas d'autre source, d'autre stimulant, d'autre cause, d'autre objet que la liberté, et comme elle n'est elle-même rien que la liberté, toutes les restrictions qu'on a imposées à cette dernière dans le but de protéger la morale ont toujours tourné au détriment de celle-ci."
Michel Bakounine.



La religion républicaine selon Philippe Sollers.

"Aujourd’hui, la religion principale est celle de la République. Les catholiques, les pauvres, sont aux abois, surtout en France. Ils ne se rendent pas compte qu’ils appartiennent à une énorme multinationale. Le nouveau pape se fout complètement de la France, il a compris que c’était foutu. Tout est fait pour renforcer la religion de la République. Il y a plusieurs composants dans le cocktail religieux républicain : liberté, égalité, fraternité, bien sûr, auxquels il faut ajouter sororité, laïcité et mourir dans la dignité. Cette religion est fondée sur le primat absolu de la sociologie et de l’économie politique. Tout est réduit à une analyse sociale le plus souvent extrêmement simpliste : je suis un « jeune bourgeois provincial » ; tel autre a un père qui était « ouvrier agricole ». Très important, le visa d’origine modeste ! Moi, j’en suis dépourvu depuis longtemps. En attendant, le clergé s’alarme. Les intellectuels, qui ont joué naguère un rôle clérical très important, ne forment plus le goût d’une façon intéressante. Ils n’ont, de surcroît, aucune position philosophique fondée. Ils bavardent. Une religion qui s’effondre produit une angoisse considérable. Quant au clergé intellectuel, il ne survit qu’au prix de petites gâteries médiatico-narcissiques. De là, mon expression : « On vit chez les fous. »"
Philippe Sollers.



Visions de Chardonne.

"Le Français a pour principale distraction de parler, et surtout de parler politique. Sur ces questions, il est l'homme le plus ignorant de la terre."
"Ce qui sera dans l'ouest de l'Europe? Pas de doute pour moi : un socialisme dur, dictatorial, de « techniciens ». La dictature de la science, aux mains d'une élite d'un nouveau genre. Pas du tout une dictature du « prolétariat » ; ni rien qui ressemble au socialisme de Lassalle ; mais le résultat sera le même."
"L'économie libérale a été une bonne école. Choisir, c'est difficile. Dans des pays évolués : France, Angleterre, Allemagne, on pourra peut-être s'en sortir. Dans les démocraties de l'Est (je ne parle pas de la Russie), en Yougoslavie, en Pologne, où, par religion politique, des imbéciles gouvernent de délicates entreprises, ils n'en sortiront pas."
"Je ne sais si vous connaissez mon opinion sur les « colonies françaises ». Noire folie, comme la guerre de 14. Elles auront coûté cher."
"Cette race (j'en ai connu de ces nigauds, plus d'un) est condamnée. Tant pis."
"A toute époque, il y a un goût du jour, une foule qui suit le courant, un succès qui est chose sociale. Tout ce qui est dans ce sens passe vite; dans le présent et dans l'avenir."
Jacques Chardonne.



Défense de la civilisation européenne par Werner Heisenberg, prix Nobel de physique 1932, cofondateur de la mécanique quantique.

"Au commencement était - et est toujours dans des cas semblables - la foi. Je ne parle pas seulement de la foi chrétienne en un univers harmonieusement ordonné par Dieu, mais aussi, plus simplement, de la foi qui consiste à croire en notre tâche ici-bas. Bien entendu, croire ne veut pas dire ici : tenir pour vrai ceci ou cela, mais croire signifie toujours : voici ce à quoi je me résous, voici ce sur quoi j'engage mon existence.... Nous voulons que la vie spirituelle redevienne florissante ici, et qu'ici, en Europe, continuent de naître les idées qui déterminent l'aspect du monde... Nous voulons que notre jeunesse, en dépit du chaos extérieur, grandisse dans l'atmosphère spirituelle de l'Occident, et qu'elle puise aux sources de la force qui a fait vivre notre continent pendant plus de deux mille ans."
Werner Heisenberg.



La conscience n'est pas réductible à la matière.

"Les faits sur l'expérience subjective de la vision des couleurs ne sont pas impliqués par les faits physiques. S'ils l'étaient Marie pourrait en principe savoir quel effet cela fait de voir du rouge en se fondant sur sa connaissance des faits physiques. Mais elle ne le peut pas. Peut-être finirait-elle par savoir quel effet cela fait de voir du rouge à l'aide d'une méthode indirecte, par exemple en manipulant son cerveau de façon appropriée. Quoi qu'il en soit, la connaissance ne découle pas de la seule connaissance physique. La connaissance de tous les faits physiques permettra en principe à Marie de dériver tous les faits relatifs aux réactions d'un système, à ses aptitudes et à ses capacités cognitives ; mais elle n'en saura pas plus sur l'expérience du rouge... Les états sont conscients parce qu'ils possèdent un certain ressenti qualitatif, et ce ressenti n'est pas quelque chose de définissable fonctionnellement... L'existence de la conscience sera toujours un fait supplémentaire par rapport aux faits structuraux et dynamiques, et une analyse physique ne l'expliquera pas."

David Chalmers.




dimanche 6 août 2023

Fausseté de la conception matérialiste néo-darwinienne de la nature.

"Il semble inacceptable de nier la réalité de toutes chose familières qui ne sont pas, de prime abord, physiques. Mais, s'il n'y a pas de réduction plausible et si le rejet de la réalité du mental continue à être inacceptable, cela laisse penser que la prémisse initiale, le naturalisme matérialiste, est fausse et pas seulement à la marge".
"La compréhension de soi évolutionniste devrait presque certainement exiger que nous abandonnions le réalisme moral, c'est-à-dire la conviction spontanée que nos jugements moraux sont vrais ou faux indépendamment de nos croyances. le naturalisme évolutionniste implique que nous ne prenions au sérieux aucune de nos certitudes, pas même celle de l'image scientifique du monde dont le naturalisme évolutionniste lui-même dépend".
"L'existence d'esprits conscients et leur accès aux vérités attestées de l'éthique et des mathématiqiues font partie des données qu'une théorie du monde et de la place que nous y avons ont encore à expliquer... Si tout cela a une explication naturelle, ces possibilités étaient inhérentes à l'univers bien avant qu'il y ait de la vie et elles étaient inhérentes à l'enfance de l'univers bien avant l'apparition des animaux. Une explication satisfaisante devrait montrer que leur réalisation n'était pas complètement improbable mais qu'elle était très vraisemblable, étant données les lois de la nature et la composition de l'univers. Elle devrait montrer que l'esprit et la raison sont des aspects fondamentaux d'un ordre naturel non matérialiste".
"La conscience n'arrive pas comme ça à des organismes comme les nôtres ; par conséquent aucune explication, même du caractère physique de ces organismes, ne peut convenir si elle n'explique pas aussi, leur caractère mental.... Une explication par la sélection naturelle basée sur la capacité adaptative physique à la survie n'est pas suffisante... Il faudrait qu'une théorie post-matérialiste explique comment les caractéristiques mentales et physiques des organismes se sont développées ensemble et il faudrait qu'elle le fasse autrement qu'en ajoutant simplement une proposition à l'effet, à savoir que le mental accompagne en prime le physique."
Thomas Nagel.



mardi 1 août 2023

"La guerre en Ukraine est la tentative la plus récente, la plus dramatique et la plus violente d'avancer encore plus le mondialisme, la centralisation et l'impérialisme."

La guerre en Ukraine est la tentative la plus récente, la plus dramatique et la plus violente d'avancer encore plus le mondialisme, la centralisation et l'impérialisme. La fin de celle-ci est encore très incertaine. C'est aussi la dernière démonstration des élites mondiales pour montrer en particulier à l'Allemagne (mais aussi à l'Europe occidentale et à l'UE) qui est aux commandes. En cela, ils sont soutenus par des collaborateurs allemands élitistes et traîtres.
Pour commencer, permettez-moi de vous offrir une brève observation générale sur la guerre : dans les conflits violents entre individus ou gangs de rue rivaux, nous pouvons normalement distinguer clairement l'agresseur de la victime, la violence agressive de la violence défensive, le mal du bien et le coupable de l'innocent. Cependant, cela est impossible en cas de guerre ou de violence interétatique : parce que tous les États sont des agresseurs et des "mafias de protection", qui effectuent leurs opérations, qu'elles soient offensives ou défensives, avec des moyens, des armes et des finances volés à leurs propres populations "protégées".
Cela m'amène au prochain premier verdict ou jugement sur la guerre actuelle : tout le monde, Biden, Poutine, Zelensky, Johnson, Scholz, Macron, von der Leyen, etc., en fait, quiconque est impliqué ou empêtré dans la guerre avec des moyens ou des matériaux qui ne sont pas les siens est un belliciste maléfique. Ceci en plus de son agression commise contre ses propres victimes nationales résidentes.
Mais cela n'exclut pas de juger ou de comparer la culpabilité relative des gangs affrontés dans la guerre actuelle. Ici, j'arrive à un verdict assez clair.
Ce n'est pas Poutine et son gang qui visent la domination mondiale, et qui ont organisé des coups et installé des troupes au Canada ou au Mexique pour entourer et représenter un danger pour le gang qui gouverne les États-Unis ; pour cela, la Russie est un poids léger économique très léger. La Russie était heureuse de garder le contrôle sur ce qu'elle avait (et de ne pas devenir de plus en plus dépendante de la Chine voisine, économiquement de plus en plus puissante).
Ce sont les gangs au pouvoir des États-Unis, en coopération avec les Européens, qui ont poursuivi et poursuivent cet objectif de domination mondiale, et l'ont dit. Ils ont entouré la Russie de Poutine - qui considère l'Occident des États-Unis et de l'UE comme décadent, et qui a résisté aux tentatives occidentales d'infiltration économique et culturelle - avec des troupes américaines (OTAN) à proximité.
Les États-Unis et l'Ukraine sont séparés par l'océan Atlantique et la distance entre Washington DC et Kiev est de près de 8000 kilomètres. D'autre part, l'Ukraine est un ancien membre de l'Union soviétique et a une frontière directe avec la Russie de plus de 2000 kilomètres de long.
D'ailleurs, ces observations devraient également suffire à contrer l'affirmation implicite présentée par certains libertariens autoproclamés avec leur question rhétorique « Ne préféreriez-vous pas vivre aux États-Unis ou en Allemagne plutôt qu'en Russie ? » Notre sympathie ne devrait-elle pas alors être avec les États-Unis et l'Allemagne au lieu de la Russie ? Et ne devrions-nous pas alors nous attendre à un succès de "notre" camp au lieu de la Russie, quel que soit le sens de "succès" dans les circonstances actuelles ?
Voici ma courte réplique : ce n'est pas Poutine qui prend notre propriété et nos libertés. Et quel que soit le résultat final de la guerre actuelle, il est fort probable que ce ne sera pas Poutine qui le fera à l'avenir. Ce sont nos gangs dirigeants qui nous volent et nous asservissent, qui ont déjà fait un pas en avant pour le faire, et qui nous réprimeront certainement encore plus s'ils "gagnent", mais qui connaîtraient un grand revers dans leur marche vers la domination totalitaire s'ils "perdent".
Hans-Hermann Hoppe.



Pourquoi les verts sont-ils des gauchistes ?

Les verts veulent et prétendent savoir comment protéger la nature de l'intervention humaine. Comment faire ça ? Réduire la production. Réduire l'industrie. Réduire la consommation et toutes les commodités humaines jusqu'à l'appauvrissement. Vous vous rendez compte que - et je considère que c'est l'une des idées les plus folles de tous les temps - c'est bien pire que le socialisme traditionnel, qui prétendait être la voie vers une plus grande richesse. Seule une société riche peut se permettre cette bêtise verte, même pour une courte période.
Comme ces bêtises ne suffisent pas, en plus de rendre égaux les humains, les animaux et les plantes pour appauvrir les gens, les verts sont aussi des champions pour rendre égaux toutes les personnes, tous les humains et les modes de vie et les caractères humains, en supposant que vous ne puissiez pas vous débarrasser complètement des humains. Selon les verts, les différences drastiques observables entre différentes personnes — sexes, démographie — sont le résultat de la discrimination, du privilège des hommes blancs, de l'exploitation, de l'impérialisme, du colonialisme, du sexisme, etc., etc. Ils ne sont jamais le résultat de différentes formes naturelles et de formes de différents talents et de différentes réalisations.
Un fait évident que les sociétés les plus prospères, le plus grand développement, le summum de la civilisation humaine dans toute l'histoire humaine est le fait de sociétés occidentales blanches et hétérosexuelles, dominées par des hommes avec des structures familiales traditionnelles de père, de mère et d'enfants. Ceci - la base de la civilisation - est incrédulement considéré comme scandaleux par les verts.
Par conséquent, les verts sont impatients de désavantager et de punir ces personnes et structures sociales, et à la place, autant qu'ils le peuvent, d'accorder toutes sortes d'avantages, de privilèges, de cotisations, à tous ceux qui réussissent moins, qui sont moins talentueux, moins normaux, ou même et en fait anormaux et pervers. Les travestis noirs avec cinq enfants extraconjugaux de six personnes binaires sont le spécimen le plus digne.
Le programme complet est essentiellement : soutenir l'échec et punir le succès. C'est évidemment une recette parfaite pour un désastre. La popularité de cette absurdité dangereuse et suicidaire révèle ce que nous attendions déjà de la maladie du gouvernement démocratique. Réduire le niveau intellectuel de la population de manière progressive mais successive.
Hans-Hermann Hoppe.