BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

jeudi 2 avril 2026

La vallée du Cédron, l’un des lieux les plus authentiques de la Passion encore visibles aujourd’hui.



Parmi tous les lieux liés à la Passion de Jesus Christ, la vallée du Cédron occupe une place unique parce qu’elle n’est ni une reconstruction ni une tradition tardive mais un paysage réel, identifiable, continu et documenté depuis l’époque biblique jusqu’à aujourd’hui. À Jerusalem, c’est l’un des rares endroits où l’on peut affirmer avec certitude que Jésus est passé physiquement.

L’Évangile selon saint Jean fournit une indication géographique précise. Il écrit : « Ayant ainsi parlé, Jésus s’en alla avec ses disciples au-delà du torrent du Cédron, où se trouvait un jardin dans lequel il entra avec ses disciples » (Jean 18, 1). Ce verset est capital parce qu’il mentionne un lieu réel et identifiable. Il ne s’agit pas d’un symbole religieux mais d’un passage topographique concret entre la ville et le mont des Oliviers.

Saint Luc confirme ce déplacement lorsqu’il écrit : « Jésus sortit et se rendit, comme de coutume, au mont des Oliviers » (Luc 22, 39). L’expression « comme de coutume » indique que ce trajet faisait partie des habitudes régulières de Jésus lors de ses séjours à Jérusalem. Or le passage naturel entre la ville et le mont des Oliviers traverse la vallée du Cédron.

Ce détail correspond à la géographie réelle de Jérusalem. La vallée du Cédron constitue la limite orientale naturelle de la ville antique. Elle sépare l’esplanade du Temple du mont des Oliviers. Aucun autre itinéraire logique ne permettait de rejoindre le jardin de Gethsémani sans franchir ce vallon. Le récit évangélique correspond donc au relief visible aujourd’hui.

La vallée du Cédron apparaît déjà dans l’Ancien Testament comme un lieu de passage décisif. Le deuxième livre de Samuel raconte que le roi David, fuyant Jérusalem lors de la révolte d’Absalon, « passa le torrent du Cédron » (2 Samuel 15, 23). Ce parallèle a été relevé dès l’Antiquité chrétienne car il montre que Jésus reproduit symboliquement le trajet du roi David quittant la ville dans l’épreuve avant son triomphe. La géographie devient ici théologie.

L’historien juif Flavius Josephus confirme lui aussi l’importance de cette vallée dans la topographie de Jérusalem au Ier siècle. Dans La Guerre des Juifs, il explique que la ville était séparée du mont des Oliviers par une vallée profonde située à l’est du Temple : « Devant la ville, à l’est, se trouve une vallée profonde qui la sépare du mont des Oliviers » (Guerre des Juifs V, 2, 3). Cette description correspond à la vallée actuelle.

L’authenticité du site apparaît aussi dans les vestiges archéologiques visibles sur ses pentes. La vallée du Cédron conserve plusieurs tombes monumentales datant de l’époque du Second Temple. Parmi elles se trouvent les monuments funéraires traditionnellement appelés tombe d’Absalon, tombe de Zacharie et tombe de Josaphat. Ces structures creusées dans la roche remontent pour certaines au Ier siècle avant notre ère et au Ier siècle de notre ère. Elles attestent que la vallée constituait déjà une zone funéraire active à l’époque de Jésus.

Contrairement à de nombreux secteurs de Jérusalem transformés par les destructions successives de 70 et 135 après Jésus-Christ puis par les reconstructions byzantines, la vallée du Cédron a conservé sa structure naturelle. Elle n’a jamais cessé d’exister comme limite géographique entre la ville et le mont des Oliviers. Elle constitue donc l’un des rares paysages que Jésus aurait immédiatement reconnu s’il revenait aujourd’hui à Jérusalem.

La vallée du Cédron permet de situer avec précision l’un des moments les plus dramatiques du récit évangélique, lorsque Jésus quitte la ville après la Cène pour entrer dans la nuit de Gethsémani. 

Paul-Éric Blanrue.

Le lieu de la Cène à Jérusalem : pourquoi le Cénacle du mont Sion est historiquement plausible.


Parmi les lieux associés à la Passion du Christ, celui de la Cène occupe une place particulière parce que, contrairement à certains sites liés à la tradition médiévale, son emplacement repose sur une convergence solide entre les textes évangéliques, la topographie de Jérusalem au Ier siècle et les témoignages chrétiens anciens. Le bâtiment visible aujourd’hui est médiéval, mais la localisation du lieu sur le mont Sion remonte au moins au IVᵉ siècle et correspond bien à ce que décrivent les sources.

Les Évangiles fournissent plusieurs indications précises sur le lieu de la Cène. L’Évangile selon saint Marc rapporte que Jésus dit à ses disciples : « Vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le. Là où il entrera, dites au maître de maison : le Maître dit : où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? Il vous montrera une grande chambre haute, aménagée et prête » (Marc 14, 13-15). Le même récit apparaît presque identiquement chez saint Luc (Luc 22, 10-12). Le texte insiste sur une « chambre haute », c’est-à-dire une pièce à l’étage d’une maison privée située à l’intérieur de la ville.

Or le mont Sion correspond à un quartier résidentiel important de la Jérusalem du Ier siècle. Les fouilles archéologiques ont montré que ce secteur occidental de la ville abritait des habitations de grande taille appartenant à des familles aisées, liées au sacerdoce ou à l’administration du Temple. L’existence d’une grande salle haute correspond à ce type d’habitat urbain.

La tradition chrétienne situe très tôt la Cène sur ce site. Au IVᵉ siècle, l’évêque Cyrille de Jérusalem évoque le mont Sion comme lieu de rassemblement apostolique dans ses Catéchèses mystagogiques. Quelques décennies plus tard, la pèlerine Égérie décrit dans son Journal de pèlerinage les célébrations liturgiques qui se déroulent sur le mont Sion et précise que les chrétiens y commémorent à la fois la Cène et la Pentecôte. Ce témoignage daté des années 380 est précieux car il atteste qu’à cette époque la localisation était déjà solidement établie.

Les Actes des Apôtres confirment l’existence d’un lieu précis où les disciples se réunissaient après la mort de Jésus. Le texte dit : « Ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement » (Actes 1, 13). Puis il ajoute : « Ils se trouvaient tous ensemble dans le même lieu » lorsque survint la Pentecôte (Actes 2, 1). Très tôt, la tradition chrétienne a identifié cette chambre haute avec celle de la Cène. Cette continuité explique que le mont Sion soit devenu l’un des premiers centres de mémoire chrétienne à Jérusalem.

Au IVᵉ siècle, une grande basilique appelée Sainte-Sion fut construite à cet emplacement. Elle marquait déjà le souvenir de la Cène selon la tradition locale. Cette église fut détruite à plusieurs reprises au cours de l’histoire, mais sa localisation continua d’être conservée. La salle actuelle du Cénacle appartient à une reconstruction médiévale réalisée à l’époque des Croisés. Elle ne correspond donc pas à la pièce originale du Ier siècle, mais se trouve sur un site dont la mémoire remonte à l’Antiquité chrétienne.

Dans l’étude des lieux saints de Jérusalem, les traditions attestées dès le IVᵉ siècle ont une valeur particulière parce qu’elles reposent généralement sur une mémoire locale antérieure à la monumentalisation chrétienne de la ville sous Constantin. Le fait que la Cène, les apparitions du Ressuscité et la Pentecôte aient été associés très tôt au même emplacement constitue un argument historique important en faveur de cette localisation.

Même si la salle visible aujourd’hui n’est pas celle du Ier siècle, le mont Sion demeure l’un des lieux les plus plausibles pour situer la Dernière Cène. 

Paul-Éric Blanrue.






Les escaliers du Temple que Jésus a montés existent encore aujourd’hui !




À Jérusalem subsiste un lieu rare où l’on peut toucher presque directement le monde de la Passion : les escaliers méridionaux de l’esplanade du Temple. Contrairement à beaucoup d’endroits associés à la vie de Jésus, ceux-ci ne reposent pas seulement sur la tradition chrétienne mais sur une base archéologique ferme. Ils appartiennent à l’architecture monumentale du Temple construit par Hérode le Grand et fréquenté quotidiennement par les pèlerins du Ier siècle.

L’historien juif Flavius Josèphe décrit avec précision l’agrandissement spectaculaire du Temple entrepris par Hérode vers l’an 20 avant notre ère. Il écrit que le roi « reconstruisit le Temple avec une magnificence extraordinaire » et transforma le sanctuaire en l’un des plus impressionnants ensembles religieux du monde antique (Antiquités judaïques XV, 11, 1). Les escaliers visibles aujourd’hui faisaient partie de cet accès monumental. Ils conduisaient directement aux portes méridionales du Temple, appelées portes doubles et triples, par lesquelles entraient les pèlerins venant de la cité de David et des quartiers sud de Jérusalem.

Les fouilles archéologiques conduites après 1967 sous la direction de l’archéologue Benjamin Mazar ont mis au jour ce vaste complexe d’accès. Les marches retrouvées appartiennent incontestablement à la période hérodienne. Elles n’ont pas été reconstruites à l’époque byzantine ni médiévale. Elles correspondent exactement à l’état du Temple tel qu’il existait au moment où Jésus montait à Jérusalem pour les grandes fêtes.

Les Évangiles confirment que Jésus se rendait régulièrement au Temple. L’Évangile selon saint Jean rapporte qu’il « monta à Jérusalem pour la fête » (Jean 5,1), puis qu’il « enseignait dans le Temple » (Jean 7,14). Saint Luc précise qu’« il enseignait chaque jour dans le Temple » durant les derniers jours avant sa Passion (Luc 19,47). Ces indications ne sont pas abstraites : elles correspondent à un parcours concret dans la topographie réelle de Jérusalem. Les pèlerins galiléens, venant du nord par le mont des Oliviers, descendaient dans la vallée du Cédron puis entraient par le sud de l’esplanade. Ce trajet correspond à l’accès desservi par ces escaliers.

Un autre élément archéologique renforce cette probabilité. Le long de ces marches ont été retrouvés de nombreux bains rituels juifs appelés mikvaot. Ces bassins servaient aux ablutions prescrites par la Loi avant l’entrée dans l’enceinte sacrée. Leur présence confirme que cet itinéraire constituait l’un des principaux parcours liturgiques des pèlerins. Jésus, en tant que juif pratiquant participant aux fêtes de pèlerinage, a très probablement emprunté cet accès.

Ces marches présentent une particularité remarquable : elles ne sont pas régulières. Certaines sont longues, d’autres courtes, certaines hautes, d’autres basses. Ce détail n’est pas une maladresse de construction. Il correspond à une intention spirituelle. L’irrégularité obligeait les pèlerins à ralentir leur marche avant d’entrer dans le Temple. Elle transformait la montée physique en préparation intérieure. Cette disposition correspond à la spiritualité biblique de la montée vers la maison de Dieu évoquée par le psaume 122 : « Je suis dans la joie quand on me dit : allons à la maison du Seigneur ».

Ces escaliers sont également liés à un autre moment fondateur du christianisme. Les Actes des Apôtres racontent que les premiers disciples continuaient à fréquenter le Temple après la Résurrection. « Chaque jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple » (Actes 2,46). Il est donc très probable que ces mêmes marches aient vu passer non seulement Jésus, mais aussi Pierre, Jean et la première communauté chrétienne de Jérusalem.

Dans une ville où l’histoire s’entrelace souvent avec la mémoire religieuse, ces marches constituent un témoignage exceptionnel. Elles sont parmi les rares pierres de Jérusalem que Jésus a presque certainement touchées. Elles relient concrètement trois moments décisifs : la prédication publique du Christ dans le Temple, sa dernière montée à Jérusalem avant la Passion et la présence des premiers disciples dans l’enceinte sacrée après la Pentecôte. Elles demeurent aujourd’hui l’un des points les plus sûrs où l’archéologie permet encore d’approcher physiquement le monde réel dans lequel s’est déroulée l’histoire évangélique.

Paul-Éric Blanrue.