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jeudi 30 septembre 2010

ARCHIVES (11) BLANRUE DANS HISTORIA : "Qui a tué Kennedy ?" (01/07/2008 - 114 )

Malgré les multiples enquêtes - officielles ou non -, on se demande encore si le 35e président des Etats-Unis a été victime d'un complot. Et qui était le commanditaire ?
en fin de matinée, le 22 novembre 1963, Air Force One, le Boeing 707 de John Fitzgerald Kennedy (JFK), atterrit à l'aéroport de Dallas (Texas). Le 35e président des Etats-Unis entame avec son épouse Jackie une tournée en vue de préparer sa réélection à la présidence, en novembre 1964. Le couple présidentiel est accompagné du vice-président Lyndon Johnson et du gouverneur du Texas, John Connally. La journée est ensoleillée. Le Président a fait décapoter sa limousine bleue pour traverser la ville, montrant qu'il ne craint pas les menaces que des groupes extrémistes ont proférées contre lui.
Le cortège d'une vingtaine de véhicules, avec à sa tête le chef de la police de Dallas et le shérif du comté, démarre peu avant midi. Les Kennedy prennent place à l'arrière de la deuxième voiture : selon l'usage, John se tient à droite, Jackie à gauche ; devant eux, le gouverneur Connally et sa femme sont disposés de la même façon. A l'avant, sont assis deux agents du Secret Service, Roy Kellerman et William Greer, qui conduit. La limousine est suivie par une voiture transportant huit autres agents de sécurité, qui précède le véhicule du vice-président Johnson. Kennedy a le sourire. La foule est en liesse. Les voitures progressent très lentement (20 km/h), s'immobilisent à deux reprises pour que le Président salue des enfants et un groupe de religieuses. A la hauteur de Dealey Plaza, le cortège officiel quitte Main Street pour s'engager sur Elm Street, arrive au Texas School Book Depository, un entrepôt de livres scolaires, et s'apprête à passer sous le pont ferroviaire pour s'engager sur l'autoroute de Stemmons, qui conduit vers un centre commercial. Il est 12 h 30.
Le dépôt de livres à peine dépassé, des coups de feu éclatent. Trois ou quatre, selon la plupart des témoins. Kennedy s'effondre sur les genoux de sa femme. La panique s'empare de la foule. La voiture présidentielle, après avoir hésité, fonce vers le Parkland Memorial, l'hôpital le plus proche, situé à six kilomètres de là. Le long de la route, les badauds continuent d'applaudir, ne sachant pas encore que l'on vient de tirer sur celui qu'ils acclament.
Le convoi parvient à l'hôpital cinq minutes plus tard. Le gouverneur Connally, atteint au poignet, à la cuisse, à la poitrine et au dos, est admis aux urgences. Il s'en tire sans trop de mal. Kennedy, lui, est grièvement blessé au dos, au cou et à la tête. Malgré des soins intensifs, les praticiens du service traumatologique comprennent qu'il n'y a plus aucun d'espoir. Peu après 13 heures, ils constatent la mort du Président. A 13 h 33, un porte-parole de la Maison Blanche, Malcolm Kilduff, annonce la nouvelle au pays. Le corps du défunt est déposé dans un cercueil de bronze. A 14 heures, il est transféré à l'aéroport de Love Field, hissé à bord d'Air Force One pour être rapatrié à Washington. Juste avant le décollage, à 14 h 30, le vice-président Johnson prête serment à la Constitution en présence de Jackie Kennedy, encore couverte du sang de son époux. Il devient officiellement le 36e président des Etats-Unis.
Du côté des forces de police, les événements se précipitent. Les témoins de la fusillade hésitent à localiser l'origine des coups de feu. Certains désignent une palissade située derrière le tertre gazonné d'Elm Street, ce qui laisse supposer que le Président a été abattu par un tir de face. D'autres montrent le Book Depository, ce qui indique que des coups de feu auraient été tirés par-derrière. L'agent Marrion Baker, qui circule à moto dans le cortège, se rend compte du drame et fonce vers l'immeuble, pensant qu'un tireur est embusqué sur le toit. Avec le directeur du dépôt, Roy Truly, il gravit les escaliers quatre à quatre. Comme c'est l'heure du déjeuner, l'endroit est presque désert. Au 1er étage, les deux hommes tombent nez à nez avec un individu occupé à prendre une bouteille de soda dans un distributeur automatique. Baker l'interroge. L'individu se nomme Oswald. Il paraît calme. Truly s'en porte garant : il reconnaît un magasinier qu'il a embauché il y a un mois. Baker, rassuré, laisse filer le suspect et continue de monter. Sept minutes après le drame, le bâtiment est bouclé. A 12 h 45, la police diffuse aux patrouilles le signalement du tireur qu'un spectateur a aperçu à la fenêtre du 5e étage du dépôt de livres (en Amérique, on parle du « 6e niveau ») : « Un homme blanc, d'environ 30 ans, mince, 1,80 m. » A 13 h 16, on apprend qu'un policier en patrouille, J. D. Tippit, vient d'être abattu dans le centre d'Oak Cliff, en banlieue de Dallas. A 13 h 29, le signalement du meurtrier est transmis aux voitures de police. Il correspond à celui du tireur du dépôt de livres. Un quart d'heure plus tard, John Brewer, qui tient une boutique de chaussures à un kilomètre de l'endroit où l'agent vient d'être assassiné, remarque un homme au comportement étrange. Le voyant courir jusqu'au cinéma Texas Theater, Brewer le suit, pénètre dans la salle avec l'ouvreur pendant que la caissière appelle la police. Il est 13 h 50 quand les agents entrent à leur tour. On allume les lumières. Le suspect se fait interpeller par l'agent Mac Donald. Il tente de dégainer un revolver. Les policiers le maîtrisent sans ménagement. L'homme s'appelle Lee Harvey Oswald. Répondant au signalement du tueur qui a été diffusé, il est conduit au commissariat central de Dallas.
Trois quarts d'heure plus tôt, la police a découvert, devant une fenêtre entrouverte, au 5e étage du dépôt de livres d'Elm Street, des cartons disposés de manière à former un siège et un affût, un sachet en papier et trois douilles sur le plancher. Ainsi qu'un fusil italien, un Mannlicher-Carcano, n° C 2766, calibre 6,5 mm, avec une lunette de visée.
A 19 h 10, Oswald est inculpé du meurtre de Tippit. On a trouvé sur lui des cartouches du même calibre que celle qui a servi à abattre le policier. Plusieurs témoins le reconnaissent formellement. Il clame son innocence devant les journalistes qui ont envahi le QG de la police pour la conférence de presse du district attorney , Henry Wade. Il proteste : « Je ne suis qu'un pigeon ! » Le 23 novembre, à 1 h 35 du matin, après que les résultats de l'autopsie de Kennedy ont été diffusés, Oswald est également inculpé du meurtre du Président. Il nie tout en bloc. Mais les preuves s'accumulent contre lui.
Le FBI établit que le Mannlicher-Carcano a été acheté par correspondance pour 21,45 dollars par un dénommé Hidell, au magasin Klein de Chicago. Cette commande, passée en mars 1963, a été expédiée à la boîte postale n° 2915, à Dallas. Il s'agit de celle d'Oswald. Des papiers au nom d'Alek Hidell sont retrouvés dans ses poches. Une perquisition dans la maison de sa femme, Marina, à Irving, permet de découvrir deux photographies qui montrent Oswald brandissant le même modèle de carabine que celle abandonnée au Book Depository, avec, à la ceinture, un revolver, ressemblant à celui qu'il avait au cinéma.
Un des collègues d'Oswald, Buell Frazier, témoigne l'avoir vu apporter un paquet brun à son travail. Ce sachet a été retrouvé, au 5e étage. Conclusion : cet emballage a permis à Oswald d'apporter le fusil démonté. Oswald prétend qu'il lui a servi à transporter « des tringles à rideau », mais il ne convainc personne. CIA et FBI exhument alors le passé communiste d'Oswald, qui concède avoir fait partie de l'organisation procastriste Fair Play for Cuba. Il en était l'unique membre à La Nouvelle-Orléans. Preuve de ses sympathies communistes, il s'est expatrié en Union soviétique, de 1959 à 1961, où il a rencontré sa femme Marina. Le procureur Wade le désigne aussitôt comme seul coupable du meurtre de Kennedy.
Le lendemain, 24 novembre, Oswald doit être transféré à la prison du comté. Après avoir été interrogé une dernière fois, l'inculpé est conduit dans le sous-sol du commissariat. Dès qu'il sort de l'ascenseur, les reporters l'assaillent. Il a juste le temps de faire quelques pas qu'un homme en costume sombre et chapeau de feutre surgit. Un colt .38 plaqué à la hanche, il tire au ventre à bout portant. La scène est filmée en direct par une équipe de télévision. Oswald est transporté à l'hôpital Parkland, celui-là même où Kennedy a rendu son dernier souffle. Il y décède peu après 13 heures. Son meurtrier se nomme Jacob Rubenstein, alias Jack Ruby, et tient une boîte de nuit sordide, le Carousel Club, à Dallas. C'est un petit truand, bien connu du milieu et de la police. Interrogé sur les raisons de son geste, il invoque sa haine du communisme et son désir d'épargner à Jackie Kennedy les souffrances d'un procès. Le lendemain, Ruby est conduit à la prison du comté.
Dès le 29 novembre, Lyndon Johnson demande la création d'une commission chargée d'enquêter sur l'assassinat, sous la direction de James Earl Warren, président de la Cour suprême des Etats-Unis. Cette « commission Warren » compte deux sénateurs : Richard B. Russell et John S. Cooper ; deux membres de la Chambre des représentants : Hale Boggs et Gerald R. Ford ; et Allen W. Dulles et John J. McCloy. Son rapport est publié un an plus tard, le 27 septembre 1964. Les 26 volumes d'auditions, comprenant témoignages et pièces à conviction, sont publiés le 23 novembre suivant. Ses conclusions : Oswald, et lui seul, a assassiné Kennedy. Il a tiré trois coups de feu avec le Mannlicher-Carcano. Une balle a blessé un spectateur près du pont ferroviaire. Une autre a atteint le cou du Président, puis a frappé le gouverneur Connally. La dernière a frappé Kennedy à la tête. Oswald a également tué l'agent Tippit avec le Smith & Wesson qu'il avait sur lui lors de son arrestation. Il a commandé ces deux armes via une boîte postale, sous le pseudonyme de Hidell. Jack Ruby est le meurtrier d'Oswald : il a lui aussi agi seul et de son propre chef.




La polémique ne tarde pas. Si Warren est considéré comme un esprit éclairé, certains des membres de la commission sont plus douteux. Dulles, ancien directeur de la CIA, a été démis de ses fonctions par Kennedy après le fiasco de la baie des Cochons : difficile de croire qu'il soit la personne idéale pour faire la lumière sur l'assassinat de celui qui l'a destitué. McCloy, un banquier de New York, est l'ami de John Edgar Hoover, le directeur du FBI, et du président Johnson : a-t-il l'indépendance d'esprit nécessaire pour analyser les documents sans préjugé ? Russell déclare qu'il prêterait foi à une déclaration de Hoover « comme si c'était l'Ecriture sainte ». Enfin, Gerald Ford - futur Président - est considéré par Hoover comme « notre homme dans la commission »... Bref, celle-ci a-t-elle mené son enquête avec objectivité ? Le débat se poursuit aujourd'hui encore entre les tenants de la version officielle et les cercles « complotistes ».
A charge contre la commission : les documents sur lesquels elle travaille lui ont été fournis par le FBI et les services secrets. Les témoins qu'elle auditionne ont la plupart du temps été, d'abord, interrogés par le FBI, la police de Dallas ou les services secrets et risquent d'être orientés. Certains se plaindront, en effet, d'avoir vu leurs propos déformés ou non retenus. Plus grave, il apparaît que la commission a reçu des incitations de Washington pour soutenir la thèse du tireur unique, comme l'a avoué Nicholas Katzenbach, qui travaille alors pour le ministre de la Justice, Robert Kennedy. Selon lui, les « hautes sphères » redoutaient que l'enquête débouche sur un complot communiste, dont l'existence aurait pu engendrer un conflit nucléaire entre l'URSS et les USA.
Jim Garrison, district attorney de La Nouvelle-Orléans, est, lui, persuadé que la CIA a organisé un coup d'Etat pour éliminer un Président qui gênait ses intérêts. Il plaide en faveur de la réouverture du dossier, tout en menant une enquête discrète de son côté. En 1969, au cours d'un procès retentissant, il diffuse pour la première fois en public le film amateur d'Abraham Zapruder, qui montre l'assassinat de JFK. Il fait sensation en notant que la tête de Kennedy subit un mouvement « vers l'arrière et à gauche », impossible, selon lui, si c'est Oswald qui a tiré de derrière. Garrison accuse l'homme d'affaires Clay Shaw, qu'il soupçonne d'être un agent de la CIA, d'avoir participé au complot. Il dénonce également le mercenaire d'extrême droite David Ferrie, mort dans des conditions étranges alors qu'il venait d'avouer que Shaw et Oswald avaient des liens avec la CIA. Shaw nie appartenir à l'Agence comme il nie connaître Ferrie ou Oswald. Faute de preuves, Garrison perd son procès. Mais, on apprendra plus tard, de l'aveu sous serment de Richard Helms, directeur adjoint aux opérations secrètes de la CIA en 1963, que Shaw a bien été en contact avec l'Agence. Une photo sera retrouvée, montrant Shaw et Ferrie ensemble ; une autre, sur laquelle apparaissent Ferrie et Oswald, sera également dévoilée... Grâce à Garrison, l'affaire JFK prend une nouvelle dimension.
Avec les années, les critiques contre le rapport Warren vont en s'accentuant. Et souvent pour de bonnes raisons. Howard Brennan, le témoin qui a vu l'assassin de JFK et donné le signalement à la police, est incapable de reconnaître Oswald parmi les suspects qu'on lui présente. Comment le commandant Humes, qui a réalisé l'autopsie du Président à l'hôpital militaire de Bethesda, près de Washington, a-t-il pu de son propre chef brûler ses notes originales, en contradiction avec les témoignages des médecins de Dallas ? D'ailleurs, la commission n'a vu ni les photos ni les radios du cadavre de Kennedy prises lors de l'autopsie. Du coup, les croquis publiés dans le rapport ne correspondent pas. Des clichés du film de Zapruder ont été inversés : simple « erreur d'impression », selon Hoover, qui arrange bien les partisans du tireur unique. Comment Oswald, considéré comme tireur moyen lorsqu'il était un marine, a-t-il pu tirer trois coups de feu, en 5,6 secondes, à 80 m, sur une cible mouvante, avec une arme de qualité moyenne ? Aucun tireur d'élite n'est arrivé à renouveler l'exploit. Enfin, la deuxième balle, celle qui a transpercé Kennedy puis blessé le gouverneur du Texas, a été retrouvée (extraite apparemment de la cuisse de Connally), en parfait état. Est-il même possible qu'elle ait suivi, telle une « balle magique », le cheminement en zigzag que la commission Warren admet sans discuter ?
Autant de questions qui jettent le discrédit sur les conclusions du célèbre rapport. En 1976, la Chambre des représentants décide la création d'un House Select Committee on Assassinations (HSCA) qui rouvre l'enquête. Parallèlement, en 1978, sous la pression de l'opinion, le FBI consent à rendre publiques 100 000 pages de documents.
L'année suivante, le HSCA rend un rapport de près de 8 000 pages. Sur de nombreux points, il confirme la thèse officielle. Toutefois, à la surprise générale, il conclut à « la probabilité de l'existence d'un complot ». Cette dernière appréciation se fonde sur le résultat d'analyses acoustiques très sophistiquées effectuées d'après les enregistrements de la radio d'un motard de l'escorte. Mais des études établissent ensuite que les bruits enregistrés ne sont pas assimilables à des coups de feu. Retour à la case départ.
En 1993, le juriste Gerald Posner publie Case Closed (« Affaire classée »), qui fait enrager les supporteurs de Garrison. Il relativise les erreurs de la commission Warren. Pour lui, les conclusions contradictoires des hôpitaux peuvent s'expliquer par le fait qu'à Dallas on n'a pas retourné le corps du Président.
Il explique qu'Oswald est un mythomane. Preuve qu'il a l'âme d'un tueur, il a tenté (sans succès) d'assassiner le général Edwin Walker, leader d'un groupuscule d'extrême droite, huit mois avant l'assassinat de Kennedy, fait confirmé par sa femme Marina. L'enquêteur démontre enfin, sur la foi d'une nouvelle analyse, que le film de Zapruder n'a pas été correctement exploité : en fait, entre le premier et le troisième tir, il se passe 9 secondes, Oswald a donc eu largement le temps de réarmer et de reprendre la ligne de tir.
Pour preuve que c'est bien Oswald qui a tiré, Posner reprend les analyses, qui ont prouvé en 1978 que les fragments de plomb recueillis dans les blessures du gouverneur Connally sont bien ceux qui avaient été expulsés de la « balle magique ». L'analyse balistique prouve qu'elle a bien été tirée par la carabine d'Oswald, sur laquelle ses empreintes ont été retrouvées. Quant au mouvement de tête de Kennedy « vers l'arrière et à gauche », on peut l'expliquer, comme le démontrent diverses reconstitutions et comme le note le docteur John Lattimer, de la faculté de médecine de Columbia, premier autorisé à réétudier le dossier d'autopsie. Un tel mouvement prouve que le tir a été effectué de l'arrière, ce qui accable Oswald.
Un autre enquêteur, l'attorney Vincent Bugliosi, publie en 2007 un ouvrage dans lequel il étoffe les conclusions de Posner (Reclaiming History : The Assassination of President John F. Kennedy), ruinant les suppositions édifiées par les opposants de la commission Warren.
Même si Oswald est mort innocent puisque non jugé, il est difficile de croire en l'innocence du suspect numéro un. A-t-il agi sous l'emprise d'une violence qu'il n'arrivait plus à contenir, par idéologie ou pour entrer dans l'Histoire ? Nul ne le sait avec certitude. Si on ne peut tout à fait exclure qu'Oswald ait été manipulé ou qu'il ait participé à une opération ourdie par d'autres (CIA, mafia et/ou anticastristes), on ne peut plus, en tout cas, nier sérieusement que c'est bien lui qui a tiré les deux balles qui ont atteint JFK.
Par Paul-Éric Blanrue 

mis en ligne par floriana