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dimanche 11 juillet 2021

Retour sur le révisionnisme (2) : pourquoi Robert Faurisson s'est trompé. Exercice de critique historique et de liberté souveraine.



Extraits de Sécession, l'art de désobéir (Fiat Lux, 2018)

 

« L'homme est de glace aux vérités ; il est de feu pour les mensonges »

La Fontaine

 Il est une chose que les partisans de l’ex-dissidence, shootés aux vidéos soraliennes, ignorent au sujet de Faurisson, c’est que le « professeur » n’est nullement considéré comme le pape révisionnisme, comme certains se l’imaginent. Les certitudes qu’il affiche avec aplomb dans les pays francophones ne sont pas partagées par des pointures du révisionnisme anglo-saxon, loin s’en faut.

Depuis de longues années, le Britannique David Irving, révisionniste historique, auteur de La Destruction de Dresde (1963), de La Guerre d’Hitler (1977) ou de Goering, le Maréchal du Reich 1939-1946 (1991), ainsi que l’Américain Mark Weber, directeur de l’Institute for Historical Review - l’Institut pour la révision historique, l’organisation américaine fondée en 1978 qui éditait le célèbre Journal of Historical Review, point de ralliement de la nébuleuse révisionniste internationale -, font part de leur radical désaccord de fond avec des propositions se trouvant au cœur de la doctrine faurissonienne. Quoi que tous deux soient des apologistes du Troisième Reich, ils estiment en effet que les nazis ont bel et bien procédé à des gazages de populations juives et qu’ils ont également entrepris une politique systématique de massacres à leur encontre. Ce n’est pas la moindre des divergences avec l’opinion de l’ermite de Vichy, qui propage son enseignement sur un ton ne supportant pas la contradiction, se gardant bien de répondre à ses deux compères autrement qu’en les qualifiant « d’escrocs » et de « traîtres » – un grand classique -, alors que, contrairement à lui, l’un d’entre eux, Irving, a tâté du cachot durant un an (2005-2006) en Autriche, pour avoir défendu ses idées hétérodoxes.

Weber et Irving possèdent pourtant un avantage considérable sur Faurisson : ce sont deux historiens, l’un diplômé, l’autre de profession, alors que le Vichyssois n’est qu’un professeur de Lettres ayant fait la majorité de sa carrière dans un lycée pour jeunes filles de province.

Voici un extrait d’une déclaration de Mark Weber face à Jim Rizoli, passée sur Rizoli-TV (Youtube) le 10 février 2016 :

« Mon opinion sur les chambres à gaz ou les gazages est la même, en gros, que celle de David Irving. Je pense que des juifs ont été gazés (…) Je n’éprouve pas d’intérêt dogmatique à dire que des gens ont été gazés ou n’ont pas été gazés, mais mes conclusions, ma conviction, fondée sur la meilleure évaluation des preuves que j’ai pu faire, est qu’un grand nombre de juifs ont été tués à Sobibor, à Belzec et à Treblinka, très vraisemblablement par gazages. (…) Mon opinion est la même que celle de David Irving sur cette question. (…) Si j’ai cette opinion ce n’est pas parce que j’essaierais de ‘me faire des amis et influencer des gens’. Si les gens ne sont pas d’accord, tant pis. (…) N’oubliez pas : le révisionnisme, c’est une méthode. Ce n’est pas un dogme. Les gens peuvent changer d’avis. J’ai changé d’avis sur certains points. J’ai témoigné, par exemple dans le procès de 1988 au sujet du Journal de Goebbels. Lors du procès, on m’a interrogé de façon très pointue sur un passage de mars ou avril 1942 dans lequel Goebbels écrit d’une manière qui semble faire référence à des chambres à gaz pour gazer des gens. Vous connaissez peut-être ce passage – il est bien connu et, à l’époque où j’ai témoigné, j’ai dit qu’il y avait de bonnes raisons de douter de cette affirmation et de ce Journal. Or, depuis ce témoignage de 1988, nous avons à présent les plaques du Journal qui nous viennent des archives russes, qui n’étaient pas connues à l’époque, et elles confirment l’authenticité non seulement du Journal mais de ce passage particulier. (…) Le passage le plus, dit-on, incriminant, est celui de mars 1942, dans lequel Goebbels parle de liquider ou tuer les juifs et il est très difficile, si ce passage est exact, de penser que les juifs n’étaient pas tués. Il fait allusion de manière indirecte aux camps de Sobibor, de Belzec et de Treblinka.  »

De quel passage du Journal de Goebbels s’agit-il ? Rien n’est plus aisé à retrouver. Il s’agit de celui datant du 27 mars 1942 (c’est moi qui souligne ici et dans les documents suivants) :

« En commençant par Lublin, les juifs du Gouvernement général sont à présent évacués vers l’Est. La procédure est assez barbare et ne saurait être décrite ici de façon plus précise. Il ne restera pas grand-chose des juifs. Globalement, on peut dire qu’environ 60 % d’entre eux devront être liquidés alors que 40 % peuvent être utilisés pour le travail forcé. L’ancien Gauleiter de Vienne et chef de la police du district de Lublin qui mène à bien cette opération le fait en toute discrétion et selon une méthode qui n’attire pas l’attention. Les juifs sont en train d’être punis d’une façon barbare, certes, mais ils l’ont amplement mérité. La prophétie que le Führer leur a faite dans l’éventualité où ils déclencheraient une nouvelle guerre mondiale, est en train de se réaliser de la plus terrible manière. On ne doit se permettre aucun sentiment pour traiter cette question. Si nous ne nous défendions pas nous-mêmes contre eux, les juifs nous anéantiraient. (…) C’est un combat de vie et de mort entre la race aryenne et le bacille juif. Aucun autre gouvernement et autre régime n’aurait la force de résoudre cette question de manière générale. Ici aussi le Führer est le champion inébranlable et le porte-parole d’une solution radicale (…) Grâce à Dieu nous avons maintenant pendant la guerre toute une série de possibilités qui en temps de paix nous seraient interdites. »

La « prophétie d’Hitler » à laquelle se référait Goebbels est un discours prononcé le 30 janvier 1939 devant le Reichtag. Le Führer y avait lancé : « Aujourd’hui, je serai encore un prophète : si la finance juive internationale en Europe et hors d’Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchévisation du monde, donc la victoire de la juiverie, au contraire, ce serait l’anéantissement de la race juive en Europe ! »

L’annonce était catégorique. Loin d’être anecdotique, la « prophétie » fut beaucoup commentée par les dignitaires nazis, qui la prirent très au sérieux.

Dans un discours radiodiffusé, prononcé à Innsbruck le 10 mai suivant, le directeur du Front allemand du Travail, Robert Ley, enfonça le clou : « Le juif ne saurait être anéanti seulement dans notre peuple, au contraire, nous ne trouverons aucun repos avant que le juif ait été anéanti dans le monde entier. »

Hans Frank, gouverneur général en Pologne occupée, déclara, le 16 décembre 1941 :  « Avec les juifs - je tiens à vous le dire très ouvertement - il faut en finir d’une manière ou d’une autre. Le Führer l’a déjà dit : ‘si la juiverie rassemblée devait encore réussir à provoquer une guerre mondiale, le sacrifice du sang ne sera pas alors fait seulement par les peuples plongés dans la guerre, mais le juif connaîtra sa fin en Europe.’ (…) Mais que faire des juifs ? Croyez-vous qu’on les enverra dans les territoires de l’Est ? Voilà ce qu’on nous a dit à Berlin : ‘Pourquoi toutes ces complications ? Nous non plus, nous ne pouvons rien en faire ni dans les territoires de l’Est ni le Commissariat du Reich, liquidez-les vous-mêmes’. Je dois vous demander de vous débarrasser de tout sentiment de pitiéNous devons exterminer les juifs, partout où nous les trouverons, et partout où il y en aura la possibilité. »  

La confirmation des gazages est donnée par une lettre datée du 25 octobre 1941 émanant d’Erhard Wetzel, expert du Ministère du Reich aux territoires occupés de l’Est pour la Question juive, à Hinrich Lohse, Commissaire du Reich pour les territoires de l’Est : « L’Oberdienstleiter Brack (NdA : Viktor Brack était le responsable de l’Aktion T4 visant, de janvier 1940 à août 1941, à liquider, notamment par le gaz, les handicapés mentaux, une décision retrouvée et signée par le Führer) de la chancellerie du Führer, est disposé à prêter son assistance à la construction du local et des équipements de gazage nécessaires. (…) Je me permets d’ajouter que le Sturmbannführer Eichmann, le responsable des questions juives à l’Office Central de Sécurité du Reich, est absolument d’accord avec cette procédure. (…) Les choses étant ce qu’elles sont, il ne saurait y avoir de scrupules concernant le fait que les juifs qui sont inaptes au travail doivent être supprimés en utilisant la méthode de Brack. (…) De cette façon, des incidents tels qu’ils se sont produits lors des fusillades de juifs à Vilnius d’après un rapport que j’ai sous les yeux, rapport selon lequel ces fusillades eurent lieu en public, de tels incidents, qui peuvent difficilement être tolérés, ne seront plus possibles. »

Le rapport d’Heinrich Kinna sur le transport de Polonais au camp d’Auschwitz, en date du 16 décembre 1942, est tout aussi explicite. Le bureaucrate SS de Lodz note : « Les imbéciles, les idiots, les handicapés et les malades doivent être éliminés du camp par liquidation aussi vite que possible, afin de soulager la pression sur le camp. Cependant cette mesure est rendue plus difficile dans la mesure où, selon les instructions du RSHA, les Polonais doivent mourir naturellement, contrairement aux mesures appliquées aux juifs. »

Les camions à gaz eux-mêmes furent employés, comme le prouve cette lettre du SS-Obersturmbannführer Walter Rauff à l’Institut de technique criminelle du 26 mars 1942 : « Je serai prêt à mettre un de ces camions spéciaux à la disposition du camp de concentration de Mauthausen pour un temps déterminé. (…) Mais, comme je suppose que le camp ne peut pas attendre indéfiniment la livraison, je demande qu’on fasse livrer des bouteilles d’acier de monoxyde de carbone ou d’autres moyens auxiliaires nécessaires à la mise en œuvre. »

Le même Rauff reçoit une note secrète adressée par Willy Just, le 25 décembre 1942, qui lui expose les faits suivants : « Depuis décembre 1941, par exemple, on en a traités 97 000 avec trois voitures dont le fonctionnement n'a révélé aucun défaut. L'explosion qui, comme on sait, a eu lieu à Kulmhof doit être considérée comme un cas isolé. C'est à une erreur de manipulation qu'il faut en attribuer la cause. Des instructions spéciales ont été adressées aux services intéressés pour éviter de tels accidents. Les instructions données ont augmenté considérablement le degré de sécurité. »

Tout ceci n’empêche pas le distingué Faurisson de soutenir tranquillement, dans son texte-testament intitulé Les Victoires du Révisionnisme que que « jamais Hitler n’a ordonné ou permis qu’on tue une personne en raison de sa race ou de sa religion »  ! Peut-on proférer une contre-vérité plus effarante ? 

Rappelons qu’Hitler ne s’est pas contenté d’appeler à la liquidation des juifs dans son discours de janvier 1939. Le 30 janvier 1942, il proclamait au Palais des Sports de Berlin : « Le  résultat de cette guerre sera l’anéantissement des juifs. » Son discours du 24 février suivant fut de la même veine : « Ma prophétie s’accomplira, ce n’est pas l’humanité aryenne qui sera anéantie par cette guerre, mais bien le juif qui sera exterminé. »

Puisque j’ai sorti les cartes d’Hitler et Goebbels, il me reste à mettre sur la table le joker, Heinrich Himmler, maître de la SS. Devant un parterre d’officiers supérieurs de la SS à Poznan, il déclara, le 4 octobre 1943 : « Je me réfère à présent à l'évacuation des juifs, à l'extermination du peuple juif. C'est une des choses qu'il est aisé d'exprimer : "Le peuple juif est en train d'être exterminé," déclare chaque membre du Parti, "Effectivement, c'est une partie de nos plans, l'élimination des juifs, l'exterminationnous l'accomplissons... peuh ! Une bricole ! Et puis ils viennent, 80 millions de braves Allemands, et chacun a son ‘bon’ Juif. Evidemment, les autres, ce sont des porcs, mais celui-là, c'est un Juif de première qualité. Pas un d'eux n'a vu [les cadavres], pas un n'était sur place. La plupart d'entre vous savent ce que c'est que de voir un monceau de cent cadavres, ou de cinq cents, ou de mille. Etre passés par là, et en même temps, sous réserve des exceptions dues à la faiblesse humaine, être restés corrects, voilà ce qui nous a endurcis. C'est là une page de gloire de notre histoire, une page non écrite et qui ne sera jamais écrite. » 

Le 6 octobre, le Reichsführer-SS poursuivait devant le même auditoire : « Je vous demande avec insistance d'écouter simplement ce que je dis ici en petit comité et de ne jamais en parler. La question suivante nous a été posée: ‘Que fait-on des femmes et des enfants?’ - Je me suis décidé et j'ai là aussi trouvé une solution évidente. Je ne me sentais en effet pas le droit d'exterminer les hommes - dites, si vous voulez, de les tuer ou de les faire tuer - et de laisser grandir les enfants qui se vengeraient sur nos enfants et nos descendants. Il a fallu prendre la grave décision de faire disparaître ce peuple de la terre. » 

Himmler déclara également le 5 mai 1944 devant des généraux de la Wehrmacht : « Le Führer l’avait annoncé aux juifs, au début de la guerre ou avant la guerre. "Si vous poussez encore à la guerre les peuples d’Europe, cela ne signifiera pas l’extermination du peuple allemand, mais l’extermination des juifs’ (…) Vous pouvez comprendre combien il m'a été difficile d'exécuter cet ordre ».

Le 21 juin 1944, il avoua, dans le centre de formation politique de Sonthofen, les difficultés qu’il avait rencontrées en accomplissant cet ordre : « Ce fut la tâche la plus affreuse et la mission la plus terrible qui furent jamais assignées à une organisation : la mission de résoudre la question juive. J’ai également quelques paroles à adresser en toute franchise à ce cercle. Il est bon que nous ayons eu la force d’exterminer les juifs sur notre territoire. Ne vous demandez pas à quel point cela fut pénible, même si en tant que soldats, je dois dire que vous êtes capable de comprendre à quel point il est difficile d’exécuter un tel ordre. » 

S’il n’existe aucun document appelant au génocide des juifs portant la signature d’Hitler, ni un décret édictant leur anéantissement, les sources sont nombreuses qui prouvent, sans l’ombre d’un doute, que les autorités allemandes voulurent massacrer massivement les juifs européens par tous les moyens, y compris par le gaz, et que ces massacres furent décidés par la Chancellerie du Reich. Faurisson s’est copieusement trompé sur les intentions d’Hitler ainsi que sur la réalité des massacres systématiques et des gazages.

Depuis des années, le « professeur » avait commis bien d’autres sortes d’erreurs, d’interprétations tendancieuses et de contre-sens grossiers dans ses articles. Lisons ce qu'il écrivit en 1998 à propos du siège de Massada qui se déroula en l’an 73 dans le désert de Judée : « Je citais l'exemple de Massada, écrit-il. Selon une légende juive, les juifs qui avaient trouvé refuge dans cette forteresse de la mer Morte, opposèrent une farouche résistance armée aux Romains qui venaient, en 70 de notre ère, de détruire Jérusalem. Au XXe siècle, des fouilles archéologiques entreprises sur place prouvèrent que ni le siège ni la bataille n'avaient eu lieu. Que croyez-vous qu'il arriva alors ? Le mythe de ‘Massada’, ce sanctuaire de la résistance du peuple juif et de ses martyrs, n'en devint que plus vivace. Il en va de même pour Auschwitz. »

Oh ! La belle galéjade énoncée effrontément sur le ton assuré de l’universitaire sûr de son fait ! En réalité, les fouilles archéologiques menées en Israël ont prouvé que  le siège et la bataille de Massada ont eu lieu.  S'il existe une légende concernant Massada, c'est celle prétendant que les juifs de la forteresse se seraient suicidés face aux armées romaines commandées par le légat Lucius Flavius Silva. Sur ce point, il y a débat, de même que sur la qualité morale des combattants. Mais nul historien ou archéologue n'a remis en question le siège ni la bataille de Massada ! Toutes les fouilles auxquelles les professionnels ont procédé depuis les années soixante attestent que ce siège et cette bataille se sont déroulés, ainsi que l’historien antique Flavius Josèphe l’avait rapporté. On observe encore aujourd’hui, sur place, le camp de la Légion X Fretensis et les vestiges de la rampe d'accès de cent mètres de haut, construite par les Romains pour accéder à la forteresse défendue par les Sicaires rebelles !

C’est cependant une autre affaire qui allait sceller la rupture entre « le professeur » et moi.

*

En attendant que se tienne le procès que la LICRA et le Parquet nous avaient intentés pour Un Homme, j’avais convenu avec Faurisson d’écrire un livre sur le révisionnisme avec ce qu’il me resterait de la somme accordée par le mécène du reportage, que je destinais à l’accomplissement de divers voyages dans les camps. Il était entendu que je resterais libre de livrer au public les conclusions auxquelles je parviendrais. Faurisson, bien entendu, ne doutait pas un instant qu’elles seraient comparables aux siennes. Entre nous, nous avions baptisé le projet Black Box ou Archimède.

Je devais tout reprendre à zéro. Avec le temps, je m’étais davantage intéressé à la question de la liberté d’expression de Faurisson qu’à l’examen de ses thèses, dont je savais que beaucoup d’entre elles étaient taillées en pièces à l’étranger. Au fond, qu’y avait-il de vrai dans ce qu’il disait ? Y avait-il seulement du vrai ? Ayant mes propres recherches à effectuer, mes livres et mes articles à publier, je n’avais jamais écrit le moindre papier ni entamé d’enquête d’envergure sur le sujet. Les rares fois où, avec mes compères du CZ, je lui avais demandé des documents précis, il me les avait fournis aimablement.

Un immense travail m’attendait dont j’ignorais où il allait me conduire. Ayant conscience des limites de Faurisson, davantage porté sur le militantisme que sur la patiente étude, je savais toutefois en mon intime que le résultat ne lui conviendrait point nécessairement (euphémisme).

Faurisson eût aimé que je consacrasse un gros livre à l’ensemble des camps nazis. Belle idée en théorie, ce travail était en réalité impossible à réaliser. Pour parvenir à rédiger un ouvrage aussi imposant, il m’eût fallu passer dix ans en études diverses et variées. En y réfléchissant, je fus stupéfait de constater que Faurisson lui-même, toute sa vie durant, malgré ses six gros volumes d’Écrits révisionnistes et la publication de plusieurs livres portant sur divers aspects de la Shoah, s’était contenté de composer de menues monographies, d’écrire des articles et des bouts de démonstration sans chercher à faire le tour de la question. Il n’avait jamais cherché à dégager la synthèse magistrale d’un sujet qu’il était supposé maîtriser mieux que tous les historiens du monde réunis. Non, il attendait que je le fisse ! Il est vrai que, contrairement à lui, j’étais diplômé en histoire.

Quoi qu’il en soit, je ne pouvais décemment pas me contenter de recopier gauchement ses articles, de les récrire à ma sauce et de les enfiler bout à bout comme les nouilles d’un collier de maternelle pour confectionner un livre que je présenterais à mes lecteurs comme le fruit de mon labeur personnel. Il me fallait circonscrire un sujet et y travailler d’arrache-pied, sans écouter rien ni personne, ne faisant confiance qu’à mon esprit critique et à ma méthode cent fois éprouvée, comme je le fais lorsque je me plonge dans mes propres études.

Je décidai de commencer par le début : Auschwitz 1. Faurisson me fit savoir qu’il connaissait deux jeunes Belges, spécialistes de ce domaine. Dans ce camp, ils avaient récemment eu accès à des archives non exploitées. Ils étaient revenus de Pologne avec des documents qui, me promettait-il, réduisaient enfin à néant la thèse officielle sur ce camp. « Réduisaient enfin à néant » ? Ma première surprise fut de constater que Faurisson n’avait pas la preuve de ce « néant » qu’il ne se privait pas de claironner urbi et orbi depuis quarante ans. Lui fallait-il compter sur ces nouveaux matériaux découverts par des personnages sortis de nulle part pour justifier sa théorie ? Curieux ! Intrigant. Suspect…

La seconde surprise fut moins bonne encore. Nous prîmes rendez-vous à Vichy à la fin du mois de mai 2013. Les jeunes gens, fort sympathiques, par ailleurs lecteurs et sympathisants de Michel Collon, me confièrent leur documentation au domicile de Faurisson. Je passai la nuit à travailler dessus dans ma chambre d’hôtel, stylo en main, sans parvenir à fermer l’œil. J’avais à mes côtés, comme soutien logistique, le dossier que Faurisson possédait sur Auschwitz 1 et qu’il m’avait remis la veille au soir dans son bureau, situé au sous-sol de sa villa. Un dossier de… trois pages ! Dans cette chemise en papier ne se trouvaient que de courts extraits d’articles et de livres, dont les auteurs avaient d'ailleurs changé d'opinion par la suite, comme Olga Wormser-Migot, ainsi qu’une citation se référant à Pierre Vidal-Naquet, dont il sera question plus loin. Imagine-t-on le calibre de ma stupéfaction ? 

Au petit matin, je restai abasourdi par le résultat de ma nuit blanche. Les points d’interrogation et d’exclamation marqués en rouge vif barraient les pièces éparpillées sur mon lit. Les fichiers des Belges posaient bien plus de questions qu’ils n’en résolvaient. Quant aux arguments de Faurisson, exposés en quelques malheureuses lignes sur des feuilles volantes, ils ne valaient pas un clou !

Dès mon arrivée au domicile du Vichyssois, je fis part de mon grand désappointement au professeur et aux visiteurs belges. J’étais d’humeur sombre. Faurisson, éberlué par mes remarques auxquelles il ne s’attendait pas, se claquemura dans un silence gêné. Il était visiblement effaré. J’eus soudain affaire à un vieillard recroquevillé, blême, s’enfonçant sur une chaise de sa salle à manger, incapable de répondre à la plus anodine de mes questions. Pour la première fois de sa vie, il était muet !

Le malaise était palpable. Ne semblant pas prendre conscience de la gravité de la situation, les Belges continuaient naïvement de défendre leur copie avec entrain, mais il était devenu patent Faurisson lui-même n’y croyait plus (ce dont il conviendra plus tard). Il était perdu dans ses pensées, dans les fumées d’Auschwitz, au-delà des nuages gris de Pologne.

*

Dans cette ambiance tendue, chauffée à blanc, je soulevai une banale question qui allait mettre Faurisson en fureur. Pas sur le coup, puisqu’il eut une réaction discrètement dilatoire - mais il n’allait y répondre qu’avec retard, par mail, et prouver involontairement qu’il avait de nouveau interprété un texte au gré de sa fantaisie.

Dans le tome II de ses Études révisionnistes, Faurisson affirmait que son ennemi juré, Pierre Vidal-Naquet, avait avoué que la chambre à gaz d’Auschwitz 1 était fausse : « Dans son dernier ouvrage, Les Assassins de la mémoire, Vidal-Naquet, (…), avait-il écrit,  la plus intéressante concession est celle qui porte sur Auschwitz-I : Vidal-Naquet ne croit plus à l’authenticité de la chambre à gaz de ce camp (...) p. 131-132 et note 94 de la p. 214. ».

Il poursuivait sur sa lancée dans son tome III en écrivant que « Pierre Vidal-Naquet ne parait pas croire qu’il a existé là une chambre à gaz homicide » (p. 1179 de l'édition non cartonnée).

Seulement, énorme hiatus, je ne voyais pas un tel aveu de Pierre Vidal-Naquet figurer dans ses Assassins. Comme tout un chacun, l’historien de la Grèce antique y évoquait une réfection de la chambre à gaz survenue après la guerre. Mais entre admettre le rafistolage d’un local et soutenir qu'il n'y a pas eu de gazage homicide dans ce même local, il y a une sacrée marge ! Ce n’est pas parce que l’on procède chaque année à des restaurations dans les appartements du château de Versailles que Louis XIV et Madame de Maintenon n’y ont pas vécu. Quand on ravaude une paire de chaussettes, on ne nie pas l'existence desdites chaussettes !

J’insistai auprès de Faurisson pour savoir s’il existait une déclaration de Vidal-Naquet lui ayant permis d’écrire qu’il « paraissait croire » qu’Auschwitz 1 ne possédât pas de chambre à gaz. Sa réponse tint en une ligne, sans l’accoutumée formule de politesse : « Il ne me semble pas qu'il ait existé de déclaration "plus définitive" de la part de PVN. » Punto finale !

Ainsi, jamais Vidal-Naquet n’avait prétendu ce que Faurisson lui faisait dire, à savoir qu’Auschwitz 1 ne possédait pas de chambre à gaz. Vidal-Naquet n’avait pas « paru croire » que ce camp ne disposait pas d’un tel équipement : c’est au contraire Faurisson qui avait « paru croire » que Vidal-Naquet avait « paru croire » une telle chose ! L’autoproclamé champion de la non-interprétation des textes, l’inventeur de la « méthode Ajax » censée soumettre le lecteur à la toute-puissance du texte – du saint texte, du texte avant tout, bon sang de bois ! – s’était gravement mépris sur une phrase toute simple qu’il avait employée pour soutenir une grande partie de son raisonnement.

Faurisson refusa de me concéder son erreur et, de manière sèche, éconduit toute nouvelle discussion sur le sujet.

Le pompon de cette triste affaire fut que l’un de nos deux Belges allait se faire surprendre quelque temps plus tard, sur sa messagerie Facebook, en train de tenir des propos plus ou moins révisionnistes. Compte tenu de sa profession (publique), un scandale éclata. On le vit passer dans les journaux, faire platement résipiscence et jurer ses grands dieux avoir vu de ses yeux vu des chambres à gaz à Auchwitz ! Il déclara piteusement : « Glacé par la sophistication des méthodes de gazages des juifs, j'avais tenu à prendre une série de clichés (joints à la présente) des chambres à gaz, afin de pouvoir témoignerà mon retour en Belgique, auprès de mes amis de l’horreur de ce que j’avais pu voir sur place. La circonstance-même que j’ai tenu à photographier et à montrer ces chambres à gaz, prouve évidemment que je suis tout le contraire d’un négationniste. (...) Effrayé par l’irrespect de mon propre propos, j’ai, immédiatement après, rectifié les choses, en postant un nouveau message, dans lequel j’écrivis que je m'étais rendu à Auschwitz, que j'y avais vu les chambres à gaz et qu'il n'y avait pas matière à débat sur cette question, ce qui prouve donc bien que je ne suis nullement négationniste. »

Quelle dégringolade ! Oh, quelle mascarade, quel corso carnavalesque ! Que voilà une jolie histoire belge !

Il est peu de dire que j’avais désormais les plus gros doutes sur la solidité du dossier faurissonien. En mon for intérieur, il n’en restait plus pièce sur pièce. J’étais persuadé qu’il s’était totalement fourvoyé et avait entraîné derrière lui une cohorte de militants embobinés. Son combat pour la liberté de recherche avait été édifiant. Par contre, l’ambition démesurée qu’il avait affichée pour l’établissement d’une histoire impartiale avait abouti à un échec sur toute la ligne.

Par acquit de conscience,  je partis travailler au calme, à Venise, durant deux mois, avec trois valises garnies d’ouvrages révisionnistes. À l’aéroport de Roissy, un douanier d’origine africaine me les fit ouvrir. En considérant avec stupeur le contenu, il me lança, tout ébaudi, avec un magnifique sourire aux dents immaculées : « Je n’ai jamais vu autant de livres de ma vie ! » Des livres interdits par la loi encore moins, à coup sûr !

À mon retour à Paris, je m’étais fait à l’idée que si jamais j’écrivais le livre prévu  sur le révisionnisme, il ne serait rien d’autre qu’un développement de la pensée qui se dégage des lignes que je viens d’écrire. Il ne serait pas faurissonien.

Pour me forger un avis définitif, je partis en voyage d’étude à Auschwitz durant une semaine, accompagnée d’E. H. une amie détentrice d’une carte de presse, sésame facilitant l’ouverture de portes ordinairement closes aux curieux. En revenant, je passai par le camp de Dachau, en Allemagne, et celui de Natzweiler-Struthof en Alsace, que j’avais déjà visité le dimanche 14 juillet 1996 avec Éric C., un ami d’enfance, et ma fiancée. Dans ce dernier camp, on me répéta ce que j’y avais entendu dire dans les années quatre-vingt dix, à savoir qu’il ne s’agissait pas d’un camp d’extermination, que seuls quatre-vingt-six individus juifs y avaient été gazés dans une chambre conçue à cet effet. Or bien que j’en aie informé depuis longtemps Faurisson, qui doutait d’ailleurs que nous ayons pu pénétrer dans la chambre à gaz dans les années quatre-vingt en jurant ses grands dieux qu’elle était interdite de visite au public, il s’enflammait sur cette question comme si les autorités affirmaient que cet endroit était un « Auschwitz français ». Encore une dramatique erreur.

Durant ces voyages, j’interrogeai les archivistes, je fis connaissance avec le terrain, je pris quantité de notes et de photographies pour les confronter aux assertions des ouvrages « révisos » que j’avais dévorés à Venise. Une fois cette besogne effectuée, il n’y avait plus à ergoter, mon siège était fait. La thèse de Faurisson était une foutaise ! À mon retour, je me débarrassai à vil prix de tout un pan de ma bibliothèque consacrée à la Seconde Guerre mondiale. Emmanuel Ratier irait brader ces livres dans la librairie qu’il tenait au n°4 de la rue de Clichy, à Paris.

Pour laisser à Faurisson une ultime chance de s’expliquer, je ne lui annonçai pas aussitôt mes conclusions, mais je lui posai question sur question. Je le testai. Il ne me répondit qu’avec distance, de mauvais poil, repoussant sa défense en prétextant des voyages, des trous de mémoire, sa santé fragile ou celle de sa femme. Comme je tardai à lui remettre le manuscrit prévu, il commença à se douter qu’il y avait anguille sous roche. Tantôt il prenait son mal en patience, tantôt il paraissait courroucé. Il se vengerait insidieusement lors de la seconde partie de notre procès.

On peut ainsi considérer que Black Box, le livre si longtemps attendu par « le professeur », n’est autre que le chapitre que vous, Lecteur, tenez actuellement entre les mains. Il ne correspond pas aux attentes de son commanditaire, j’en suis désolé pour lui, mais il s’agit de la synthèse irrécusable à laquelle m’ont conduit mes recherches. Peut-être demanderai-je à mon éditeur d’en publier un tiré à part, contenant des ajouts pour les questions de détail, avec les documents saisis sur place. Nous pourrions l’intituler « Le Cas Faurisson – Démystification d’un démystificateur ».

Case closed.

*

En 2015, il me restait à préparer le procès d’Un Homme, qui devait se dérouler le 16 juin dans l’après-midi, devant la XVIIe Chambre du Tribunal correctionnel de Paris. Qualification : « complicité de contestation de l’existence de crime contre l’humanité par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique. » Mâtin, ce n’était pas de la petite bière ! Pour le premier procès de ma vie (mon casier judiciaire est vierge), je débutai fort.

J’étais assisté pour l’occasion du calamiteux Maître Sébastien Courtoy, arrivé de Bruxelles en vélo ou en trottinette, je ne sais plus, mais en tout cas sans avoir eu le temps de passer un coup de peigne dans sa tignasse de noctambule, ni compulsé un dossier dont il semblait se ficher du tiers comme du quart. Un singulier spectacle pour lequel ce drôle de zig, sans autre compétence connue que celle de parler de lui en usant des termes les plus fleuris, me fit payer la coquette somme de 8 000 euros.

Dans le box des accusés figuraient Faurisson, Marc George (jugé pour diffusion alors que le pauvre hère était innocent comme l’agneau qui vient de naître) et votre serviteur. Pour gagner ce procès haut la main, il m’eût suffi de faire amende honorable et de fournir à la présidente Fabienne Siredey-Garnier le bilan de mes dernières recherches sur le « professeur » et ses positions irrecevables. La LICRA m’eût porté sur le pavois. Il m’apparut toutefois que c’eût été fort peu gentilhomme de ma part. Une victoire à ce prix aurait eu un goût amer.

Quand l’idée du reportage m’était venue à l’esprit, Faurisson avait été d’accord avec le principe de ne pas fabriquer une hagiographie artificielle. Nous devions nous concentrer sur le fait qu’il était un homme et non un saint ni le diable. C’était tout. D’où le titre – qui m’avait été fourni par Yann Moix à qui je m’étais ouvert du projet. (Plus tard, nouveau mensonge, Faurisson jurerait avoir trouvé le titre lui-même alors que je possède encore le mail du 12 octobre 2012 dans lequel il accepte ma proposition).

En attendant, ce documentaire avait été aussi objectif que possible, pas davantage à charge qu’à décharge. C’était un reportage décent, affable, destiné à devenir le support éventuel d’un débat contradictoire. En 2012, j'avais envoyé un e-mail au professeur Henri Broch, ex-président d’honneur du CZ, afin de lui soumettre l’idée de proposer Un Homme à la critique zététique de ses étudiants. Nous aurions ainsi eu notre débat. Faurisson avait approuvé l’expérience, bien que je doute qu’elle ait jamais eu lieu, n’en n’ayant plus entendu parler.

Dans un message du 20 août 2012, le « professeur », prenant la parole à ma place, m’avait suggéré une façon adroite de présenter notre film : « J’ai voulu donner la parole durant une heure et demie à un homme auquel depuis 1974, on a, à de rarissimes exceptions près, refusé l’accès aux médias. J’ai voulu montrer le Diable, le Monstre, le premier représentant en France après Paul Rassinier, des "fortes têtes du mensonge", des "gangsters de l’histoire" (Le Monde, 5-6 juillet 1987, p. 31). En pareil cas, un débat ne peut s’instituer, ou une véritable compréhension du personnage ne peut avoir lieu, qu’à partir du moment où le perpétuel accusé a été entendu. Le public de la télévision savait ce qu’on disait que M. Faurisson avait, paraît-il, dit, mais il continuait largement à ignorer ce que M. Faurisson avait à dire, lui, en personne. Mon film était une sorte d’ ‘Accusé, levez-vous et dites ce que vous avez à dire’ ».

C’est exactement ce que je fis. La forme correspondait au fond et, à la barre, je tins à respecter scrupuleusement les termes du contrat moral dont nous étions convenus.

Le procès de juin dura dix heures. Il prit fin peu avant minuit. Alors que j’avais refusé de répondre aux questions des policiers du commissariat de la rue du Château-des-Rentiers lors de ma convocation, je parlai cette fois pendant plus de deux heures, sans éluder la moindre question, sans accabler non plus Faurisson, en maintenant haut et fort ma condamnation de la loi Gayssot. Je narrai avec acribie tous les détails connus et inconnus de l’histoire d’un film devenu mythique. N’ayant pas été convoqué selon les règles, je comparaissais volontairement.

Extraits des notes d’audience officielles :

Blanrue : J’assume totalement ce film. (…) Moix m’a encouragé à la faire. J’ai eu la réaction de Moix à la sortie du film, il m’a dit : « Excellent, il n’y a aucun racisme ».

La Présidente : Quand Faurisson dit dans votre film « Je ne crois pas aux chambres à gaz », ça ne pose pas de problème ?

Blanrue : Non, pourquoi ? Si je pose la question à n’importe qui : « Que pense le Professeur Faurisson ? », on va ma répondre : « Il ne croit pas aux chambres à gaz nazies ! » (…) L’idéal pour moi c’eût été un débat pour prolonger ma démarche sur la loi Gayssot.

Tout ce que je soutins à la barre était le reflet de la stricte vérité. En sortant de la XVIIe Chambre, je répondis à diverses interviews, sous l’œil des caméras de l’ex-dissidence, à côté d’un Faurisson tout miel, à qui je passais de la pommade en le qualifiant d’homme « courageux et héroïque » - ce qu’il fut bien, en un sens, puisqu’il eut à supporter, durant des décennies, les assauts indignes des ligues de vertu et les effets sur son parcours professionnel d’une loi liberticide. Plus tard, lorsque nous aurions rompu, il aurait l’audace de prétendre que j’étais sorti de la salle sans le saluer, alors que les images diffusées sur Youtube prouvent le contraire. Irrécupérable.

Cette première instance ne me valut pas la moindre réprobation de Faurisson, ni privée ni publique. Durant l’été, il me félicita chaudement par mail de la « Lettre ouverte » à Moix que je publiai sur le blog du Clan des Vénitiens où je taclais l’écrivain-réalisateur en faisant référence au « professeur » qu’il connaissait bien davantage qu’il ne le laissait croire. Nous gagnâmes notre procès quelques mois plus tard. La LICRA jeta l’éponge, mais le Parquet fit appel. Rendez-vous fut fixé au 17 mars 2016.

*

Les ennuis s’accumulèrent à peu près au même moment. Au mois d’août 2015, j’avais accepté de rédiger bénévolement la préface du livre de Salim Laïbi consacré à Soral, Le Mythomane - La face cachée d’Alain Soral (Fiax Lux, 2015). Aussitôt, Faurisson en fut horrifié. Bien que « Le Libre Penseur » ait inlassablement soutenu sa liberté d’expression et celle de Vincent Reynouard, y compris lors d’une conférence en région parisienne où j’étais intervenu en compagnie de Maître John Bastardi Daumont, « le professeur » me dit tout le mal qu’il pensait de cette personnalité haute en couleur et de son ouvrage critique, pourtant abondamment référencé, ajoutant : « Je ne peux pas vous suivre sur ce terrain ». Pensez donc ! Il n’avait jamais pu encadrer Soral dont le nombrilisme, pareil au sien, le rebutait passablement, mais voilà, après avoir, durant des années, été plus que réservé au sujet du révisionnisme, E&R s’était aperçu qu’il y avait un public pour ce genre de thèses et lui faisait une promotion de tous les diables. « Le buzz pour le biz » ! Bien que méprisant Soral, Faurisson appréciait le pont d’or qu’il lui offrait. Enflé de superbe, il bichait. Il reluisait.

Un jour que je l’avais trouvé tout dépité dans le salon de son pavillon de Vichy et que je lui demandais quelle mauvaise nouvelle venait de lui tomber sur le râble, sa femme m’avait répondu du tac au tac : « Il s’ennuie, Monsieur ! Depuis une semaine personne n’a parlé de lui sur Internet ! » On ne la lui faisait pas, à Mme Tuloup, épouse Faurisson. Le vilain petit secret du « professeur », depuis l’affaire du Zénith et la diffusion d’Un Homme, c’était sa quête éperdue de notoriété, le désir de retrouver le statut qu’il avait acquis au début de sa carrière scandaleuse et perdu ensuite. Il avait la mentalité des stars déchues de la chanson des années soixante-dix qui cherchent à faire leur come-back grâce à la tournée « Âge tendre et tête de bois ». Robert Faurisson, Patrick Juvet, même combat !

D’autre part, Soral était cul et chemise avec Dieudonné, et les sketches (pas drôles) que Faurisson et ce dernier tournaient régulièrement à la Main d’Or lui permettaient de montrer sa trombine et de faire étalage de son humour à froid (qui, pour le coup, me laissait vraiment froid, comme je ne m’étais pas privé de le lui signaler).

Peut-être Faurisson est-il ce « délirant paranoïaque avec préoccupation monomaniaque » que m’avait décrit, il y a des années, le Dr Marcel-Francis Kahn, membre d’honneur du CZ, lorsque nous parlions de son affaire. Mais le côté cabot de Faurisson n’a pas été suffisamment analysé. Il explique beaucoup plus de choses qu’on ne le croit. Le « professeur » est un danseur de claquettes contrarié.

C’est vers cette époque qu’il changea d’avocat pour engager Maître Damien Viguier, le cauteleux avocat de Soral, lequel n’avait pas apprécié non plus ma préface au livre de Laïbi (elle n’avait pas été écrite pour lui plaire, ceci expliquant cela). Durant des mois, Viguier appela sur le Net, dans des vidéos grotesques de propagande primaire, à transformer mon procès en un grand cirque tel qu’Égalité & Réconciliation a pris l’habitude d’en monter dès que cette association sent qu’elle peut en récolter quelque butin.

Viguier ne prit pas la peine de m’informer de ses intentions ni de connaître les miennes. Il convient de savoir que lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, au moment de la sortie d’Un Homme, cet avocat qui se présente aujourd’hui, avec des trémolos dans la voix, comme le fer de lance de la lutte contre la loi Gayssot et le Don Quichotte de la liberté d’expression, avait refusé de prendre ma défense. Il n’avait pas davantage signé ma pétition. Il ne s’en vante guère. Il ne se glorifie pas non plus d’avoir laissé tomber son client, Marc George, à l’automne 2015, entre la première instance et le verdict.

Vu son passif, je n’avais nulle confiance en lui. La façon dont il instrumentalisait mon film pour le travestir en grossière publicité pour son groupuscule politique, alors que le site d’E&R n’avait pas eu le cran de le diffuser lors de sa sortie, n’était pas celle que j'avais choisie. Étant le réalisateur du reportage, j’en connaissais bien mieux que lui les arcanes. Comme conseiller juridique, avocat et proche de Soral, avec qui mes désaccords étaient publics,  il était la personne la moins qualifiée pour intervenir dans un procès où j’était mis en accusation. Estimant qu’en sa présence mes intentions seraient déformées, je choisis de ne pas comparaître devant le tribunal qui instruisait cette affaire. Que cela plaisait ou non à Faurisson m’importait peu. Chacun mène sa défense comme il l’entend.

Je savais par ailleurs que mon nouvel avocat, Maître Paul Yon, avait trouvé la parade pour gagner. Une botte secrète ! Il avait relevé des erreurs de procédures qui annulaient toutes les citations. Nous avions gagné avant même que de comparaître.

Nous l’emportâmes grâce à sa subtile stratégie et non du fait des gesticulations maladroites et vulgaires de Viguier et des imprécations périlleuses de Faurisson, dont j’avais pu m’apercevoir avec stupeur, en première instance, qu’avec l’âge ses énervements surjoués, drôles jadis, le faisaient fumer de rage, s’empourprer et rosir comme une langouste passée au court-bouillon. Pathétique, assurément.

*

Caméra au poing, le frétillant Vincent Lapierre joua le rôle que Soral lui avait assigné. Au sortir de l’audience, Faurisson, profus, lui déclara avec une tangible délectation qu’au mois de juin précédant, soit dix mois plus tôt, j’aurais « osé dire : ‘Oui, j’ai interrogé Faurisson comme j’ai interrogé Uri Geller’, qui est l’homme qui fait se déplacer par la pensée les petites cuillères. Alors, il paraît que moi, je suis un trompeur, de la même façon. Vous comprenez ? ” »

Rappelons qu’Uri Geller est un illusionniste d’origine israélienne qui prétend tordre les cuillères et autres métaux par la seule force de sa pensée. Gérard Majax l’avait magistralement démystifié lors de l’émission Droit de réponse de Michel Polac en mars 1987. Ainsi donc, moi qui avais choisi, par élégance, l’apaisement avec Faurisson à l’occasion de ce procès, j’aurais déclaré à la barre qu’il était un truqueur historique comparable à un truqueur parapsychologique ? C’était le monde à l’envers. Que ne le fis-je, en effet, puisque, de fait, j’étais parvenu à la conclusion que ce sont deux imposteurs comparables ? Mais j’avais choisi de me défendre différemment, dans l’honneur (notion périmée), sans accabler Faurisson, me réservant le droit de dire ce que je pensais de lui une fois le procès gagné, lorsque je serais libre et non contraint.

Ayant suivi les dix longues heures de témoignages et plaidoiries de cette audience, mon lecteur et ami Louis-Egoïne de Large, dont il fut parlé plus haut, rédigea un texte accablant pour le révisionniste vichyssois. Il y certifia avoir entendu l’exact contraire de ce que celui-ci avait assuré dans la vidéo de ER-TV. Ce texte au ton volontiers pamphlétaire rapportait en outre leur dernière rencontre à l’occasion du dîner offert par Jérôme Bourbon pour les soixante-cinq ans de l’hebdomadaire Rivarol, où de Large tenta de confondre le bonisseur, ne trouvant pour toute réponse qu’un Faurisson fuyant et le faisant vertement éconduire par son service de sécurité ! De Large de conclure avec ironie : « Il ne faut donc visiblement plus se demander pourquoi Faurisson a raison, il a raison parce qu'il est Faurisson. Tel est le point de départ obligé de tout questionnement sur ce sujet. »

Le but de cette fantaisie littéraire était de pousser le hâbleur à réagir, ce qu’il fit dans une réponse datée du 22 avril 2016 et intitulée : « À Louis-Egoïne de Large (…) disant habiter Cochons-sur-Marne ».  Non content de ne pas saisir la référence à Léon Bloy, dont Louis-Egoïne affectionne la lecture (c’est ainsi que l’auteur de l’hilarante Exégèse des Lieux Communs nomme dans son Journal la commune de Lagny-sur-Marne, où il réside quatre années durant), Faurisson y réitéra son grief en racontant comment, selon lui, s'était déroulée la première instance. Il écrivit :

« Il (Blanrue) va jusqu’à dire que, pour cette vidéo, il a interrogé Faurisson comme il avait interrogé Uri Geller (un charlatan israélien bien connu pour faire plier des petites cuillères par la seule force de sa pensée et par son regard). Peut-être va-t-il, enfin, ajouter, comme il en a l’habitude quand il est ailleurs que devant les juges, que, s’il a pris Geller en flagrant délit de mensonge, il n’a, en revanche, ‘jamais surpris Faurisson en flagrant délit de fraude ou de mensonge’. Hélas il s’en garde bien. Ce jour-là, devant ses juges, de bout en bout, mon ami PEB ‘a tout fait pour prendre ses distances d’avec Faurisson’ : la formule n’est pas de moi mais d’un membre du barreau venu assister au procès et qui me confiera sa déception devant le comportement d’un homme qu’on imaginait moins fragile. »

Hélas pour lui, trois fois hélas, l'anecdote qu’il rapportait n’était qu’un vergogneux bobard. Un de plus. On ne les compte plus. Son affabulation est actée puisqu’un document officiel dont l’objectivité froide et inattaquable le prouve : il s’agit de la note d’audience de la première instance rédigée par le greffier du Tribunal correctionnel de Paris et contresignée par la présidente. Cette note figure dans le dossier. Il s’agit de la retranscription des propos tenus à l’audience. Un tel document, défini à l’article 453 du Code de procédure pénale, a vocation à retracer fidèlement les débats judiciaires.

On y trouve en toutes lettres ce que j’avais déclaré à la barre en juin 2015, une phrase scrupuleusement reproduite par Louis-Egoïne de Large dans son mail et contestée par Faurisson qui l’accusait d’avoir contrefait la citation : « J’ai tenté de démystifier Faurisson (…) Nous n’avons PAS réussi à le démystifier ».

Face aux questions de la présidente, j’avais rapporté qu’à l’époque du CZ, dans les années quatre-vingt dix, je n’étais pas parvenu, avec les rares collègues zététiciens qui s’intéressaient à l’affaire, à démonter l’imposture de Faurisson. C’était la pure et simple vérité.

Grâce à ces notes on pouvait également constater, que je n’avais pas comparé Faurisson à Uri Geller. Nulle part. À aucun moment. Pas une seule seconde. Jamais.

Faurisson avait donc menti. Il avait proféré à plusieurs reprises un mensonge indécent. Avéré ! établi ! prouvé ! démontré ! attesté ! assuré ! confirmé  ! et combien sournois ! Un mensonge public vérifié de part en part par une source irrécusable.

Grâce à la note d’audience à laquelle Faurisson, emporté par une frénésie de vengeance à mon encontre, n’avait pas songé à se reporter, croyant sans doute qu’elle n’existait pas (une manie ?), n’importe quel individu ayant appris à lire le français, n’importe quel esprit, fût-il le plus retors, pouvait se rendre compte que, n’en déplaise au malhonnête Vichyssois, j’avais prononcé la fameuse phrase que j’étais censé n’avoir pas formulée par « trouille », à savoir que nous ne l’avions pas démystifié jadis, et que, par ailleurs, je n’avais pas établi la comparaison avec Geller dont il m’accusait. Faurisson avait désinformé ses auditeurs et ses lecteurs en leur faisant croire qu’un Blanrue « fragile » avait agi selon un modus faciendi différent pour d’obscures raisons.

Cette fois-ci, Faurisson fut pris la main dans le sac à malices, en flagrant délit de bidonnage et de fabulation. Zéro pointé !

Dans la vidéo diffusée par ER-TV, Faurisson prononçait ces mots :

« Alors, il paraît que moi, je suis un trompeur, de la même façon (NdA : que Geller). Vous comprenez ? Peut-être que je le suis… Attention, hein, c’est pas exclu !  »

Non seulement, ainsi que Faurisson le concède avec le cynisme du roublard devant un public acquis à sa cause, il est un trompeur, mais sa tromperie de première catégorie est désormais mise en boîte pour la postérité.

Au crépuscule de sa vie, par cette monumentale calomnie, aussi grosse que le Generalfeldmarschall Göring au sortir d’un gueuleton arrosé, le farceur Faurisson a anéanti la réputation qu’il avait acquise chez certains. 

*

Pris à la gorge par les preuves s’accumulant contre lui, ne pouvant plus nier l’évidence, le « professeur » chercha à s’excuser auprès de moi. Il le fit dans un mail privé, signé du 23 avril 2016 et diffusé sur sa liste de diffusion personnelle comprenant une centaine d’adresses. Si je ne l’avais pas rendu public, nul n’en aurait jamais rien su. Le voici :

« Cher PEB,

Je vous ai accusé d'avoir, le 16 juin 2015 et en deux heures d'interrogatoire  par la présidente, omis de dire à cette dernière que vous ne m'aviez "jamais surpris en flagrant  délit de fraude ou de mensonge" (votre formule en une ou en plusieurs autres circonstances).

Or vous m'apportez aujourd'hui la preuve que vous aviez bel et bien  prononcé à mon sujet les mots suivants : " [avec deux autres personnes] nous n'avons pas réussi à le démythifier, je ne l'ai jamais pris en flagrant délit de mensonge".

Donc, loin de simplement citer mon nom à côté de celui d'Uri Geller, vous m'aviez  distingué de cet escroc.

Je vous en donne acte et je vous en remercie mais, honteux et confus de mon manque d'attention lors de cette épuisante journée, je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses les plus sincères. 

Robert Faurisson, le 23 avril 2016 »

Fallait-il croire à la sincérité de ses excuses ? Les actes devaient suivre les écrits. Mais le « professeur » ne fit rien pour que la vidéo du pimpant Lapierre contenant sa scandaleuse tromperie disparût du Net. Il ne fit nulle rectification sur son blog et se refusa toujours à avouer publiquement qu’il m’avait accusé à tort. Louis-Egoïne ne manqua pas de souligner ce point dans la seconde lettre qu’il lui adressa, apportant maints arguments nouveaux discréditant totalement les assertions du tricheur qui l’accusait de n’avoir jamais produit la moindre « étude de caractère révisionniste » ni d’avoir jamais rien fait « pour la cause », alors qu’il lui avait dédicacé, avec l’emphase qu’on lui connaît, un exemplaire de son livre sur Rimbaud le 19 novembre 2011, à l’occasion du tournage au théâtre de la Main d’Or du sketch avec Dieudonné, Faurisson et moi-même (« en témoignage d’estime et aussi de reconnaissance pour son combat en faveur du révisionnisme »). Louis-Egoïne concluait son texte par cette pertinente question : « La recherche de la vérité ne doit-elle s'appliquer qu'à l'endroit de MM. Raul Hilberg, Otto Frank ou Elie Wiesel ? Faurisson peut-il en être exempt sous prétexte qu'il est Faurisson ? Il me semble que nous entrons dans une séquence où ces questions se posent. Libre à chacun d'y répondre en conscience. »

Faurisson est persuadé que se tromper n'est pas dans sa nature. Dans un récent entretien à Meta-TV, sur lequel je suis tombé par hasard en préparant cet ouvrage, il s’offre de nouveau le luxe de dire que je l’ai comparé à Uri Geller. Errare humanum est, sed perseverare diabolicum !

Dans la petite tête du « professeur », dont les raisonnements biaisés sont pellucides, lorsqu’on n'est pas d'accord avec lui c'est que l'on a peur. C'est que l'on plie le genou. C'est que l'on cherche à « réintégrer le système ».  Il ne lui vient pas à l'esprit que l'on peut avoir raison contre lui sur le terrain des faits et qu’il s’est leurré. Le doute qu'il puisse avoir tort ne l'effleure pas. Il ne prend point cette donnée en compte pour évaluer une contestation. Si l’on n’est pas sur sa ligne, on est un vendu. C'est ainsi qu'il s'y retrouve. C'est cette manière de (non) penser qui lui permet de ne jamais se remettre en cause sur aucun point. Il est le pape, il est infaillible. On ne croit pas pieusement à son catéchisme ? On est un hérétique (« par lâcheté », bien sûr). Il a en réalité le même état d'esprit que ceux qu'il dénonce.

La galaxie révisionniste fut informée de cette affaire par le biais du blog du Clan des Vénitiens. Silence général dans les rangs. On eût entendu un poil de la moustache d’Adolf tomber sur sa cravate. La plupart des supporters de Faurisson eurent le réflexe habituel des sectateurs d’un banal gourou. Règle n°1 : le Grand Gourou ne peut pas se tromper. Règle n° 2: le Grand Gourou a raison même quand il est prouvé qu’il a tort.

Le frère de Faurisson, Jean, son presque sosie, avec qui les médias le confondent souvent, osa émettre, comme alternative à ma réponse fracassante, une hypothèse ingénieuse : les notes d’audience que je produisais, bien que figurant au dossier, étaient fausses ! Il écrivit à Louis-Egoïne de Large : « Je ne serais pas autrement surpris que vous ayez organisé avec vos affidés cette note d'audience qui a sidéré le professeur et d'autres comme moi qui n'avons pas entendu ce passage. » Fichtre ! Mais alors il convenait de m’attaquer en justice pour faux et usage de faux. Ils s’en gardèrent. Dans une autre vidéo, datant de septembre 2016, « le professeur » déclara sur un ton badin que, d’une manière générale, les « notes d’audience ne valent rien ». Forcément. Surtout quand elles contredisent ses insidieuses allégations.

Divers collaborateurs et connaissances de Faurisson m’adjurèrent, « dans mon intérêt », de garder le silence sur cette affligeante affaire. M’interdire de parler comme la loi Gayssot leur interdit de le faire ? Ces messieurs rêvaient tout éveillés. Seul l’avocat historique de Faurisson, désormais à la retraite, Éric Delcroix, m’adressa un mail de félicitations pour avoir rivé le clou à son consternant ex-client. Il me fit part d’une autre menterie de ce voyou que j’ignorais mais qui ne me surprit guère. Je lui promis de conserver cette information par-devers moi.

Marc Laudelout, le directeur du Bulletin célinien, m’a fait parvenir récemment une énième preuve de la façon dont « le professeur » récrit le passé à sa convenance. Pierre Guillaume lui-même possède un sac postal entier des calembredaines de Faurisson, qui permettent, une fois enchâssés, de dessiner sa navrante personnalité. Tout ceci sera exposé tôt ou tard au public, pour en finir une fois pour toutes avec cette désolante escobarderie.

J’attendis longtemps la réaction de Vincent Reynouard pour lequel je m’étais plié en quatre lorsqu’il était embastillé. Elle ne vint pas. Sur le fond, il se contenta de rétorquer à Louis-Egoine de Large, le 19 avril 2016 : « Personnellement, que le professeur ait menti ou non dans l'affaire Blanrue, je m'en moque éperdument. » On aurait pu comprendre qu’une querelle personnelle ne l’intéressât pas, bien que la polémique eût largement dépassé le cadre du mouvement d’humeur opposant deux individus. Venant de quelqu’un qui passe sa vie à réclamer le débat, la vérité et la justice, la réaction était toutefois légère et n’était rien d’autre qu’une affligante pirouette. Car Reynouard, je le sais, n’ignore point la duplicité de Faurisson. Duplicité envers ses collaborateurs présents et passés ; duplicité envers ceux qu’il présente officiellement comme « héroïques » (quand on est d’accord avec un Faurisson on est « héroïque », lorsqu’on est en désaccord on est un « traître »).

Pour prouver ma bonne foi, je ne citerai que ce message privé, daté du dimanche 5 janvier 2014, à 20h50, dans lequel Faurisson décrit à sa sœur Yvonne, alias Bocage, ce qu’il pensait de Reynouard, dans son dos, tandis qu’il le couvrait d’éloges en public : « Vincent m'inquiète de plus en plus ! Il faudrait que je revoie son lamentable truc (…) As-tu remarqué qu'il dit "Jean-Hérold Paquis" comme "Paquisse" et "patatras" comme "patratasse" ! Il est détraqué. Et que veulent dire son national-socialisme catholique romain, son national-socialisme sans racisme, sa ferveur pour les petites Japonaises, son estime pour les délinquants Roms. Il pète du contentement de soi. On dirait Porcinet. »

Rideau !

*

Je viens d’énoncer des faits qu'un historien peut aisément se procurer lorsqu’il mène ses recherches en utilisant une méthode éprouvée, quand il travaille par ses propres moyens sans suivre un ligne édictée à l'avance et analyse des documents avec impartialité et non en se contentant d’interpréter les faits en fonction d'une thèse pré-établie qu'il serait par principe (pour ne pas désespérer Vichy ?) impossible, voire immoral, de remettre en cause. En accomplissant en toute liberté ma mission zététique sur un dossier que Faurisson était censé maîtriser à la perfection, j'ai découvert le pot-aux-roses. J'ai tiré un fil et le pull entier de Faurisson s’est défait, et son caleçon avec. Il s'est retrouvé à poil dans les rues de la ville thermale.

Je me suis banalement rendu compte qu'il fallait  réviser le révisionnisme. Faurisson n’a pas tordu de petites cuillers, mais il a tordu le cou à l’histoire.

Bien entendu, je re-signerais demain, sans barguigner, une pétition contre la loi Gayssot, s’il s’en présentait une. Je ne regrette pas d'avoir présenté Faurisson à Dieudonné. Cette rencontre au sommet a mis en relief les contradictions d’un système tartuffard qui vante la liberté et la refuse à ceux qui en usent. Jamais je ne soutiendrai que Faurisson doive se taire. Au contraire, je soutiens qu'il doit parler, en particulier pour répondre aux questions qui le font fuir.

Tel est le bilan que je tire de cette affaire. Tout le reste est fantasme, rumeur malveillante, fadaise pour militants au front bas, fake news, facebookeries.

Oui, Faurisson fut un homme. Il ne fut pas le diable gore dépeint par ses adversaires qui n’eurent jamais le courage de l’affronter face à face. Il fut aussi une franche fripouille.

« Vérité ! murmura le comte, Dieu t’a faite pour surnager au-dessus des flots et des flammes » (Alexandre Dumas, Le comte de Monte-Cristo).

La question faurissonnienne étant réglée une fois pour toutes, c’est à l’ennemi principal que nous devons en revenir, car la liberté, même la liberté d’expression, n’est rien d’autre qu’un droit de propriété - droit bafoué en permanence par l’État.


VOIR AUSSI : Retour sur le révisionnisme (1) : un cas explosif de défense de la liberté d'expression ! 




Retour sur le révisionnisme (1) : un cas explosif de défense de la liberté d'expression ! Avec Voltaire, Nietzsche, John Stuart Mill, Blanrue, Henri Broch et la zététique, Yann Moix, Jean Bricmont et Noam Chomsky, Steve Wozniak, Walter Block, André Breton, Jean d'Ormesson, Philippe Sollers.

 

 Extraits de Sécession, l'art de désobéir (Fiat Lux, 2018).

« Il est injuste qu'on nous dénie le droit de contester des croyances courantes, ou la culture dominante, surtout lorsque chacun sait que les livres sont écrits par les vainqueurs. Cela ne provient pas de la haine de dire "Je ne crois pas" concernant quoi que ce soit. Ces trucs anti-liberté de parole m'agacent toujours »

Steve Wozniak, e-mail à Paul-Éric Blanrue, 2010 


Pour Kant, le droit naturel de l’homme se résume à la liberté : « La liberté, écrit-il, est l'unique droit originel revenant à chaque homme en vertu de son humanité ». Pour le philosophe stoïcien Épictète, « la liberté, c’est l’indépendance de la pensée ». Je ne le leur fais pas dire ! Durant toute ma carrière de chercheur (et de trouveur), la notion de liberté, en particulier de liberté de pensée et d’expression, s’est toujours trouvée propulsée au premier plan de mes préoccupations par des réacteurs invisibles.

Question de caractère peut-être. D’environnement aussi. Enfant, l’ambiance religieuse dans laquelle j’ai été éduqué m’a entraîné, par contrecoup, à prendre mes distances vis-à-vis de ce que j’entendais répéter autour de moi comme allant de soi. Les belles paroles professées, la bouche en cœur, par d’amphigouriques prédicateurs ne correspondaient pas à la réalité telle que je la voyais. Les curés qui m’approchaient n’étaient pas des saints et les « fidèles » ne l’étaient pas tant que ça, fidèles. L’incompréhensible culte de « l’étranger » auquel s’adonnait l’Église de Vatican II me brisait les oreilles :

« Laisserons-nous à nos églises 
un peu d'espace à l'étranger ?
Trouvera-t-il quand il viendra 
des cœurs de pauvres et d'affamés ? »

 Qui était ce Superman que l’on nommait « l’étranger » ? Je ne comprenais pas en quoi « l’étranger » était par principe plus respectable que mes amis ou ma famille. Il était déjà suffisamment difficile d’entretenir d’excellentes relations avec mes proches, alors s’il fallait par surcroît se préoccuper d’accueillir dans mon cœur toute l’humanité souffrante, je n’aurais pas assez de cent vies !

Le principe de l’étranger ne me gênait pas en soi, c’est sa sanctification qui péchait, son idéalisation. Cette préférence, chantée à tue-tête par les bourgeois endimanchés de la grand-messe, me faisait douter de la sincérité de ceux qui envisageaient une humanité cadencée par cette valeur extraordinaire, digne d’un saint François d’Assise, mais qui ne se situait pas au niveau modeste du bon peuple qui tente de gagner sa maigre pitance dans un monde de compétition. C’était trop beau pour être vrai. Ça sentait le cabotinage.

Et puis le moralisme de grand-mère qu’on m’enseignait, fleurant l’eau de Cologne Extra-vieille, me répugnait d’instinct. Quant aux dames catéchistes, qui nous préparaient à la communion puis à la confirmation, je m’aperçus sans tarder qu’elles nous racontaient des sornettes. Nous prenait-on pour des poires, sous prétexte que nous étions minots ? À certaines scènes évangéliques, je préférais la vérité morale du «  Corbeau et le Renard ». Au moins La Fontaine avait du style.

Je n’ai jamais pu suivre une Messe du début à la fin. Arrivé à la seconde lecture, je tombais de sommeil. J’aimais les rares chants en latin qui résonnaient dans la nef, comme le poignant Kyrie qui demande au Seigneur de prendre pitié des hommes tourmentés. J’appréciais des aspects de la cérémonie comme l’Eucharistie. Quelle beauté précieuse que cette vénération de la Présence réelle ! Je croyais en Dieu comme à l’existence de mes parents. Je connaissais mes prières sur le bout des doigts et ne m’endormais pas, la nuit venue, sans « faire mon dizainier ». Il m’est arrivé de jouer de l’orgue à l’église Sainte-Thérèse de Metz pour des mariages et des enterrements. J’aimais lire les Béatitudes :

« Heureux les doux, car ils posséderont la terre. 
Heureux les affamés et assoiffés de la justice , car ils seront rassasiés. 
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
 Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. 
 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. 
Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. »

Enchanteresses et célestes bénédictions ! Sublime sermon d’espérance, prodigieux, saisissant, incomparable acte de foi en la divine justice !

Mon attrait pour l’au-delà s’arrêtait cependant à ce stade. Je ne grimpais pas plus haut dans l’échelle de la mystique. Je n’avais pas la « foi du charbonnier ». La découverte du Tombeau vide ne me remuait pas les tripes. J’ai toujours préféré Noël à Pâques, qui ne me disait rien, avec son lapin, ses œufs, son agneau, ses cloches fantômes et la Résurrection comme happy end que saint Marc, le plus ancien des évangélistes, torche en quelques lignes, alors que cet événement devrait être l’acmé de la « bonne nouvelle » annoncé par le Christ puisque saint Paul affirme que sans la Résurrection « notre foi est vaine ».

Ajoutez à ceci que je n’accrochais pas aux dogmes proclamés par l’Église. J’avais néanmoins une tendresse spéciale pour la Vierge Marie, une dévotion que j’entretiens toujours pour des raisons profondes que j’expliquerai peut-être un jour et qui m’ont valu, par un imam et un monseigneur, d’être qualifié de « viergiste ». Mais je constatais partout les ravages que faisaient dans les esprits de détestables superstitions encouragées par les autorités ecclésiastiques, des apparitions douteuses, des miracles de pacotille, le culte pour des reliques suspectes et le fatras de légendes invraisemblables auxquelles le curé Müller ou l’abbé Jean-Luc me pressaient de croire sans réfléchir, ce qui me rendait incapable d’y souscrire.

La lecture subversive qui me fit basculer ne fut pas celle d’Hara-Kiri, que je lisais en cachette comme tous les gamins de mon âge, mais le Dictionnaire philosophique de Voltaire qui m’était tombé sous les yeux. L’article qui fit exploser mon sens critique, en le démultipliant par le rire, était celui consacré au roi David : « David s’empare de tout le royaume ; il surprend la petite ville ou le village de Rabbath, et il fait mourir tous les habitants par des supplices assez extraordinaires ; on les scie en deux, on les déchire avec des herses de fer, on les brûle dans des fours à briques. Après ces expéditions, il y a une famine de trois ans dans le pays. En effet, à la manière dont on faisait la guerre, les terres devaient être mal ensemencées. On consulte le seigneur, et on lui demande pourquoi il y a famine ? La réponse est fort aisée ; c’était assurément parce que, dans un pays qui à peine produit du blé, quand on a fait cuire les laboureurs dans des fours à briques, et qu’on les a sciés en deux, il reste peu de gens pour cultiver la terre, etc. »

Quelle merveilleuse dérision ! Un poignardage en règle avec une lame en cristal de roche fichée en plein coeur ! À côté, le professeur Choron, c’était du pipi de chat. Je compris en un clin d’œil qu’un soupçon d’ironie suffisait à faire s’écrouler une histoire sacrée en la racontant d’une façon plus prosaïque que les textes officiels. « Redouter l’ironie c’est craindre la raison », disait Guitry. Sacha avait mis en plein dans le mille. Deux siècles après sa mort, François-Marie Arouet avait fait un émule !

Depuis cette époque, je n’ai cessé d’être voltairien, une disposition mentale consistant à remettre en cause tous les préjugés dans tous les domaines, en conservant le sourire, parce que c’est plus efficace et que nous ne sommes pas sur terre pour y passer le peu de temps que nous vivons à nous lamenter.

Le livre de Guillaume Métayer, Nietzsche et Voltaire (Flammarion, 2011), démontre la parenté de deux esprits que j’apprécie, ce dont je n’ai jamais douté, puisqu’après la découverte de Voltaire je m’étais lancé à corps perdu dans la lecture des derniers ouvrages de Nieztsche, ceux de 1888, les plus féroces, les plus injustes aussi (mais, pour une fois, quelle délicieuse injustice !), qui m’avaient littéralement électrisés. En 1878, Nietzsche avait dédicacé à Voltaire son Humain, trop humain.

L’observation minutieuse du mensonge social (les différents « moi » que l’on présente aux autres et à soi-même, au gré des circonstances) me fit prendre conscience, très jeune, de l’importance de posséder un ferme quant-à-soi et d’entretenir, comme un jardin d’Épicure, un royaume intérieur, un point fixe et impénétrable barrant la route aux envahisseurs mal intentionnés.

Mon entrée en politique, à quatorze ans, dans des partis de droite que j’avais cru honnêtes et qui s’étaient révélés n’être que des entreprises consternantes destinées à s’emparer du pouvoir local et national pour s’en mettre plein les poches, a considérablement contribué à mon éveil. Mon passage chez les outlaws royalistes me fit prendre conscience de l’immense bobard républicain soutenu par l’État moderne tentaculaire.

J’avais conscience que nous étions environnés de vessies que la propagande étatique, par le biais des médias et de l’école, nous faisait prendre pour des lanternes. Lors de mon service militaire, effectué en 1990-1991, durant la première guerre du Golfe, à l’État-major de la Force aérienne tactique (FATAC) qui contrôlait 70% de l’aviation française, j’assistai à un déploiement effrayant de propagande en faveur de la guerre qui me choqua profondément. Je me souviens de cette soirée, durant mes classes, où nous avions vu en direct PPDA au JT de 20h, affirmer, à dessein de rassurer les familles, que les forces du contingent ne se seraient pas amenées à se rendre sur le terrain. Deux heures plus tard, dans les chambrées, un sergent, tout sourire, une feuille de route en main, nous rendait visite avant le coucher pour nous livrer une version légèrement différente de celle que nous avions entendu à la télévision. Oh certes, les appelés n’iraient pas en Irak en tant qu’appelés ! Mais le sous-officier venait nous demander, avec l’air de Kaa face à Mowgly dans Le Livre de la Jungle de Walt Disney, de signer des contrats annulant notre service militaire pour nous faire entrer, pour une durée de six mois, dans le service actif. En recruteur averti, blanchi sous le harnais et rompu au double langage de la Grande Muette, il nous proposait de cesser de devenir des bidasses pour faire de nous de vérissimes soldats, des combattants professionnels. Voilà comment l’État avait subtilement contourné l’annonce officielle lue par Poivre ! Des exemples de ce genre, j’en ai des centaines entassés dans ma gibecière. Je les en extrais lorsque je sens que mon sens critique s’émousse.

Une fois libéré de l’atmosphère suffocante de la base aérienne 128 de Frescaty, j’ai senti qu’une parenthèse s’imposait. J’avais l’impression que le monde entier, ahuri, déboussolé, en état d’hypnose et de sidération, était en faveur de la guerre, malgré les preuves étincelantes de la turpide désinformation qui circulaient (couveuses koweïtienne and Co). Je sentais que nul ne pouvait rien y changer, moi le premier, nanti de mes faibles moyens. Ce n’était pas le Bulletin lorrain d’information légitimiste que je dirigeais qui allait faire basculer l’opinion française dans le camp de la paix !

Quant au militantisme électoral, je m’apercevais qu’il n’était pas la fin de toute chose, sinon de l’intelligence. La vie politique, je m’en étais rendu compte, n’était pas la vie - c’était la mort. C’était du fake, de l’illusion, de l’esbroufe, du cinéma. La démocratie créait de faux-semblants, c’était du grand spectacle, un jeu de dupes destiné à distraire le public, comme le catch américain. Il fallait que j’applique mon esprit critique à des domaines moins désolants que la politique nationale et étrangère.

*

C’est en 1994, à vingt-sept ans, après avoir démystifié un escroc qui se présentait comme un médium faisant tourner les tables au Palais des Festivals de Cannes, que je fondai le Cercle zététique (CZ), dont je fus le président jusqu’en 2004.

Le terme « zététique », qui s’inspire du grec  zētētikós  signifiant « qui recherche », venait tout juste d’être remis à l’honneur par le professeur de physique Henri Broch, membre de l'Académie des sciences de New York. Il en enseignait les rudiments dans un module de méthodologie à l’université des sciences de NiceC'était une époque marquée par les émissions Mystères et L’Odyssée de l’étrange sur TF1, qui kärcherisaient à grandes eaux les cerveaux ramollis des foules pétrifiées. Rappelons-nous de l'absurde mystification de l'extraterrestre de Roswell. L’actualité avait aussi braqué ses projecteurs sur des scandales mettant en cause des guérisseurs de tiroir-caisse ou des gourous libidineux qui confondaient ashram et boîte à partouze.

Broch, avec qui je devins vite ami (pas seulement parce que son épouse Nadine était la reine de la pissaladière), devint président d’honneur du CZ. Notre association avait pour but de promouvoir « l’art du doute », ce que le biologiste Jean Rostand appelait « l’hygiène préventive du jugement », comme je l’avais relevé dans le premier numéro des Cahiers zététiques. Notre devise était : « Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance », une phrase tirée d’un livre d’Henri Broch.

Amateur de René Guénon et de Julius Evola, et pas seulement de Voltaire, Platon, Kant, Schopenhauer et Nietzsche, je situais mes investigations dans la droite ligne de leurs études qui avaient pris le contrepied de la théosophie, de l’anthroposophie et du spiritualisme frelaté, cette « seconde religiosité » à la mode au début du XXe siècle, selon le mot d’Oswald Spengler. Le sens critique n’a pas de famille idéologique.

Avec notre millier de membres, bénévoles et efficaces, compétents et astucieux, nous avons passé dix ans à fouiner, enquêter, contre-enquêter, passer au crible les allégations du surnaturel, avec, in fine, une centaine d’articles parus dans Les Cahiers zététiquesEnquêtes ZScience & pseudo-sciences (revue de l’Association française pour l’information scientifique) et Science extrême (un magazine que nous avions lancé en kiosques), quelques livres, des dizaines de conférences, une cinquantaine de débats télévisées chez le vibrion Christophe Dechavanne, le regretté Paul Wermus (fidèle parmi les fidèles), le chétif Stéphane Bern ou l’intoxiqué Thierry Ardisson, et des dossiers touffus diffusés gratuitement sur le Net.

Nos sujets de prédilection étaient l’astrologie, les ovnis, les voyants et l’homéopathie. L’une de nos têtes de Turc favorites était l’hirsute Yves Lignon, que les médias présentaient comme un professeur de faculté alors qu’il n’était qu’un modeste assistant en statistiques. Pérorant dans sa barbe, Lignon prétendait, avec une tranquille assurance, un rocailleux accent du Sud-Ouest et la pipe au bec, être le responsable d’un « laboratoire de parapsychologie » sis à l’université de Toulouse-Le-Mirail. Cette affirmation se révéla inexacte au dire de tous les présidents qui se succédèrent à la tête de ladite université. Lignon ne fait plus la une depuis que nous avons révélé ses manipulations et qu’il a été débouté lors du procès qu’il fit à Broch.

Durant ma présidence du CZ, j’eus l’occasion de visiter plus de quarante lieux réputés hantés. À chaque fois, je parvins à fournir l’explication naturelle de ces hantises, y compris sous l’œil des caméras comme celles de Thierry Hay pour l’émission D'un monde à l'autre de Paul Amar. Lors de mes investigations, j’ai vu de tout, avec une prédilection pour le cocasse et le burlesque. Je relate ces insolites expéditions avec leurs étonnants éclaircissements dans Les Dessous du surnaturel (Book-e-book.com, 2004).

Pendant deux ans, j’ai géré le Prix Défi zététique international lancé par Broch, l’illusionniste Gérard Majax et le Belge Jacques L. Theodor. Ce défi se présentait comme un appel à preuve pour les détenteurs de « pouvoirs psi » et était assorti d’une somme d’un million de francs pour celui qui remporterait les tests. Ce fut un beau voyage dans la galaxie de l’abracadabrant. Sidérant, extravagant, irréel, échevelant !

Les protocoles d’expériences étaient concertés entre l’expérimenté et l’expérimentateur. Il n’y eut aucun vainqueur. Mais nous étions fiers d’avoir amorcé un dialogue avec ceux que nous dénoncions sévèrement dans nos colonnes et sur les ondes. Contrairement aux réflexes habituels des rationalistes butés, souvent marxistes, cloîtrés dans leurs convictions et excommuniant à tout-va, nous ne voulions pas entrer dans le domaine philosophique ou ontologique, mais réaliser des expériences, en partant du principe que la réalité est concrète. Pour y parvenir, il nous fallait respecter ceux qui pensaient différemment de nous. De la sorte, nous avons appris à mieux connaître un monde qui nous était étranger. Pour une poignée de charlatans, beaucoup de gens convaincus de fantasmagoriques balivernes étaient désireux de bien faire. Il leur manquait simplement une bonne dose de méthode et des informations de qualité.

Les imposteurs inondaient néanmoins le marché médiatique. Le 11 août 1999, j’organisai à Paris, avec mes joyeux camarades, un « Apéro des survivants » rassemblant cinq cents personnes et des journalistes venus du monde entier. L’événement était destiné à se moquer des prédictions du couturier Paco Rabanne, qui avait annoncé pour cette date la chute de la station spatiale russe Mir sur la capitale française. Le bonimenteur s’est depuis fait moins présent sur les plateaux télé, tout comme sa jumelle Elizabeth Teissier, qui avait fait le même pronostic erroné.

En 2004, je dévoilai avec ce bon vieux Majax les trucs de scène utilisés par l'illusionniste canadien Gary Kurtz, dont les émissions sur la chaîne M6 laissaient accroire au public qu’il possédait des dons paranormaux. Kurtz a lui aussi disparu des écrans radars au profit de mentalistes irréprochables, tel Fabien Olicard, qui reconnaissent être des artistes de spectacle utilisant des techniques de manipulation.

En 2005, au Muséum d’histoire naturelle de Paris, sous l’égide du mensuel de vulgarisation scientifique Science&Vie, je réalisai, avec l’aide de l’agrégé de physique Patrick Berger, une réplique exacte de la tête de l’homme du Suaire de Turin, auquel j’avais consacré deux livres d’enquête (c’est l’une des grandes affaires de ma vie), avec pour seuls moyens ceux de l'époque médiévale. Je démontrai ainsi que la relique n’était pas d’origine miraculeuse. Dans Gourous, sorciers et savants (préface du Prix Nobel de physique Georges Charpak,  Odile Jacob, 2006) Broch, également spécialiste du Suaire, reconnut que j’avais « fait le tour de la question ». Auteur du best-seller L'Homme qui devint Dieu (Robert Laffont, 1988), ancien rédacteur en chef de Science&Vie, Gérald Messadié écrivit pour sa part dans Réalités et mystifications du paranormal (L'Archipel, 2015) :  « L'historique des divers linges ayant prétendument enveloppé le corps de Jésus a été minutieusement établi par l'historien Paul-Éric Blanrue (...) Comme le révèle Blanrue, on ne trouve pas sur cette image les nuances ordinaires (...) La conclusion est que le paranormal est intégralement absent du Suaire de Turin : on ne le trouve que dans l'esprit de ceux qui s'obstinent à y croire (...) Le dossier technique étant considérablement plus détaillé et complexe, nous renverrons le lecteur aux deux ouvrages de Paul-Éric Blanrue, Miracle ou imposture, etc. »

Relatant mon happening sindonologique, Le Monde du 4 juin 2005 titra dans sa rubrique Sciences : « La recette du suaire de Turin livrée par les zététiciens. » Un article d’Hervé Morin y décrivait la « cérémonie iconoclaste » qui s’était déroulée trois jours plus tôt : « Une recette à la portée “d’une ménagère de moins de 50 ans”, mais aussi “d’un faussaire du Moyen Âge”. Prenez un bas-relief en plâtre, que vous recouvrez d’une étoffe de lin humide pour épouser les contours du visage. Tamponnez le tout avec un mélange d’oxyde ferrique et de gélatine, des produits connus des peintres médiévaux – et dont la trace a été retrouvée sur le suaire. Ajoutez quelques coulures vermillons pour figurer le sang. Laissez sécher. Déployez. Faites adorer. »

Un dossier de quatorze pages établi par Isabelle Bourdial reprit mes conclusions dans Science&Vie (n°1054, juillet 2005), ainsi que le magazine Historia (n°718, octobre 2006), auquel je collaborais régulièrement depuis 2003, à sa demande. 

« C’est la gloire, Pierre-François ! », lançait Garance-Arletty à Lacenaire dans Les Enfants du Paradis de Marcel Carné. Le journal de 13h de France 2 du 22 juin 2005 consacra un reportage à mon expérience. Le 25 juin, le journal de 13h de TF1 m’interviewa lorsque j’étais en train de façonner de faux suaires à la pelle, distribués aux journalistes qui le désiraient.  Le 11 mars 2007, j’étais invité dans l'émission La Foi prise au mot, sur la chaîne catholique KTO, pour livrer durant 52 mn le fruit de ses recherches. Je m’y suis exprimé sans animosité ni virulence, mais hélas, après sa première diffusion, cette émission disparut de l’antenne, n’étant pas jugée catholiquement correcte, et fut remplacée par un programme exposant l’exact contraire de mes conclusions ! N’importe, Paul Wermus m'invita sur France 3 pour débattre face à Daniel Raffard de Brienne, président du Centre international d'études sur le Linceul de Turin, et je fus convié par Stéphane Bern à participer à l'émission L'Arène de France sur France 2 pour évoquer mon dernier ouvrage portant sur le Suaire.

Peu de temps avant cela, en 2004, après dix ans de zététique de terrain, il m’avait semblé que nous étions sortis gagnants de notre combat contre les escrocs du paranormal. Leur mode était passée. Il fallait revenir aux sujets de société. Je quittai le CZ, dont je laissai la direction à Patrick Berger, et décidai de m’attaquer à des mythes et légendes plus en rapport avec notre époque. Je dévoilai les dessous du prix Goncourt 2006 Jonathan Littell,  avec Les Malveillantes paru chez Bertil Scali. Je pointai, avec l’ancien rédacteur en chef adjoint à Paris-Match, Chris Laffaille, le brusque changement de régime politique que provoquait le mariage entre Nicolas Sarkozy et la jet-setteuse Carla Bruni (avec 25 000 exemplaires vendus, notre livre Carla et Nicolas fut durant quinze jours dans la liste de best-sellers de L'Express). Avec Laffaille, nous démontrâmes également les raisons pour lesquelles le trader Jérôme Kerviel n’était que l'un des symptômes du capitalisme de connivence, annonçant, dans l’émission On n'a pas tout dit de Laurent Ruquier, la crise des subprimes six mois avant qu’elle ne se produise.

Avec le livre Le Monde contre soi - Anthologie des propos contre les Juifs, le judaïsme et le sionisme (éditions Blanche, Paris, 2007), ma vie se mit tout doucement à trembler sur ses assises ! J’y mettais  en perspective les déclarations jugées antisémites de plus de cinq cents célébrités. Je venais de mettre le doigt où il ne fallait pas. Consacrant un chapitre à mon cas déconcertant dans son Retour sur la question juive (Albin Michel, 2009), la psychanalyste lacanienne Elisabeth Roudinesco me définit à cette occasion comme « plus chomskyien que Chomsky » - une expression n’ayant strictement aucun sens.

Cet ouvrage, préfacé par Yann Moix, auteur d’Apprenti-juif (2007) et ami de BHL, eut l'étrange pouvoir de me décrocher une invitation au salon des écrivains du B'nai B'rith - la plus vieille organisation juive au monde, où je fis nombre de dédicaces en face du stand d’un prophète des temps modernes nommé Marek Halter -, et de valoir à l'un de mes éditeurs amateurs, qui en fit la réédition, la soralienne maison Kontre-Kulture (KK), un procès sur plainte de la LICRA, qui fut déboutée en appel. KK me soignait tellement aux petits oignons que son responsable, Julien Limes, n’eut pas même la courtoisie de m’envoyer un exemplaire d’auteur lors de la parution de l’ouvrage. Vous voyez le genre? Passons.

Quel était le but de cette anthologie que, sur le plateau de Laurent Ruquier, un Florian Philippot tout émoustillé se permettra un jour de juger « épouvantable » ? On m’a fait le procès de vouloir démontrer que les plus grands génies de l’humanité étaient antisémites. J’aurais eu pour dessein secret de légitimer une sombre pulsion. Si tel était le cas, d’abord, pourquoi ne pas le dire ? C’est une information comme une autre, digne d’être connue. Mais ce n’était pas mon objectif premier. J’avais pour ambition de faire comprendre à mes contemporains à quel point l’accusation d’antisémitisme, devenue courante cette époque, depuis l’affaire Dieudonné, était ridicule. À qualifier d’antisémite quiconque portait un jugement négatif sur une personnalité juive ou sur Israël, on en arrivait à faire accroire que le monde entier était composé d’antisémites génocidaires, y compris une bonne partie des juifs eux-mêmes. C’était stupide et contre-productif. Ce n’est pas parce que Marlon Brando a déclaré qu’Hollywood avait été fondé par des émigrants juifs qu’il était antisémite : c’est un banal fait historique, connu de tous. Ce n’est pas parce que la série américaine South Park met en scène un horrible gamin antisémite qui fait rire les adolescents que les scénaristes sont d’orduriers antijuifs : ils jouent avec des stéréotypes, voilà tout.

Il existait évidemment de véritables antisémites. Avaient-ils le droit de s’exprimer ? Et les révisionnistes qui leur étaient associés, quel sort leur réserver ?  Cette question était en train de me rattraper, bien malgré moi. J’étais, comme toujours, d’avis que tout le monde a droit à la parole, les honnêtes gens comme les malhonnêtes. Je partageais, et partage toujours, l’avis du libertarien américain Walter Block qui avait remarqué qu’ « il est facile de plaider pour la liberté de parole de ceux avec qui l’on est d’accord. Le test crucial concerne un discours contestable, des déclarations que nous pouvons juger haineuses et malsaines, et qui peuvent effectivement l’être » (Défendre les indéfendables, Les Belles Lettres, 1993).

Cette position n’arrangea pas mon cas. Je devins superbement sulfureux. À la suite de l’affaire Faurisson, le journaliste Laurent Telo me désignera dans les colonnes du Monde du 24 août 2015 comme « censuré à perpétuité ». Bigre de bougre ! Mon compagnon Schopenhauer, affranchi parmi les affranchis, ne disait-il pas qu’« il faut qu’un écrivain soit le martyr de la cause qu’il défend » ?

*

Revenons quelques années en arrière pour pénétrer dans le domaine de l’Interdit et mieux en cerner ses troubles contours.

En 1993, le professeur Robert Faurisson avait lu l’un de mes articles de promotion en faveur du Cercle zététique que j’avais fait paraître dans L’Homme libre de Marcel Renoulet, une revue anarchiste à laquelle il était abonné. En retour, alors que nous n’avions jamais été en contact, Faurisson m’envoya sa Réponse à Jean-Claude Pressac, un opuscule auto-édité et dédicacé à mon nom comme « essai de zététique ».

Je répondis aussitôt à ce professeur de Lettres de l'université de Lyon, placardé dans l'enseignement à distance parce que la Faculté ne pouvait assurer la sécurité de ses cours. Il me proposa un rendez-vous durant les vacances d’été.

À mon retour de Cannes, je craignais de tomber sur un universitaire bouché à l'émeri, inapte au dialogue et ancré dans ses certitudes d'amphithéâtre. Au fil d'un déjeuner pris sur les bords de l'Allier, ces idées se dissipèrent. Il était d’un abord sympathique. Mon hôte me fit illico part de sa volonté d'adhérer au Cercle zététique, dont il prétendait partager les idées essentielles – ce sont, en histoire, celles que l'on trouve dans le volume de la Pléiade consacré à la méthode historique. Il désirait que son nom n'apparût pas dans notre listing, afin de ne pas torpiller l'association. Le bureau du CZ accepta sa requête et on l’affubla d’un pseudonyme pour le glisser dans la liste officielle des nouveaux membres.

Je dois à la vérité de dire qu’un révisionniste discret faisait déjà partie de notre association, au plus haut niveau puisque figurant dans le comité de parrainage. Par amitié pour lui et par goût pour les bons petits plats du Sud, je ne fournirai pas le nom de cet universitaire. C’est lui qui rédigea la lettre qui accompagna, un jour, l’envoi du « rapport Rudolf » - expertise amateur d’un chimiste allemand censée nier l’existence de gazages dans les camps de la mort - à chacun des membres de l’Académie des sciences, pour leur demander leur avis éclairé sur cette analyse (las, leur réponse tardive, dans La Recherche, sous forme d’un communiqué laconique, ne répondit pas sur le fond au document et se contenta de considérations générales.)

De mon côté, je connaissais les études révisionnistes depuis mes années passées au RPR, lorsqu’un certain Pascal-Bernard L., membre du GRECE d’Alain de Benoist et proche de François Z. -  patron des jeunes chiraquiens, devenu par la suite sénateur-maire, pour le parti de Nicolas Sarkozy, d’une commune de Moselle réputée pour ses fraises -, m'avait mis dans les mains une revue révisionniste qu'on achetait alors en kiosques. C'est dire le changement d'époque ! La Vieille Taupe, qui éditait cette revue, était dirigée par Pierre Guillaume, dont je fis la connaissance plus tard. Ce personnage taciturne était un ancien de Socialisme ou Barbarie, un groupuscule gauchiste non éloigné du situationniste Guy Debord, l’auteur de la Société du spectacle, que Guillaume avait bien connu.

Ledit Pascal-Bernard, en attendant, n’avait rien pour me plaire. Ce grandiloquent blond aux yeux bleus, assureur de son état, cliché grandeur nature du nazi qu’on eût juré s’être évadé d’un comics de Stan Lee, n’avait à la bouche que « l’Oncle Adolf », le « Horst Wessel Lied » et la Panzerdivision. Il avait un comportement déroutant, loufoque, lunatique, limite psychotique. Pas besoin d’être psychiatre pour s’apercevoir qu’il ne possédait pas toutes ses facultés. Quelques années plus tard, passé au FN où il obtint un poste enviable, il aurait à pâtir de ses agissements déconcertants et perdrait la garde de ses deux jeunes enfants (blonds) dont il avait pris l’habitude de plonger la tête dans la cuvette des toilettes sous prétexte qu’ils maîtrisaient mal la langue de Goebbels !

J'avais néanmoins été scandalisé par le sort que réservait aux révisionnistes, selon la formule de Georges Bernanos, « l'universelle complicité des lâches ». Si ceux qu’on appelait « négationnistes » depuis que l’historien Henry Rousso avait inventé ce néologisme pour les désigner, n’étaient que de grossiers escrocs, il suffisait qu’on les écrabouille lors d’un débat franc et ouvert, comme je l’avais fait chez Dechavanne ou Wermus face aux arnaqueurs du paranormal, et c’en était fini d’eux et de leurs racoleuses calembredaines ! « Un livre vous déplaît, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas », disait Voltaire en 1758. Inutile pour cela de casser la figure de Faurisson.

Je comprenais les réticences des anti-révisionnistes rabiques à se lancer dans une discussion avec ceux qu’ils considéraient comme des « assassins de papier » selon les mots de Pierre Vidal-Naquet. Mon grand-père paternel, Raymond Blanrue, très officiellement « mort pour la France » en 1945, avait disparu dans un stalag durant la Second Guerre mondiale, faisant de mon père un pupille de la nation placé en famille d’accueil. Au même moment, pour ne pas devenir allemands, mes grands-parents maternels avaient dû quitter leur maison, leurs jardins, leurs champs et le village d’Hazemboug, situé aux confins de la Lorraine, pour aller passer quatre ans, démunis, dans un bled du Puy-de-Dôme nommé Paslières. De tradition familiale, je fus initié très tôt aux tragédies de cette sombre époque. N’importe, je ne pouvais me faire à l’idée que l’on refusât par principe de participer à un affrontement d’idées, puisque c’est l’essence même de la recherche. Nous avions brétaillé avec la Scientologie, pourquoi pas avec Faurisson ?

À l’image de Nietzsche, je professe depuis toujours que le critère ultime des valeurs est la dose de vérité qu’un esprit parvient à supporter. C’est ce qui différencie un homme libre d’un esclave. Comme le Cercle zététique était une organisation se déclarant sans préjugés ni dogme, je pensais que nous pourrions débattre, au moins en interne, de la question des chambres à gaz, à l'image de ce qui avait eu lieu aux États-Unis dans des associations rationalistes respectables, sous l'égide de modérateurs d'origine juive comme Michael Shermer, fondateur du magazine Skeptic (v. Denying History: Who Says the Holocaust Never Happened and Why Do They Say It ?, University of Columbia Press, 2002.)

Au CZ, nous nous refusions à entretenir une pensée monolithique. Nous avions déjà eu de nombreux débats entre nous, confrontant des opinions divergentes sur diverses questions épineuses, comme l’assassinat de Kennedy, controverse qui m’opposa à François Carlier. Ce membre fondateur de notre association était partisan de l’hypothèse d’un complot réunissant la CIA et la mafia, à l’instar du film JFK d’Oliver Stone. Notre joute se déroula durant plus d’une année, et je parvins, arguments impérieux en main, à lui faire entendre raison et changer d’avis. Il en fit un livre, Elm Street - L’assassinat de Kennedy expliqué (2012), dans lequel il reconnut ses erreurs et me rendit justice.

Toutefois, la tentative de débat sur le révisionnisme se révéla impossible de ce côté-ci de l'Atlantique. Affolés, certains de nos membres, notre meilleur spécialiste des ovnis en tête, allèrent jusqu'à soutenir que quoi qu'il se fût passé (ou non) durant la Seconde Guerre mondiale, ils ne voulaient pas en être informés, inventant ainsi une nouvelle branche de la zététique : la zététique de l'autruche. D'autres marmonnaient que si, par le plus grand des hasards, Faurisson avait raison sur quelque « point de détail », notre travail amorcerait la remontée de l'antisémitisme dans le pays, phénomène désastreux qu'il fallait à tout prix empêcher.

Les cris de pucelles hystériques poussés par certains membres du CZ devant ma proposition de débat n'avaient rien de zététique, puisque ces gens refusaient de prendre connaissance des arguments révisionnistes, ne fût-ce que pour avoir à les réfuter. On pouvait difficilement aller plus loin dans l'autocensure et la restriction mentale.

*

Loin de cette chienlit que je décidai d'ignorer, j'engageai de mon propre chef, avec une poignée d’adhérents, une enquête approfondie sur le professeur Faurisson. Pour ce faire, je reçus l’aval du n°2 du CZ, grand amateur de l’œuvre de Roger Garaudy. Il soutint mon initiative en me présentant par la même occasion à son frère, membre du PCF et maire d’une petite localité.           

 Je voulais tester Faurisson personnellement, à la façon dont j'expertisais voyants voyous et médiums véreux. Était-il un habile imposteur comme l'Israélien Uri Geller, qui jurait tordre les petites cuillers par la seule force de sa pensée ? Possible ! Mais pas sûr. Je ne voulais présager de rien.

À la suite de ma première rencontre avec Faurisson, je pris le train de nombreuses fois pour Vichy. Pour commencer, je devais lire et étudier tous les travaux de l'école révisionniste, chose impossible en France en théorie, puisqu’ils étaient interdits de publication et de diffusion à cause de la loi Gayssot.

Mes rapports avec Faurisson - que ses fidèles, curieusement, n’appelaient pas Robert ou M. Faurisson, mais « le professeur » - se firent plus étroits. Difficile de ne pas être ému par ce vieil universitaire brimé par l’autorité publique et interdit d’expression par une loi inique. Je ne manquai aucun de ses procès devant la fameuse XVIIe Chambre. Comme à cette époque il était au creux de la vague et laissé à l’abandon par ceux qui l’avaient soutenu dans les années soixante-dix et quatre-vingt, je lui servais parfois de garde du corps sur le chemin du tribunal. Avant de s’y rendre, il se posait au café du Vieux-Châtelet (je lui avais déniché un hôtel à deux pas de là, sur les quais de Seine), il descendait un verre de vin rouge, avalait un sandwich aux rillettes, puis me serrait de toutes ses forces le bras droit pour que je le conduise sans faillir à l’audience, en passant par le pont au Change. Il ne me lâchait qu’arrivé dans la salle des pas perdus, où une dizaine d’aficionados à peine l’attendaient, dont sa fille, scientifique au CNRS, sa petite-fille Jumana et le fidèle Pierre Guillaume.

Inutile de nier qu’au début, je fus bluffé par l’apparente maîtrise des sujets dont il traitait et sa ténacité. Je n’étais pas le seul. Le « pape du surréalisme » André Breton avait rendu hommage à son décryptage du mystérieux sonnet en alexandrins d’Arthur Rimbaud, « Voyelles ». Jean d’Ormesson avait fait son éloge à la suite de la lecture de son étude sur la bouffonnerie de Lautréamont. Michel Polac l’avait invité à la télévision, avant le scandale des chambres à gaz, au temps du noir et blanc, pour venir parler dans son émission de sa thèse sur Isidore Ducasse. Un arrêt de la cour d'appel de Paris du 26 avril 1983 avait même prononcé que « personne ne peut en l'état le convaincre de mensonge lorsqu'il énumère les multiples documents qu'il affirme avoir étudiés et les organismes auprès desquels il aurait enquêté pendant plus de quatorze ans ; que la valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public ».

Je parlais régulièrement de lui aux personnes de mon entourage pour jauger de la qualité de leur liberté d’esprit. C’était instructif. Certains s’enfuyaient minablement, la queue entre les jambes, en particulier les « grandes gueules » incapables d’assumer leurs péroraisons ; d’autres choisissaient de rester, les esprits libres, bien moins nombreux. C’était un bon test, quasi infaillible, permettant de savoir en un instant les réelles dispositions intérieures d’un individu affectant de défendre la liberté d’expression.

C'est ainsi qu'après bien des années je fus la mystérieuse personne qui, un soir, au Théâtre de  la Main d'Or, après le spectacle, présenta Robert Faurisson, accompagné de sa petite-fille, à Dieudonné, créant indirectement, par la suite, l'incident du Zénith.

Par parenthèses, c’est au cours de la soirée du Zénith que Faurisson rencontra pour la seule et unique fois de sa vie Jean-Marie Le Pen, dans les coulisses. Pour une raison que j’ignore, le Menhir le battit froid. Peut-être se souvint-il que c’est à cause du « point de détail » que sa carrière politique fut brisée net en 1987, alors qu’il venait juste d’être adoubé par Edgar Bronfman et le Congré juif mondial lors d’un voyage aux États-Unis (v. mon Jean-Marie, Marine et les juifs, Oser dire, 2014) ?

Quant à moi, je ne fus pas présent à ce show, préférant passer ma soirée dans un restaurant japonais de Levallois en compagnie d’une jolie fille. Je n’aime pas perdre mon temps dans des mondanités. Il reste que je n’étais pas peu fier d'avoir contribué à l’éclosion de ce scandale national. Ce sketch improvisé fit éclater au grand jour la mauvaise foi des prétendus défenseurs de la liberté d'expression. J’avais réussi à mettre en pratique, grandeur nature, cette aspiration nietzschéenne qui est aussi l’un des principes gouvernant ma vie :  « Je veux une bonne fois tenter l’épreuve qui fera voir jusqu'à quel point nos semblables, si fiers de leur liberté de pensée, supportent de libres pensées » (Friedrich Nietzsche, lettre à Malwida von Meysenbug, 25 octobre 1874).

Grâce à l’avocat que je lui trouvai in extremis, Maître John Bastardi Daumont, de Nice, Faurisson gagna haut la main le procès qui lui fut intenté à la suite de ses intempestives déclarations sur scène ce soir-là.

*

À l’occasion de l’emprisonnement (un an ferme) d’un autre révisionniste, l’ingénieur chimiste Vincent Reynouard - que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Ève -, j’enchaînai, en août 2010, en lançant une pétition contre la loi Gayssot, avec l’aide du scientifique belge Jean Bricmont.

Disons tout net que la loi du communiste Jean-Claude Gayssot est une aberration intellectuelle. Parue dans le Journal officiel du 14 juillet 1990, elle est en principe destinée à réprimer les propos racistes et antisémites. En fait, c’est un fourre-tout, dont l’un des articles les plus scélérats punit ceux qui auront contesté l’existence « d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité » tels qu’ils sont définis par le tribunal de Nuremberg. Nous sommes en présence d’une loi qui n’interdit pas seulement de nier, mais simplement de contester un jugement !

Le tribunal de Nuremberg fut, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la juridiction militaire des vainqueurs jugeant les vaincus. Soixante-cinq ans après les événements, nous voici donc obligés, sous peine de chartre ou de fortes amendes, de dire amen à tout ce que les militaires américains, anglais et les Soviétiques staliniens ont délibéré concernant leurs ennemis allemands qu’ils venaient de terrasser. Les vainqueurs,  bien entendu, n’ont jamais été jugés par personne : « Hiroshima, mon amour ! » Alors que l’on sait aujourd’hui que le nombre total de morts, suite à l’atomisation d’Hiroshima, s'élève à 250 000, pour Le Monde de l’époque il ne s’agissait point d’une ignoble attaque chimique mais d’une inoffensive bombe à l'uranium 235 lâchée par un B-29 américain qui fut qualifiée par le « quotidien de référence » de « révolution scientifique ».  Pour comble, l’article 19 du statut du tribunal de Nuremberg stipulait que celui-ci « ne sera pas lié par les règles techniques relatives à l'administration des preuves ». Tout aussi incroyable, son article 21 : « Le tribunal n'exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de notoriété publique, mais les tiendra pour acquis ».

La loi Gayssot a institué une vérité d’État de type orwellien. La situation qu’elle a déclenchée est comparable à la chasse aux livres racontée dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Dans mon livre Sarkozy, Israël et les juifs (Oser dire, 2009), j’ai rappelé que cette loi liberticide a été vivement critiquée dans le passé par des personnalités aussi distinguées que le Secrétaire perpétuel de l’Académie française, Hélène Carrère d'Encausse, les historiens Henri Amouroux, Pierre Vidal-Naquet, Annie Kriegel, François Furet, la fondatrice de l’Institut de recherche Hannah Arendt, Chantal Delsol, le prix Nobel d’économie 1988 Maurice Allais, les écrivains Michel Tournier, Louis Pauwels, Michel Houellebecq, Philippe Muray, Jean Daniel, Vladimir Volkoff et Alain Robbe-Grillet, les magistrats Philippe Bilger, Alain Marsaud et Raoul Béteille, le philosophe Paul Ricœur, Gabriel Cohn-Bendit (le frère de Daniel), les journalistes Delfeil de Ton, Alain Rollat, Albert du Roy, Philippe Tesson, Jacques Julliard et Ivan Rioufol , ou encore l’ancienne présidente de la Ligue des droits de l’homme, l’historienne Madeleine Rebérioux !

La pétition que Jean Bricmont et moi rédigeâmes disait en substance que «  cette loi est une aberration absolue par rapport aux principes de notre droit. Nous considérons que la loi n’a pas à intervenir dans la définition de la vérité historique ; dans un État libre, cette fonction est celle des historiens. Il importe, selon la formule de John Stuart Mill, de laisser la vérité et l’erreur s’affronter à armes égales, sans qu’une loi menace de jeter en prison l’une des parties. Les signataires de cette pétition réclament par conséquent l’abrogation la plus rapide possible de la loi Gayssot et, à titre provisoire, sa non-application, ainsi que la libération de M. Reynouard. Il ne s’agit pas, pour les signataires de cette pétition, de soutenir les idées de Vincent Reynouard mais de défendre son droit à les exprimer .»

Dans L’Esprit des lois (1748), Montesquieu écrit : « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu’elle est juste. » Dans son chef-d’œuvre, La Loi, Frédéric Bastiat fait observer que « le plus sûr, pour que les lois soient respectées, c’est qu’elles soient respectables. » C’était difficilement le cas ici !

Le 5 septembre 2010, notre pétition reçut le soutien de l’Américain Noam Chomsky. Le fondateur de la linguistique générative, mondialement réputé pour son combat en faveur de la liberté d’expression, considérait, dans le mot qu’il me fit parvenir, « la loi Gayssot comme complètement illégitime et en contradiction avec les principes d'une société libre, tels qu'ils ont été compris depuis les Lumières. Cette loi a pour effet d'accorder à l'État le droit de déterminer la vérité historique et de punir ceux qui s'écartent de ses décrets, ce qui est un principe qui nous rappelle les jours les plus sombres du stalinisme et du nazisme. »

Plus de deux milles personnes du monde entier, des États-Unis à l’Italie, signèrent notre texte. Même si le chiffre peut paraître bas, il était inespéré vu la terreur pavlovienne qui règne sur les esprits et notre manque de relais médiatiques. Comme signataires célèbres, nous eûmes « the big Woz », Steve Wozniak, cofondateur d’Apple avec Steve Jobs, un monstre sacré pour les informaticiens du monde entier, le fondateur de Reporters sans frontières Robert Ménard, ou encore le journaliste et écrivain Dominique Jamet, ancien président de la Bibliothèque de France.

Après la publication d’une première liste de signataires, nous eûmes à faire face à deux défections. Mgr Gaillot nous demanda d’ôter son nom. Le prélat gauchiste ne chercha pas à nier avoir subi des pressions de groupes opaques et s’en excusa platement auprès de nous. Moins correcte fut l’attitude de Yann Moix, qui était un ami (très) intime depuis le début des années deux mille. Après avoir signé crânement le texte en connaissance de cause, il fut pris d’une subite crise de panique et se désista sans m’en avertir, m’accusant, qui plus est, de l’avoir fait tomber dans un piège ! Misérable petit sacripant !

Sur le site de La Règle du Jeu, la revue de son mentor BHL, ce ladre déclara qu’il ignorait que le nom de Faurisson apparût sur la pétition et qu’en conséquence il ne pouvait moralement y figurer. Je réagis sur le blog du Clan des Vénitiens en prouvant qu’il mentait comme une brassière. Deux journalistes du Monde.fr, spécialisés dans la traque des extrémistes de droite, réels ou supposés, menèrent une enquête et parvinrent au même résultat que moi en utilisant Google-cache, la mémoire du moteur de recherche. Moix venait d’être pris la main dans le pot à confiture cyanurée !

Le pire c’est que Moix connaissait Faurisson depuis longtemps. Depuis son enfance orléanaise, de fait. C’est une information classée « secret défense » qu’il a soigneusement cachée à tout le monde. Son médecin de famille était en effet l’époux d’une sœur de Faurisson, qui venait régulièrement déjeuner le dimanche chez ses parents, lorsqu’il était gamin. Par la suite, lorsqu’il fit ses études supérieures, Moix crut original de rédiger à la main, avec maintes caricatures qui ne plairaient point au CRIF, une revue intitulée Ushoahïa, le magazine de l’extrême, qui s’inspirait de l’émission de Nicolas Hulot mais surtout de l’album de bandes dessinées Hitler = SS de Jean-Marie Gouriot et Philippe Vuillemin, et des thèses faurissoniennes. C’eût été catastrophique pour sa réputation et sa carrière si cette anecdote était éventée ! Il fut tellement épouvanté qu’on découvrît l’existence de sa farce estudiantine de mauvais goût qu’il courut à plat ventre l’avouer par prévention à son éditeur Jean-Paul Enthoven et à BHL. On imagine leurs bobines à cette occasion – et on se doute de l’estime qu’ils portent désormais à leur poulain en leur for intérieur. On sait aussi par la peau de quelle partie de son anatomie ils le tiennent !

C’est à cette époque que je conseillai à Moix de se faire passer pour un descendant des marranes, ces juifs espagnols convertis de force au catholicisme sous l’Inquisition et qui avaient continué à pratiquer le judaïsme en tapinois. C’est une fable très pratique pour se défausser en cas de polémique qu’il sert aujourd’hui encore à qui veut l’entendre, sans être démenti puisque nul ne mène d’enquête sérieuse sur lui.

Avant le lancement de la pétition, j’évoquai un moment l’idée d’écrire un livre sur Faurisson en le considérant comme un homme, oui, un homme, avec ses qualités et ses défauts. Je m'en étais ouvert à ce cher Yann, avec lequel je discutais très librement de tous ces sujets (il est amusant de relire aujourd’hui nos textos et nos mails dûment conservés par prudence). Il m'avait proposé de présenter l’idée à Philippe Sollers, pour lequel j’éprouve une certaine admiration. Yann m’avait assuré que l’auteur de Femmes serait intéressé par la publication d’un livre de ce genre dans la collection L'Infini qu’il dirigeait chez Gallimard. Après le succès des Bienveillantes de Littell, la voie était ouverte pour une telle expérience littéraire. Mais avec le Vénitien Sollers, rencontré au bar de l’hôtel Montalembert devant un verre de J&B,  la question ne fut guère abordée, à cause de la frousse de Moix, dont la franchise a toujours été comparable à celle d’un âne qui recule. Avez-vous observé son regard ? On se comprend.

Je conçus alors l'idée de réaliser moi-même un reportage sur Faurisson. Depuis l’épisode du Zénith, beaucoup de gens, surtout des jeunes issus de la génération Internet, se demandaient qui était ce grand-père qui se sentait « Palestinien en France » et que les grands médias n'interrogeaient pas. Jamais cet individu n'avait bénéficié du plus petit débat à la télévision française. Et des débats, il y en avait eu des milliers, sur tout et sur rien - surtout sur rien.

Avec le concours d’une petite équipe menée par le caméraman Guillaume F., ami d’enfance de l’un de mes anciens avocats, je fonçai à Vichy sans plan ni ressources. Faurisson avait quatre-vingt deux ans, il fallait nous dépêcher. Je n’escomptais pas réaliser un film de grande qualité esthétique, mais un reportage dans le genre de Ceux de chez nous de Sacha Guitry. Mon ambition était de mettre en boîte la personnalité la plus haïe par l’opinion médiatique depuis quarante ans et que nul n'avait jamais pensé à laisser parler sans le couper. Ce reportage était réalisé « pour l'histoire », dans l’esprit des Archives du XXe siècle de l’INA. Ce fut Un Homme, qui sortit officiellement sur le Net en septembre 2011, à défaut d’être diffusé sous forme de DVD comme je l’avais initialement désiré.

Faurisson ayant entre-temps trouvé un mécène pour financer le reportage ainsi que le montage, la post-production, la création d’un générique original, un site internet dédié et la traduction du film dans sept langues, je ne voulus pas faire payer les internautes pour ce document. Il n’était pas question d’apparaître comme des commerçants désirant se constituer un trésor de guerre en exploitant un filon douteux. Nous étions des combattants de la liberté, tout devait être libre. On diffusa donc ce document gratuitement sur le Net, sous licence giveaway, permettant à chacun de le reproduire à sa guise. Si j’avais fait payer un euro à chaque visionnage j’eus été millionnaire en quelques mois ! La gratuité fut un tort puisque la sortie de ce document me fit perdre tous mes emplois au point que je dus, deux ans plus tard, pour subsister, vendre mon appartement de Levallois que j’avais mis seize ans à m’offrir. Le dernier article que j’écrirais pour Historia porterait, à la demande de la direction sur - la chasse aux sorcières…

« Paul-Éric Blanrue peut se vanter au moins d'une chose : il est à l'origine de la résurrection française de Robert Faurisson », écrivit Valérie Igounet dans Robert Faurisson. Portrait d'un Négationniste (Denoël, 2012). C’est exact, mais la vérité était en réalité beaucoup plus complexe que ne se l’imaginait cette brave dame, qui avait barbouillé de longs paragraphes sur moi sans daigner m’interroger.

Car si je refusais de m’incliner devant des lois injustes, que je combats aujourd’hui encore de toutes mes forces, je n’avais jamais eu non plus l’intention d’obéir inconsidérément à des gens qui en seraient victimes mais que je surprendrais en train de raconter des salades. L’art de désobéir ? Oui-da. Mais dans tous les cas de figure, sans restriction. Y compris dans celui de Faurisson.

Suivre une ligne de parti n’est pas le genre de la maison. Pas davantage la ligne qu’impose la loi Gayssot aux Français que celle que Faurisson se pique de définir lorsqu’il se prend pour un savant infaillible.

Traversons le miroir pour voir comment notre rupture s’est produite. Ce sera – en direct – un exercice de liberté souveraine.


A SUIVRE ! Retour sur le révisionnisme (2) : Pourquoi Faurisson s'est trompé.