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lundi 10 août 2026

Avant la publication de mon échange complet avec Henry de Lesquen sur la papauté.


Henry de Lesquen, essayiste connu et figure du courant catholique traditionaliste, a souhaité rendre public l’intégralité de notre échange consacré à la question de la papauté.
Bonne idée ! J’ai accepté sans hésitation. Un débat historique et théologique n’a rien à craindre de la lumière : les lecteurs pourront juger les arguments, les sources et surtout les réponses (ou les absences de réponses...) apportées aux questions posées.
Le véritable enjeu n’est pas une querelle de personnes. Il est historique. La question centrale est la suivante :
la conception de la papauté définie par le concile Vatican I en 1870 appartient-elle réellement à la tradition de l’Église indivise du premier millénaire, ou constitue-t-elle un développement doctrinal ultérieur propre à l’Occident latin ?
Henry de Lesquen a lui-même placé la Déclaration des quatre articles de 1682 au centre de notre discussion. Il renvoie d’ailleurs régulièrement ses auditeurs à ce texte publié sur son propre site :
Ce texte, issu de la tradition gallicane française et lié à la pensée de Bossuet, affirme notamment la supériorité du concile général et les limites du pouvoir pontifical.
Il faut rappeler un point historique essentiel : cette doctrine ne fut jamais reçue comme une simple opinion parmi d’autres à Rome. La Déclaration des quatre articles fut même rejetée par le Saint-Siège, notamment sous Alexandre VIII avec la constitution Inter multiplices (1690). Le gallicanisme fut une tradition importante (et respectable) du catholicisme français, mais il ne devint jamais la doctrine universelle de l’Église catholique.
C’est ce qui rend le débat intéressant : Henry de Lesquen revendique aujourd’hui une tradition catholique historique, celle de Bossuet et des quatre articles de 1682, alors même que cette tradition fut ensuite écartée par l’évolution doctrinale qui conduisit aux définitions de Vatican I.
La question est donc simple : peut-on encore défendre la logique des quatre articles de 1682 après les définitions dogmatiques de Vatican I ?
C’est Henry de Lesquen lui-même qui a placé la discussion devant cette difficulté fondamentale : comment concilier les principes des quatre articles de 1682 avec un concile qui affirme que le Pontife romain possède une juridiction « suprême, pleine, immédiate et universelle » sur toute l’Église et que ses définitions ex cathedra sont irréformables par elles-mêmes ?
Voilà la véritable question.
Au cours de notre échange, Henry de Lesquen m’a reproché de « ressasser Vatican I ». Le reproche est étonnant. Lorsque l’on discute de la primauté romaine, de l’autorité du pape, de son rapport aux conciles et de son infaillibilité, Vatican I n’est pas un sujet secondaire : c’est le texte qui définit la doctrine moderne de la papauté.
On ne peut pas demander un débat sur la papauté tout en reprochant à son interlocuteur de citer le concile qui a défini cette papauté.
Henry de Lesquen m’a également reproché de lui avoir attribué des opinions qui n’étaient pas les siennes. Les lecteurs pourront en juger sur pièces... Par exemple, je n’ai jamais affirmé qu’il était un ultramontain maximaliste du XIXᵉ siècle. Je sais parfaitement qu’il se réclame de Bossuet et d’une conception limitée de la primauté pontificale.
La question demeure donc entière : lorsqu’on se déclare catholique traditionaliste, une conception gallicane de l’autorité ecclésiale peut-elle encore être maintenue après Vatican I ?
L’affaire Honorius Ier fut également évoquée dans notre échange. Henry de Lesquen l’a utilisée comme un argument contre une certaine conception de l’infaillibilité pontificale.
Le fait historique est connu : le troisième concile de Constantinople (680-681), reconnu comme sixième concile œcuménique par l’Église catholique romaine, a condamné le pape Honorius dans le contexte de la crise monothélite. La question décisive est celle de l’interprétation : comment un pape condamné par un concile œcuménique peut-il être compris à la lumière d’une doctrine affirmant l’infaillibilité pontificale ? C’est encore l’un des grands problèmes que l’histoire de la papauté doit affronter.
La publication de notre échange permettra aux lecteurs de constater les arguments avancés de part et d’autre.
Je publierai ensuite une réponse détaillée aux différents points soulevés, en revenant aux sources : les actes des conciles œcuméniques, les écrits des Pères de l’Église, les canons anciens et les textes pontificaux.
Derrière cette controverse demeure une question fondamentale :
La papauté définie par Vatican I est-elle le développement organique de l’ecclésiologie de l’Église ancienne, ou constitue-t-elle une rupture profonde avec la conception conciliaire de l’Église du premier millénaire ?
Ce ne sont pas les affirmations personnelles qui trancheront cette question.
Ce sont les sources.
Paul-Éric Blanrue