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jeudi 30 septembre 2010

ARCHIVES (13) BLANRUE DANS HISTORIA : " Le suaire de Turin, relique médiévale" (01/07/2008 - 114)

Ses partisans tiennent ce linge pour "le plus insigne de la chrétienté", preuve du martyre de Jésus. Seulement voilà, de récentes analyses scientifiques datent la toile du XIIIe-XIVe siècle.
L'attention du monde catholique et des chercheurs s'éveille en 1898, lorsque l'avocat Secondo Pia prend les premières photographies de la relique conservée depuis 1578 dans la chapelle royale contiguë à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin. Sur son négatif, il remarque que c'est l'image positive du corps du Christ qui se dégage du fond de la toile devenue sombre, et non l'image inversée traditionnelle de moins bonne qualité. Tandis que sur l'original - un drap de lin de 4,30 m x 1,08 m - on n'aperçoit qu'une silhouette spectrale, on remarque sur le négatif des détails qui rendent le personnage étonnamment présent. On proclame dès lors détenir la preuve que le suaire est authentique, puisque le principe de la photographie n'est connu que depuis le XIXe siècle et que nul artiste des époques antérieures n'aurait pu l'anticiper. En analysant les images, le docteur Barbet, chirurgien de l'hôpital Saint-Joseph de Paris, observe que les clous de l'homme du suaire ne sont pas fichés dans les paumes des mains, à l'endroit où les artistes médiévaux ont coutume de les représenter, mais dans les poignets.
Il conduit des expériences sur des cadavres qui, dit-il, démontrent que, lorsque l'on plante des clous dans les mains d'un homme en croix, la peau se déchire sous la traction du corps jusqu'à la commissure. Si au contraire on les plante à l'endroit où Barbet voit la plaie sur le suaire, le clou lèse le nerf médian, ce qui a pour résultat une contraction réflexe qui fait fléchir le pouce contre la paume de la main. Or, selon Barbet, on ne voit justement que quatre doigts sur les deux mains de l'homme du suaire.



 Dans les années qui suivent, le criminologue suisse Max Frei affirme que l'étude des pollens de l'étoffe démontre que le suaire a séjourné aux abords de Jérusalem, un argument qui appuie la thèse développée par Ian Wilson dans son bestseller , Le Suaire de Turin. Puis, en 1978, sous l'égide du Sturp (Shroud of Turin Research Project, Société d'investigation du suaire de Turin, une association américaine composée d'une quarantaine de membres, la plupart scientifiques), a lieu l'examen scientifique le plus médiatisé de la relique. Les docteurs Jackson et Jumper, capitaines de l'armée de l'air américaine, président à l'opération. Ils ont démontré l'année précédente que le suaire contient une information tridimensionnelle, c'est-à-dire que l'intensité de son image varie en raison inverse de la distance qui sépare la toile du cadavre qu'elle est censée avoir enveloppé. Comme un portrait classique est bidimensionnel, leur découverte semble démontrer que le suaire ne peut être une oeuvre humaine. En 1981, le Sturp rend ses conclusions : il y a du sang sur la relique et l'image résulte d'un procédé mystérieux excluant la peinture. La relique revient subitement au centre de l'actualité. On parle même de miracle.
En réalité, tous ces résultats proclamés depuis cinquante ans sont loin d'être aussi concluants qu'ils le paraissent. D'abord, ainsi que l'ont remarqué de nombreux spécialistes, l'image du corps n'offre pas de propriété photographique, comme l'indiquent les espaces en blanc entourant les diverses formes imprimées dans les contours de la silhouette, qui ne correspondent pas à ce que l'on observe sur les photographies. Par ailleurs, contrairement à ce qu'a prétendu Barbet, de nombreux médecins notent que la blessure du nerf médian n'entraîne pas le pouce à l'intérieur de la main : il y a même incapacité à fléchir le pouce... Les reconstitutions de Barbet démontrant l'impossibilité de suspendre un cadavre en plantant un clou dans la paume de ses mains ont à leur tour été infirmées. Quant à l'étude des pollens, les spécialistes du Sturp ont eux-mêmes rejeté les arguments de Max Frei, connu par ailleurs pour avoir authentifié les « faux carnets de Hitler »... L'information tridimensionnelle du suaire est, elle au moins, assurée, sauf qu'il a été démontré par le professeur Henri Broch, de la faculté des sciences de Nice, que les scientifiques du Sturp ont insidieusement introduit dans leur appareil de mesure le « corps » qu'ils voulaient trouver à la sortie !
L'étude hématologique présente un autre genre d'« erreur ». Car les docteurs Heller et Adler ont en réalité omis de conduire des tests spécifiques pour établir la présence de sang. Ils ont trouvé sur le linge de la porphyrine, de la bilirubine, des protéines et de l'albumine, des substances qui ne se trouvent pas seulement dans le sang humain, mais aussi, notamment, dans les peintures médiévales et les liants traditionnels.
La thèse de l'authenticité du suaire est définitivement battue en brèche par deux séries d'analyses. La première est celle du docteur Walter McCrone, spécialisé dans la détection scientifique des faux en art. La conclusion de ce microanalyste de Chicago est sans appel : « L'image entière a été appliquée sur le linge par un artiste très habile et bien informé. » L'artiste a utilisé un pigment d'oxyde de fer associé à un médium à base de collagène. Pour les taches de sang, il a utilisé du vermillon.
En 1987, l'archevêque de Turin veut en avoir le coeur net. Il désigne trois laboratoires pour effectuer les mesures radiocarbones de la relique, sous l'égide du British Museum. Pour le lin du suaire, on aboutit à « une plage d'âge calendaire calibrée, pour un intervalle de confiance d'au moins 95 %, de 1260-1390 [...]. Ces résultats conduisent donc à conclure d'une manière décisive que le lin du suaire de Turin est médiéval. »
Par Paul-Éric Blanrue 

mis en ligne par floriana