samedi 3 janvier 2026

L’impérialisme vu par les libertariens : l’État, la guerre et l’illusion démocratique.


Dans la pensée libertarienne radicale, notamment chez Hans-Hermann Hoppe et Murray Rothbard, l’impérialisme n’est pas un accident de l’histoire ni une dérive morale ponctuelle, mais une conséquence logique de l’existence même de l’État.

L’impérialisme est compris comme l’extension violente du pouvoir étatique au-delà de ses frontières, financée par l’impôt et exercée au mépris des droits de propriété individuels. Rothbard résume cette position de manière lapidaire :

« La guerre est la santé de l’État. »

Pour les libertariens, cette formule signifie que la guerre — et donc l’impérialisme — renforce toujours le pouvoir politique, jamais la liberté individuelle.

Hoppe insiste sur un point central : l’État n’est pas un propriétaire légitime du territoire qu’il gouverne, mais un simple gestionnaire temporaire. Cette absence de propriété réelle crée des incitations destructrices. Comme il l’écrit dans Democracy: The God That Failed :

« Les gouvernants démocratiques peuvent exploiter les ressources dont ils ont le contrôle sans en subir personnellement les conséquences. »

L’impérialisme devient alors rationnel du point de vue étatique, puisque les coûts humains, économiques et moraux sont externalisés sur les contribuables et les générations futures.

Contrairement au discours dominant, Hoppe soutient que la démocratie ne freine pas la guerre, mais tend au contraire à l’encourager. Les dirigeants élus, soumis à des mandats courts, ont un horizon temporel réduit et cherchent des gains immédiats. Hoppe écrit ainsi :

« Plus le contrôle du gouvernement est temporaire, plus l’exploitation des ressources est intense. »

Dans cette perspective, les démocraties modernes apparaissent souvent plus interventionnistes et impérialistes que les régimes anciens, non par excès de vertu, mais par dilution de la responsabilité.

Cet anti-impérialisme libertarien se distingue radicalement de la critique marxiste. Rothbard rejette l’idée d’un « impérialisme du capital » et affirme au contraire :

« Ce n’est pas le capitalisme qui mène à la guerre, mais l’État qui intervient dans l’économie. »

Le marché, fondé sur l’échange volontaire, est vu comme fondamentalement pacifique, tandis que l’impérialisme est une création politique, militaire et fiscale.

En alternative, les libertariens défendent un non-interventionnisme strict, la décentralisation, le droit de sécession et la fin des alliances militaires coercitives. Rothbard résume cette position par une maxime simple :

« Aucun État n’a le droit d’imposer ses valeurs ou ses institutions par la force. »

L’idéal libertarien n’est pas un monde sans échanges, mais un monde sans domination politique, où la guerre cesse d’être rentable parce qu’aucune autorité ne peut en faire payer le prix à autrui.