jeudi 2 avril 2026

Le lieu de la Cène à Jérusalem : pourquoi le Cénacle du mont Sion est historiquement plausible.


Le lieu de la Cène occupe une place particulière parce que, contrairement à certains sites liés à la tradition médiévale, son emplacement repose sur une convergence solide entre les textes évangéliques, la topographie de Jérusalem au Ier siècle et les témoignages chrétiens anciens. Le bâtiment visible aujourd’hui est médiéval, mais la localisation du lieu sur le mont Sion remonte au moins au IVᵉ siècle et correspond bien à ce que décrivent les sources.

Les Évangiles fournissent plusieurs indications précises sur le lieu de la Cène. L’Évangile selon saint Marc rapporte que Jésus dit à ses disciples : « Vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le. Là où il entrera, dites au maître de maison : le Maître dit : où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? Il vous montrera une grande chambre haute, aménagée et prête » (Marc 14, 13-15). Le même récit apparaît presque identiquement chez saint Luc (Luc 22, 10-12). Le texte insiste sur une « chambre haute », c’est-à-dire une pièce à l’étage d’une maison privée située à l’intérieur de la ville.

Or le mont Sion correspond à un quartier résidentiel important de la Jérusalem du Ier siècle. Les fouilles archéologiques ont montré que ce secteur occidental de la ville abritait des habitations de grande taille appartenant à des familles aisées, liées au sacerdoce ou à l’administration du Temple. L’existence d’une grande salle haute correspond à ce type d’habitat urbain.

La tradition chrétienne situe très tôt la Cène sur ce site. Au IVᵉ siècle, l’évêque Cyrille de Jérusalem évoque le mont Sion comme lieu de rassemblement apostolique dans ses Catéchèses mystagogiques. Quelques décennies plus tard, la pèlerine Égérie décrit dans son Journal de pèlerinage les célébrations liturgiques qui se déroulent sur le mont Sion et précise que les chrétiens y commémorent à la fois la Cène et la Pentecôte. Ce témoignage daté des années 380 est précieux car il atteste qu’à cette époque la localisation était déjà solidement établie.

Les Actes des Apôtres confirment l’existence d’un lieu précis où les disciples se réunissaient après la mort de Jésus. Le texte dit : « Ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement » (Actes 1, 13). Puis il ajoute : « Ils se trouvaient tous ensemble dans le même lieu » lorsque survint la Pentecôte (Actes 2, 1). Très tôt, la tradition chrétienne a identifié cette chambre haute avec celle de la Cène. Cette continuité explique que le mont Sion soit devenu l’un des premiers centres de mémoire chrétienne à Jérusalem.

Au IVᵉ siècle, une grande basilique appelée Sainte-Sion fut construite à cet emplacement. Elle marquait déjà le souvenir de la Cène selon la tradition locale. Cette église fut détruite à plusieurs reprises au cours de l’histoire, mais sa localisation continua d’être conservée. La salle actuelle du Cénacle appartient à une reconstruction médiévale réalisée à l’époque des Croisés. Elle ne correspond donc pas à la pièce originale du Ier siècle, mais se trouve sur un site dont la mémoire remonte à l’Antiquité chrétienne.

Dans l’étude des lieux saints de Jérusalem, les traditions attestées dès le IVᵉ siècle ont une valeur particulière parce qu’elles reposent généralement sur une mémoire locale antérieure à la monumentalisation chrétienne de la ville sous Constantin. Le fait que la Cène, les apparitions du Ressuscité et la Pentecôte aient été associés très tôt au même emplacement constitue un argument historique important en faveur de cette localisation.

Même si la salle visible aujourd’hui n’est pas celle du Ier siècle, le mont Sion demeure l’un des lieux les plus plausibles pour situer la Dernière Cène. 

Paul-Éric Blanrue.