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mercredi 20 mai 2015

Vraie-fausse mosquée de Venise, suite.




Vraie-fausse mosquée de Venise, suite. Face au scandale, le responsable musulman local a demandé aux fidèles de s'abstenir de prier dans cette ancienne église (non désaffectée bien qu'appartenant désormais à des particuliers), afin de  ne pas "polluer" le dialogue actuel qui permettrait d'obtenir légalement le lieu de prière attendu depuis des années à Port-Marghera, le centre industriel de Venise, l'un des plus importants pôles chimiques européens où travaille l'essentiel de la communauté musulmane de la cité. 
Sage décision. Il n'a jamais été prévu de lieu officiel pour les musulmans à Venise intra-muros. Les rares musulmans vénitiens ne le réclament pas ; en attendant patiemment l'ouverture d'un centre à Marghera, ils se réunissent sans pleurnicher dans certaines résidences privées depuis belle heurette. Mais un imam d'Islande (le pays qui accueille cette "oeuvre d'art" du Suisse Christoph Büchel à l'occasion de la Biennale) s'est pointé à Santa Maria della Misericordia ; ce piètre héros d'un jour dirige la prière, répond aux questions des journalistes et fait fureur parmi les bobos qui, tout à coup, apprécient que l'on demande aux femmes de se voiler à l'entrée d'un édifice et aux hommes d'ôter leurs chaussures. 
Outre le sentiment d'être subitement envahis, le principal problème qui fait bondir les chrétiens de la ville, à commencer par le Patriarche, est le recouvrement de la croix par l'artiste qui a procédé à cette installation provisoire. On y voit un sacrilège. C'est fort possible mais à tout le moins l'émotion causée par cet acte ridicule est frelatée. Il y a à Venise des centaines d'églises et de chapelles désertées durant la semaine et à peu près vides le dimanche : ce serait certainement l'occasion de se demander pourquoi. D'autres servent de lieux de concerts tout à fait profanes sans que la population ne s'en émeuve. On pourrait également s'interroger sur la raison pour laquelle cette église a été mise à l'encan. Il semble que l'on préfère rognonner au-dehors. 
Le ton monte. Tout le monde s'excite. C'est le principe de toute provocation, qui plus est venue de l'extérieur : tout compliquer inutilement, créer des tensions là où il n'y en a pas et empêcher un dialogue normal de s'instaurer. Il faut être bien cornichon pour croire qu'une telle entreprise contribue à une meilleure compréhension réciproque. Au lieu de faire avancer les choses, elle les fait reculer. C'est évidemment le but, et ce n'est pas par hasard que les Islandais ont omis de prévenir les autorités que leur pavillon transformé en mosquée symbolique servirait aussi à la prière.
La Ville a donné jusqu’au 20 mai aux organisateurs pour fermer le pavillon. C'est aujourd'hui, attendons.

Paul-Éric Blanrue