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dimanche 7 juin 2015

Winnetou était-il un criminel de guerre ?



Ceci n'est pas un spoiler : j'apprends la mort de Winnetou, ou plutôt celle du Français Pierre Brice (86 ans), un ancien commando de marine devenu acteur et connu comme interprète de l'Indien mythique dans une série télé allemande tirée des livres de fiction de Karl May (1842-1912). "Winnetou" fut aussi célèbre dans les années soixante que "Game of Thrones" de nos jours. Vous êtes trop jeunes pour en avoir suivi les épisodes, mais ne vous inquiétez pas : moi aussi.
Détail passé sous silence par la critique, les aventures de l'Apache aux longs cheveux noirs de jais et de son "frère de sang", le blanc et blond Old Shatterhand, étaient les romans populaires préférés d'un certain Adolf Hitler, dont, cette fois, le nom vous dit peut-être quelque chose.  
Visitant au printemps de 1933, juste après la prise du pouvoir par le NSDAP, le Berghof - la résidence secondaire d'Hitler située dans les Alpes bavaroises -, un journaliste de Munich découvrit dans la chambre à coucher du nouveau Chancelier une étagère entière ployant sous le poids de romans dont la présence lui parut étonnante : "La chambre du Führer est d'une simplicité spartiate", rapporta-t-il dans le Sonntag Morgenpost : "Lit en laiton, placard, articles de toilette, quelques chaises, ce sont là tous les meubles. Sur une étagère sont disposés des ouvrages de politique et de diplomatie, quelques brochures et des livres portant sur le soin des bergers allemands, et alors faites attention : toute une rangée de livres par Karl May ! Winnetou, Old Shatterhand, Bad Guy... ".  La surprise était de taille puisque le Germain Karl May avait été, toute sa vie durant, un chrétien de l'espèce pacifiste dont les romans prônaient la réconciliation des Blancs et des "Peaux-Rouges".
Comme beaucoup d'autres, l'architecte Albert Speer, ministre des Armements de la Production de guerre, confirma les faits et écrivit dans son Journal : "Pendant ses heures de lecture durant la nuit, lorsqu'il était confronté à des situations apparemment sans espoir, Hitler s'accrochait à ces histoires qui lui ont donné du courage comme d'autres en ont trouvé dans des ouvrages de philosophie ou dans la Bible".
Le Führer ne s'arrêta pas en si bon chemin : il en recommanda la lecture à ses généraux et en distribua des éditions spéciales aux soldats du front, désignant Winnetou comme un exemple de "finesse tactique et de prudence". Il conserva les livres de May, écornés et défraîchis, datant de sa jeunesse autrichienne, jusque dans son bunker de la chute finale. 
Bien avant "Danse avec les loups" de Kevin Costner (1990), les oeuvres non racistes louant le courage, la fidélité, l'esprit traditionnel et la finesse des Natives ont été abondamment diffusées - sous le IIIe Reich. Propagande d'État anti-américaine ? En partie, sans doute. Mais, comme le prouve l'exemple dont je viens de parler : pas seulement. Peut-on le dire ? Doit-on conserver, sur ce point comme sur tant d'autres, un silence gêné ? Est-ce réhabiliter le nazisme que de le signaler ?
L'instinct grégaire des identitaires aigris, la balourdise des gauchistes haineux, la folie et le cynisme des sionistes, bref l'étroitesse d'esprit du camp de la Bêtise, sont de mauvais conseil ;  si l'on veut avoir une chance de saisir les subtilités de l'histoire, il faut, comme Winnetou sur le sentier de la guerre, avoir l'esprit ouvert à de petits détails, à des traces apparemment anodines qui nous en disent plus long que des discours académiques lénifiants.  J'ai souvent remarqué que ce que G. Lenotre nommait la "petite histoire", celle des "petits faits vrais" inquiétants ou inattendus, pouvait nous sauver des exorbitantes prétentions de la "grande", sermonneuse et plate.
En tout cas, c'est cette subtilité qu'interdit l'ignominieuse loi Gayssot au nom de laquelle un réseau pro-israélien me poursuit le 16 juin devant la XVIIe Chambre du tribunal correctionnel de Paris. Je m'y rendrai avec l'esprit de "l'homme de la prairie", en indigène d'un pays conquis.

Paul-Éric Blanrue