jeudi 2 avril 2026

Les escaliers du Temple que Jésus a montés existent encore aujourd’hui !




À Jérusalem subsiste un lieu rare où l’on peut toucher presque directement le monde de la Passion : les escaliers méridionaux de l’esplanade du Temple. Contrairement à beaucoup d’endroits associés à la vie de Jésus, ceux-ci ne reposent pas seulement sur la tradition chrétienne mais sur une base archéologique ferme. Ils appartiennent à l’architecture monumentale du Temple construit par Hérode le Grand et fréquenté quotidiennement par les pèlerins du Ier siècle.

L’historien juif Flavius Josèphe décrit avec précision l’agrandissement spectaculaire du Temple entrepris par Hérode vers l’an 20 avant notre ère. Il écrit que le roi « reconstruisit le Temple avec une magnificence extraordinaire » et transforma le sanctuaire en l’un des plus impressionnants ensembles religieux du monde antique (Antiquités judaïques XV, 11, 1). Les escaliers visibles aujourd’hui faisaient partie de cet accès monumental. Ils conduisaient directement aux portes méridionales du Temple, appelées portes doubles et triples, par lesquelles entraient les pèlerins venant de la cité de David et des quartiers sud de Jérusalem.

Les fouilles archéologiques conduites après 1967 sous la direction de l’archéologue Benjamin Mazar ont mis au jour ce vaste complexe d’accès. Les marches retrouvées appartiennent incontestablement à la période hérodienne. Elles n’ont pas été reconstruites à l’époque byzantine ni médiévale. Elles correspondent exactement à l’état du Temple tel qu’il existait au moment où Jésus montait à Jérusalem pour les grandes fêtes.

Les Évangiles confirment que Jésus se rendait régulièrement au Temple. L’Évangile selon saint Jean rapporte qu’il « monta à Jérusalem pour la fête » (Jean 5,1), puis qu’il « enseignait dans le Temple » (Jean 7,14). Saint Luc précise qu’« il enseignait chaque jour dans le Temple » durant les derniers jours avant sa Passion (Luc 19,47). Ces indications ne sont pas abstraites : elles correspondent à un parcours concret dans la topographie réelle de Jérusalem. Les pèlerins galiléens, venant du nord par le mont des Oliviers, descendaient dans la vallée du Cédron puis entraient par le sud de l’esplanade. Ce trajet correspond à l’accès desservi par ces escaliers.

Un autre élément archéologique renforce cette probabilité. Le long de ces marches ont été retrouvés de nombreux bains rituels juifs appelés mikvaot. Ces bassins servaient aux ablutions prescrites par la Loi avant l’entrée dans l’enceinte sacrée. Leur présence confirme que cet itinéraire constituait l’un des principaux parcours liturgiques des pèlerins. Jésus, en tant que juif pratiquant participant aux fêtes de pèlerinage, a très probablement emprunté cet accès.

Ces marches présentent une particularité remarquable : elles ne sont pas régulières. Certaines sont longues, d’autres courtes, certaines hautes, d’autres basses. Ce détail n’est pas une maladresse de construction. Il correspond à une intention spirituelle. L’irrégularité obligeait les pèlerins à ralentir leur marche avant d’entrer dans le Temple. Elle transformait la montée physique en préparation intérieure. Cette disposition correspond à la spiritualité biblique de la montée vers la maison de Dieu évoquée par le psaume 122 : « Je suis dans la joie quand on me dit : allons à la maison du Seigneur ».

Ces escaliers sont également liés à un autre moment fondateur du christianisme. Les Actes des Apôtres racontent que les premiers disciples continuaient à fréquenter le Temple après la Résurrection. « Chaque jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple » (Actes 2,46). Il est donc très probable que ces mêmes marches aient vu passer non seulement Jésus, mais aussi Pierre, Jean et la première communauté chrétienne de Jérusalem.

Dans une ville où l’histoire s’entrelace souvent avec la mémoire religieuse, ces marches constituent un témoignage exceptionnel. Elles sont parmi les rares pierres de Jérusalem que Jésus a presque certainement touchées. Elles relient concrètement trois moments décisifs : la prédication publique du Christ dans le Temple, sa dernière montée à Jérusalem avant la Passion et la présence des premiers disciples dans l’enceinte sacrée après la Pentecôte. Elles demeurent aujourd’hui l’un des points les plus sûrs où l’archéologie permet encore d’approcher physiquement le monde réel dans lequel s’est déroulée l’histoire évangélique.

Paul-Éric Blanrue.